T. IL
8 sourde (représentée par c, par s, ou par ss) dans un certain nombre de mots, tandis que dans d*autres il devient s sonore. Dans quels cas a-t-on la sourde ? dans quels cas la sonore ? et pourquoi Tune plutôt que Tautre? M. Joret ne pose pas la question, se contentant de donner des exemples des deux sortes de changements. Cette question cependant vaut la peine d'être examinée, car elle pénètre au cœur même de la théorie de la gutturale. Et d'abord comment naissent les formes comme plaisir, etc. ? Faut-il admettre la série plagere, plagjere, plf^jffJBre, plajdjere, plajzir, plaisir, de sorte que la sifflante, dès Torigine, serait sonore? Alors il en serait de même de pacem =pais. Contre cette hypothèse on peut objecter que Y s de pacem, vocem, a dû être au xi« siècle une sourde, témoin l'anglais ji^i/r//, partrich (arch.), peace, voice et les rares notations de l'ancien français par c * ; d'un autre côté, plagere aurait àonné plair, tout comme regimi a donné reine, magistrum, maistre. Faut-il admettre la série placere, placjere, plajcjere, plajcere, plaiizir, plaizir? pourquoi alors la sourde ne se serait-elle pas maintenue, comme elle se maintient dans ericionem hérisson, aciarium acier? Voilà une première question à étudier. En second lieu, pourquoi rationem et les analogues sont-ils traités comme placere, tandis que platea, spatitim, donnent place, espace, avec la sourde ç? Y a-t-il là une action de l'accent tonique? D'un autre côté, rationem, pour devenir raison, passe-t-il par des séries de même nature que placere {rafjone, rajtjon, rajizon, raiçon, raison, ou rationem, radionem, radjon, rajdjon, rajdzon, raizon, ce qui est bien plus invraisemblable, dj devenant régulièrement^) ? Une troisième question se pose encore : pourquoi la consonne médiale donne t-elle dans les noms la sifflante sourde [hérisson, hameçon, acier, souspéçon, etc.], tandis que dans la conjugaison nous avons la sourde et la sonore, que je fasse, que nous fassions, qm je place {placeam), que nous pluisions, que je taise ou que je lace, que nous taisions ? quelle est dans cette conjugaison la forme primitive, et jusqu'à quel poinl celle-ci a-t-elle été altérée par l'analogie ? Voilà autant de questions qu'il fallait élucider, et qui, traitées avec précision et méthode, auraient peutêtre amené à la découverte d'une chronologie relative dans les traitements divers de la gutturale. M. Joret les a négligées, se contentant d'établir cette diversité de traitement ; c'est là une regrettable lacune dont les conséquences naturelles se font sentir dans tout ce chapitre.
1 Voir les exemples dans Touvrage de M. Joret qui a pris soin de les réunir, sans chercher à en examiner la valeur exacte (p. 124). — Dans onu, douze, etc., la sonore est peut*être due à l'action assimilatrice du d {undéci; itnd^çi, ond'ze) qui devait plutôt attirer à lui le e que de se laisser changer en / à son contact, parce que la pensée populaire reconnaissait toujours, sous ses altérations successives, dans deci le simple decem.
puisque la théorie de la palatale médiale et finale, à part la présence de r* parasite propre au français, est, à peu de chose près, la mémo dans les divers idiomes romans. — Pour le provençal, le changement d'e la palatale initiale en s sourde est régulier ; et à rencontre du français qui n'a remplacé le c par s que dans quelques rares exemples, il emploie indifféremment les deux lettres au commencement des mots. Le c médial devient s sourde ou sonore. M. Joret, après un examen attentif des textes et aidé par la comparaison du français, dresse la liste des mots où le provençal maintient la sourde (notée souvent après une consonne par ss : baïanssa, Vs simple risquant d'être prise pour une sonore), de ceux où il maintient la sonore, de ceux enfin où la sonore et la sourde paraissent employées indifieremment. Môme travail pour la médiale des dialectes italiens et ladins. Ce ne sont que des matériaux, recueillis du reste avec soin et patience, pour une théorie générale de la palatale médiale. Son double changement en sourde et en sonore dans les diverses langues romanes est désormais hors de doute. Mais quelle est la cause qui détermine, ici la présence de la sourde, là celle de la sonore ? — Les chapitres suivants, consacrés au changement du c palatal en ^, sont les plus intéressants du livre ; ils apportent à la philologie romane des faits nouveaux. L'espagnol ne connaît pas, en général, de sifflante sonore. Etait-il à ce point de vue un héritier direct du latin qui passe pour avoir prononcé Vs toujours sourde? Un examen minutieux des anciens documents de la littérature espagnole a permis à M. Joret d'établir d'une manière indubitable que la langue distinguait autrefois les sourdes des sonores. Un examen semblable fait avec le même soin sur les textes portugais conduit à des résultats analogues. Mais tandis que le portugais jusqu'à ce jour est resté fidèle à cette division de la palatale assibilée en sourde et en sonore, l'espagnol moderne, comme M. Joret le prouve par le témoignage des grammairiens, après avoir changé vers le xvi° siècle ç eiz en (Jh anglais sourd) et en $ {ih anglais sonore) *, réduisit bientôt le son $ au son §, de telle sorte qu'en plein xvi^^ siècle déjà les deux palatales assibilées p et 2; se confondirent dans un son unique th. Les résultats auxquels est amené M. Joret ne sont pas infirmés par un texte espagnol que j'ai entre les mains et qui montre clairement que le
^ Commenl a eu lieu le passage de ^ à 6, et de z à fi ? M. Joret ne dit pas clairement si ç sonnait comme s forte et si z sonnait comme s douce avant de devenir Tun 0, TautreS ; de telle sorte que la série des changements aurait été ts^ i (f^o^te), ; ds^ 8 (douce), 8. A priori^ une pareille série est inadmissible, car il n^y a pas de raison pour que Vs étymologique ne fût pas devenue 0, et que rosa n'eût pas donné ro^a. Le ts et le dz se sont donc maintenus intacts — contrairement à ce qui s^est passé dans 1 es autres langues romanes — jusqu'au xvi* siècle, époque où ils sont devenus et 6 et finalement 0. Le témoignage des grammairiens espagnols confirme cette manière de voir.
ç est encore (Mérent du z et que le premier n'a ni le son ts ni le son s. C'est l'ouvrage de Mose Âlmosnino : Regimienio de lu Vidu^ imprimé à Salonique en 1564 en caractères hébreux. Les diflférents signes employés pour représenter les sifflantes sont les suivants : le sin (s sourde) remplace toujours r* espagnole ; le samedi (autre sorte d'5 sourde, légèrement aspirée) désigne toujours \qç \\q saïn enfin (sonore = dz ou z) est toujours pour z. On n'y voit nulle part le çadi (ts). Donc, pour l'auteur de cet ouvrage, ou pour celui qui l'a transcrit (car j'ignore si le livre a été écrit par l'auteur en caractères hébreux), le ç sonnait autrement que le z, que l's, et n'avait pas le son ts. M. Joret termine le chapitre en nous montrant une assibilation analogue à celle de Tespagnol dans les dialectes de la Suisse romande, du Tyrol, de la Vénétie et de l'Italie. On se demande si, poussant à l'extrême ces transformations, quelques-uns de ces dialectes n'aboutissent pas régulièrement à/ouàr.^ Plus loin M. Joret nous donne quelques exemples de ce changement pour le c vélaire (voir 212), et un ou deux pour le c palatal. Rien que de naturel dans cette dernière transformation de la gutturale. — Dans le chapitre viii, l'auteur donne des exemples d'assibilation du c devant une atone «, t, qui tombe ensuite. Dans ce cas, chose curieuse et inexpliquée, la palatale devient partout, même en italien, s. L'on a de nombreux exemples ' de ce changement, qui prouve que la voyelle atone s'est maintenue — même en provençal et en français — après l'époque où la gutturale s'est transformée, ce qu'établissaient d'ailleurs les formes telles que pais, croix = pacem, crucem, etc. Après quelques exemples douteux de la chute du c palatal, l'auteur dit un mot du développement d'un t parasite dans le voisinage de la palatale. Quelques exemples, ce n'est vraiment pas assez sur une question aussi obscure et de telle importance. — Le dernier chapitre du livre II est consacré au changement de la palatale en labiale. Tantôt l'on voit un v qui suit la gutturale se transformer en consonne aux dépens de ceDe-ci et la supplanter ; aqua devient en val. caj)p ; antiquus, antifen fr., etc. ; cela n'offre rien d'étrange. Tantôt on voit la gutturale simple se changer en labiale comme dans le sarde logoudorîen : cattum = lattu ; coUigere = hoddire : cultellum = huUeddu ; cela est plus bizarre. Pour expliquer ce changement, M. Joret adopte la théorie de M. Ascoli, d'après laquelle la gutturale a le pouvoir de dégager un t ou un u parasite De la sorle cattum deviendrait kuattum^ kvattu, ghattu, battu. Cette théorie nous paraît loin d'être démontrée, et vraie en ce qui concerne l'* palatal, elle est fausse pour Vu. Je ne veux ni ne
> J^ajouterai à la lisle de M. Joret reiar (espagnol »= recitare}^ cidre (sisdre = «1cera)^ rancf, coussin [culcitinui, * cuUiin^ * cuUsin), chevalit [subjouctif de chevolchier)^ comtnenst (subjouclif de coinniencier)^ beneiitre [benedicere] , flasque (flaccidui 9), m:jUe ^Mucidus?), onze, dfmu^ etc.
DU G DANh LES LANGUES ROMANES 133
pourrais discuter la théorie de M. Ascoli dans son ensemble, je ferai remarquer seulement que la preuve qu'il doit considérer comme la plus solide, celle qu'il tire du sarde logoudorien, lui échappe et se retourne contre son système. L'examen attentif des formes sardes le force à admettre (Leçons de Pkonol,^ % 27), non la série ^, gv^ gh^ ô, mais la série gy gv^ V, l, car des formes comme urteddu et ula^ doublets de burteddu^ bula, ne pourraient, dans le système de l'illustre professeur de Milan, s'expliquer que par vurteddu^ vula. Or il est clair que dans urteddu et ula il 7 a purement et simplement chute de la vélaire. Si Ton rapproche d'un côté les exemples analogues umpare = cumpare^ umflare = cumjlare, de l'autre les formes telles que bandu = afido, bessire = essirej etc., on se convaincra qu'on se trouve ici en présence de deux phénomènes distincts, et que le sarde, pas plus que les autres langues latines, n'échappe à cette loi de la phonétique romane, que la gutturale latine ne dégage jamais aucun u parasite, et qu'au contraire elle tend à supprimer les u étymologiques qui suivent le g latin ou le g d'origine germanique. Nous croyons donc que M. Joret doit effacer tout ce qu'il a écrit touchant le changement de c ou ^ en 6 dans le sarde logoudorien * .
M. Joret cite encore des formes wallonnes comme exemples du changement de la gutturale en labiale, aweie de aciccula [acucla acuille acuei a[c)veie^ aweie), awe de avica (avca, acva, ave, awe). Les transformations ainsi données sont purement hypothétiques. Pour aum en particulier, comment peut-on admettre qu'il soit devenu acva? Les mots comme aswagi = v. fr. asoager, bawi = bayer, brôweter = ébrouer, et même awous à côté de aous = * agustum (août), aweure = fieur {* agurium), où Vu latin s'est maintenu àsinsoueieu, montrent que le w ne s'est pas dégagé au détriment de la gutturale : awe est au-(Hi av^g-e au-e awe. Quant à aweie^ le w peut bien représenter Vu de acuclam {et de même derns awion, aculeonern), mais le c est tombé régulièrement comme toute muette médiale, et ce n'est qu'après sa chute que Vu est devenu w.
Quant à la substitution de Vu au c vélaire et palatal, M. Joret aux exemples catalans déjà réunis par Diez ajoute un certain nombre d'autres exemples empruntés au portugais, à l'espagnol, au provençal, au français, et même aux langues germaniques. A ce sujet, M. Joret expose diverses hypothèses, dont aucune n'entraîne la conviction. L'auteur termine enûn son second livre par deux pages consacrées à la
i M. Joret ne donne qu'un exemple des formes intermédiaires par lesquelles au^^ rait passé la gutturale : c'est le mot gettare dont le sarde présenterait les formeb gkettare, guettât 9, gvettare et betture. Cet exemple est-il bien sûr ? d*où est -il tiré ? M. Joret ne donne aucune indication. Il serait cependant intéressant d'établir sans conteste l'existence d'une forme telle que g99ttare.
gubstitution de A à la gutturale en catalan et en wallon (il établit avec raison que c'est de la gutturale assibilée qu'est sortie l'aspirée *), et de n à c dans quelques exemples espagnols, portugais, provençaux, français. Ce sont là des faits obscurs et sans doute complexes, où la nasale a pu se dégager de la gutturale, mais aussi, comme le suppose d'ailleurs l'auteur, ôtre une simple nasalisation de la voyelle i accentuée, ou peut-être encore ôtre due à l'influence d'une nasale antérieure.
En résumé, le second livre contient une analyse approfondie du passage de la palatale latine au roman ; un tableau minutieux des nombreuses modifications qu'elle a subies ; l'histoire — entièrement nouvelle — de la palatale espagnole ; des listes dressées avec soin des médiales sourdes et sonores ; mais les rapports de U à ci pourraient être étudiés plus à fond, et surtout la théorie de la palatale médiale et finale, si obscure et si importante, et la théorie capitale de l't parasite n*ont pas été abordées.
Le livre troisième est consacré à la transformation de la vélaire en f, c.-à.-d. à son traitement comme palatale en français, en provençal et en ladin. En ladin le ca persiste ou devient ca suivant les dialectes ; dans quelques mots la gutturale semble se palataliser devant o et ?/, mais ces voyelles étaient déjà devenues (?, te ou t^, t, et c'est devant ces voyelles palatales que c est devenu c ou c. Mêmes phénomènes se produisent dans quelques dialectes français. Pour le provençal, M. Joret prétend que le limousin change le plus ordinairement ca en cha, qu'au xii* siècle, dans les monuments littéraires — peut-être sous l'influence des troubadours limousins — cha se substitue généralement à ca^ et qu'à partir du xiii* siècle, ca disparaît. Pour établir ces assertions, M. Joret se fonde surtout sur l'étude de textes publiés par Bartsch dans sa chrestomathie provençale ; mais une question se posait d'abord : l'orthographe donnée par Bartsch représente-t-elle l'orthographe des auteurs ou celle des copistes ? Il est fâcheux que cette question capitale pour l'objet de la discussion n'ait pas été abordée *. Pour le fran-
1 Pourquoi dit-il en noté que l'A se substitue aussi aux dentales dans le catalan pehar petiar^-^ raho rationem? II se substitue toujours à la palatale assibilée, qu'elle soit sortie du e palatal ou de ti. Quant au portugais cakii\ TA n'y a pas plus de valeur que dans le français envahir,
* [Une telle question ne devait point ôtre abordée parce quelle est d'avance résolue pour toute personne au courant des études provençales. Il est évident que M. Bartscb ne pouvait chercber à restituer • Torthographe des auteurs >, cette orthographe nous étant dans la plupart des cas à peu près inconnue. Ensuite, a supposer que, le progrès des études aidant, il devienne possible de reconstituer avec quelque certitude la langue d'un troubadour, il y aurait une évidente pétition de principe à puiser des caractères de dialectes dans un texte constitué par la critique. CVst uniquement aux chartes, aux coutumes, aux registres cadastraux, enfin aux documents locaux, qu'il faut sWresser quand on cherche des notions sur un dialecte. Ces documents sont extrêmement nombreux pour le midi de la France, et beaucoup ont été publiés ; M. Joret, en les négligeant absolument, s'est condamné d'avance a
çais, Fauteur, partant du mot cosb des Serments de Strasbourg, pense que le c au ix° siècle pouvait avoir encore soit le son kj^ soit peut-être même le son k^ Vo provenant de Vau ayant pu conserver longtemps une valeur particulière, diflférente de Yo étymologique, de manière que le c ait pu se changer en c devant le premier, tandis qu'il a persisté dans le second. Cette argumentation ne nous convainc pas. Au^ dès le VIII* siècle, est déjà noté par o. Les glosses de Reichenau donnent sor^ mot qui en provençal est saur. Si donc au s'est réduit à un son 0, quelle qu'en soit la nature, qu'il soit Téqui valent de ô, de d ou de en position, il est indubitable que dans son émission on ne faisait entendre aucun élément du son a et que par suite, ne contenant rien de palatal, il ne pouvait plus amener la gutturale à se transformer en c. Il faut donc admettre que non seulement au ix^ siècle, mais qu'au vm* déjà, à l'époque des glosses de Cassel — si le son au s'est réduit à à une même époque par tout le domaine de la langue d'oïl — la gutturale a commencé à s'ébranler et est devenue tout au moins kj^» Ce raisonnement, remarquons-le, est indépendant de la preuve qu'on peut tirer des Serments, La seule forme sor des glosses de Reichenau, rapprochée des mots tels que chose ^ choisir^ Choisi/^ chose, etc. , suffit à établir d'une manière générale, et quels que soient les témoignages ultérieurs, que — si à la fin du viii^* siècle au est devenu par toute la langue d'oïl — ca à la môme époque était déjà devenu kja. Un autre argument permet d'établir les mêmes conclusions générales pour le X® siècle. A cette époque en effet qu dans nombre de mots s'était réduit à ky témoin les notations cal pour quai dans Boèce, chi pour qui dans Eulalie, le fragment de Valenciennes, etc., alcans pour alquans dans la Passion (123,3). Or, si la gutturale de vélaire [qua, qui) est devenue palatale {ka, ki)^ et si elle n'est pas devenue chuintante comme ca ou ke l'est devenu par exemple dans chanter (cantare), cA^(caput), il faut que le changement de k en kj soit antérieur à la chute de ïu dans le groupe qu, c'est-à-dire antérieur au moins au x" siècle". M. Joret hésite entre diverses hypothèses sur l'état du groupe ca
n'oblenir, dans les parties de son travail qui touchent au provençal, aucun résultat solide. — Noie de M. Paul Meyer, directeur de la Bontania.]
*• Les formes avec ea des glosses de Reichenau et de Cassel, entre autres la forme keminada, ne prouvent rien contre la non palatalisation du c, puisque le eose des Serments et à^Èulalie prouve que le kj pouvait être noté par e.
* Vraisemblablement Vu n'est pas tombé à une mdme époque dans tous les mots présentant le groupe çu. Dans guinçue il est tombé avant le vi« siècle, époque où le e palatal a commencé a s^assibiler. Dans quisçuunus, çuerimut, il est^ tombé après le Tii* siècle, époque où Tassibilation du e palatal était faite, et avant l'époque où le français palala lisait ca ou he, kie et ce qu'il pouvait avoir de ki (seconde partie du viii* siècle ?} : de là eketeun, ehateun, ehetne. Enfin dans çual. Vu tombe après que la gutturale a achevé ses transformations; voilà pourquoi elle reste sans changement : quel (=*«/).
dans Eulalie^ le Fraf^ment de Valenciennes, la Passion et le S. Léger. L'étude pure et simple des notations orthographiques de la gutturale dans ces textes ne permet pas en effet d'arriver à des conclusions précises. ATaide de ces considérations générales, on peut, croyons-nous, aller plus loin, et l'orthographe cose d'Eulalie permet d'affirmer que causa était déjà devenu kjose^ sinon encore tchose (car la gutturale ne devait pas être transformée en tch, pour être représentée encore par la consonne latine pure et simple c). D'où il suit que dans chielt^ chief la gutturale était déjà palatalisée. Le jholt du fragment de Valenciennes, notation ingénieuse et très claire du son tc/toH, prouve que dans chevê, sèche, cherté, acJieier on a tout au moins un Id . Le causa du S. Léger (35,4) montre que dans ce texte habillé à la provençale, il ne faut pas tenir compte de la notation ca, et que certainement le c était palatal. M. G. Paris, frappé de Torthographie evesquet^queu, admet que partout dans ce texte la gutturale est restée intacte, et change ainsi le mot pechieiz de la strophe 38 (v. 3) en pequiefz. M. Joret, peu porté à admettre l'opinion de M. Paris, hésite toutefois et n'ose rien affirmer. Ces scrupules, d'après ce qu'on vient do voir, ne sont pas motivés. D'ailleurs la forme evesquet est exacte : c'est un dérivé de evesque, dérivé ou la gutturale s'est changée postérieurement en ch par suite de l'analogie de franc franche, duc duché, etc. Une forme primitive eveschiet evesché de episcopatus est contraire aux lois de la phonétique. Quant à queu, l'orthographe de ce mot ne représente pas assurément l'orthographe de l'auteur, qui connaissait la diphthongaison de Va après la gutturale (témoin la forme pechieiz et les assonances queu piez, 39» 1 ; queu lalier, 27,1) et qui prononçait tout au moins kieu. Le scribe a donc de parti pris altéré la forme de ce mot ; puisqu'il faut admettre une altération, il ne coûte pas plus de la supposer complète et de lire chieu. Je crois donc qu'on peut admettre que dès le x^ siècle ca était devenu partout k/a et peut-être même iga, icha, sinon dans tous les mots, du moins dans quelques-uns. Cette affection de la gutturale a embrassé tous les degrés de la langue offrant le groupe ca ; parmi les exceptions que cite M. Joret, je ne vois que cave qui semble avoir réellement échappé à cette transformation, et le verbe archaïque chaver chever [cavare) prouve que cave, malgré l'antiquité des exemples où on le voit paraître, est de formation savante. — Au chapitre ii, l'auteur examine les autres traitements de la gutturale (jg^z;ts dz; 8, z; 0, ù ; X). L*on & g^ z dans quelques exemples ladins, trançais et provençaux ; parmi ces exemples, on aurait pu retrancher ceux où le c n'est pas initial, car là le traitement est accidentel et est une conséquence de l'affaiblissement antérieur de c en ^ (v. p. 40). Le changement en is est plus général et caractéribo certains dialectes provençaux ; il a lieu dans tous les cas où le français a ch ; dans quel-
ques mots la sourde ts a fait place à la sonore dz, et quelques-uns de ces dialectes (Tarantaise, Suisse romande, etc.) ont réduit ts et dz à 8 et z. Le savoyard, au lieu de ramener is k s Ta changé en Q^ et dans les mots où paraît la sonore, en (^ ; et même ce son sifflant s*est réduit, chose curieuse, à/ ou v dans le patois de la Maurienne. Enûn dans les cas où le c et le ^ vélaires sont devenus z en portugais, ils ont pris en espagnol le son /, de même que le x (= s). Cette transformation correspond ùl celle du is et d\i dz en ; dans les deux cas, la sonore s*est confondue avec la sourde. L'auteur établit, d'après les témoi^' nages d'anciens grammairiens espagnols, que la jota ne date que de la fin du xvi° siècle, et peut-être du milieu du xvii«. Comment ce son nouveau a-t-il pu se produire ? On l'ignore. Evidemment / et g durent avoir le son z ou dz et x le son ch ou tch, puis, la sonore disparaissant au profit de la sourde, le son unique ch ou tch devint /. Mais, chose curieuse, le c originaire de et (nocJieei noctem, etc.) s'est maintenu intact, et cependant il devait être voisin de Yx. Dira-t-on que Yx sonnait ch et que le/ et le g sonnaient z ? Ce n'est pas vraisemblable ; ces sons devaient être accompagnés d*une dentale. En efiet dans l'ouvrage espagnol dont j'ai déjà parlé plus haut, le groupe cA est représenté par la même lettre que le ^, ]ej et Yx, Partout dans le Regimiento la même lettre hébraïque, gh tilde (lettre à laquelle on donne, en la tildant, une valeur de convention), représente le j (par ex. à^n^jarnatia]^ \eg [regimiento], Yx [hajo ou haxo) et le ch [mucho] *. D'un autre côté, M. Joret cite le témoignage d'Engelmann rapportant que les sons arabes dsch * (= dj] et sch étaient transcrits en 1517, par Pedro d'Alca'a, indifféremment par^ et x.
Le ch. III est le plus nouveau et le plus intéressant de l'ouvrage ; l'auteur y étudie les transformations du c vélaire et du c palatal en picard et en normand. 11 commence d'abord par examiner les textes des poètes picards qui montrent tantôt ca et che chi^ tantôt cha et ce ci, vraisemblablement suivant que les copistes avaient maintenu ou francisé l'orthographe picarde '. Les chartes de S. Pierre d'Aire et de S. Silvain d'Auchy en Artois qu'examine ensuite M, Joret le con-
' Nulle part on ne trouve le hetk^ qui a précisémeut la vuleur de la jota actuelle, preuve que ce son n'existait pas encore. Les Juifs de la Turquie d^Europe, descendants des Juifs d'Espagne, parlent un patois qui représente dans aa plus grande partie l'espagnol du xvi* siècle : il ignore h jota.
* Grossière transcription usitée eucore quelquefois chez les Allemands pour représeuter le djim arabe ; c'est en français dj,
* M. Joret cite ici un glossaire hébreu- français publié par M. Boehmer dans ses Bomanisfhe Studien. 11 le croit d'origine anglo-normande (voir p. 291, 292 et n. 1], a tort : il est champenois ou bourguignon : la persistance de la vélaire ne prouve rien ; le lilde qui devait surmonter le koph a éié oublié, chose qui n*est pas rare dans les textes de ce genre. [Voir sur ce glossaire, plus haut, vol. I, 159.J
duisent à des résultats analogues, mais plus précis. A peu près partout, à Texception de trois mots qui présentent encore dans les patois actuels des anomalies (entre autres cJievalier), la vélaire s'est maintenue et la palatale est devenue ch quand en français elle se change en p, mais elle s*est affaiblie en sonore dans les mêmes mots qu'en français : danwtsielkj maisiélle^ etc.
Les caractères du picard étaient parfaitement déterminés avant le travail de M. Joret; il n'en est pas de même de ceux du normand. M. Paris dans sa restitution de Y Alexis avait admis que le traitement de la gutturale était celui du français. M. Ed. Mail, dans sa récente édition du Compui de Ph. de Thaon, déclarait que la phonétique de la gutturale normande n'offrait rien de particulier, et substituait au k des manuscrits le ch français. A AJ. Joret revient le mérite d'avoir le premier ûxé le caractère de la gutturale normande et d'avoir montré que le traitement en est identique à celui de la gutturale picarde. Il poursuit sur les divers textes normands la minutieuse analyse commencée sur les texles picards et en tire des conclusions généralement justes, quoiqu'il lui arrive aussi de faire entrer en ligne de compte des textes normands transcrits par des scribes picards : ainsi le ms. fr. 3*75 de la Bibl. nat. contenant le Roman de Rou, qui sert spécialement à l'auteur pour établir sa théorie, et sur la nature duquel la seule notation de ei par oi — signalée par M. Joret lui-môme (p. 243) — aurait pu suffire à l'édifier. Les mots anglais importés par la conquête normande — mots dont il faut distinguer les mots empruntés postérieurement au français — viennent également à l'appui de sa thèse ; ils ont gardé la vélaire ca. Les noms propres des rôles de l'Echiquier de Normandie ont la vélaire, qu'ils ont gardée jusqu'à nos jours. Les Etudes sur la condition de la classe agricole en Normandie de M. L. Dell sle et les Actes normands sous Philippe de Valois du même auteur permettent à M. Joret d'arriver à des conclusions analogues. Enfin nombre de noms de lieux encore existants et les noms communs présentent des caractères identiques à ceux du picard. M. Joret a mis hors de doute que la vélaire normande est traitée comme la vélaire picarde. — Quant à la palatale, les preuves de sa transformation en h sont moins nombreuses que pour la vélaire. Mais si les textes primitifs du normand, V Alexis ^ le Roland^ etc., notent la palatale forte par c et la sonore par «, 2?, il n y a là rien de contraire à la théorie de l'auteur. L'.s et le z représentent la sonore, qui dans toute la langue d'oui a été traitée comme dans le dialecte français. Quant à o il peut avoir la valeur 5, comme il Ta assurément dans les mots sacet (Alexis 50,2), reproce {RoL 2263), etc. ; car le c ici ne peut représenter qu'un pj.pch^ ch. Ce n'est qu'à pai'tir du xii« siècle que parait, et d'une manière souvent peu régulière, la notation ch ; mais ce n'est qu'une notation nou-
yelle. Toutefois les chartes, les actes publics présentent le ch avec d'autant plus de fréquence qu'ils sont plus populaires. M. Joret en donne de nombreux exemples pour le xvi« et le xv« siècles ; au xvii<^, des auteurs de pièces normandes en patois emploient régulièrement le ch ; cnûn Tétat actuel du normand montre que le traitement de la palatale est identique à celui de la palatale picarde. Les noms propres de lieux, quand ils désignaient des localités quelque peu considérables, ont été généralement francisés. Mais ceux de villages se sont généralement maintenus avec la palatale ch ; de même pour les noms de personnes. Quant aux mots de la langue commune, les divers patois normands ne connaissent que le ch. Toute cette discussion est très bien conduite, et c'est assurément la partie la plus neuve du livre. M. Joret termine cet important chapitre par quelques remarques sur la palatale sonore en picard et en normand (voir plus haut, p. 139), sur la notation ce= ke pour les mots où elle représente un ca étymologique (l'argument tiré du glossaire hébreu-français n'est pas sûr puisque l'origine normande de ce texte est contestée), enfin sur certaines rimes qu'on rencontre souvent dans des textes picards ou normands du xiii<» siècle où un c palatal rime avec un c vélaire [ex./orce^ roce ; en picard et normand il faudrait /orcAe, roke, en fr. force^ roche); l'auteur ne songe pas à se demander s'il n'y aurait pas là un dialecte mixte, traitant la vélaire comme le français et la palatale comme le normand et le picard (Jorche, roche » ) ou ce qui est moins vraisemblable affaiblissant la vélaire kh en /s, 8 (forcer roce). — Le livre se termine par des remarques générales sur le traitement de la gutturale en normand et en picard. D'où vient cette particularité du consonantisme normand et picard ? Diez supposait une influence germanique dans le changement de ca en cha; M. Joret est porté avec plus de raison, ce semble, à admettre l'hypothèse inverse. En tout cas, quelle que soit la cause de la persistance de ca dans ces deux dialectes, il faut admettre qu'ils représentent une étape antérieure à celle du français : celui-ci chan^ïe ca en cha et ce ci en se si; le picard et le normand, qui gardent ffl, s'arrêtent à che c/it dans la transformation de ce ci ; de la sorte, le son ch se maintient dans les trois dialectes. — Enfin M. Joret, revenant sur l'histoire du normand, donne d'intéressants détails sur les vicissitudes qu'il a subies. L'avénement des Plantagenets au trône d'Angleterre en 1154 amena la prédominance du dialecte poitevin, dont le vocalisme est normand, mais dont le consonantisme est français. En 1203, la réunion de la Normandie à la France y introduisit le français. De là les efforts divers pour ramener la prononciation populaire à la prononciation officielle qu'on constate dans les textes normands, chartes aussi bien qu'écrits litté-
' Cf. les formes telles que chaneAon [Roman de la Violette ^ 124), signalées par M. Joret.
8 sourde (représentée par c, par s, ou par ss) dans un certain nombre de mots, tandis que dans d*autres il devient 8 sonore. Dans quels cas a-t-on la sourde ? dans quels cas la sonore ? et pourquoi Tune plutôt que Tautre? M. Joret ne pose pas la question, se contentant de donner des exemples des deux sortes de changements. Cette question cependant vaut la peine d'être examinée, car elle pénètre au cœur même de la théorie de la gutturale. Et d*abord comment naissent les formes comme plaisir, etc. ? Faut-il admettre la série plagere, plagjere^ pl(fjgjere, plajdjere^ plajzir, plaisir, de sorte que la sifflante, dès Torigine, serait sonore? Alors il en serait de même de pacem =pai8. Contre cette hypothèse on peut objecter que Ys de pac^m, vocem, a dû être au xi« siècle une sourde, témoin l'anglais ji^i/r/*, partrich (arch.), peace, voice et les rares notations de l'ancien français par c * ; d'un autre côté, plagere aurait àonnéplair, tout comme regimi a donné reine, magistrtim, maistre. Faut-il admettre la série pîacere, placjere, plajcjere, plajcere, pïaitzir, plaizir? pourquoi alors la sourde ne se serait-elle pas maintenue, comme elle se maintient dans ericionem hérisson, aciarium acier? Voilà une première question à étudier. En second lieu, pourquoi rationem et les analogues sont-ils traités comme placere, tandis que platea, spatium, donnent place, espace, avec la sourde ç? Y a-t-il là une action de l'accent tonique ? D'un autre côté, rationem, pour devenir raison, passe-t-il par des séries de même nature que placer e {raijone, rajijon, rajtzon, raiçon, raison, ou rationem, radionem, radjon, rajdjon, rajdzon, raizon, ce qui est bien plus invraisemblable, dj devenant régulièrement^) ? Une troisième question se pose encore : pourquoi la consonne médiale donnet-elle dans les noms la sifflante sourde [hérisson, hameçon, acier, souspèçon, etc.), tandis que dans la conjugaison nous avons la sourde et la sonore, que je fasse, que nous fassions, que je place {jplaceam), que nous plaisions, que je taise ou que je lace, que nous taisions ? quelle est dans cette conjugaison la forme primitive, et jusqu'à quel poinl celle-ci a-t-elle été altérée par l'analogie ? Voilà autant de questions qu'il fallait élucider, et qui, traitées avec précision et méthode, auraient peutêtre amené à la découverte d'une chronologie relative dans les traitements divers de la gutturale. M. Joret les a négligées, se contentant d'établir cette diversité de traitement ; c'est là une regrettable lacune dont les conséquences naturelles se font sentir dans tout ce chapitre.
1 Voir les exemples dans Pouvrage de M. Joret qui a pris soin de les réunir, sans cherchera en examiner la valeur exacte (p. 124). — Dans onze, douze, etc., la sonore est peut-être due à l'action assimilatrice du d (undéci; und'çi, ond^ze) qui devait plutôt attirer à lui le c que de se laisser changer en f a son contact, parce que la pensée populaire reconnaissait toujours, sous ses altérations successives, dans d$ei le simple deeem.
avant vers la bouche ; en avançant encore Tobstacle formé par la langue, on franchit le domaine du 1c pour entrer en celui du t et kj^ passant par ty *, aboutit à ich (c), c'est-à-dire à U [h = ch). Toute cette discussion, appuyée d'un côté sur les exemples tirés des monuments du bas-latin, et sur des transformations analogues dans les langues germaniques, de l'autre sur des conditions physiologiques, me paraît juste. La réfutation de la théorie de Schuchardt [Vokàl, 1,150 ss.) est convaincante. M. Joret a raison en outre de faire de ts un succédané de tch et non de celui-ci un épaississement de ts^ de sorte que la série régulière des transformations de c est c (ich), s (rJi) ou c, ts, s.
Après avoir établi les conditions générales des transformations du c palatal Tauteur arrive aux exemples. Les premiers qu'il cite sont ceux qui montrent la persistance de la palatale.
La palatale latine, dit Tauteur, n'a persisté qu'assez rarement dans les langues romanes ; généralement à la place de qu : qiierelu, qKœrere^ qui, qiiem, qiiodj quietem, etc., tous mots écrits en roman avec qu^ ch (ital.), h. Cette remarque est étrange ; car dans tous ces mots, la gutturale est vélaire : qiL L'auteur entend-il par palatale, la palatale romane ? Pourquoi alors l'appelle t-il palatale Mine et pourquoi, en note sur ce passage, dit-il que le qu do qiiod est vélaire en latin (à cause de Yo) ? 11 semble que pour M. Joret, Vu de qu ne se prononçât pas et que qu fût une notation adéquate à Je, et cette présomption, qui paraît ressortir de son langage trop obscur, est confirmée par ce que nous avons signalé plus haut dans lintroduction du livre. Tout ce paragraphe est peu net. Le^ formes provenant de qu ne peuvent être alléguées comme exemples du maintien de la palatale. — D'autres exceptions plus réelles, qu'on rencontre surtout en roumain, sont expliquées avec soin ; enfin M. Joret arrive à la fameuse exception du sarde logoudorien qui conserve souvent la palatale comme sourde ou comme sonore.
Ce trait du sarde logoudorien semble une des plus solides preuves de la prononciation forte de la palatale latine, prononciation établie du reste d'une manière incontestable par d'autres arguments très sûrs. Toutefois, à l'époque où M. Joret imprimait cette page sur le sarde logoudorien, M. Ascoli émettait quelques doutes sur le caractère archaïque de cette prononciation. Dans son Archivio (II, 143, note sur ce^ ge), après avoir rappelé qu'en sarde logoudorien le g initial se change en ^ et le ^ médial disparait, phénomène, dit-il, qui à lui seul
' Je précise ici un peu plus que ne le fait Tauteur le changement de h en tch, M. Joret admet immédiatement après la forme k la forme c (= tch] ; le passage de l'une à Pautre n'a pas été aussi brusque et entre elles deux doit se placer la forme /y. Dans les faubourgs de Mons chien se dit suivant les villages hi, tifi, tcki, La forme tyi est très caractérisée et a une existence bien marquée. Cet exemple, quoique portant sur le groupe ca, est valable ici, parce que le c y est coi:»déré comme palatal.
ç est encore différent du z et que le premier n'a ni le son ts m le son s . C'est Touyrage de Mose Àlmosnino : Regimiento de la Vida, imprimé à Salonique en 1564 en caractères hébreux. Les différents signes employés pour représenter les sifflantes sont les suivants : le 5m {s sourde) remplace toujours Ts espagnole; le samech (autre sorte d's sourde, légèrement aspirée) désigne toujours le p ;]e zaïn enfin (sonore = dz ou z) est toujours pour z. On n'y voit nulle part le çadi (ts). Donc, pour l'auteur de cet ouvrage, ou pour celui qui l'a transcrit (car j'ignore si le livre a été écrit par Fauteur en caractères hébreux), le ç sonnait autrement que le z, que l's, et n'avait pas le son ts. M. Joret termine le chapitre en nous montrant une assibilation analogue à celle de Teipagnol dans les dialectes de la Suisse romande, du Tyrol, de la Vénétie et de l'Italie. On se demande si, poussant à Textréme ces transformations, quelques-uns de ces dialectes n'aboutissent pas régulièrement kfonhv? Plus loin M. Joret nous donne quelques exemples de ce changement pour le c vélaire (voir 212], et un ou deux pour le c palatal. Rien que de naturel dans cette dernière transformation de la gutturale. — Dans le chapitre viii, l'auteur donne des exemples d'assibilation dix c devant une atone e, t, qui tombe ensuite. Dans ce cas, chose curieuse et inexpliquée, la palatale devient partout, même en italien, s. L'on a de nombreux exemples * de ce changement, qui prouve que la voyelle atone s'est maintenue — même en provençal et en français — après l'époque où la gutturale s'est transformée, ce qu'établissaient d'ailleurs les formes telles que paiSj croix = pacem, crucem, etc. Après quelques exemples douteux de la chute du r palatal, l'auteur dit un mot du développement d'un i parasite dans le voisinage de la palatale. Quelques exemples, ce n'est vraiment pas assez sur une question aussi obscure et de telle importance. — Le dernier chapitre du livre II est consacré au changement de la palatale en labiale. Tantôt Ton voit un v qui suit la gutturale se transformer en consonne aux dépens de celle-ci et la supplanter ; aqua devient en val. caj)e ; antiquus, antifen fr., etc. ; cela n'offre rien d'étrauge. Tantôt on voit la gutturale simple se changer en labiale comme dans le sarde logoudorien : cattum = battu ; coUigere = boddire : cultellum = bulteddu ; cela est plus bizarre. Pour expliquer ce changement, M. Joret adopte la théorie de M. Ascoli, d'après laquelle la gutturale a le pouvoir de dégager un % ou un u parasite De la sorle cattum deviendrait kuattum, kvattu, gbattu, battu. Cette théorie nous paraît loin d'être démontrée, et vraie en ce qui concerne Yi palatal, elle est fausse pour Vu. Je ne veux ni ne
' J^ajouterai a la lisle de M. Jorel re*ar (espagnol = recitare], cidre {titdre = sicera],raHee, coussin [eulcidnui, * cuUtin^ * cultsin), ehevaUt (bubjouciif de cheval^ cAtVr), commenst (subjouciif de conimencier\ heneiêtre \ffenidicere], flasque (/laeciduê 9), moUe {^mu€idus?)t onu^ doute, elc.
ment suffixes en ceus)..Q[xsLnd la gutturale change de nature avec la voyelle de flexion dans la déclinaison et la conjugaison, elle subit en roumain et en italien des traitements divers (soit k, soit c), que l'auteur analyse avec soin. Dans quelques dialectes italiens, elle devient parfois^ ; la plupart des exemples cités (7 sur 12) ont le g médial, ce qui dès lors nous explique un peu ce changement. Dans le roumanche de rinn et la Suisse romande, elle devient s, et de môme en roumain dans les suffixes aceus, iceus, uceus. On ne trouve pas de trace réelle du changement du c palatal en 8 dans le français ; les exemples tels que chercher^ chevêche^ chicorée sont des exceptions récentes ; pouliche, ranche, sont normands ou picards ; bretëche, gal/eschs, revêche^ etc., ont en réalité une vélaire, ca\ bamboche, brava he, etc., sont italiens; chiclie seul présente une difficulté réelle. Toute cette discussion est très bonne. Enfin c médial devient è (J français) dans le ladin de TEngadine et du Tyrol, dans quelques dialectes du nord de Tltalie ; soit, dit l'auteur, que c devienne^, puis z, soit qu'il devienne r, «, z ; soit, ajouterons-nous, qu'il données (coname dans plaisir) puis.;^^ {plaisjir), et finalement jt?/e/w* {ple/i aux environs de Metz : cf. inajon = maison, qui prouve que le développement du y dans 2)hji est postérieur).
Après les changements de c en c, s, g, é, viennent ceux en //?, dz. On les retrouve dans le roumain du sud, quelquefois dans celui du nord, et aussi dans le ladin du Tyrol et du Frioul. dani le sarde, logoudorien (à côté des exemples de la conservation apparente de la gutturale latine), et çà et là dans quelques dialectes italiens. Le suffixe dus a été décidément traité par l'italien comme iius ; il est devenu zzo. En effet, l'italien change régulièrement /* + voyelle en zz ou zzi * (M. Joret n'examine pas la question de la présence ou de l'absence de Vi) •. L'assibilation de la gutturale est générale dans les idiomes de l'ouest. Dès le x*' siècle, le français a changé c en U ou ds. Initial, il devient s dans quelques rares exemples du xiii®, généralement au xvi", quoique Torthographe garde la lettre c. Médial, il devient
* Ti dcvieut aussi gi dans falagio^ ragion^f, elc. Voir p 9a, 9'>. Ces formes sonlellcs des allai blissiemciUs de r, de lelle sorle que ti en italien serait devenu zi{i) ou c? Les iD'Hs mogione, cagione semb'.enl prouver le conlraire ; on a dans palagio un aifaiblissement uornial de ti médial en 2», puis le i se palatalise, aj d^où gi ; de même dans musioneûi, occasi' nem. si =z fj z=. j qui devient g comme dans jaeere = giacere. En tout cas, quelque explication que Pon donne de l'ongine de ce^ = ft, on est forcé d^admettre que le développement de ti a dû être ici diiiért-nt de celui de et ; c'est bien aussi l'avis de M. Jorct ; mais on serait curieux de savoir eu quoi consistaient ces différences et quelles en étaient les causes.
* Si Ton considère des formes telles que giustizia et giustezza, viiio et vezto, on se persuadera que k-s mots qui ont t sont d'origine savante. Le caractère de formation savante est visible dans astuzia^ pozione, dazione, dominazione^ escalatione, ahitatione, nazione, riformazione , pigritia. Les mots en z ou zz sans t ont dans leur physionomie quelque chose de plus populaire : alzare, debolezza, marzo, piazza, etc. C'est du reste l'opinion de Diez, II, 364.