‹ Arrière-saisonChapitre 11 sur 18 · TOAST CHAMPÊTRE · texte numérisé non relu

TOAST CHAMPÊTRE

Du pauvre Monsieur Thiers en toupet ridicule; Elle a rnis son chapeau fleuri sur la pendule, Oté ses gants de Suède, et puis, ayant pensé. Tout à coup, qu'on ne s'est pas encore embrassé, Elle s'approche, avec son air sainte-n'y-touche, Et pose lentement sa bouche sur ma bouche. Quelle minute!...

Un cri nous appelle soudain:

Le déjeuner! On est servi dans le jardin. Sous la tonnelle basse, auprès du jeu de boules. On court se mettre à table en effarant les poules. Victoire encor! Rien n'a changé! Tout est pareil! Voici le gai vin blanc qu'il faut boire au soleil Et dont la courte ivresse en rires se dissipe. Le lourd couvert d'étain et de terre de pipe Dont un joyeux rayon fait vibrer les couleurs. Et des cerneaux tout frais dans une assiette à fleurs,

... Puisqu'après ce repas nous faisons une pause Et que mon verre est plein, efïeuilles-y la rose,

Ma chère, que tu fais tourner entre tes doigts;

Car je veux boire au nid de nos amours ! Je bois

Au clocher du village, orné d'un coq de fonte.

Qui depuis cinq printemps, — à mon âge, on les compte, —

Le long des jeunes blés, pleins d'oiseaux et de chants,

Nous a vus tant de fois faire un bouquet des champs.

Je bois aux toits moussus où, comme nous fidèles.

Reviennent, chaque été, les bonnes hirondelles.

Je bols aux verts fourrés de ronce et de genêt

Où l'écho semble aimer ta voix qu'il reconnaît.

Je bois aux vieux témoins de nos gaîtés champêtres.

Aux fleurs dans les grands prés, aux fraises sous les hêtres,

A la forêt où chante au lointain le coucou.

Aux sentiers dans lesquels, te baisant sur le cou,

Je t'étreins brusquement pour te dire: «Je t'aime! »

Enfin, je bois au cher pays, toujours le même.

Où, depuis ce matin, nous sommes de retour.

Chère, et qui n'a pas plus changé que notre amour!

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