GEORGET, LUC1LE
LUCILE, rentrant. Georget !
GEORGET. Lucile !
lucile. Me suivre, m’espionner!... Ah! c’est trop fort! georget. Je suis chez moi, madame 1 lucile. Vous voulez dire chez moi... Je viens de m'arranger avec le concierge...
georget. El moi avec le propriétaire.
lucile. Oit ! je ferai valoir mes droits... car c’est une véritable persécution... et après la scène d’hier...
georget. Oui, la treille-troisième depuis que notre duo amoureux s’est transformé en trio conjugal et discordant, avec une tante à la çjef...
lucile. Après la scène d’hier, il ne peut plu3 y avoir rien de commun entre nous.
georget. Voilà un mot de la Pince-Moulin... Je le reconnais. Exécrable belle-tante !
- lucile. Monsieur!
georget. Heureusement que son influence viendra bientôt expirer au seuil de la justice ; car il y a, au chapitre de la séparation de corps, un article 877 qui dit... Hum ! qu’e3t-ce qu’il dit doue, l’article 877 ?... Ah ! j’ai mon Code sur moi... (u tire le livre de sa poche.) Oui, madame, voici à quoi vous m’avez réduit. Ce livre, aussi aride que bien écrit, est devenu mon vade mecum, c’est mon journal du matin, c’est ma Patrie du soir. (Après avoir cherché vivement.) Alt ! voici I (Lisant.) « Les parlies sont tenues de comparaître en personne devant le président du tribunal, sans pouvoir se faire assister d’avoués ni de conseils... (Appuyant.) ni de conseils !... » Ça y est!,.. Consignée, la Pince-Moulin!... Oh! génie du législateur !
lucile, vivement. Oui, mais je retrouverai ma tante à l’audience; car je ne céderai pas, il y aura audience t...
georget. Oui, avec avocats, avoués, auditoire, Gazette des Tribunaux /... Et allez donc !
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lucile. Voyez l'article 879.
georget, hors de lui. Elle connaît les articles et leur numérotage 1 La Pince- .Moulin lui a communiqué son vicel Elle lui a insinué le Code!... Horrible! horrible!...
lucile. Lisez donc, monsieur !
georget, cherchant. 879... (Lisant.) « Sont réputés vices rédhitoifes... » Non, ce n’est pas ça. (Feuiiletaut et s’arrêtant tout à coup.) Ah ! l’article 272!... en voilà un qui vaut son pesant d’or, et que l’on ne vous a pas lu, j’en suis bien sûr! (Lui présentant le livre.) Lisez donc un peu. ,
LUCILE, faisant sauter le livre d’un revers de main. Eli ! laissez-moi tranquille avec votre Code ; il y a des injures qui 11 e se par* donnent pas !
georget, exaspère. Toujours la Pince-Moulin... Eh bien, oui , nous plaiderons ! et je ferai faire à l’audience le portrait de la tante, par l’avocat Chose, qui exécute si bien la peinture en noir ! Je crois déjà y être. (Plaidant.) « Ah ! messieurs! de même que l’épine est sous la fleur... de même que le ver se loge dans le fruit... de même on voit poindre quelquefois au milieu des plus purs bonheurs domestiques, cet insecte qu’on appelle une tante... » Nous avons eu notre insecte!
lucile. Appeler ma taute insecte!... Quelle horreur!... Mais on vous répondra, ma tante me l’a dit..; il y a des avocats pour tout le monde ! Et croyez-vous qu’on ne frémira pas lorsque mon défenseur s’écriera : (imitant Georget.) « Ah! messieurs! vous ne voudriez pas livrer de nouveau cette malheureuse jeune victime à ce Minotaure... » (Montrant Georget.) georget. Sapristi! madame 1 lucile. Le mot est de ma tante!
georget. Oh ! vous 11 ’aviez pas besoin de le dire. lucile, continuant. « A ce Minotaure, qui n’a pas craint de verser la douleur et l’injure sur le front d’une tante... Que dis-je?... d’une mère!... aujourd’hui blessée au cœur, et qui descendra bientôt dans la tombe en pardonnant à son assassin!...»
georget. Bravo ! c’est sublime ! c’est bien d’elle! lucile. Et l’on nous adjugera nos conclusions ! georget. Elle sait le mot ! Mazette ! comme vous voilà styêe ! Un vrai clei’c de procureur!
lucile. Ah ! j’ai un Code aussi...
georget. Je m’en doutais!... On s’aperçoit bien que vous voyez souvent le Cbipotard.
lucile. Je le verrai demain pour la première fois. 11 viendra avec son neveu, M. Alfred, qu’il me donne pour avocat. georget, dédaigneusement. Maître Alfred Cbipotard ! lucile, insistant. Maître Alfred Cbipotard! vingt-sept ans! et du talent, dit-on; nous préparerons ensemble nos moyens. georget. Ce ne sera pas long !
lucile. Vous voulez dire que ce ne sera pas difficile... Grâce