‹ Aromes du terroirChapitre 15 sur 19 · LA MOISSON DES GUEREIS · texte numérisé non relu

LA MOISSON DES GUEREIS

La Moisson des Guérkts

C'est un simple village épanoui dans l'herbe. Pour fleurir, il n'a pas les flancs d'un mont superbe, Ni, pour se rafraîchir, la perle des embruns, Que le soleil irise au seuil des cataractes, Ou que la brise épahd en brumes inexactes, Sur le talus précipité des schistes bruns; L'air salin ne vient pas dire ses aventures, Aux villageois lassés des terriennes toitures, Et rêvant de paj^s inconnus et lointains, Où le corps se flétrit et l'âme se referme, Pour avoir renié les amours de la ferme, Vers des rivages incertains.

ARQMES DU TERROIR

Il n'a pas de torrents, pas de glaciers farouches, Pour rompre les chemins sous l'essieu des barouches, Ni, pour être célèbre, un lyrique vallon Où vient, le front nimbé, soupirer un poète, Qui cherche le silence et la rime inquiète, En livrant aux zéphyrs sa tête d'Absalon; Son luth ne chante pas les fastes de l'Histoire, Mais il se réjouit dans la fougue aratoire Qui dresse, tous les ans, des moyettes de blé Sur les chaumes tordus par le trésor des gerbes; Il fait sa poésie avec l'or des proverbes, Quand le grenier vieux est rempli.

Il n'a jamais connu l'immensité des fleuves Qui portent bruyamment les humaines épreuves, Des paradis perdus aux enfers retrouvés; Mais son calme ruisseau s'égare dans la plaine, Et pose les ferments dont sa langueur est pleine, Sur les champs qu'il arrose et qu'il a rénovés; Dans son unique rue où tient tout son royaume, . Il sait tous les bonheurs que le printemps embaume, Avec le coloris des flores sur le vert, Des plumages sur l'aile, et des feux sur les ondes; Il sait tous les berceaux où sont les têtes blondes Qui viennent consoler l'hiver.

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