G. VAN OEST ET C; ÉDITEURS
Lorsque la cathédrale de Laon, au commencement du xn e siècle, eut péri dans les flammes, un groupe de communiers promena par pays les reliques insignes du sanctuaire, afin de recueillir les sommes qui étaient nécessaires pour le rétablir. Comme ils arrivaient dans la ville d'Arras, nous raconte le moine Herman, un vieil orfèvre, qui habitait ce lieu et qui était aveugle depuis douze ans, se fit décrire la châsse de Notre-Dame et la reconnut pour l'œuvre de ses mains. Et il pria la Vierge qu'il lui fût permis non seulement de toucher le reliquaire, mais encore d'en contempler la splendeur. La vue se ralluma dans ses prunelles mortes, et il rendit grâces à sainte Marie parce qu'il lui était donné de revoir, avant sa mort, le
précieux travail de ses veilles, et les cent clochers d'Arras, et les coteaux du pays artésien où il avait vu le jour pour la première fois.
Si ce miracle avait lieu aujourd'hui, sans doute le vieux batteur d'or, en rouvrant les yeux, pousserait-il un cri de douleur, et demanderait-il au Ciel, comme une grâce suprême, de le replonger dans l'éternelle nuit. Tant est grande la pitié d'Arras ; tant les barbares, de jour en jour, s'efforcent de réduire en un monceau de ruines ce qui a si longtemps charmé les regards des hommes.