‹ Arsène Darmesteter: Reliques scientifiques recueillies par son frèreChapitre 12 sur 41 · SUR QUELQUES BIZARRES TRANSFORMATIONS DE SENS · texte numérisé non relu

SUR QUELQUES BIZARRES TRANSFORMATIONS DE SENS

peu, par suite de Thabitude, l'esprit oublia la première signification, fit un second paralogisme et donna au mot cadran une nouvelle acception, pleine et entière. Aujourd'hui le mot n*éyeille plus que l'idée du cadran d'une horloge, d'une pendule, si bien que pour lui faire exprimer celle du gnomon on est obligé d'^outer l'épithète solaire^ preuve évidente de la déviation qu'a subie la signification première du mot.

Maintenant, rien n'empêche que le mot n'ait une histoire ultérieure, qu'un nouveau déterminant (si l'on veut, Vémail blanc de la sur/ace)^ commun au cadran do Thorlogo et à un autre objet quelconque, fasse appliquer à ce dernier l'appellation du premier. L'usage avec ses hasards en décidera.

La marche que nous venons d'étudier peut être représentée par une formule mathématique *. Soit m, n, o,pj etc., une série d'objets ; soit A une quantité quelconque propre à»?, b une qualité quelconque commune à la fois h m et Si n; c une quantité quelconque commune à n et ùiO ; d une quantité quelconque commune à o et à|7, etc. ; soit enfin A un mot exprimant la qualité a. A servira à dénommer m, d'abord comme adjectif, tant qu'il rappellera la qualité a, puis comme substantif, quand, à la suite d'un paralogisme, il désignera m dans l'ensemble de ses qualités; puis à l'aide des déterminants b, e, d, etc., grâce à une double série de métaphores et de paralogismes, A deviendra le nom de n, de o, de p, etc.

Cette loi trouve son application dans un grand nombre de mots de notre langue, des autres langues romanes, et en général des idiomes indo-européens *. Le lecteur pourra en faire l'application sur plus d'un exemple.

Revenons aux mots que nous avions considérés au début de cette note. Le passage d'une signification à l'autre se fait partout de la même manière. D'où vient la contradiction entre le point de départ et le point d'arrivée ? C'est que les déterminants «, S, c, d^ etc., pouvant être quelconques, il n'est pas plus extraordinaire qu'ils soient contradictoires entre eux qu'indifférents,

(RevHô philosophique^ vol. II, 1876, p. 519-522.)

* Cf, A. Darraeslctcr, l. e„ p. 249.

* Il semble que, dans les langues sémiliques, il n*en soil pas tout à fait de même. Les mots gardent plus Tolonticrs leur signification métaphorique, et ne passent pas facilement par le paralogisme qui en fait une signification nouvelle. Cf. Renan, Histoire des langues sémitiques^ 3* édition, p. 23.

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