LE RUISSEAU
Poursuivant son chemin dans l'aride platière Où le sable et la roche étouffaient les ferments, Il posa son limon sur les affleurements, Pour réveiller la vie au sein de la matière.
Ayant rempli sa tâche et fini son parcours, Il disparut au confluent d'une rivière; Mais c'est elle qui prit l'allure haute et fière Pour lui voler le prix de son œuvre d'amour.
janvier 1918.
Le lac
Simple goutte d'azur tombée au sein des fleurs. Le lac arrondissait l'orbe de son rivage Autour du frais taillis de son bosquet sauvage, Où venaient pérorer tous les oiseaux hâbleurs.
Le granit se perdait sous les roses rustiques. Une zone viride et vive de bluet Marquait le rendez-vous où la flore affluait, Pour chanter en parfums ses sublimes cantiques.
AEOMES DU TERROIR
Véronèse aurait peint dans ses fonds lumineux Le vert ensoleillé qui dominait la plaine; Diaz eût reconnu la claire marjolaine Dans la montée abrupte aux talus floconneux.
C'est là que se vidait aux heures libertaires L'école du village, oublieuse des lois, L'écho s'embellissait de francs rires gaulois Au scandale émouvant des voix autoritaires.
Les eaux, profondément, recélaient la vigueur Des corps souples et sains nageant en contrebande, Et puisant en baignade une grasse prébende De gaîté, pour tromper d'imminentes rigueurs.
Des lutins habitaient les cavernes lacustres, Attentifs à punir les grèves d'écoliers, Et nouaient et tordaient en humides colliers Les maigres oripeaux des bruyants petits rustres.
Ah! le bon lac! Il aimait trop les doux enfants Pour tuer leur sourire, et jamais ses naïades N'avaient, sous le filet des lâches embuscades, Fermé de petits yeux dans les joncs étouffants.