II. — B, I, 0, u, brefs
Nous ne donnons pas d'exemples de la chute de ces voyelles ; nous renvoyons aux listes dressées par M. Brachet, listes qui présentent plusieurâ exemples douteux ou faux ', mais qui toutefois sont assez riches pour établir cette chute avec certitude *. Nous voulons examiner les exceptions dont M. Brachet n'a pas rendu compte, et qui se ramènent en général à la troisième loi de la chute des finales. Toutefois, avant d'entreprendre cet examen, il est nécessaire de constater que les exigences de Teuphonie ne sont pas les mêmes dans Tintérieur et à la fin d'un mot, et que tel groupe de consonnes finales ne demande pas après lui d'« féminin comme voyelle d'appui, qui, placé avant la tonique, réclame absolument cet e féminin. Que Ton compare sanctum^ saint à sanctitatem^ saintEded, saintEé ; il est évident que la présence de Ve féminin est due dans ce dernier mot, non seulement au groupe net qui précède la protonique, mais encore au t qui la suit ^.
Voici maintenant des exemples de Taction des groupes :
Protonique ë : intEgrinum — integrin, ent&rin,
per&grinum — peîegrin (it. peîlegrino) pèlerin.
* Il faat d'abord retrancher de ces listes les mots qui sont de purs dérivés français, voir plus haut, p. 97, n. 3. Il faut ensuite supprimer les mots dont la quantité est donnée faussement : racine de radîcina et non radïeina, etc., et enfin ceux qui en vieux français avaient un e féminin, comme perresil» Nous retrouverons plus loin ces deux dernières catégories de mots.
' Ajoutons, toutefois, ici deux exemples : pitié Qi moitié, PiStâtem^ par réduction de Tbiatus au mojen d'un yod intercalé, est devenu piyStâtem^ d'où piytat pitié (je dois cette explication à M. Louis Havet], de même que medietatem donne mediyetàte^ mediytat^meiytat^meitiéf moitié. Toutefois ce dernier mot peut s^expliquer encore par la série mediStâte^medyëtdt^ meydtat, meitié, moitié. — A côté de pitié on trouve les formes piteé et piés^ pée. Piteé sera expliqué plus loin ; quant à j»«V>, pée, que Ton rencontre Hans le Miracle de saint Éloi (pages 59 a, 74 b et 77 b, voir le Jahrbuch^ 1869, p. 262), celte forme est étrange ; je ne puis guère y voir qu'un dérivé de Tadjectif pie (dans œuvres pies],
s Un peu différents sont les faits que présentent les mots comme marberin^ eham^ beriere, etc., où Ve ne peut représenter une proionique latine. Marberin est un adoucissement de marbrifiy dérivé français du mot marbre. A la fin du mot, la langue, n'admettant pas de proparoxyton, est contrainte d'accepter le groupe rbr (maRBRe) ; à l'intérieur du mot c'était autre chose, et marbrin pouvait devenir marberin. De môme le latin cameraria a dû passer par une forme camraria, chambrière (trisyllabique), d'où par adoucissement chamberière (et plus tard chambri-ière). Daus ces mots et les analogues, Tintercalalion de Ve est un fait postérieur, propre au français ; cette voyelle ne représente aucun élément étymologique. Il n'en est pas de môme dans l'exemple de sainteé = sanctitatem. Toutefois ces deux ordres de faits présentent de grands rapports et on ne peut guère les séparer ; au fond ils reposent sur le môme principe. Il n^est pas sûr que Ve de larrKcin soit un affaiblissement de Vo de latrO' . ânium ; ce peut être un e euphonique, intercalé, dès l'époque romane, aussitôt après la chute de l'o, pour éviter le groupe tr-e ; le fait serait tout à fait analogue alors à celui de marbarin^ la date seule différerait.
Scarabaeus n'est pas Toriginal d^escardot, lequel dérive à^escharhe = scdrahus = «ipoCoç.
La conjugaison normale de comparer en v. fr. est, pour les formes accentuées sur le radical : compère, compères, comvere^ comperenl, — que je compère, etc. ; pour les formes accentuées sur la terminaison : comparo7i8 ou comperons, comparez ou ccmperez, comparer ou comperer, etc. *. Ces formes s'expliquent par le composé latin comparare, décomposé en ses deux éléments côm et parère. De là les formes ayant a : comparons^ comparer^ etc., et les formes ayant e : {je) compère^ [ils) comperent, etc. Ensuite, par une réaction de ces dernières sur le reste de la conjugaison, on voit naître les formes analogiques: comperer, comperons, comperrai, etc. A côté de ces formes on trouve plus rarement comprer qui dérive du latin populaire comperare, lequel est à comparare ce que imperare est à * inparare et ce que * seperare est à separare.
Seperare qh QfiQi, comme comper are, appartient au latin populaire*. Toutefois le v. fr. severaJ, severalemsnt, peut étpe rapporté à l'adjectif latin separ, separis, d'où * separalis.
A long. Le maintien de a long ne fait pas l'ombre d'un doute. Les exemples sont inutiles. Signalons seulement les contractions de douerai, mènerai, denerée, en donrai dorrai, rnenrai merraij denrée, dont nous avons parlé plus haut.
La seule exception à la loi du maintien de Vd est donnée par merveille, de mirâhilia ; merveille paraît déjà dans l'Alexis. Il est à remarquer que la langue d'oil se sépare ici de toutes les autres langues romanes; aurait-elle dit mirîhilia sous l'influence de mirîficus ^.
L'e issu de ^ ouâ tombe généralement, à une époque postérieure, après une liquide ou une voyelle ; à: àlhastre, parvis ; à : serment, dernier, vraiment, etc.
> Jusqu'à quel point toutefois peut-on sa fier aux leçons des éditions imprimées? Souvent les mss. représentent la syllabe er ou ar de ce mot par une sigle. Gomment résoudre rabréviation ?
« Voir Schuchardt, Vokal, I, p. 195 ; Storm, /. <r., p. 100.
s Les noms propres présentent des siiifçulantés. L'a (quelle en est la quantité ?) se mainiient dans Aejuilana, Yveline; Alamons, AUmont ; Aravaiyiitm, Alevard; Limariacum, Limera^; Nugaretum {Nucâretum?)^ Noeroy (aujourd'hui Norroy); Satanacum, Satenay (aujoura hui Stenay) ; Tricassinum^ Troiesin^ etc. Mais il tombe dans Camaractttn^ Cambray ; Caraciacum^ Charcé ; Oeverannum^ Javron (on ne trouve jamais Ckarecé^ Javeron] ; Olann>ttiva, Olandèoe ; Sihanfctis, Senlis ; Tarvanent^is, Ternois. Cambray s'explique : au ix* siècle on écrivait Cameracum, et il y a là une iulluence évidenie de caméra^ chambre; les autres noms sont pour moi jusqu'ici inexplicables : toutefois il est possible que la forme pri:nilive de Siîvanectit soit Sihinectit et qu'il y ait eu confusion avec Siha, La Notitia Diynttatutn donne Sthaneetes; la plus ancienne iorme romane m'est signalée par NI. Flammermont dans les Monuments historiques de Tardif (p. 55), c^Cfrt le dérivé Selnectinse qui se trouve dans une charte de 770. — Les noms qui précèdent sont antérieurs à l'an 850; j'en dois la liste à l'obligeance de M. Longnon ainsi que d'autres listes que j'ai mises plus loin a profit.
IL — B, I, 0, u, hrefs.
Nous ne donnons pas d'exemples de la chute de ces voyelles ; nous renvoyons aux listes dressées par M. Brachet, listes qui présentent plusieurâ exemples douteux ou faux *, mais qui toutefois sont assez riches pour établir cette chute avec certitude *. Nous voulons examiner les exceptions dont M. Brachet n'a pas rendu compte, et qui se ramènent en général à la troisième loi de la chute des finales. Toutefois, avant d'entreprendre cet examen, il est nécessaire de constater que les exigences de Teuphonie ne sont pas les mêmes dans Tintérieur et à la fin d*un mot, et que tel groupe de consonnes finales ne demande pas après lui d'e féminin comme voyelle d'appui, qui, placé avant la tonique, réclame absolument cet e féminin. Que Ton compare sanctum^ saint à sanchtaUm^ sainiided, saintEé ; il est évident que la présence de Ye féminin est due dans ce dernier mot, non seulement au groupe net qui précède la protonique, mais encore au t qui la suit ^.
Voici maintenant des exemples de Taction des groupes :
Protonique ë : intEgrinum — integrin^ enierin.
per&grinum — pehgrin (it. peUegrino) pèlerin.
* Il faut d'abord retrancher de ces listes les mots qui sont de purs dérivés français, voir plus haut, p. 97, n. 3. U faut ensuite supprimer les mots dont la quantité est donnée faussement : racim de radîeina et non radteina, etc., et enfin ceux qui en vieux français avaient un e féminin, comme perresil. Nous retrouverons plus loin ces deux dernières catégories de mots.
* Ajoutons, toutefois, ici deux exemples : pitié Qi moitié, PiStâtem, par réduction de Thiatus au moyen d'un yod intercalé, est devenu piyëtâtem^ d'oîi piytat pitié (je dois cette explication à M. Louis Havct], de même que medietatem donne mediyttàte^ mediytat^meiytat^meitié, moitié. Toutefois ce dernier mot peut s^expliquer encore par ia série mediëtàte^medyëtdt^meydtat^meitié, moitié. — A côté de pitié on trouve les formes piteé et piéê^ pée, Piteé sera expliqué plus loin ; quant à pié^^ pée, que Ton rencontre dans le Miracle de saint Éloi (pages S9 a,*74 h et 77 d, voir le Jahrbuch, 1869, p. 262), cette forme est étrange ; je ne puis guère y voir qu'un dérivé de Tad- Jeclif pie (dans œuvres pies),
s Un peu différents sont les faits que présentent les mots comme marierin, eham^ ieriere, etc., où 1*0 ne peut représenter une protonique latine. Marherin est un adoucissement de marbrin, dérivé français du mot marbre, Â la fin du mot, la langue, n'admettant pas de proparoxyton, est contrainte d'accepter le groupe rbr (maRBRe) ; à l'intérieur du mot c'était autre chose, et marbrin pouvait devenir marberin. De mdme le latin cameraria a dû passer par une forme eamraria, chambrière (trisyllahique), d'où par adoucissement chamberière (et plus tard chambri-ière), Daus ces mots et les analogues, Tintercalation de Ve est un fait postérieur, propre au français ; cette voyelle ne représente aucun élément étymologique. Il n'en est pas de m6me dans l'exemple de sainteé = sanctitaiem. Toutefois ces deux ordres de faits présentent de grands rapports et on ne peut guère les séparer ; au fond ils reposent sur le môme principe. Il n^est pas sûr que Ve de lamaein soit un affaiblissement de 1*0 de latrO' einium ; ce peut être un e euphonique, intercalé, dès Tépoque romane, aussitôt après la chute de l'o, pour éviter le groupe tr-e ; le fait serait tout è fait analogue alors è celui de mar&Brt», la date seule différerait.
Dans ces deux mots les groupes nt-gr^ r-gr ont sauvé la protonique * .
1 M. Brachet dans le Jahrhuch ciie peregrinus comme exemple du maintien de Ve loug, à tort ; car IV, bref par nature, ne s'allonge pas devant gr. Le latin populaire ignorait la quantité ad libitum qui n^était qu'une licence à Tusage des poètes classiques. Ceux-ci scandaient pàtr~em, allongeant la syllabe pat^ mais non la T03'elle à; le peuple disait pà-trem, M. Havet m'assure que ni Piaule ni Térence ne scandent pat-rem (et les mots analogues], mais pà-trem. D'ailleurs la position, si elle modifie la nature de la syllabe, laisse intacte la voyelle qui garde sa quantité et par suite son timbre spécial : sëa [cf. le grec EÇ) se prononçait sèw ; lèm (cf. Ugem] se prononçait Uxf cf. deipSetum devenant despit et dirêcium devenant droit. Si la voyelle conserve son timbre devant deux muettes, à plus forte raison devant deux consonnes dont la seconde est r. En fait, on n^a pas d'ewemple d'une voyelle brève par nature, allongée en roman devant une consonne suivie de r« M. G. Paris dans son Accent latin (p. 39*^, M. Scbeler dans son Saposédes lois qui régissent la trans/brmation française des mots latins [ip. 38), citent : tonnerre, tonnoire de tànïtru; mais le mot latin presque exclusivement employé par la Vulgate est tonttruum; arbire de arbiter : il faut partir de arbitrium; tarière de térëbrum, tarière vient de taràtrum qui a donné Tespagool taladro, le provençal taraire (cf. latro laire), le v. fr. tarère, encore existant dans les patois, déformé ensuite en tarière. Alâcrem, d'où alegre, s'est confondu avec acrem dont il a reçu l'accentuation. Sntier vient bien de intigrum; mais Ve n'a pas été allongé par le groupe gr / il y a eu la simple déplacement dVcceut de in sur te pour maintenir le suffixe. Klême déplacement d'accent, même cou^ervation de la voyelle brève dans paupière de palpibra [conservé plus fidèlement dans le palpre du Ps. d'Oxf., X, 5] ou suivant M. Ascoli (Studj eritici, parte II) de palpUra qu^indique Varron. On peut citer encore couleuvre, mais colubra présente tant d'anomalies qu'on ne peut rien conclure de ce mot. Colùber a Vu bref, mais non colubra, -brum qui chez les poètes ont presque toujours Vu long, d^où l'on est en droit d^affirmer une prononciation générale colûbra, -brum, dont colÛbra, -brum est une licence due à l'analogie de colÛber. D'un autre cdté le vieux français culnevre, prov. eolobre-bra "^ esp. cu/ebra [de cultMbra) indiquent un type eolSbra, -brum et môme euclôbra»brum. Il semble qu'il faille admettre l'existence d'un cÔlûbra, brum qui, par une siugulière métathèse de voyelles, serait devenu, en conservant Tacceut primitif, cûlÔbra-brum, Enfin citons encore ténèbre de tenèbra ; mais ténèbre est savant ; il vient du latin de la liturgie, comme le prouve la forme tenebror qui dérive de l'office du soir ; prima, secundà tenebrarum [G. Paris, Accent latin, p. 42). Le Psautier du British Muséum [Codex Cottonianus Nero, C, iv, dans Fr. Michel, Ps, d'Oxford, p. 18), traduit cette ligue de la Vulgate [Ps. xvii, 13] t Et posuit tenebras latibulum suum > par c E posât tenebras sa repostaille >. Le mot latin est tout bonnement reproduit. C'est un exemple, comme beaucoup d'autres, de mots dus aux clercs ou au latin de la liturgie, et entrés dès les premiers temps de la langue dans le parler populaire. Tels sont encore chapitre, titre, ordre, épttre, diacre, etc. ; si ces mots étaient populaires, c^esl-à-dire remontaient par tradition orale au latin parlé en Gaule au iv* siècle, ils seraient devenus chavii ou chevii (avec l mouillée), seil (cf. seille de situla), orne (orne d'ailleurs existe en v. français au sens de rang, ligne, et dans les patois au sens de sillon, de là ornière), evestrSj diatgne [ou quelque chose d'analogue). Ce^ mots ont conservé l'accent latin parce qu'ils ont pénétré dans la langue avant le xii* siècle, époque où se perd le sentiment de l'accent latin et français. Dans capitulum, chapitre, ea devient cha parce qu'on sentait encore la parenté de cha (prononcé sans doute tcha ou peut-être encore hcha) avec ca; c'est aiusi que le mot savant candelabrum devient ehandelabre dans l'Alexis. 11 faut donc distinguer soigneusement des mots vraiment populaires, ceux qui sont entrés par le latin des clercs ou le latin liturgique dans la langue, et qui dès lors se soumettent aux lois phonétiques générales de la langue. Pour en revenir à ténèbre, s'il venait directement du latin populaire, en admettant l'accentuation tenSbra et même tenSbra, il serait devenu tenievre [cf. fêbrem, fièvre) ou tenoivre (cf. bîbere bWre [»= bêb're] boivre]. L'espagnol tiniebla, au xiv* siècle tiniebr^ (Berceo, ikin Millan, 212, 2] rentre dans la série des mots comme chapitre.
Protonique ë : * supm'dnum — soverain à côté de sovrain *.
* UbïLrdticum — beverage à côté de bevrage*.
opKrâre — overer à côté de ovrer *.
sepElire ^sevelir*.
* paupRrinum — poverin *.
Ici nous trouvons l'action combinée des groupes t;-r, v-l devant la voyelle accentuée. La forme primitive et normale est ovrer, bevrage^ sovrain, sevïir, povrin; mais la langue a senti le besoin d'adoucir ces formes; ce n*a été qu'une tendance, et non une transformation absolue ; voilà pourquoi Tintercalation de Ve féminin n'a lieu en somme que sporadiquement. De même les futurs en vrai (avrai, savrai, devrai) sont la règle ; les formes postérieures en verai, l'exception ®.
Il faut encore citer comme exemple du maintien de la protonique obéir, bérmr, maldr, qui sont des mots de formation savante ', alevain,
' Fille sui Dieu le tovrain pere (Rose, 5840).
Car pleust au souvrain roi (Bartsch, Bom, et Pastour,^ p. 49).
Moût amoit Dieu souvrainemeut [Tobler, Aniel, 81].
Liqueuls d'euls doux est lor sires souvrains (Amis, 3120).
He Dez, fait-il, biaus pères souverains (Id.t 3080).
Dont est ferme par droit sus amour souveraine (Le Dit des Dames, 24).
Où sont- ils, Vierge souveraine 9 (Villon, Ballade des Dames de jadis],
* Ains del beverage ne bui [Creslien de Troyes, dans Mœtzner, Altfr, Lieder, xxxYiir, 28, p. 64). La mesure demande de lire beverage et non bevrage; Ve de ve n^est donc pas orthographique. Le texte publié par Wackernagel dans ses Altfranzœsisehé Lieder porte [p. 44) : Onhes del bovraige ne bui.
' Tut ad oes uveret [Ph. de Thaûn, Bestiaire^ éd. Wright, 83). Vers de sept syllabes.
Por qui Deus a plus overé [Chronique des ducs de Norm., III, p. 505, vers 1307); vers de huit syllabes.
Ouveraigne dans Palsgrave, 29.
* La forme seoelir est la seule usitée ; sevlir ne se rencontre pas.
> Si lurn remaint, si Trent as poverins [Alexis, 20, e).
Nos somes ci. lu. conte poverin [Girbert de Metz, dans Bœhmer, Boman. Stud.^ I, 512]. Poverin peut être un dérivé français de povre, comme marberin Test de marbre»
^ Et vos neveus tos quites raveres [Aliscans, 1330).
Vostre amour avérai (Bartsch, Bom, et Pastour., p. 151).
Tenez, biaus fieus, vous l'averse (Tobler, Aniel^ 143).
No[s]tre grant guerre averiens afînei (Girbert de Metz, ibid.^ I, p. 445, v. 46).
Vers tôt le mont les deveries tenir (/âf., ibid,j p. 457, v. 26).
Faut-il attribuer à Taction des groupes (tout comme dans ehamberiere, marberin) ou bien à Taction analop^que du futur de la première conjugaison, les formes telles que frainderat (P. d'Oxford, XXVIII, 5), beneïsterat [id., ibid.,\0], prenderai [Huon de Bordeaux, 239), bâtera (Bartsch, Bom. et Pastour., 249), venderoient [Joinville, éd. de Wailly, lxii, 318), metterons (irf., ibid,^ cxii, 580), etc., etc.? Vraisemblablement il faut distinguer suivant les mots. Ces formes exceptionnelles se poursuivent jusqu'au XVI* siècle, et Ronsard dans son Art poétique recommande de les éviter.
7 Obedire eMTsM donné ob^udire, ovdîr; cf. le prov. abaunir ; benedié're et ma/0> dièdre, sous l'action du latin Ulurgique, ont conservé intact le premier terme bene. Les formes populaires d'ailleurs sont bendirê et maldire. Ces trois mots ayant été introduits avant le xx* siècle, le d médial a pu ensuite disparaître.
qui présente un fait particulier ^ oliphant de ëUphdntem, mot bizarre qui ne semble pas être d'origine populaire, emperere qui est une véritable anomalie. On ne peut guère admettre dans ce dernier mot Faction d'un groupe m/?-r, car temperare donne iem^ver et non femp^r^ ; il est vrai que la métathèse tremper semble indiquer une difficulté de prononciation qui rendrait compte de Ve de emp-^-rere; toutefois ce groupe mpr est normal en vieux français. Y aurait-il dans emperere une infiuence savante du titre imperator remis en honneur par Charlemagne et ses successeurs?
eignificat
certificat
magnificat
multiplicat
quadnfûrcum
quadnîiénem
Protonique î : significat — senefie^
— {fl)certefie^
— magnefie *,
— montepîie^ moutepîie^
— carrefour^
— careilïony matricuîdrium — marreglier^^ dominicélla^ dom-
nicélla — dam&iseUe,
Patricidcum — Perrecy,
— asperté^ aspreté^
— saintedé (Ps. d'Oxford, XCII, 1) ;
— chasteéf
— neteij
— piUeéf
— veveé,
— quiteded (Roland, 90'7), etc.
Do ces mots en eded, eé^ les uns sont primitifs : sainteé^ chastêé ; les autres sont dus à l'analogie des premiers^, et remontent certaine-
asperitdlem sanctiidlem
et de mémo : casliidtem
* mitidïidtem
* putiditdlem
* viduitdiem
* quietitdtem
> Alevai» vient de allëvdmen^ et apparlieat à la famille de allevare^ y. fr. alever^ composé dans lequel levare a été traité comme s^il était simple : a-leoer (voir plus haut, p. 99, note 5]. Le maintien de Ve dans aUe-ver a déterminé celui de al-e-vain,
• Les composés en * -ficûre :=. fier, se décomposent en leurs deux éléments qui prennent chacun l'accent ; voilà pourquoi * fieàre garde son /*. Le traitement de 'fîcare comme * ficare semble toutefois indiquer qu^on a affaire à des mots d'origine savante, et ce qui vient à l'appui de cette manière de voir, ce sont les formes certainement populaires aJgier, frotigier =z adtficare^ fructtfirare, dans lesquels la protonique immédiate de fcdre tombe régulièrement. Même doute pour mouteplier,
• Dans matneularium = matncUrium, marrEçlier^ le maintien de Vf est rendu nécessaire par le groupe précédent tr et c'est la seconde protonique « qui tombe.
• Quelle est l'origine de ducheé, eonteé^ piteé, mots qu*on rencontre a côté de duché, conté, pité {oM pitié\ , par exemple dans : c Lors doua Ji empereres Baudoins au conte Looys de Blois la ducheé de Nique . (Villebard., cxxvi). « Quant vint à tere si en fist dueei » (Huon de Bord., 3109). . Et le meilleur castel de cbeste conteé % (Doon de Majence, v. 242) ; . De la douleur qu'ele a et de la piteé % [Id,, v. 222 j cf. id..
ment à Tépoque primitive, ou les adjectifs fiiiidus^ putidtis^ etc., ne s'étaient pas encore contractés en net , put ^ etc., et où le suffîxe était encore vivant sous la forme itate (ou edade, edad). D'un autre côté, des mots tels que bonitatem^ sanitaiem^ puritatem^ veritatem^ etc., devait se dégager plus tard, dans la période française^ un suffixe té qui a développé des mots comme lascheté^ lasté. Dans ces mots nouveaux, on voit tantôt paraître un ^ féminin, tantôt non ; Ve se produit quand Tadjectif radical est terminé par un e {lasc?ie, lascheié)^ ou par une ou plusieurs consonnes qui, combinées avec le / de /é, produiraient un groupe peu harmonieux ^fàls, mais faîseté ; chétif, mais chétivelé^ etc.). Enfin, dans certains mots, Ve indique un commencement d*orthographe BBLYSinte {pureté , setireté^ é, côté de purié, seiirté, et par analogie foleté, etc.).
Comment expliquer les mois preechier, empeechier, qu'on rapporte à prœdicare^ irnpedicare? Preechier a une autre forme prechier *, qui est directement le lat. prœdicare ; cf. vendicare^ venchier (à côté do vengier). Quant èl preechier, ne serait-il pas issu àe * praediciiare ? Quoique le changement de cti en ch soit encore inexpliqué, il n'en parait pas moins formel dans allécher^ delécher, fléchir^, etc. L'explication des diverses formes de empéchier : empaiechieTy empéechier, empeschier, ernpegier reste insuffisante : empaichier^ empegier, remontent à * empac- Uare, empedicare, mais empeechier ?
Protonique Ôeiû. Je ne vois à citer que petrôséïinum — peresil ' et
V. 712, 749, etc). Il faul voir dans ces mots, non des formes primitives, mais des formes analo^^iques de date relativement récente. Due est un mot savant pris du latin duw ; de ce mot, après le vu* siècle^ on tire à Taide du suffixe atum^ le dérivé due-aium qui devient régulièrement duchié, et à Taide du suflixe itatem (sous une i'urme telle que edad^ ou eded] , le second dérivé duch-edédy dncheé. En effet, après le Tii* siècle, le changement de ce ci en che chi est normal ; cf. skina esehine^ qvisqvunum heskunum chaseun^ çvercinum kersnus chesne ; de la môme manière duc-issa fait duck^sse^ franC'itia franck-ise, Ducheé est douu un doublet à côté de duehié^ doublet dû à l'analogie des formes telles que quitedé^ taintedé^ vetedé^ etc. Même explication pour pitné^ conteé; ce dernier surtout était amené nécessairement par duehié^ d'après le parallélisme (/mcA^, ducheé; conté, eonteé.
* Les vers suivants réunissent les deux formes : ja i^ni preeschier ne sauras Que tien en aies por presehUr [Chev. au Ijon, 5954-55). Vs qu'on rencontre devant ch est purement orthographique.
* Nous supposons que celle forme aurait subi, postérieurement au changement de tiar en cier^ un changement identique à celui qui a atteint la palatale. Ti -(-une vuycile, et c[«;, c(t), devieiînentenmôme temps dans les diverses langues romanes c, U ; a une seconde époque (voir p. 104, note 4), dan^ de nouveaux mots' (pour la plupart d*origine germanique), le c palatal de Aa, ki, ki se change en français eu c et le groupe (c]ti -\- une voyelle, reformé alors, subit également ce changement.
* Voir plus haut, p. 97, n. 1. Cf. latrôeinium larreci», latro lerre. — Nous ne citons pas ici le mot leopardum parce que Vo n'y est pas réellemcut une proionique. Ce mol a revêtu des formes variées en frauçais : liepatt (Crest. de Troyes, Chev. au lyon, 178 ; Doon de Mayence, 1657 ; Durmart le Galois, 1279 ; etc.) ; lieupart (Durmart, 7024) ; leupart (Holaud, 733, 1111, 2542) ; Upart (Roland, 728) ; lupart (Huon
turtûrella^ qui donne tortrelle ^, d'où plus tard par adoucissement torterelie ^.
Il convient maintenant de rappeler Taction exercée par les consonnes mouillées h i sur les protoniques qui les précèdent : humiliarey umolier; Av&niommy Avignon ; * campmùmem^ champignon ; acvleénùm^ agmllon ; jfapilio?iem, pavillon (de là les suffîxes illon, ignon, qu'on trouve dans diambrillon^ cendrillon^ échantillon^ maquignon, lumignon *, etc.