I. XXI, cap. iii
Hauréau , Bernard Délicieux , p, i48 et suiv. , p. 162 et suiv.
appel, Guillaume de Plaisian, accuse le pape Boniface VIII d’avoir eu trop d’indulgence pour un livre suspect d’hérésie. Sans contredit, on a le droit de s’en étonner.
Antonin de Florence rapporte à l’année i3io la condamnation prononcée par les docteurs de Paris contre Arnauld de Villeneuve. Le même chroniqueur ajoute que le condamné, quittant la France après cette aventure, s’enfuit en Sicile et dès lors ne cessa plus de courir le monde comme un malheureux proscrit. On voit combien il s’est trompé. Si les biographes venus après lui, n’ayant pas reconnu son erreur, l’ont aggravée, cela s’explique sans peine; sur une date fausse on ne saurait faire que de fausses conjectures.
Réconcilié, comme nous l’avons dit, avec l’Eglise, Arnauld ne revint pas néanmoins à Paris. Vainqueurs, ses ennemis auraient pu compatir à sa misère; vaincus, ils l’auraient persécuté, on n’en doute pas, avec acharnement. Il retourna peut-être vers le roi d’Aragon, ayant a lui rendre compte de son message. S’il le lit, il ne demeura pas longtemps à la cour de Jacques II, car il résidait en Italie, près de Benoît XI, dans les premiers mois de l’année i3o4- On a même lieu de supposer qu’il était un des médecins de ce pape. On lit, en effet, dans les pièces d’une cause célèbre, celle de Bernard Délicieux, qu’ Arnauld étant alors en cour romaine, Bernard lui fit porter un coffret contenant des potions et des poudres , avec un petit écrit sur la manière de s’en servir. C’était une recette pour empoisonner Benoît XI. Ce pape étant, comme on le sait, mort subitement d’une indigestion, la fable que nous venons de conter fut naïvement faite après sa mort. Il est certainement inutile de justifier Arnauld de ce crime imaginaire. Bernard lui-même en fut absous, pour sa part, malgré les dires de quelques témoins. Ces dires ne nous prouvent qu’une chose, c’est qu’Arnauld était à la cour du pape aux approches du 6 juillet
I 3o4. Mais après la mort de Benoît XI, il revint en Espagne.
II y était, dit-il, durant la vacance du saint-siège, c’est-à-dire entre le 6 juillet 1 3o4 et le 5 juin 1 3o5, quand le roi d’Aragon l’appela pouriui demander l’explication d’un songe.
Au dire de Rabelais, Arnauld fut un des rares mortels qui jamais ne rêvèrent. Où Rabelais a-t-il pris cela? Nous l’ignorons. C’est probablement une fable scolaire. Quoi qu’il en soit, Arnauld portait grand intérêt aux rêves des autres, croyant fermement qu’on peut, en les interprétant, prédire les événements futurs. Il a même fait un traité pour donner les raisons de cette croyance. Voici donc le songe qu’avait eu le roi Jacques : «Mon père m’est apparu, dit- « il, vêtu d’un habit splendide, et, m’ayant offert quatre « forts lingots d’or, il m’a recommandé de les porter au « monnayeur, qui ne manquerait pas d’en faire* de la belle «et bonne monnaie; et puis il a ajouté : Le monnayeur, « c’est Arnauld de Villeneuve. » Que pouvait signifier un tel rêve? Arnauld nous assure qu’il ne tarda pas à l’expliquer. Jacques II était un prince mal réglé dans ses mœurs, très justement aussi peu respecté qu’aimé. Ayant donc l’occasion de lui donner une leçon de conduite, Arnauld en profita. Il avait vu, lui dit-il, sous les traits de son père, Dieu, le père de tous les élus, et les quatre grands lingots d’or étaient les quatre Evangiles. Pourquoi l’avoir désigné, lui, maître Arnauld, comme devant faire avec ces lingots de la bonne monnaie ? Parce qu’il a fait sur les Evangiles de petits livres très clairs et très moraux. Si le roi veut prendre la peine de lire ces petits livres, il y trouvera bon nombre de maximes d’état, extraites des Evangiles pour l’instruction des princes. Il y verra, par exemple, que les rois, les chefs quelconques, ont été institués par Dieu luimême dans l'intérêt non des grands, mais des petits. « Combien de fois par semaine, demanda-t-il au roi, donnez- « vous audience aux pauvres gens? — Une fois, répondit le « roi, dans mon palais, et, de plus, quand je me promène à « cheval, dans les champs, dans les villes, j’écoute volontiers «toutes les plaintes qu’on m’adresse. — Ainsi, lui répliqua -«le moraliste 'évangélique, vous faites l’extraordinaire de « l’ordinaire. Chaque jour votre porte est ouverte à la cohue « de vos riches courtisans, le soir comme le matin, à toute «heure, et elle l’est aux pauvres le plus rarement possible,
XIVe SIÈCLE.
Rabelais , Pau tagruel , livr. HT
ch. XIII.
Flacius jHyric.
Catal. test, verit.
Ibid., p. 364 .