CHAUVINISME
Au pays qui produit la vigne, Vous ignorez le "caribou;" Et pour vos pêcheurs à la ligne Notre gougeon serait tabou:
Un poisson blanc du Saint-Maurice Nourrirait dix ans le Borda.
(Sans que cette gloire périsse, Nous avons mieux au Canada.)
Jadis, l'Espagne eut caravelles, Nefs, galions et découvreurs, Pour livrer des terres nouvelles A l'appétit d'accapareurs, D'alguazils et d'autres rosses.
Sans envier cette armada, Dans le ministère des drosses, Nous avons mieux au Canada.
Vous évoquez souvent le charme
Des belles des autres pays,
Mais les peuples, de Londre à Parme,
En resteraient tout ébahis
S'ils connaissaient cet œil de flamme
Que pour nous seuls Dieu dérida:
Même au royaume de la femme,
Nous avons mieux au Canada.
Ah! chez nous, mère, sœur, épouse, La femme dérobe du Ciel Tous les divins trésors des Douze, Et son baiser au goût de miel Rendrait fou le plus grand stoïque Qui sur terre vagabonda...
Même en galéjade héroïque, Nous avons mieux au Canada.
Octobre 1913.
Comme un rameau jauni qui flotte au fil de l'eau, Silencieusement vers la traite prochaine Les Ouendats quittent la rive otouachaine Avec leur canotille étrange de bouleau.
Le mouvement rythmé des torses nus s'enchaîne, Et les avirons clairs forment un long doubleau, Qui verse dans le lac un rayonnant rouleau D'innombrables paillons, que la brise déchaîne.
Trente jours ils iront. Les portages ardus, Que hantent le chablis et les rochers perdus, Ne désarmeront pas la constance huronne.
L'itinéraire long que la forêt couronne
Cache mainte embuscade aux replis du terrain,
Mais les tribus ont foi dans le Lys souverain.
Juin 1911.
Per francos
A Monsieur Etienne Jjdiii/, de V Académie française.
Quand Dieu voulut rouvrir ses chemins de la terre Aux hommes qui cherchaient le Royaume promis, Il choisit Tolbiac. Les Germains raffermis Repoussaient la francisque et domptaient le hastaire.
Clovis pria le Ciel. Dès lors ses ennemis Faiblirent dans l'effroi du glorieux mystère. Triomphateur vaincu, le Gaulois réfractaire Devant les fonts rémois vaillamment se soumit.
Des siècles de grandeur ont répété ce geste. Les millénaires vont, mais le miracle reste Qui relève la Croix et resserre nos rangs.
Des berges de la Seine aux rives laurentiennes, La même voix redit les hymnes anciennes : Les volontés du Christ survivent par les Francs!
Juin 1912.
Au Maréchal Joffre
DOUBLE B ALLAD E faite pour les élèves des Capucins d'Ottawa, qui désiraient offrir leurs hommages au généralissime des armées françaises, nouvellement créé maréchal par la République (1916).
Payé serez sans delay ny arrest :
Vous n'y perdre/, seulement que l'attente. LA REQUÊTE.
Ou plus que Job soit en griefve souffrance
Qui mal vouldroit au royaume de France!