‹ Arsène Darmesteter: Reliques scientifiques recueillies par son frèreChapitre 36 sur 41 · FILLES · texte numérisé non relu

FILLES

l*'^ division, 5 classes de 40 élèves.

2** — 7 classes do 40 élèves.

30 — 4 classes do 60 et 1 de 25 élèves.

4« — 3 classes de 40 élèves.

5* — 3 classes de 60, 4 de 23 élèves.

6« — 1 classe de 60 élèves.

Le programme de l'enseignement des filles ne comprend pas la septiènie division. En revanche, l'école ajoute aux programmes officiels, pour l'enseignement des filles les plus âgées, une classe de couture à la machine, et des classes de cuisine, de relavage, de blanchissage et de repassage. Les élèves viennent surtout des environs : la population juive est énorme dans la Cité, et une école communale laïque voisine compte pour sa part 1,000 élèves juifs ; mais ils viennent aussi d'autres quartiers de Londres, même des plus éloignés, et quelques-uns des faubourgs. La réputation de cette école est universelle ; d'ailleurs les élèves trouvent toute sorte d'avantages à y appartenir.

Les enfants sont tous habillés gratuitement une fois par an ; ils reçoivent, s'ils le veulent, un lunch à 1 heure : 230 enfants environ ont ainsi leur second déjeûner gratuit à l'école. Un jour par an ils sont emmenés à la campagne pour une excursion d'été.

L'école n'est pas tout à fait gratuite ; les élèves doivent une rétri«

bution de 1 penny ou 10 centimes par semaine ; mais cette rétribution n'est jamais réclamée ; paie qui veut. Cette année le montant des rétributions perçues s*est élevé à £ 315,11 sh. (dont £ 178, 12 sh. pour les garçons et £ 136, 19 sh. pour les filles), soit environ 7,890 francs, ce qui représente une moyenne de 900 à 1,000 jeunes contribuables. Ajoutons qu'en entrant le matin les élèves sont tous lavés (précaution utile) ; aussi c'est un plaisir, quand on pénètre dans la salle, de Toir ces petites têtes en général fines et éveillées, propres et fraîches de teint.

Ce petit monde est élevé par 48 professeurs hommes et 41 femmes. Des hommes, 6 sont bacheliers de l'Université de Londres ^ 14 ont leur brevet d'enseignement, 10 devaient se présenter aux examens à la fin de 1884 ; les autres se préparent à leur examen sous la direction de M. Angel. Pour les femmes, 9 sont brevetées et 4 devaient se présenter aux examens de décembre 1884 ; les autres se préparent. Les professeurs ont à leur disposition une bibliothèque d'environ 7,000 volumes.

La salle des séances renferme en outre une petite bibliothèque d'usage journalier, contenant les grands dictionnaires et les principaux ouvrages relatifs à la pédagogie.

Toutes les maîtresses reçoivent sans distinction chacune une robe par an : elles déjeunent ensemble à l'école aux frais de l'école. Tous les sous-maîtres qui le demandeht reçoivent de l'argent pour s'acheter un habillement complet.

En général chaque classe est tenue par un maître, sauf les classes supérieures où le maître est assisté par un maître auxiliaire ou moniteur, en anglais pupil teacher^ élève maître *.

L'enseignement comprend deux sections, l'enseignement obligatoire, qui reproduit exactement le programme officiel de l'enseignement primaire et prend par jour les quatre heures exigées par la loi, et l'enseignement facultatif, qui est l'enseignement religieux, hébreu et histoire sainte, et prend deux heures de plus par jour.

Les six heures de cours journaliers se répartissent en deux classes

1 Lo baccalauréat anglais no correspond pas à notre baccalauréat, qui a pour équivalent à Londres la matriculation^ mais rappelle, de loin, notre licence.

* Suivant le chapitre m du Code of régulations^ les élèves-maitres sont des Jeunes garçons ou jeunes filles, engagés par le directeur d'une école primaire pour enseigner pendant les heures de leçons sous la direction du mailre, et devant recevoir un supplément d'instruction en dehors des classes. Ils ont douze ans au moment de leur engagement, qui dure généralement quatre ans.

A la fin de chaque année, ils ont à passer des examens. Leur engagement accompli, ils peuvent soit entrer au concours dans une école normale, soit devenir assistant teachers aux écoles primaires, soit, dans certains cas particuliers (surtout si les notes des examens sont très salisfaisantes), recevoir le titre provisoire de teachers. Enfin, après un nouveau stage, ils peuvent se présenter aux examens de certificated teachers.

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d*inégale durée. La classe du matin va de neuf heures à une heure, la classe du soir de trois heures à cinq heures. Les vacances sont de six semaines, une quinzaine à la fête de la Pàque juive, et quatre semainoi aux fêtes religieuses de Tarrière-saison.

Tous les ans, on fait passer aux élèves des examens officiels très stricts. Comme ces examens jouent un rôle capital dans les subventions accordées par TEtat, il est utile de nous arrêter sur ce point. Il y a là un mécanisme original, particulier à TAngleterre, que nous de- VOUS expliquer à nos lecteurs. L'Etat subventionne les écoles proportionnellement aux progrès qu'elles réalisent. Ces progrès sont cons* tatés par des inspecteurs qui viennent une fois par an, à des époques fixes, faire passer des examens minutieux, oraux et écrits, à tous les élèves sur toutes les parties de renseignement.

Pour la Jew^' Free School l'inspecteur en chef est le célèbre orientaliste M. Lepage-Renouf, qui est assisté de trois sous-inspecteurs nommés par le ministère. Les examens ont lieu en février et durent huit séances consécutives de huit heures chacune.

Voici les conditions des subventions pour les écoles primaires. Att cas où l'école est installée dans de bonnes conditions hygiéniques, elle reçoit d'abord une subvention fixe de 4 sh. et 6 pence (5 fr. 60 c.) par tête pour les présences moyennes. Les présences moyennes sont déterminées par le nombre total de présences journalières divisé par le nombre total des séances d'école. De plus il est accordé des subventions de mérite [merit grant) qui s'élèvent à 1, 2 ou 3 sh. (1 fr. 25 c, 2 fr. 50 c, 3 fr. 75 c.) par tête d'élève, si l'inspecteur constate dans son rapport que l'école est convenable, ou qu'elle est bonne, ou qu'elle est excellente, à l'égard : \^ de Torganisation et de la discipline ; 2^ do l'habileté développée par les maîtres ; 3® de la qualité générale du travail, surtout dans les études élémentaires. D'autres subventions peuvent encore être accordées : d'un shilling par tête dans l'école des filles^ si elles sont instruites dans les travaux à Taiguille ; d'un shilling si les élèves apprennent convenablement à lire et chanter la musique vocale et de 6 pence si elles apprennent seulement à chanter et non à lire.

Enfin des subventions sont encore accordées à proportion du nombre des élèves qui subissent avec succès les examens annuels :

l'' Dans les sujets dits élémentaires, à raison de 1 penny par tête et par sujet ;

2^ Dans les sujets dits de classes (anglais, géographie, science élémentaire, histoire, pour les filles travaux à l'aiguille), à raison de 1 shilling pour chaque matière si la note de l'examen est assez iiêïi^ et de 2 shillings si la note est iien ;

2'* Dans les sujets dits spéciaux, choisis par les élèves, à raison de 4 shillings par élève et par matière spéciale.

Ce système de subventions nécessite un contrôle rigoureux de la part de Tadministration ; et, en effet, les écritures officielles en ce qui concerne renseignement primaire sont poussées de Tautre côté du détroit à une minutie de détails dont nous n*ayons pas d'idée en France, ce qui est beaucoup dire. Qu'on jette les yeux sur le (ableau [form) IX publié par le ministère en appendice au Code scolaire de 1884 ; ce tableau est composé de vingt sections différentes contenant environ deux cents questions auxquelles doit répondre chaque année le directeur ou la directrice de toute écolo communale. Et les réponses doivent être précises, sous peine d'ajournement ou de refus de subvention : Any error^ omission or indisiinciness will serioiishj delay payment of ihe grants^ tel est Tavis qui se lit en tête de plusieurs des états à remplir.

Rien ne peut donner une idée de la rigueur d'information de ce questionnaire qui, pénétrant dans les plus petits détails, ne laisse rien au hasard et à l'imprévu, et met chaque moment de la vie de l'école, si complexe qu'elle soit, sous le regard vigilant de l'administration.

C'est par ces mesures énergiques que l'État a pu dans ces dernières années agir si efficacement sur l'enseignement primaire de la libre Angleterre, et le soumettre à une dure, mais salutaire discipline. Le pivot de cette vaste machine administrative, ce sont naturellement les examens do fin d'année. Ces examens deviennent plus difficiles à mesure que l'école devient meilleure. Les inspecteurs, seuls maîtres et maîtres absolus de l'examen, augmentent leurs exigences avec les progrès accomplis.

Do toutes les écoles primaires d'Angleterre, \diJews* FreeSchool a les examens les plus élevés, et en effet les examinateurs se voient forcés, par l'excellence de l'école, de protéger les intérêts du trésor afin de n'accorder les subventions qu'à bon escient. Le maximum possible de subventions est de 20 sh, 10 pence par élève (26 fr. 60) ; et, l'an dernier, l'école do M. Angel a obtenu une subvention de 20 sh. 7 pence par élève, formant un total do £ 2,662 ou environ 66,550 francs. C'est dire la supériorité de l'enseignement qui est donné là. Et il faut songer que sur ces 3,200 enfants il y on a à peine 300 qui soient fils ou filles d'Anglais et dont l'anglais soit la langue maternelle ; que presque tous sont enfants d'Allemands, de Polonais ou de Russes *, et passent leurs premières années do l'école à étudier l'anglais comme une langue étrangère ; qu'on outre ils ont à apprendre l'hébreu : double désavantage qu'ils ont sur leurs camarades des écoles communales anglaises. Et

> Point de Frtnçtis ; M. Angol, en quertnte-qutlre ens, n*en • eu que dix, à l'époque de le guerre rrenco-alltmendc.

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malgré cela, ils quittent en général Técole et achèvent le cours complet de leurs études plus jeunes que les élèves des autres écoles. Dans la septième division, sur 45 élèves, je n'en ai vu qu'une douzaine ayant treize ans passés, alors que Tâge légal dans cette division est de treize à quatorze ans. Chaque année, M. Angel reçoit ainsi quelques centaines d'enfants d'origine étrangère, et fait de ces petits Juifs allemands, polonais, russes, autant de citoyens anglais qui seront fiers du pays qui les adopte et qu'ils adoptent.

Le budget de l'école n'est assuré que pour une très faible partie par les rétributions scolaires et les subventions de l'Etat : ces deux ordres de recettes ont produit, en 1883, un peu moins de £ 3,000. Le reste est demandé à des contributions volontaires. Or, comme le budget s'élève environ à £ 15,000, c'est £ 12,000 environ que l'on réclame annuellement de la générosité du public, c'est-à-dire 300,000 francs.

L'an dernier le budget des dépenses s'élevait à £ 30,274 et 13 s., soit 756,866 francs, parce qu'il contenait les frais de reconstruction de l'école (environ 300,000 francs) ; et pour toutes ces énormes dépenses, l'argent a été trouvé !

L'initiative personnelle de M. Angel a été pour beaucoup dans cette générosité du public israélite de Londres. Un négociant de la Cité, feu M. Alfred Davis, ami personnel de M. Angel, a donné de son vivant £ 30,000 (750 000 francs) à l'école à diverses reprises, et lui a légué à sa mort une somme de même valeur. Sir Anthony Rothschild, pendant trente ans président du comité, a donné régulièrement chaque année d'importantes sommes. Chaque année du reste, la famille Rothschild apporte discrètement des contributions qui s'élèvent en moyenne à £ 10,000.

Telle est cotte école, fondée, on peut le dire, par l'énergie et le dévouement éclairé d'un seul homme. Depuis quarante-quatre ans, M. Angel lui a dévoué toutes les forces de son intelligence et de son cœur. Tout en élevant une famille, il a su et pu fonder cette écolo qui est maintenant l'orgueil de l'Angleterre. Il y a quelques mois le chef du département d'éducation, M. Mundella, la visitait dans tous ses détails et inscrivait sur le registre des visiteurs, à côté de son nom, les mots suivants que me montrait avec une légitime fierté M. Angel : May 12^ Visited this scJiool and found it in ail respects admirable ; « J'ai visité cette école et l'ai trouvée sous tous les points de vue admirable. »

(Revue pédagogique^ 1885, n<» 1, p. 36-620

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