‹ Aromes du terroirChapitre 17 sur 19 · LA MOISSON DES GDÉEETS · texte numérisé non relu

LA MOISSON DES GDÉEETS

La clairière grandit et pousse sa trouée Dans la forêt que l'acier franc a secouée; D'autres soles, au flanc large et laborieux, Evidant au soleil la poix du conifère, Font naître du hameau la sereine atmosphère; Et la prière prend son vol mystérieux, Monte des toits bleuis par les bûches nouvelles, Qui prédisent dans l'âtre un essaim de javelles Comblant la tasserie et poudrant le moulin, Pendant que les colons ployés devant la flamme, Dévotieusement offrent à Dieu leur âme, Effluve du soir opalin.

La Muse des bois-francs éloquemment exhume, Autour des ais de cèdre et des billes en grume, Le trésor enfoui par le colon rêveur Dans le secret des nuits et de l'effort tenace; Elle a vaincu des ans la cruelle menace, Et terrassé l'oubli dans la foi du Sauveur, Et la maison carrée, asile des ancêtres Dardant sur l'avenir l'œil clair de ses fenêtres, Se rouvre pleinement aux fils déracinés Qui pleurent aujourd'hui leur mère nourricière, Et cherchent à laver la glu populacière Qui les retient emprisonnés.

Elle dit que le peuple oublieux se décime En mesurant son cœur à l'axe d'un décime, En jaugeant à poids d'or le prix de sa fierté, Qui sombre d'égoïsme et de lâchetés mornes; En quittant les hameaux étagés sur les mornes. Et délaissant les champs de sa nativité, Pour aller mendier aux traîtrises urbaines, La dégénérescence et les torves aubaines, Que lui jette un faubourg en salaire brutal, Avec les toits sans feu dans les ruelles closes, Avec la faim, le vice et ses tuberculoses, Qui gémissent dans l'hôpital.

Et pourtant, le village aux émotions saintes Donne aux cœurs plus de joie, aux âmes moins de

[feintes,

Pour payer les sueurs qui fécondent le sol. L'apostolat du blé n'a pas d'indifférence Pour la peine vouée à la bonne souffrance. La tâche dédaignée est comme un vitriol, Et brûle jusqu'au fond la fibre du courage, Quand la honte du soc maudit le labourage, Et reproche à la main une callosité Noire comme un sillon, et comme lui profonde, Qui porte la naissance et l'avenir du Monde En sa sereine austérité.

LA MOISSON DKS GUÉRËTS

Village simple, et bon, où se lèvent les têtes Vers Celui qui créa les blés et les poètes, Le Dieu de tous les temps et de toutes les fois, Qui parle avec amour aux humbles, qui l'écoutent, En un langage clair que les fourbes redoutent, Car il inspire au cœur plus d'actes que de lois. C'est ce Dieu qui conserve une âme à la Patrie, Aux heures où les deuils l'ont rudement meurtrie, Et c'est Lui qui demande aux glèbes de combler Les vides que la guerre a creusés dans la race, Afin que l'avenir reconnaisse la trace Des forts que rien n'a pu troubler.

Le village a donné sa part à la mitraille, Et demande sans peur à la meute qui raille D'où venaient les héros qui reprirent Vimy, Dans l'érèbe insensé des tortures chimiques Qu'un monstrueux engin des clameurs dynamiques Versait, comme un torrent sans cesse revomi Par tous les noirs volcans qui martèlent la Terre, Sur les enfants des bois luttant dans les cratères. Combien ont étouffé le râle de l'échec, Et remis l'arme au bras pour avancer quand même En défiant debout leur épouvante blême, Pour la gloire du vieux Québec!

Le paysan s'acharne au viol de la Victoire, Et son œuvre soutient la foule expiatoire Qui pour la Liberté donne son jeune sang; Et ceux qui sont tombés sous l'horrible avalanche Des obus et des gaz que la rage déclanche, Par terre et par les airs, meurent en bénissant Le souvenir consolateur d'un vieux village, Pour que les fils du sol, brisant le vasselage, Redressent sur la vie un front moins soucieux, Pour que leurs yeux n'aient plus, sur les fermes

[inertes,

Le spectacle émouvant des campagnes désertes, Et des ruines devant eux.

Les révolutions naissent dans les campagnes. L'idée altière fuit quand même hors des bagnes Que les vieux préjugés imposent au labeur. L'Ave Caesar n'est plus, qui bouscule les foules Dans la mêlée ardente où l'humanité croule. Les ferments qui germaient dans la chaude vapeur S'échappent du soi noir dont ils brisent l'écorce, Et poussent librement leur richesse et leur force Dans l'azur et la brise où vont les vols d'oiseaux; L'atome qui dormait dans la féconde vase Grandit dans les rameaux des chênes en . extase, Et vit dans les frêles roseaux.

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