LE LAC
Les rêves du jeune âge et les songes de fées Voyaient entre deux eaux les ondines s'enfuir, Les lutins s'effacer, les follets enfouir Dans les antres tout noirs leurs macabres trophées.
Pauvre lac aujourd'hui dépouillé d'horizons, Comme les cœurs flétris tu demeures sans joie! Ta grève de rochers tristement se déploie Autour d'une eau stagnante où grouillent des poisons.
La ville a mis sur toi la lourdeur d'un suaire, Où tes oiseaux parlaient la langue du vrai Dieu. Et la Mode a chassé dans un poignant adieu Les desservants ailés de ton doux sanctuaire.
Janvier 1918.
La vieille église
Au sommet le plus haut, elle est dans la clarté. Son clocher monte droit vers le ciel qui l'attire. Symbole de l'Amour et de la Foi martyre, La Croix se tient debout devant l'Eternité.
La campagne voulut élever sa prière
Avec l'ascension des neumes du plain-chant,
Et dressa sur les murs l'humble pierre des champs,
Pour témoigner à Dieu la croyance ouvrière.
La nef est embrumée, et l'odeur se répand
Des vœux que tout le jour laissent monter les cierges
Pieusement brûlés par les sereines vierges,
Dont le cantique pur ennoblit le serpent.
Dans les bancs noirs, rangés en scrupuleuse ligne, L'usure du prie-dieu parle de piété Plus que les paroissiens aux feuillets tachetés, Où sont les oraisons que l'image souligne.
La Table-Sainte creuse, aux endroits où les vieux Sont venus en pleurant prendre le viatique, Pour tromper leur faiblesse en un repas mystique Et gravir sans terreur la route des adieux.
Et les surplis froncés cachant la soutanelle Portent le souvenir des générations Qui font la force et la grandeur des nations, En conservant la foi des choses éternelles.
Le vieux curé n'est plus, qui pour les miséreux Saintement dépouillait les jeûnes de sa table, En songeant qu'un Enfant naquit dans une étable Pour que les dénûments fussent moins rigoureux.