‹ Arnauld de VilleneuveChapitre 4 sur 23 · TOME XXVIII · texte numérisé non relu

TOME XXVIII

XIVe SIÈCLE.

Flacius IHyric. , Çatal. test, verit. , p. 363.

Lurbe (G. de), Chroniq. Bourde)., à l’année i3o6.

Du Boulay.Hist.

Univ. Paris. , t. IV, p. 107.

Germain, Hist.

de la connu, de Montpellier, t. III , p. 423, 43 1 , 433.

— Baluze , Vitæ pap. Aven., (. II, p. 1 65.

Wigandus (J.), De phiiiatr. itinerib. , p. 1 .

« malgré l’expresse volonté de Dieu , cpii vous a fait roi. C’est « là traiter Dieu comme le cochon de saint Antoine , à qui « l’on donnait à manger le rebut des valets et des bêtes de « somme ...» Enfin Arnauld dit au roi : « Vous avez, prince, « pour vous engager à mieux faire, les exemples de votre «aïeul, de votre père et du bienheureux Louis, roi des « Français. » Il y avait du bon chez Jacques II, malgré ses vices, car, loin de s’emporter contre cet audacieux donneur de conseils, il fit faire cinq copies des petits livres d’ Arnauld, pour sa femme, pour ses fils et pour lui-même.

L’élection de Clément V rassura tout à fait Arnauld sur les conséquences éventuelles de ses anciens démêlés avec l’Université de Paris. Il revint donc eit France et parut à la cour du nouveau pape. Gabriel de Lurbe dit, dans sa Chronique, à l’année i3o6 : «Arnauld de Villeneufve, insigne «médecin, et Dominique de Athera, jacobin, disputent à « Bourdeaus, devant le pape Clement, de grandes et serieuses «questions. » C’est ce que répète Du Boulay, ajoutant que le médecin et le jacobin s’imputèrent réciproquement, au cours de cette dispute, un certain nombre d’hérésies. De céla nous n’avons pas la preuve; cependant nous ne refusons pas de croire Du Boulay sur parole. L’accusation d’hérésie était, en ce temps-là, si banale! Nous retrouvons Arnauld près du pape Clément V, en la ville d’Avignon, le 8 septembre i3o8. C’est la date commune de trois bulles concernant la faculté de médecine de Montpellier, et, dans deux de ces trois bulles, Clément dit qu’il les publie sur les conseils d’Arnauld et de Jean d’Alais, anciens professeurs en cette faculté.

Mais peu de temps après, Arnauld était en Sicile, à la cour du roi de Trinacrie, Frédéric, frère de Jacques dWragon, qui l’avait fait appeler à son tour pour l’interroger, comme son frère, sur un songe. Liceatne meclico iterfacere ? C’est une question que s’adresse Joachim Wigand au début d’un traité curieux sur les pérégrinations des médecins allemands, et son opinion est que généralement les médecins font mieux de l’ester en place. Tel est aussi l’avis de Gui

XIV SIECLE

Patin. Arnauld de Villeneuve fut peut-être d’un avis contraire. Nous le voyons, en effet, dans ses livres, faisant des observations ou des opérations dans un grand nombre de villes de France, d’Espagne ou d’Italie. Comme nous le dirons plus loin, quelques-uns de ses écrits contiennent cette déclaration expresse qu’ils ont été rédigés à Barcelone, sur le territoire de Valence, à Naples, en Piémont. Les choses qu’il raconte nous le montrent encore en bien d’autres lieux. A Rome, il voit une pauvre femme guérir une esquinancie avec un emplâtre de sa façon ( Compend . medic.pract., liv. II, chap. i). A Bologne, il est témoin d’un cas singulier, dont le sujet est une jeune fille qu’on croyait à tort nubile ( ibid ., liv. III, chap. i). Dans la vicomté de Lomagne, en Gascogne, il traite deux nobles dames affligées de n’avoir pas d’enfants, et les rend fécondes [De sterilitate, part. II, chap. vin ). Il nous apprend même, en tête de son traité De vinis , qu’il le composa sur la terre d’Afrique. Assurément cela nous dispose à croire qu’il avait un penchant naturel pour la vie errante. Cependant il est possible qu’il ait souvent voyagé sans intérêt, à contre-cœur, pour obéir à des clients à qui le droit de commander donnait celui d’être importuns. Comme on le voit, les plus frivoles raisons suffisaient aux rois pour le faire venir de très loin.

Quand Arnauld arriva dans file de Sicile, la cour du roi Frédéric était à Catane. Rendu sans délai près de ce prince, il reçut de lui de graves confidences. Frédéric n’était pas seulement agité par le rêve qu’il ne s’expliquait pas; il l’était encore par un doute plus commun en ce temps-là qu’on ne le suppose; il doutait que la religion chrétienne fût d’institution divine, et sur cette question d’importance il avait mieux aimé consulter, cela ne peut surprendre, un philosophe qu’un inquisiteur. Arnauld, l’ayant entendu, le rassura, le remit sur la voie, et puis le quitta pour rentrer en Espagne, où le roi Jacques l’avait encore appelé, désirant le voir avant d’entreprendre un voyage à Grenade. Il s’en allait, portant une lettre où le roi Frédéric déclarait à Fiadus iiiyric. son frère de quel profit avaient été pour lui les bons con- patJ7'2test' verit'

xiv' SIÈCLE.

Flacius Hlyric. , Catal. test, verit. , p. 374.

Curita, An.,t.I, p. 437. — Pierre- Joseph , ouvr. cité , p. 29. — Gaufridi, Hist. de Prov., 1. 1, p. 2o3. — Du Boulay, Hist. Univ. Paris., t. IV, p. 120.

— Astruc , Mém. , p. i5g.

seils d’Arnauld. Ils avaient relevé son cœur abattu. Sa foi chancelait; ils l’avaient raffermie. Tout à fait persuadé par le savant Arnauld qu’il existe une loi divine, et qu’011 doit se proposer avant tout de la suivre, il expliquait à son frère les motifs de sa conversion et l’exhortait à redevenir, comme lui, bon chrétien. Le roi d’Aragon répondit au roi de Trinacrie, le 3 des ides de juin 1809. On nous a conservé cette réponse, qui n’est pas une pièce moins curieuse que la lettre elle-même. Pour ce qui touche Arnauld, nous y voyons que Jacques avait dessein de le renvoyer à son frère, après l’avoir mis en rapport avec diverses personnes qui se trouvaient alors à la cour du pape. C’est l’indication obscure d’une mission qu’il ne devait pas tarder à lui confier. Nous allons maintenant parler de cette mission sur des documents qui nous la font mieux connaître.

Le 1er août i3o9, après de longs et solennels débats, Clément V avait couronné roi de Sicile et de Jérusalem , en fait roi de Naples, le troisième fils de Charles II, Robert, nouvellement marié à Sancie d’Aragon, fille du roi de Majorque. Robert était sur le point de quitter la ville d’Avignon et d’aller prendre possession de son royaume, quand le roi Charles envoya près de lui, chargés d’une négociation importante, Arnauld de Villeneuve et le vice-chancelier d’Aragon. Les deux ambassadeurs n’arrivèrent pas ensemble à la cour du pape; Arnauld s’arrêta quelques jours à Marseille, retenu dans cette ville par l’état fâcheux de sa santé. Aussitôt qu’ils furent réunis, ils abordèrent le roi de Naples et lui firent connaître l’objet de leur voyage. Le roi de Trinacrie, Frédéric, avait, dirent-ils, résolu d’aller conquérir la terre sainte. Il était donc prêt à rendre la Sicile au nouveau roi de Naples, au prix fixé par le traité de i3o2, et demandait simplement à Robert, comme don gracieux, de vouloir bien lui transmettre le titre vain de roi de Jérusalem. Robert était un politique clairvoyant, d’ailleurs conseillé par des gens très habiles. Ayant l’espoir de rentrer un jour en Sicile sans bourse délier, il répondit aux ambassadeurs qu’il avait aussi formé le dessein d’aller délivrer la terre

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sainte, et qu’il avait même promis au pape d’exécuter bientôt cette entreprise. La négociation fut, on peut le croire, bien conduite , mais elle échoua.

On n’a pas la preuve qu’Arnauld ait ensuite revu l’Espagne. S’il y retourna, ce ne fut pas pour y faire un long séjour. Un homme de son mérite et de sa renommée devait mieux se plaire à la cour de Clément V qu’à celle de Jacques IL Pour le retenir, le pape le fit son médecin. Il paraît, toutefois, qu’il ne le retint pas très longtemps; le roi Robert, que Barthélemi deCapoue nommait le Salomon de son siècle, prince très distingué, qui avait le goût des beaux esprits et surtout des savants, l’attira près de lui, nous ne savons en quelle circonstance, et le traita si bien qu’il lui fit oublier, non seulement Saragosse et Catane, mais encore Avignon. Près de lui et pour lui, Arnauld écrivit plusieurs traités de médecine et d’alchimie, entre autres celui qui a pour titre : De conservandajuventute. C’est à Naples qu’il fit la rencontre de Raimond Lull, qui l’appelle son ami ( Expérimenta , experim. xix), en reconnaissant qu’il lui doit une de ses plus belles expériences ( Experim . xm). Nous lisons, en outre, dans un écrit attribué à Raimond Lull que Robert, étonné de la science d’ Arnauld, se fit l’écolier de son hôte et voulut apprendre de lui le dernier mot de la chimie. Il paraît qu’Arnauld ne lui cacha rien de ce qu’il savait ou croyait savoir. Se trouvant encore à Naples après le départ d’ Arnauld, Raimond Lull aurait reçu la confidence des secrets dont le roi Robert se disait dépositaire : Ea accepi a serenissimo rege Roberto sab secreti sigillo; guæ guidera expérimenta ipse habuerat a perilissimo Arnaldo de Villanova, gui merito fous scientiæ vocari debet, guia in omnibus scientiis prœ ceteris hominibus jloru.il. Parmi les éminents docteurs que le roi Robert honora de sa familiarité, Giannone ne cite guère que des juristes italiens ; il a complètement omis le Catalan Arnauld de Villeneuve. C’est une omission que nous devions signaler.

La plupart des historiens rapportent la mort d’ Arnauld à l’année 1 3 1 3 ; mais, comme l’a déjà remarqué Lenglet du

Giannone, Hist.

du roy. de Napl. , t. III, p. 222.

Manget , Ribl.

chem., t. 1, p. 838.

Antonio, Bibi.

hisjl vet. , t. II , p. . i5.

Lenglet du F r. , Hist. de la phil.

herm. , 1. 1, p. 1 4 o.

XIVe SIÈCLE.

Du Boulay, Hist.

Univ. Par. , t. IV', p. 166.

, WaiUy (De), Éiém. depaléogr., t. I, p. 281.

Raynaldus, An-:

Fresnoy, c’est une fausse date. Arnauld était mort avant le 1 5 mars 1 3 1 2 , ainsi que le prouve une lettre de Clément V, que nous allons citer tout entière pour en expliquer ensuite plusieurs passages qu’on a très mal interprétés. Adressée, durant le concile de Vienne, à tous les évêques et aux recteurs de toutes les universités, cette lettre est ainsi conçue : Dudam (juondam mag. Arnaldas de Villanova, clericus Vcdentinæ diœcesis , physicas noster dum adhuc viveret, pluries postquam assumpti fuimus ad culmen apostolicæ dignitatis, nobis dixit ore tenus se valde utilem librum super medicinœ practica compilasse, guem nobis fréquenter dure promisit et etiam verbo dédit, in nos extunc in quantum potuit ejusdem libri dominium transferendo. Cum igitur M. Arnaldus morte prœventus præfalum librum tradere nobis juxta hujusmodi promissionem neqaiverit, fraternitati vestrœ ac vestrum singulis in virtute obedientiæ per apostolica scripta mandamus quatenus omnes electos, abbates, priores et decanos moneant quod quicumque habet vel habere alium soit prædictum librum revelari et ad nos transmitti curet; quod sibi sub excommunications pœna fieri jubemus. Datum Viennœ, idibus Martiis, anno septimo. On ne peut avoir aucune incertitude sur la date de cette pièce. Clément V, élu le 5 juin i3o5, datait du jour de son couronnement, qui eut lieu le i4 novembre de la même année; ainsi le jour des ides de mars, l’an septième de son pontificat, est bien le i5 mars 1 3 1 □ . Remarquons, d’ailleurs, que cette lettre, écrite de Vienne, ne peut être postérieure au 6 mai 1 3 1 2 , jour de la dernière session du concile.

Voici maintenant quelques détails sur la mort d’Arnauld. Symphorien Champierle fait mourir à Tunis, Hazon à Genève. Ces deux assertions sont aussi peu fondées l’une que l’autre. Arnauld était à Naples, s’y trouvant bien et ne songeant plus à quitter une si belle ville, une cour si polie, quand le pape Clément, dont la santé n’était pas bonne, le rappela. Arnauld s’empressa d’obéir aux ordres du pape, et partit; mais il ne lui fut pas donné de terminer son voyage : il mourut en mer, durant la traversée. Cela ne veut pas dire, comme le rapporte Rainakli, qu’il fut enseveli dans les flots

XIV SIECLE

avec le navire qui le portait. Il faut encore mettre de côté cette fable tragique. Arnauld mourut dans son lit, de vieillesse ou de maladie , et le navire , qui devait le conduire sur la rive française, déposa son corps dans la ville de Gênes, où il fut très noblement inhumé. Van der Linden nous atteste que, de son temps, on montrait encore la tombe de marbre où reposait la dépouille de ce grand docteur : ibi sepultus esl cum marmoreo monnmento c/uod adhuc ibi visitur.

Mais revenons à la lettre du pape Clément, pour réfuter les étranges commentaires qu’on a faits sur cette pièce. Elle paraît très claire. Arnauld étant mort sans avoir remis au pape un livre qu’il avait promis de lui donner, celui-ci rappelle cette promesse et réclame le livre, enjoignant à qui le détient de le restituer au plus tôt. Il est vrai que le pape n’en connaît pas le titre ; mais il sait qu’il contient des préceptes de pratique médicale et qu’il est d’une grande utilité; ce qui suffit pour l’indiquer. Eh bien ! quelle que soit la clarté de cette lettre, celui qui l’a publiée le premier, Abraham Bzovius, y a vu le plus foudroyant monitoire. Le pape écrit, dit-il, à tous les évêques, à tous les recteurs et conséquemment à tous les inquisiteurs de la chrétienté, les sommant de rechercher dans les recoins les plus ténébreux d’abominables écrits, laissés, comme on l’assure, par Arnauld de Villeneuve, et de les juger, de les condamner, de les brûler sans délai. On peut douter que Bzovius ait ici commis une simple erreur ; ce dominicain polonais , trop bien renté par les cardinaux et les papes, n’est pas un historien habituellement sincère. Cependant Luc Wadding, qui n’aimait pas les dominicains, l’a simplement, dans ce cas, taxé d’étourderie. C’est donc une étourderie bien surprenante. Mais on sera plus surpris encore de ce que, malgré l’observation de Wadding, renouvelée par Du Boulay, Hazon ait reproduit toute la narration de Bzovius. Cela nous imposait l’obligation d’en montrer de nouveau la fausseté. Non, jamais Clément V n’a donné l’ordre de juger et de brûler un écrit quelconque d’ Arnauld, son médecin et son ami. Quant à ce livre de thérapeutique usuelle dont il s’agit dans la bulle du 1 5 mars

nal. eccl. ad ann i3io, n° 39.

Castellanus (P.), Vitæ illustr. med. , p. 1 54.

Lindenius ren. , 1. 1, p. 90.

Wadding, Ann.

Minor. ad ann.

1 3 1 2 , n°’ 6 et 7.

Du Boulay, Hist.

Univ. Par., t. IV, p. 166. — Hazon , Notice, p. i3.

XIVe SIÈCLE.

Fresnoy, c’est une fausse date. Arnauld était mort avant le 1 5 mars 1 3 1 2 , ainsi que le prouve une lettre de Clément V, que nous allons citer tout entière pour en expliquer ensuite plusieurs passages qu’on a très mal interprétés. Adressée, durant le concile de Vienne, à tous les évêques et aux recteurs de toutes les universités, cette lettre est ainsi conçue : Du Bouiay, Hist. Dudam (juondcim mag. Arnaldus de Villanova, clericus Vcilenp.Di66Par ' IV ^næ diœcesis , physicas noster dum adhuc viveret, pluries postguam assumpti fuimus ad culmen apostolicæ dignitatis, nobis dixit ore tenus se valde utilem Ubrain super medicinæ practica compilasse, guem nobis freguenter dare promisit et eliam verbo dédit, in nos extunc in guantum potuit ejusdem libri dominium transferendo. Cum igitur M. Arnaldus morte prævenlus prœfalum librum tradere nobis juxta hujusmodi promissionem neguiverit, fraternitati vestrœ ac vestrum singulis in virtute obedienliœ per apostolica scripta mandamus guatenus omnes electos, abbates, priores et decanos moneant guod guicumgue habet vel habere alium soit prædictum librum revelari et ad nos transmitti curet; guod sibi sub excommunicalionis pœna fieri jubemus. Datum Viennœ, idibus Mardis, anno sepdmo. On ne peut avoir aucune incertitude sur la date de cette pièce. Clément V, élu . Waiüy (De), le 5 juin i3o5, datait du jour de son couronnement, qui ?rpd:8P,a,e°8r-' eut lieu le i4 novembre de la même année; ainsi le jour des ides de mars, l’an septième de son pontificat, est bien le i5 mars i3i2. Remarquons, d’ailleurs, que cette lettre, écrite de Vienne, ne peut être postérieure au 6 mai 1 3 1 2 , jour de la dernière session du concile.

Voici maintenant quelques détails sur la mort d’Arnauld. Symphorien Champierle fait mourir à Tunis, Hazon à Genève. Ces deux assertions sont aussi peu fondées l’une que l’autre. Arnauld était à Naples, s’y trouvant bien et ne songeant plus à quitter une si belle ville, une cour si polie, quand le pape Clément, dont la santé n’était pas bonne, le rappela. Arnauld s’empressa d’obéir aux ordres du pape, et partit ; mais il ne lui fut pas donné de terminer son voyage : il mourut en mer, durant la traversée. Cela ne veut pas dire, Raynaidus, An, comme le rapporte Rainaldi, qu’il fut enseveli dans les flots

avec le navire qui le portait. Il faut encore mettre de côté cette fable tragique. Arnauld mourut dans son lit, de vieillesse ou de maladie , et le navire , qui devait le conduire sur la rive française, déposa son corps dans la ville de Gênes, où il fut très noblement inhumé. Van der Linden nous atteste que, de son temps, on montrait encore la tombe de marbre où reposait la dépouille de ce grand docteur : ibi sepultus est cum marmoreo monumento c/uod adhuc ibi visitur.

Mais revenons à la lettre du pape Clément, pour réfuter les étranges commentaires qu’on a faits sur cette pièce. Elle paraît très claire. Arnauld étant mort sans avoir remis au pape un livre qu’il avait promis de lui donner, celui-ci rappelle cette promesse et réclame le livre, enjoignant à qui le détient de le restituer au plus tôt. Il est vrai que le pape n’en connaît pas le titre ; mais il sait qu’il contient des préceptes de pratique médicale et qu’il est d’une grande utilité; ce qui suffit pour l’indiquer. Eh bien ! quelle que soit la clarté de cette lettre, celui qui l’a publiée le premier, Abraham Bzovius, y a vu le plus foudroyant monitoire. Le pape écrit, dit-il, à tous les évêques, à tous les recteurs et conséquemment à tous les inquisiteurs de la chrétienté, les sommant de rechercher dans les recoins les plus ténébreux d’abominables écrits, laissés, comme on l’assure, par Arnauld de Villeneuve, et de les juger, de les condamner, de les brûler sans délai. On peut douter que Bzovius ait ici commis une simple erreur ; ce dominicain polonais , trop bien renté par les cardinaux et les papes, n’est pas un historien habituellement sincère. Cependant Luc Wadding, qui n’aimait pas les dominicains, l’a simplement, dans ce cas, taxé d’étourderie. C’est donc une étourderie bien surprenante. Mais on sera plus surpris encore de ce que, malgré l’observation de Wadding, renouvelée par Du Boulay, Hazon ait reproduit toute la narration de Bzovius. Cela nous imposait l’obligation d’en montrer de nouveau la fausseté. Non, jamais Clément V n’a donné l’ordre de juger et de brûler un écrit quelconque d’ Arnauld, son médecin et son ami. Quant à ce livre de thérapeutique usuelle dont il s’agit dans la bulle du 1 5 mars

nal. eccl. ad ann i3io, n° 3g.

Castellanus (P.), Vitæ illustr. med. ,

Lindenius ren. , 1. 1, p. 90.

Wadding, Ann.

Minor. ad ann.

1 3 1 2 , n0’ 6 et 7.

Du Boulay, Hist.

Univ. Par., t. IV, p. 166. — Hazon, Notice, p. i3.

XIVe SIÈCLE.

Du Fail, Contes d’Eutr. , édit, de 1842 , p. 195. — Theatrum chem. , t. IV, P. 3i7.

Astruc , Mémoir. , p. 161. — A. Germain, De la médec. à Montpell.,

Mariana , Hist.

de Esp. , lib. XIV, c. ix. — Germain, De la médec. à Montp., p. 5. — Schottus (Andr. ), Hisp. bibl. , t. II,

Eymeric. (Nicol.),

i3i2, on l’a retrouvé, et il est imprimé dans les Œuvres d’Arnauld sous ce titre : Practica summaria, ad instantiam démentis, summi pontificis.

L’incpiisition se fit, en effet, un devoir de flétrir la mémoire d’Arnauid, mais après la mort de Clément V. Nous n’avons pas toutes les pièces de la procédure; Nicolas Eymeric nous a, du moins, conservé la sentence finale, qui contient des détails très curieux. Il nous reste à les faire connaître.

Arnauld de Villeneuve était mort en possession d’une très grande renommée, qu’il a longtemps conservée. Il avait été le premier médecin de son temps. Mais il avait encore moins étonné ses contemporains par ses cures inespérées que par ses expériences chimiques. Elles avaient tellement frappé l’imagination des plus graves personnages , soit à la cour des rois, soit à celle des papes, qu’on n’hésitait pas à raconter qu’il avait fait de vrais prodiges. Ainsi Jean Andrea, dans un passage souvent cité de ses additions au Spéculum de Guillaume Duranti , rapporte que , devant tous les familiers du pape, en la ville d’Avignon, il convertit des lames de cuivre en lames d’or très pur, offrant de les soumettre aux épreuves de tous les orfèvres. Il aurait encore, selon Mariana, fait une chose bien plus merveilleuse; il aurait essayé de produire un homme : Ay cjuien diga, por lo menos el testado lo testificato, que intenta con simiente de hombre y otros simples que mezclo in cierlo vciso, de formar un cuerpo humano. Mais Arnauld ne s’était pas contenté d’être un tel médecin, un tel chimiste; il avait encore eu l’audace de se faire compter parmi les théologiens, et, dans un certain nombre de petits livres écrits en latin et dans la langue d’oc, il avait librement malmené les ministres de l’Eglise, surtout les moines, et même proposé des dogmes nouveaux. Nous avons déjà vu poursuivre et condamner un de ces petits livres. Après sa mort, sous un pape moins indifférent à la théologie que Clément V, de nouvelles poursuites furent conseillées et bientôt après commencées.

En l’année 2 3 1 7, dans la ville de Tarragone, un inqui-

siteur nommé Jeaji de Longerio et le prévôt de cette église, remplissant les fonctions de vicaire durant la vacance du siège, Geoffroi de Crudillis, soumirent à leur examen treize petits livres d’Arnauld, y trouvèrent quinze propositions hérétiques ou suspectes d’hérésie et les condamnèrent en si bonne forme que la plupart des historiens, non seulement ont enregistré cette condamnation , mais y ont souscrit.

Il avait premièrement prétendu que l’humanité divinisée en la personne de Jésus-Christ ne vaut pas moins que la divinité humanisée; ce qui parut aux juges un dire nouveau, conséquemment téméraire, et pouvant autoriser des conclusions contraires à la foi. Il avait ensuite émis sur une question du mêm e genre , la science ou l’enten dement du Dieu fait homme, une proposition nominaliste qui nous aide à comprendre la première : il avait dit que, la faculté de penser étant propre, non pas à l’humanité ou à la divinité, mais au sujelt individuel, l’intelligence n’est pas, en la personne (Je l’Homme-Dieu, divisible selon les deux natures, et qu’il sait en tant qu’homme tout ce qu’il sait en tant que Dieu. Cependant l’inquisiteur et le prévôt de Tarragone n’auraient peut-être pas remarqué, dans les petits livres d’Arnauld, ces propositions plus ou moins nouvelles, s’ils n’y en avaient pas rencontré d’autres, moins théologiques, mais plus agressives. Or il y disait encore que tout le peuple des prétendus fidèles était passé sous l’empire du diable, n’ayant plus de chrétien que le nom; que tous les moines, tous les religieux, falsifiaient la doctrine du Christ; que les œuvres de miséricorde sont plus agréables à Dieu que le sacrifice de l’autel; enfin, que, pour mériter la vie éternelle, il faut traiter charitablement son prochain, et non pas édifier des chapelles ou léguer de quoi payer des messes anniversaires. Voilà ce qui paraît avoir surtout scandalisé l’inquisiteur et le prévôt. Ayant donc extrait quinze phrases ou plutôt quinze membres de phrase où se trouvaient ces propositions malsonnantes, ils les condamnèrent et supprimèrent en même temps les treize petits livres qui les contenaient. Sprengel rapporte cette sentence aux premières années de

Director. inquis. , part. II, quæst. î 1 , 28. — Du Boulay, Hist. Univ. Paris., t. IV, p. 121.

Sprengel, Hist.

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