LA CEINTURE FLÉCHÉE
L'écheveau s'anima, précipita la roue,
Brûla les doigts de Jeanne et poussa le fuseau;
Et le fil, bigarrant les mailles du réseau,
Sema les contours purs dans l'ordonnance floue.
La mèche s'allongea comme un flot des couleurs, Et les pleurs de Jeannette, en perles de rosée, Firent des ronds vermeils sur la laine croisée, Gemmes opalescents qui buvaient les douleurs.
Pour consoler une âme, ô lice empanachée, Tu fis naître un chef-d'œuvre inimitable ailleurs, Car le Rêve et l'Amour furent les émailleurs Qui mirent à leur feu la Ceinture Fléchée!
La trame éblouissante illumina la nuit, Et Jeannot, tout ému de la lueur étrange, Vit dans l'apothéose une flamme de frange Nimbant le front aimé qui se penchait vers lui,
Son désir inconstant rentra par la fenêtre, Et le tendre baiser qui fleura les cils d'or, Comme un philtre divin, s'épanouit encor Au front des fiancés dont l'âme vient de naître.
Car Jeannette et Jeannot vivent dans tous les cœurs, Et la chaîne qu'au Ciel une vierge a ravie, Retient l'homme à genoux durant toute la vie Près des anges courbés sur les berceaux vainqueurs.
Muse des temps heureux, tu restes sans gardienne! On commence toujours sans jamais achever La ceinture d'antan, qui nous porte à rêver Des paisibles vertus de l'âme canadienne.
Mais cette âme, aujourd'hui, méprise le vieux temps
Où Jeannette priait naïvement la Vierge;
Un remous étranger lentement la submerge,
Et rit des saintes fleurs qui doraient nos printemps.
La Ceinture Fléchée a fui notre demeure, Avec l'illusion qui berçait nos mamans.
Souvenirs disparus des ancêtres aimants, Vous préparez le glas de notre dernière heure!
Janvier 1918.
Moue printànière
La dernière neige nous glace Après le faux soleil de l'Ours.
L'hiver en tapinois relace L'hermine sur le vert velours.
L'herbe s'était remise à croître Dans l'aire humide du terreau, Et le bourgeon poussait son goitre Au nez du monde passereau.
AROMES Dr TERROIR
Pendant au moins une semaine, Le sol, sous la chaleur molli, Avait repris son rire amène Depuis novembre démoli.
Etourneaux, geais, merles et grives, Venus avec leurs violons, Symphonisaient sur les solives Qui font niche dans les moellons.
La libellule damoiselle, Reprenant son air sauvageon, Du ramier condamnait le zèle A battre l'aile de pigeon.
Arrivant en bruit de rafale, Toute la famille Moineau Dans l'humus se gorgeait la fale, Qui rondoyait comme un tonneau.
Ca et là de jeunes boutures.
Craintives de voir l'astre en feu, Se terraient le long dés clôtures En attendant le couvre-feu.