‹ Aromes du terroirChapitre 9 sur 19 · MOUE PRINTANIÈRE · texte numérisé non relu

MOUE PRINTANIÈRE

Acharnés autour d'une mare, Un essaim de grouillants marmots Que réclaboussement chamarre, Faisaient de la boue et des mots.

Des croassements de corneille Rauquaient dans le limpide azur, Pendant que les nids en corbeille Se moquaient d'elle, sur le mur.

Puis on vit Jean et sa Jeannette Qui se regardaient sans parler, Lui rougissant, elle inquiète, ' Et craignant de capituler.

Toute la vie allait renaître!

Lorsque venu d'Ën-Haut, tout noir, Apparut le norroi, ce traître, Entraînant son gel et son soir.

Et l'herbe fut toute glacée, Le bourgeon mourut de douleur, La terre eut sa robe froissée Et les oiseaux eurent souleur.

Les nids turent leurs mélodies, Voyant sous le ciel inclément Des perspectives enlaidies Surgir à fond de firmament.

Jeannette et Jean, le cœur en peine, S'enfuirent du bois parfumé, Pour couvrir d'un gilet de laine Leurs cœurs transis d'avoir aimé.

Profitons bien des heures brèves Qui se réchauffent de soleil, De baisers, de serments, de rêves, Dans un merveilleux appareil.

La bourrasque monte trop vite Sur nos ébauches de bonheur, Et nos illusions en fuite Ne laissent que du vide au cœur!

Avril 1916.

VANNAGES

Spauks Street

La foule des badauds passe, le regard terne. Toujours la même rue où le flegme lanterne, S'étire, et se déroule autour des mêmes points, Dans un ondulement de hanches et de poings! On dirait un ruban taché d'ocres en poudre, De céruse épandu qu'on oublia de moudre, De cobalt et de vermillon mêlés de noir. Sur le gris du pavé, le long ruban fait voir

Ses ressauts éclatants qui vont en sens inverse.

A tous les carrefours un autre flot déverse

D'autres badauds en queue au sein du flottement.

C'est là que la Misère en toilette qui ment

Vient cacher les douleurs et la faim qu'elle endure.

Les rires se font brefs, et la parole est dure.

Les gestes préparés s'envolent à foison

Vers les beautés d'antan qui teignent leur toison.

Bonjours précis et secs sortis des voix cassantes,

Arrêts devant la montre, œillades aux passantes,

Tout est étudié, tout est convention.

C'est l'heure où les bureaux font leur procession

Sur le trottoir usé qui double la grand'rue.

Bureaucrates courbés à la mine bourrue,

Petites dactylos revenant au foyer

En quête d'un faux oncle apte à les giboyer.

Ronds-de-cuirs élagant les dettes ambulantes,

Tous ont des voluptés inquiètes et lentes.

lie parasite cherche un pactole amical

Qui le tienne à l'abri du créancier chacal.

Fillettes et guenons prennent des airs de reines,

Dans leurs corsets guindés qui leur servent de rênes.

Les séniles vieillards courent les cotillons,

En rajustant leurs fracs par gestes tatillons;

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