‹ Aromes du terroirChapitre 18 sur 19 · LA MOISSON DES GUÉ RETS · texte numérisé non relu

LA MOISSON DES GUÉ RETS

Il est temps que la Bêche élague la Couronne, Et frappe sans merci la horde fanfaronne Des courtisans improductifs et vicieux; L'ouvrier des blés mûrs et l'artisan des villes Gardent libre leur cœur, si leurs mains sont serviles, Et ne comprennent pas qu'un roi capricieux Puisse aux hommes nier le droit sacré de vivre, Quand la fausse grandeur de son orgueil l'enivre; Ils songent que la vie appartient à Dieu seul, Et savent que le glaive aux mains des chefs d'empire Vient des rages d'enfer et de la Haine pire, Qui remet Jésus au linceul.

Il est temps que la Mort halte sa chevauchée, Pour glaner les froments de la plaine fauchée. Le travailleur a droit de s'attacher au sol, Où sont nés ses aïeux, où grandit sa famille, Et quiconque osera toucher une ramille, Aux arbres de son champ, ou promener le vol Des décrets inhumains dans la paix des chaumières, Aura le sort affreux d'être maudit des mères, Dont les vœux vont tout droit au cœur sanglant du

[Christ,

Mort pour elles, et mort pour ceux que la souffrance A jetés à genoux dans un cri d'espérance Vers le Fils de l'Homme proscrit.

Quand la ville mourrait, quand toutes ses usines Effriteraient leurs murs aux sueurs assassines Sur d'informes débris par la flamme lavés; Quand ses riches manoirs crouleraient en ruine Sans rien laisser au poissement de la bruine Qu'un peu de leur poussière embuant les pavés; Quand le palais-théâtre et ses lambris à fresque Tomberait dans l'égoût qui le déborde presque; Quand le temple, trouant l'azur silencieux De ses accents d'airain qui parlent dans les cloches, Verrait dans son vaisseau la mousse sur les roches, Le blé pousserait vers les cieux.

Mais le village reste et règne sur le Monde, Son sceptre est le froment que le soleil inonde, Sa couronne est de fleurs, et son glaive est un soc, Il donne avec la paix l'amour créé pour l'homme, Les grandes libertés dont la joie est la somme. Il impose à la source une assise de roc, Et veut qu'elle lui verse, en écoulant ses perles Dans le bois abritant les pinsons et les merles, Sa fraîcheur pour les nids, ses, ondes pour le pré; Il est plus près du Ciel, ayant la foi naïve, Et ses vœux vont plus haut, lorsque la nuit pensive Eteint l'horizon empourpré.

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