III. — B, I, o, u longs
La chute de la protonique longue est aussi réelle que celle de la brève ; elle n*a pas été reconnue jusqu'ici parce que dans un grand nombre de mots elle est contrariée par diverses causes qui agissent spécialement sur les mots dérivés et sur les formes de la conjugaison. Dans collôcdre^ colchier, tô étant une protonique brève tombe comme il tombe dans càllôcat colche où il est atone finale. Bonum a l'accent sur o et devient bon ; dans honitatem^ Vo^ tout en perdant Taccent tonique, reçoit un accent second : hàni-tdtem^ et Vi de béni comme 1'^ de tdiem tombe. Ici le jeu des lois phonétiques est simple. Il n'en est pas de même pour certains mots à protonique longue ; la voyelle atone dans quelques formes, ou dans les radicaux de ces mots, peut recevoir l'accent ; * ratiônare, *ratiénat; ajûtdre,ajùtat; dolôràsum, dolorem; Simîcdbilem , amicum. De là des actions diverses d'analogie qui viennent troubler l'harmonie de la loi phonétique. A cela s'ajoutent encore des changements de suffixes qui jusqu'ici n'ont pas été reconnus. Il résulte de ces diverses causes que dans beaucoup de mots la protonique longue paraît s'être conservée ; mais il ne faut pas être dupe de ces apparences, et quelque nombreuses qu'elles soient, donner comme des exceptions à une loi les applications d'autres lois.
1® La protonique longue tombe. 2** Préservée par un groupe de coude Bordeaux, 595 ; Chaos. d^Antioche, VllI, 983). Lepart et lupart sont deax affaiblissements différents de Uupart dont Uevpart est une forme dipbtonguée. On se trouve donc en présence de deux formes liepart et Uupari^ dans lesquelles le maintien du p ne peut s'expliquer que parce que parfum est traité comme un mot a part. Léo étant traité comme simple a donné régulièrement soit /tV, soit lieu^ Uu (d'où plus tard devenu atone /«, U), tout comme Deu[ni\ a donné D^é o\i Dieu Deu,
^ Ore vivrai en guise de tortrele [Alexis, 30 d\,
* Si r'avoit aillors grans escolee
De roietiaus et torterole* (Rose, 651).
Plus simple. . .
Que torterele ne coulons. (7(2., 8522).
> Voir sur ce mot Scheler, ddns la Eomania^ IV, p. 460.
sonnes, elle reste sous la forme d*un e féminin. 3^ Elle est conservée dans certains mots sous Finfluence de mots de même forme lorsque la protonique des premiers se trouve être la voyelle accentuée des seconds. 40 Dans d^autres mots elle paraît conservée sous forme à'e féminin, quoique, en réalité, par suite d'une substitution de suffixes, cet e représente normalement un a étymologique. Tels sont les faits que nous allons maintenant établir.
l"» B, I, 0, u longs tombent.
e long : Aud)i7idcum ' (Avdnay Aunay) Aulnay
Aurididcum Orly
AnrKÎidnis Orliens
llasphamàre bïasmer •
consv&tûdinem costume
elEmàsyna almome
erEmita ermite '
inquiKtûdinem enquitume
Latinidcum Lagny
quiEtdre quitier *
sevKrinum Seurin Surin [vocah, Hagiol.)
SevEridcum Givray
verECÛndia vergogne
vervEcdrium hergier
vervEcdîium bercail
vervEcile herzil
vidErdbeo vedrai^ verrai
et de même tous les futurs des verbes en ère :
calErdbet chalra^ cJialdra
debErdbeo devrai
^ La plupart des noms géographiques que nous donnons dans ces Ustes nous ont été fournis par M. Lungnon. Ils sont empruntés a des documents antérieurs à Tau K50. Quaud la forme moderne s^écarte beaucoup de la forme primitive, nous donnons les intermédiaires entre parenthèses. La quantité de Audënacum est indiquée par celle de Audëna^ nom de rivière dont on ne peut pas séparer Audënacum,
* On peut hésiter toutefois pour blasmtr qui peut dériver de blasme = blasphéma = pXàa9T](Aov : cette dérivation expliquerait l'absence de furmes blasfeimet = blas' phêmat. Le Roland a déjà un subjouctif blasme = blasphëmet [vers 1546).
* 11 u^est pas évident que de érSmm (provençal erms) on doive conclure à erëmita ; car érëmus doit sa quantité à Taccentuation du grec lpT](io; (= érëmus); ce fait ne se produit pas pour è(>T)(i.ÎTir); qui doit donner régulièrement e/êmita. Srëmus chi fréquent dans les poètes cbréiieiis, spécialement dans Prudence [iv* siècle) ; erëmita ne se trouve qu'une fois au vi* siècle, dans Fortunat {VUa Saneti Martini ^ III, 628).
* Quiëtâre présente un développement phonétique analogue à celui de ptêtdtem (cf. plus haut, p. 101. n. 2) : quiëtâre quijëtàre çuijtare quitier, -^ Sur enquit^me^ voir le Jahrbuch, 1869, p. 25-i, et 1870, p. 145.
*cadBrdbeo *faUKrdbêt^ etc.
% long : Camisidcum (i f) dormiiôrium eradicàrê
molvidrium partitiônem radicina saïuidrium
rîcjtiénia venirdbeo
et de même :
audirdbeo fugirdbeo^ etc.
long : audoricut
* barondiicum
^TUDBS FRAKÇAISBS
chedrai^ cherrai
falra,faldra*y etc.
Ckainsy (aujourd'hui Chamy)
dortoir
arachier et de même esrachier, esra-
gier^ enragier motniery mounier^ meunier * parçon ratifie saïnier^ saunier et de même salinare,
sauner (* Venoine, Veîoine), Velaine venraiy vendrai, viendrai
odraiy orrai
[fugraiy fùyrai) fuirai (dissyllabique), etc.
otreie hamage et de même hamé
consohrinum cosobrinum * cosrin^ cosin ^
Cotonidrias
*grandiordre
masiondta
masioniîe
Medioldnum
meïiordre
* minorire
*pejordre
rationdUlem
rationdre
Solonacum
Coignieres *
[en)graignier
tnaysnada, maisniée
maysnile, maisnil
Meiïlant, Mêlant^ Milan
{a]mieîdrer
[a)mmrir
(eni)pirier
rayanablCy raisnahle
araisnier^
Sonnay^
' Plairai, tairai^ recevrai, etc., peuvent venir de placërâèeo, tacëràbeo^ reeipëràbeo, etc., parce qu*à côté des formes placire (plaisir), tacëre (taisir), * recipëre (recevoir), etc., on trouve les formes * placêre (plaire), ♦ tacëre (laire), recipëre (peçoivre).
' Molinier, qu'on rencontre en v. fr. et qui existe encore comme nom propre, est un dérivé de moUn,
s Mots des idiomes du nord-ouest : eusdrin (ladin), eosin (fr. et prov.). Cosrin, réduction de coshrin^ donne eusdrin ou cosin, comme misërunt^ férërunt donnent mietrent, fistrent ou mitent^ /itent. Il ne serait pas étonnant qu'on rencontrât une forme eorin (qui ne serait pas cosin rhoiacisé) analogue à mirent^ firent,
* Dérivé primitif du latin populaire eotônio^ classique cydônium (italien eottogna)» Le mot est mérovingien.
' Latin classique ratiocinar%\ cf. sermonare pour $ermocinari dans Âulu-Gelle, XVll, 2.
* La quantité est donnée par le mot Solôna^ fréquent dans la géographie de la Gaule,
* taxondria iaisniere *
télonéum (•ce^covelov) * tmoîéo, tenîiu, tonliu^ fonîieu
Victoridcum Vitry
u long : ajufdre aidier
cincUjrdre ceinirer
consTjfûra costure^ couture
cuUvrdre [à)coltrer^ {ac)coutrer '
matvtinum matin
pastxjridre {pastriare^pai8trar)jem '^dé-paistrier,
pêirer '
pistvrire pestrir
prO'tnvtvdre (em)prunter *
Stadunénsem (Stadnése) Estenois
* venturdre (a]venirer * Vedvnétta Besné «
La loi de la chute de la protonique longue, suffisamment établie par les exemples précédents, trouve son application la plus intr^ressante et en même temps sa conformation la plus éclatante dans les formes de la conjugaison du vieux français. Soit le verbe ajutdre ; le présent, d'après la théorie, doit être
ajûto aiû ajûtdmus aidons
ajûtas aiûes ajûtdtis aidiez
ajùtat aiùe ajùtajit aiùent
or la théorie est ici pleinement confirmée par les faits. On n*a qu'à jeter un coup d œil sur les index réunissant les formes diverses de ce verbe ' pour se convaincre que les personnes où le radical est accentué, c'est-à-
* Comparez * taxonem^ iaisson,
* Si rétymoloprie de ce mot est eousfure fad-eos['S£^it{û)rdre), c^est un exemple également convenable de la chute de Vu protonique.
* Il faut partir de pasiuriare et non pasiurare^ comme le prouve également Tilalien spastojan.
* L'etyroologie est mise hors de doute par les formes que cite Diez dans son Diô^ tionnaire. 11 faut toutefois admettre que dans le latin populaire Vu de -tuare était tombé, comme il était tombé dans battalia, quattor = baltualia^ quattuor^
* Tout avenha quanqu'il conta {Miracle de saint Éloi^ 111 b)» Voir le Jahrbuchy 1869, p. 247.
< La filière est Vidûnéttum Vednet Benêt Besné ou Vednet Vesnei Besné". — La quantité de la protonique dans ce mot el dans Stadùnensis est donnée par ce fait que Stadûnensis et Vidûneita sont des dérivés de * Stadûnum et * Vidûnum où Pon reconnaît sans hésitation le mot bien connu dûnutn,
^ Voir par exemple Pindez àe Roland dans Pédit. de M. Gautier; Pîndex de Durmart le Gallois dans l'édit. de M. Stengel. A une page de dislance, je lis dans Tobler, Aniel:aiuen (386), aidier (427). — Disons, en passant, que ce verbe présente des formes secondaires assez difficiles à expliquer, aie^ aient, etc. qui correspondent à celles de atuêf aiuent.
110 ÉTUDBS FRANÇAISES
dire les trois personnes du singulier et la troisième personne du pluriel de rindicatif et du subjonctif, ainsi que la deuxième personne du singulier de rimpératif, gardent la voyelle longue, tandis que les personnes où la terminaison reçoit l'accent font tomber cette voyelle longue devenue protonique.
Dans une note récemment publiée, M. Cornu établissait dans la Bomania la conjugaison déparier *, d'après le seul examen des faits Cette conjugaison s'explique maintenant régulièrement par la chute de la protonique longue o = au = au [paravldre]. On voit en même temps que cette conjugaison n'est plus isolée et qu'il faut y rattacher aidier et les verbes que nous avons précédemment cités. Ainsi yarraisone, nous araisnons *; je manjtie^ nous manjons ^\ yempasture^ nous empaistrons^ ; il avertira^ , Quiêtare a dû, à l'origine, donner /p quei^iM qtmes, il queie, ils queient, comme eon-rèdo a donné con-rei, -reies, -reie, -reient; mais en même temps quilons, quittez, quiteir^ etc. Et si les plus anciens textes ne nous offrent pas d'exemples réels de cette double conjugai-
* Eomania, 1875, p. 457.
* Voir des exemples des formes aa radical accentué et contenant Vo (farraisone) dans Roland, 3536; BenoU, 7614, 8451, 13430 ; Renard, I, p. 230, etc., etc.. et des formes contractées [araisnier) àanaBenoU, 8451, 10550,11683, 13594, etc. ; Mort de Oarin, p. 74 ; Raoul de Cambrai, p. 45 ; Gormont et Jsambart^ dans Pk, Monsket, II, XXX ; Cresiien de Trojfes, Chetalier au lyon : 1782, etc.; Amis et Amiles, 2640, Jourdain de Blaives, 2619, etc. ; Benoit de Sainte-More, R, de Troie, 4220, etc.; Hoffmann, Pariser Glossar 314, etc., etc. Toutefois l'action analogique des formes pleines avec o sur les formes contractées sans o, et de celles-ci sur les premières, en môme temps que Pinfluence du mot ration duquel on tirait naturellement un dérivé raisonner ont amené la double conjugaison araisnier, j'araisne [Chev. au lyon^ 6103 ; Tristan, 1333 ; Amis, ^^l\ ; Durmart, 1359, 2232, 5268 ; cf. 9240, 1842, 3778, etc.) ; eifaraisone, araisoner [Durmart, 3413, 10530, 12408, 13355, 14075 ; Amis, 324, Pariser Glossar, 125, etc., etc.).
* Voici la conjugaison de mangier dans Joinville : manjue, mangiez, manjuent^ manjoit, mangiens, mangeroit, manjue (impér.), mangitns (subj.), mangier, mangié (voir Vindex de M. de Wailly). On s'attendrait toutefois à il mandue^ nous manjons. Mais vraisemblablement il y a eu d'abord influence des formes avec^' sur les autres : de là manjue manjons ; plus tard manjons^ mangier ont encore agi sur manjue pour le changer en mange.
^ Depuis longtemps on avait reconnu Texistence des formes empasture = empêtre, Diez fait de empêtrer une contraction de empëturer (El. W., l,pastoja) ; E. du Méril, dans son Dictionnaire Normand, rattache justement le normand empaturer au verbe empêtrer; Burgujr (III, s. v. paistre) enregistre des formes comme empaisturer, «mpeisturer, empeiturer, • d'où, par rejet de Vu, empestrer •. Ces savants n'ont pas vu que les formes qui ont le radical accentué, seules ont l'v : i ses cevaus empasture > (Aiol. 5446) ; non les autres : t Fussent il assez empaistrié' ■ (Chr. des D. de N., II, 2594). Des deux formes empasture, empaistrons la langue commune a étendu la seconde à toule la conjugaison : j^ empêtre j le dialecte normand la première : empa^ turer,
* Sur le présent W aventure et sur le substantif av^fi/Kr^, la langue refit la conjugaison de aventurer, SX bien que la conjugaison primitive disparut sans laisser d'autres traces que Tcxemple, jusqu'ici unique, du Miracle de Saint-Eloi. Mais cet exemple suffit pour reconstituer cette conjugaison primitive, qu'il n'est pas téméraire d'étendre à accoutrer, ceintrer, malgré Pahsenca d'exemples tels que aecouture, ceinture.
PHONÉTIQUE PRA.NÇA.ISE 111
son restaurée par induction, il faut admettre que l'analogie, s'exerçant de bonne heure sur ces formes si opposées, les a ramenées soit à je quiiê, tu qultes^ il quite, nous quitons, soit à je quei, nous queons, queer (cf. con-reer)^ formes dont nous trouvons la trace dans le composé tiqueer:
Et quant chil Vont oî, si se S07it aquré {Doon de Mayence^ 4795).
La théorie nous amène également à admettre des formes comme il acouttire, il emppjore {impejàrat)^ il araïe [eradimt]^ il empromiie (impromùhfat) , etc. Peut-être les trouvera-t-on ; peut-être faut-il admettre que des conjugaisons aussi complexes n'étaient pas à Torigine complètes. Si des verbes inchoatifs comme pesirir, il pestrit = pist[û]^ rire, pisf[û]rîscit; amenrir^ il amenrit = ad'min[ô]rire, ad^min[ô]riscit, sont devenus réguliers, parce que la longue û, ô, était toujours protonique, dans les verbes où ce fait ne se produisait pas, la langue a pu dès l'origine abandonner les formes pleines : il acouture^ il emppjore^ il araïe^ il empromue, etc., pour no conserver que les formes contractées qui étaient dominantes : accoutrer^ empeirier, arachier^ emprunter^ etc., quitte plus tard à refaire par voie d'analogie la conjugaison entière sur ces formes *. Un pareil procédé est conforme aux lois du langage. Quoi qu'il en soit, il ressort des observations qui précèdent que la théorie de la conjugaison dans notre vieille langue doit être reprise et étudiée au point de vue que nous venons dlndiquer.
2° De même que la protonique brève, la longue soUs Faction d'un groupe est représentée par un e féminin.
L'action des groupes est sensible dans lairocinium^ lawecin » ; nwivilùra, nodredure (Raschi*) ; nuintiénem, norreçon ; suspiciànem^ sos- ^eçon *. Dans ces trois mots le groupe précède la tonique ; dans les suivants il la suit, et se montre sous la forme d'un n ou d'un /, dont nous
' Ajoutons Taction analogique des substantifs sur les verbes dérivés.
* Voir plus haut, p. 105, n. 3. Quelle est la quantité de Vo dans Petroedris^ PierzguyM^ dans la langue d^oîl, Perigueua dans la langue d'oc? L'o est long dans Petrônilla, PerrEtielle.
• Nourriture est savant ; de même pourriture. Entred porrgturb en mes oi, dit le traducteur de la prière d^Habacuc (dans le Ps. d'Oxford, éd. Michel] pour rendre la Yulgate : Ingrediatur putredo in ossibut meis (Âbac, III, 16). II en est de même de tous les mots en iture; cf. d'ailleurs plus bas, p. 114.
^ Ve de norreçon est dû évidemment au groupe précédent tr ; mais n'y a>t-il pas à tenir compte duti qui suit? Les terminaisons tionem, tiare présentent des obscurités difficiles a dissiper. Pourquoi * acûtiare^ * minûtiare^ etc., donnent-ils aguisier, menuisier, etc., erfciânem, tradïtiénem: heriçon^ traïson ? De même haim a un dérivé hameçon ; mais clerc, écu^ enfant ^ etc., font clerçon^ €cuçon^ enfançon sans voyelle intercalée. Traïson est spécialement curieux ; il semble que ce mot ait subi 1 influence de trahir de traders^ comme aussi traître de tradttor (lequel a de plus irrégulièrement conservé le t latin). Tout cela est peu clair. Les noms propres présentent les mêmes obscurités. Aguciacum donne Ai guisif ; Loeogiagum {Locodiacum) , Ligugé ; Domitiaeum, Domesy; mais Codiciaeum Coucy, Pondieiacum Poinsat^ Vendieiacum Vansat[f].
avons étudié plus haut rinflnence sur la protonîqiie brève : calmiiâ^ nem, chaegnon^ chaignan, chignon; Sàblniàcum^ Savigng^ Sévigné; Fia-* vïnidcum, Flavigny, Les nom3 propres de lieu fournissent un nombre assez considérable de formes de ce genre. Les noms suivants, que me communique M. Longnon et dans lesquels la quantité de la protonique est inconnue, peuvent être ajoutés, soit aux noms qui précèdent,, soit à ceux que nous avons cités page 106, ils sont, sous leur forme latine, antérieurs à Tan 1100.
CipiUacum^ Chevilly; LuziUacum, Luzillé; Ceviniacum^ Chevignè\ Eomiliacum, Romilhj ; Buriniarum^ Burigny ; Juviniacum, Juvigny ; Aculia-Curtis^ Aguile-Court (aujourd'hui Agûilcourt] *.
3° Nous arrivons aux exceptions*, commençant par Texamen des
futurs en irai = ire^-hàbeo. Nous avons vu plus haut comment delêrd-
heo^ audîrdheo donnent régulièrement devrai^ odrai^ ovrai. Pourquoi
fimrdbeo ne donne-t-il i^sls Jinrai, Jindrai ? il faut considérer à part les
inchoatifs.
Les inchoatifs doivent le maintien de Vi de Tinfinitif, dans les formes du futur et du conditionnel, où il est atone, à l'action analogique de r* qui paraît à toutes les personnes de tous Us autres temps. On disait floris, florissoie, floris, florisse^ etc. On ne pouvait dire, sous peine de rompre l'harmonie de la conjugaison : florrai. Ceci est conforme aux principes qui ont dirigé le français dans sa refonte de la conjugaison latine.
Parmi les verbes non inchoatifs. les uns laissent tomber régulièrement r* : dir : odrai^ orrai ; venir : vendrai^ inendrai, etc. ; les autres le conservent: mentir^ mentirai; sortir, sortirai, etc. Cette différence tient à la nature de la consonne ou des consonnes qui précèdent Vi: ici nous retrouvons la loi des groupes.
* Toutefois il y a des exceptions : Turiliaeum Tourly^ Cruciniacum Crugny^ Boviniaeum Bogny, Latîniarum Ijogny, Nobiliacvm Neuilly^ Ameliacum Amhlis^ Camiliarum Chambly (mais aussi Chetnilli dans TAdjou). Ou peut saisir lintluence des groupes dans Andegavum Andgavum, opposé à Andelavum Andtlot^ Andeligutn Andely^ Vindonessa Vendenesse^ Vandalenum Vandelein : le groupe nd suivi d'une muette g se réduit à nj; le même groupe nd, suivi d'une liquide / on n, n'admet pas celle réduction ; preuve de plus du rôle que joue la consonne qui sépare la protonique de la Ionique. Voir plus haut, p. 101.
* Nous laissons de côté les formes savantes : candélabre [chandelahre dans Alexis, 446 a] ^ Chandeleur, fimetière^ mouvement, servitude^ imp'irtuier^ argument^ etc. Bstrument vient du instiumentum par lu latiu populaire istrumentum^ dans lequel i't a été considéré comme l't prosthéiique de Vs impurum^ de sorte que la syllabe str» esL initiale. Dans sospirer [sotpirer]^ envier (invitare) et quelques autres, le composé latin est décomposé et les particules in et 8os [subtus] et les radicaux Font traités comme mots simples. Crier et toutes les autres formes romanes nous reportent non à çuirîtàre^ mais à critare, Cheminié est un dérivé primitif d'un simple chemin que son homonyme chemin (via) a fait disparaître. Le keminada du glossaire de Cassel ne contredit pas cette affirmation.
PHONÉTIQUE FRANÇAISE lia
Les verbes en ir, latin ire, qui font tomber Yi au futur, présentent des formes correspondantes â celles des verbes en oir, ir, latin ère, qui font tomber Ve au même temps :
1. dère: sedêre,* cadère, vidère, * poière, *;?<?^rô ; infinitif français -deir, futur -drai, rrai,
dire : audire, * halîre, hadlre ; infinitif français -rf»r, futur -drai, rraij (orrai, barrai).
2. 1ère : calére, valère, * voUre, dolère, soïère, * faïlère ; infinitif -loir, -ttir ; futur -Irai, -Idrai, -udrai,
lire: salîre {bullîre^) ; infinitif -lir, -llir\ futur -Irai, -Idrai, -udrai.
3. nère: matière^, tenère ; infinitif -notr, -mV ; futur -nrai, -ndrai. nîre : ventre ; infinitif -mV; futur -nrai, ^ndrai.