FRANÇAISES
DU PAnTICIPE PASSÉ.
S*il est une partie do la grammaire française riche en règles obscures et compliquées, c*est bien celle qui traite de Taccord du participe passé. La théorie du participe passé fait, dans nos écoles, le désespoir des élèves, et, avouons-le, des maîtres ; elle rebute l'étranger qui veut apprendre notre langue. Par quelle bizarrerie, construit avec Tauxiliaire avoir, ce participe s*accorde-t-il avec le complément quand il en est précédé, et reste-t-il invariable quand ce complément suit? Pourquoi les temps composés des verbes pronominaux ont-ils le plus souvent la valeur de verbes actifs et la forme de verbes passifs ? Pourquoi le verbe faire, suivi d'un infinitif, est-il toujours invariable, alors que d'autres verbes, dans la même position, peuvent varier? Ces règles, et bien d'autres, que je n'ai pas besoin de rappeler au lecteur, ont-elles leur raison d'être? Reconnaissent-elles des causes logiques ou historiques? Peuvent-elles être simplifiées ?
Il nous a paru intéressant et même utile de traiter ici rapidement quelques-unes de ces questions. Nos instituteurs y trouveront peut-être
profit. Demandons à Tancienne languo des renseignements sur Thistoire sjntactique du participe, et nous aurons grand'chance de nous instruire sur le vrai caractère des règles auxquelles Tusage actuel soumet ce mode.
Le participe, disent nos grammairiens, est un temps qui participe à la fois de la nature du verbe et de celle de l'adjectif. En tant qu'adjectif, il s'accorJe en genre et en nombre avec le substantif ou le pronom qu'il détermine, qu'il qualifie ; en tant qu'élément verbal, il no peut recevoir d'accord. Construit avec l'auxiliaire être, il est toujours considéré comme adjectif, et par suite il varie. Construit avec l'auxiliaire avoir, tantôt il est considéré comme adjectif: c'est quand le com* plément lo précède ; dans ce cas, il varie et s'accorde avec ce complément ; tantôt il est considéré comme verbe : c'est quand le complément le suit ; dans ce cas il est invariable.
D'où vient que, dans la construction avec l'auxiliaire avoir^ le participe est considéré comme adjectif quand il est précédé de son complément, comme verbe quand il en est suivi ? Pour avoir l'explication de cette bizarrerie, remontons à la vieille langue et au latin, ou pour mieux dire, suivons Fhistoire du participe, dans sa construction avec le verbe avoir, depuis l'époque latine et à travers le moyen âge jusqu'à nos jours. Cette histoire n'est pas très complexe, ni très obscure. Elle vient d'ailleui's d'être tentée, sur nos conseils et d'après nos indica tiens, par un jeune philologue suisse de nos élèves, M. J. Bonnard, dans une étude assez bien faite sur lo participe passé en vieux français ^ Prenons-la pour guide.
Où nous disons fai aimé, le latin disait, en un seul mot, amavi. Pour rendre Tidée du participe indéfini, le français a donc substitué à un temps simple un temps composé du verbe avoir et du participe passé. Voici comment s'est produite cette substitution.
Les Latins connaissent déjà l'emploi du verbe hahere (avoir) avec le participe passé, dans une acception quelque peu difierente de celle que nous donnons aujourd'hui à cette construction ^. EpisMam habeo scrip •
* Lausanne, 1877, in-S», 79 pages.
s Eq voici des exemples. • Divesne est istic Theolimus ? — Etiam rogas? Qui auro haheat soccis tuppaeiuot solum » [Piaule, Bacchis, H, 3, 98). Ce Theotime eti-i riche? — Tu le demandes? lui qui a les semelles de ses souliers garnies d*orI -^ « Inelusum in curia senatum habuerunt > [Cicéron, Lettres à Atiicus^ \ll, 2, S). Ils tinrent le sénat enfermé dans la curie, — • (Romulus) kahuit plebetn in clienlelas principum descriptam • (Cicéron, De Bepnhlica^ II, 9]. Romulus eut le peuple divisé en catégories sous le patronage des grands. — « Si nondum eum satis hahes cognitum • (Cicéron, Lettres familières^ Xlll, 17, 3). Si tu ne Vas pas ^ c'est-à-dire s'il ne f est pas asie^ connu, — • • Quantum ex tuis literis haheho cognitum > (Cicéron, ibid,^ XIII, 15, 20). Ce que f aurai appris de ta correspondance, — c (Siculi) ad meam fidem^ quam hahent spectatam }Bm et diu cognitam, confugiunt > (Cicéron, Divin, in Cacil., IV, 11). Les Siciliens recourent à ma fidélité qu^ils ont éprouvée et connaissent depuis
tam, fi j'ai la lettre écrite », signifiait, non fat écrit la lettre (scripsi epistolam), mais j'ai là^ sous la m^in, la lettre écrite par mol. Dans cette phrase latine, habeo « j'ai » gardait sa valeur propre de verbe actif, exprimant la possession , et il avait pour régime un complément eomi^lexe, epistolam scriptam « la lettre écrite », où scriptam était un participe, c'est-à-dire un adjectif qualifiant epistolam. Au contraire, dans la phrase française, /a/ ern/ ta lettre^ écrit ne fait plus qu'un avec j'ai ; fai a perdu sa valeur propre de verbe actif pour prendre celle d'un auxiliaire, et le participe est devenu de participe-adjectif un participe-verbe, un élément verbal.
Quelles que soient les différences qui séparent ces deux constructions, c'est de la première, de la construction latine, qu'à la longue, soui l'action du temps et de l'usage, est sortie notre construction française.
Dès les origines du moyen âge, on peut en suivre la trace. Il est vrai que les textes français ne commencent guère qu'au ix° siècle ou au x", et que diï vi° au ix" on no possède aucun document écrit dans la langue populaire des Gaules, dans cette langue qui un jour deviendra le français. Mais l'on a des textes du bas latin. Le bas latin, comme on sait, est une langue artificielle que personne n'a jamais parlée ; c'était lô latin classique, le latin des livres, écrit par des hommes plus ou moins ignorants, qui croyaient écrire du latin correct, mais qui, subissant l'action de la langue populaire, mêlaient à ce latin écrit des idiotismes pris à l'i.liome du peuple. Or, dans ces documents latins de l'époque mérovingienne ou de l'époque carlovingienne, on trouve des traces nombreuses de la construction nouvelle du participe avec habere, avoir, qui tend à se substituer au parfait latin : c< Illud sacramentum quod juratum habeo », (ce serment que j'ai juré), (dans Rozières, Formules] III, 2, texte de l'an 802). — <( Pauci sunt monochi qui prœdicti Patrii regulam siiam abbatibus habeant promissam », (il n'y a qu'un petit nombre do moines qui aient promis aux abbôi la règle dudit Père), [concilium Turone/is., III, can, 25). — « Quem judicatiim habiii », (celui que f ai jugé) , (Ilozières, Formules angevines^ XV). — « Cum
longtemps. — « Ut anle calendas seililes omncs decumas ad aquam deportatas habirent » (Cicéron, in Venem^ II, m, 14, SA). Qu'avant les ec.lcides d'août ils atsacnt apporté toutes Us dîmes au d('trott de Sicile. — Habeat (oralor) oiûnes philos jphiaj notas et tractatos l cos (Cicéron, Orator^ XXXIII, 118). Que l'orateur posstde et ait traité toutes les questions de II philnsnphie. — i luuumerabilia qua collecta habentS\^6\c\ » (Gicéron, Divin, ^ II, 70, 14;»}. Mille autres exenipl^s que les stoïciens on: recueillis. — « Do Cœsare satis dictum habebo » (Gicéron, Phil., V, 19, \j2}. Ten aurai assez dit utr César, — On peut inuUiplier ludéfiniment ces exemples. Voyez les grands diclioanaires de Forcelliui, Freund, Georg, auxquels nous les empruntons.
Remarquez que, dans quelques-uns de ces exemples, hibere perd déjà quelque peu de sa signification propre et tend à devenir presque un auxiliaire. Onines deciimag déportâtes haberent est, peu s'en faut, identique à omnes decumas déportassent. Dd Casare satis dictum habebo n'exprime guère autre chose que De Casare satis dixero.
autem orationem haluerint faciam, pueri incipiant, etc. », (quand ils auront acJievé l'oraison, que les enfants commencent « etc.), (Ouidonis Disciplina Farfensis, I, 16). — « Sarmatas absque praelio siihdiloa habuit », (il eut soumis les Sarmates sans combat), {Histoire de Richier^ 1, 14).
Ces exemples montrent bien que hahere a déjà cessé d'exprimer la possession pleine et entière et commence à jouer le rôle d'auxiliaire. Néanmoins le participe garde sa valeur d'adjectif et s*accorde avec le régime de îiahere.
Du bas latin passons au français.
Dans les plus anciens monuments de la langue française, dans lea fameux Sermejits de Strasbourg (842), dans la Cantilène de sainte Eu-' hlie (x® siècle), on ne trouve pas d'exemples du passé indéfini. Le fragment à' Homélie sur le prophète Jonas^ texte semi-français, semi latin du x^ siècle, ne renferme pas non plus d'exemples décisifs. Seul, le poème de saint Léger ^ parmi les plus anciens textes français, offre des exemples d'emploi du participe passé avec l'auxiliaire avoir. Dans ces exemples on voit le participe s'accorder avec le régime du verbe avoir ^ qu'elle qu'en soit la place. La règle latine, à la fin du x' siècle, est
encore en vigueur.
Du xi° siècle on possède deux textes littéraires, le poème de saint Alexis^ dont on place la rédaction vers 1060, et la Chanson de Roland^ qu'on croit avoir été rédigée entre 1070 et 1080. Ces deux textes importants appartiennent à la région occidentale de la France, et relèvent du dialecte normand.
On y voit pour ainsi dire poindre les règles modernes.
En effet, si l'on étudie les différents exemples d'emploi du participe passé construit avec l'auxiliaire avoir ^ on constate les trois règles suivantes :
1® Le participe conjugué avec avoir s'accorde avec le régime à' avoir ^ quand il en est précédé :
Vos li avez luz ses castels toluz (Roland, vers 230) "...
Sa rere-guarde avrat detres sei mise (Ibid., 584) *. . .
Jusqu'à un an avrum France saisie (Ibid., 972). . .
A quinze colps Tad il fraite e perdue (Ibid., 1323) "...
Quant sa raison li et tote rnostrede (Saint Alexis, sir. xv, vers 1). • .
JBt un ancl dont il ^out esposede (Ibid.^ xv, 3). . .
Si a li enfcs sa tendre charn mudede (Ibid , xxiv, 1). . .
> Nos citations se réfèrent à Pédilion de M. Léon Gautier.
* Vous lui avez tous ses châteaux enlevés. . . Son arrière-garde aura derrière soi mise. . .
* Jusqu'à un an (avant une année) nous aurons France saisie [conquise),, . Par quinze coups il Ta brisée [sa lance) eX perdue...
A lui mcdisme ont Talmostic donëde (Ibid., xxiv, 3).. . Avec ma sposc que je lor ai guerpide (Ibid., xlii, 3) *. . .
Dans le vers suivant,
Noz chevaliers i ont lesset occire (Roland, 2717)
c'est-à-dire, « Ils ont laissé occire nos chevaliers », le participe est invariable parce que nos chevaliers est le complément, non de ont laissé, mais d'occire,
2^ Quand le participe est précédé de Tauxiliaire et suivi de son régime, il s'accorde généralement avec ce régime ; mais il peut aussi rester invariable ; ce dernier cas se produit surtout avec les participes fait et eu.
De la contrée unt purprises les paris [Roi., 3332). . . De nostro prod m'aplevie sa feid (Roi., 507). . . Guencs li fels en ad faii traîson, Del rei païen en ad oût çranz duns (Roi., 814-5). . . De son osberc li ad rumput les patis (Roi., 1300) '.
8<* Quand le participe précède à la fois le verbe et le régime, ou lo régime et le verbe, il reste invariable.
Perdut avum noz seignurs et noz pers (Roi., 2148) A quel dolor déduit as id^jovente (Saint Alexis, xGi, 2) Li mien baruns, norrit vos ai lung tens (Roi., 3374) *.
Ainsi dans les documents du xi® siècle, documents appartenant au dialecte français de la Normandie, nous voyons s'entamer la règle primitive de Faccord absolu du participe avec le régime d'avoir. Lorsque le régime suit le participe, celui-ci semble s'unir plus étroitement avec le verbe et perdre sa qualité d'adjectif. De môme quand il occupe la première place dans la proposition, il semble porter le poids de ridée verbale, et prendre toute sa valeur de verbe.
Telles sont les deux exceptions qui viennent modifier la règle primitive issue de la construction latine. Toutefois il faut remarquer que les
' Quand il lui a toute sa raisou [tonte; ses raisons] exposée. . .
Et un anneau avec lequel il l'avaii épousée. . • Ainsi Tenfant a toute sa chair muée (changé tout son corps)», . Avec mon épouse que je kur ai guerpie {abandonnée]
* De la contrée ils ont enveloppé les parties...
Pour noire bien, il m*a engagé sa foi. . .
Guène le félon en a fait trahison, Du roi pajen en a eu de grands dons.
^ Nous avons perdu nos seigneurs et nos paiis. . .
A quelle douleur as-tu livré ta jeuuesse ?. . . Les miens barons, je yous ai nourris longtemps. , .
cas d*accord sont de beaucoup les plus nombreux, et cela à cause de la construction usuelle du vioux français, qui le plus ordinairement place le régime avant le participe.
Vint la pulcelle qued il oui esposede *.
Arrivons au xii*^ siècle ; ici les textes abondent, textes du dialecte français proprement dit, textes normands, textes picards, textes bourguignons.
Il est impossible de les passer tous en revue, on ne peut au plus qu'examiner les plus importants, et dresser des statistiques plus ou moins complètes. Les conclusions à en tirer ne sont ni très précises, ni très rigoureuses; il s'en dégage, cependant, ce fait que le dialecte normand a une tendance marquée à laisser le participe invariable quand il précède le complément ; cette tendance, on la signale déjà d'ailleurs dans le poème de saint Alexis et la Chanson de Roland. Le dialecte bourguignon paraît le plus conservateur. Le français, qui importe surtout dans cette étude, semble offrir un moyen terme : dans la plupart des poèmes du xii® siècle qui appartiennent à ce dialecte, le participe s'accorde en général avec le complément de l'auxiliaire quand il en est précédé, et peut s'accorder ou rester invariable quand ce complément le suit. Toutefois, chez les auteurs qui écrivent le plus purement la langue, chez les maîtres de style, comme Chrestien de Troyes, le participe s'accorde d'une façon absolue avec le régime préposé et s'accorde presque toujours avec le régime postposé *, môme lorsqu'il se trouve en tète de la proposition avant l'auxiliaire et le régime'.
Pour les bons écrivains du temps, comme on voit, le participe garde pleinement sa valeur d'adjectif ; il n'est donc pas encore assez inti^ moment soudé à l'auxiliaire pour ne faire avec lui qu'un verbe.
Le xiii° siècle présente l'image du chaos. Y a-t-il une règle d'accord suivie par les écrivains? On en doute, lorsqu'on voit le participe rester invariable ou varier quand le régime le suit, admettre ou repousser l'accord quand le régime le précède. Villehardouin écrit : « Nos li [lui) avons sa convenance tenue » (187). « A cui (qui) il avoient pais faite » (431). Mais il écrit : « Les gens que l'emperores i avoit laissié » (281). « [Us) avoient lor chars mené avec aus » (492). — Il écrit : a (77) avoit me7tee avec lui Vempereris (l'impératrice) » (226) ; mais il écrit aussi : « Il n'avoit oï (entendu) noveîes d'als » (437). — Il écrit : a Perdue avons la
> Vint la jeune fille qu'il avait épousée.
s Les seules exceptions ne portent guère que sur le participe du yerbe faire : QuMl U [lui) ait fet nttle Uiàure (chevalier au lyon^ C09) Ou il ot [eut] fet longue demore [id,, 649).
' Prise a la dame de Landue (2151).
{l'armée) avoit fait pour boucher le fleuve. » — « Aus chauciées {dans les chaussées) que l'on SiyoïtfaiL » — « Des mura et des tours que vous hvezfet. » — a Grant partie des faiz nostre saint roy que je ai veu et t?y. » — « Ces choses que vous ai je ramenteu (que je vous ai rappelées). » — a Ceulx que il avoient enterré. » — « Ces gens estranges que le roy avoit apaisié. » — « Leurs dons et leurs aumosnes que tes devanciers leur auront donné. » — Encore, dans plusieurs de ces exceptions, c'est le verbe faire que Ton trouve invariable ; or le verbe faire, nous l'avons vu, a montré de bonne heure une tendance marquée à l'invariabilité. Dans d'autres, ce sont des sortes de neutres {ffrani partie, ces choses) qui ont maintenu le participe dans son invariabilité.
Lorsque le participe est suivi du régime, on trouve non rarement l'accord ; « Il avoit leue la Bible. » — a J'ai pardue ma mère. » — a Un fort vent ot {etd) rompues les cordes des ancres. » — « Le Sarrasin avoit ostée sa touaille de sa teste », etc., etc. — Mais, dans la plupart, dans la presque généralité des cas, le participe reste invariable. Et cette invariabilité est sensible dans les phrases où un mémo régime, précédant et suivant deux participes, fait varier le premier et laisse le second invariable ': a Orent desconfit les serjaiis le roj et chasdés de la ville (ils eurent déconfit les sergents du roi et chassés de la ville). » — a Quant nous eûmes desconfit les Turs [Turcs) et chaciés de leur herberges. »
Cette tendance parait dominer chez les bons écrivains du xiv<^ ot du xv*' siècle. Dans Froissard, le participe s'accorde le plus souvent avec le régime proposé, quoique Ton constate de nombreuses exceptions ; il reste invariable, sauf de rares exceptions, quand le régime suit. Dans ces vers de Villon, on trouve une syntaxe toute moderne.
La pluye noua a débuez et lavez Et le soleil desséchez et noircis.
Pies, corbeaux nous ont les yeux cavez Et arraché la barbe et les sourcilz.
Signalons seulement cette construction, usuelle au moyen âge et qui se maintient jusqu'en plein xvii° siècle, dans laquelle le régime se place entre l'auxiliaire et le participe et impose régulièrement l'accord à ce dernier :
Mort, j'appelle de ta rigueur
Qui m* as ma maîtresse ravie, {Grand Testament, 978.) Le Franc Gontier et sa cocnpaigne Helaine Eussent ceste doulce vie hantée, (Ibid, 1481.)
C'est cette tendance que Ton constate au xvi® siècle. Les meilleurs écrivains en prose laissent généralement le participe invariable quand
le complément suit ; les exceptions où il y a accord font Tinfimo minorité des cas ; iU font accorder le participe avec le complément qui le précède ; mais dans ce cas les exceptions d'invariabilité sont plus nombreuses. Quand le complément s'intercale entre le verbe avoir et le participe, il y a toujours accord.
Il y a donc eu un progrès dans la transformation de sens du verbe avoir. Lorsque le régime suit, le participe et le verbe se combinent en un temps composé quant à la forme, simple quant au sens : fai écnt = scripsi, tout comme f écrirai^ c'eit-à-dire fècrire-ai [scribei'e habeo) = scribam *. Quand le régime est intercalé entre avoir et le participe, avoir y ainsi isolé, garde plus longtemps sa valeur de verbe actif et sa signification première. Cet emploi s'est maintenu jusqu'en plein xyii" siècle dans des constructions autrefois d'un usage ordinaire, aujourd'hui considérées comme des inversions poétiques.
Les endroits où la terre pressée A des pieds du Sauveur les vestiges écrits,
(Malherbe, Larmes de saint Pierre.)
Aucun élonneracnt iCa leur gloire flétrie. (Corneille, Horace.)
Quand le complément précède le verbe et le participe, la syntaxe primitive, qui regarde avoir comme un verbe actif et non encore comme un auxiliaire, lutte contre la tendance nouvelle qui réclame l'invariabilité du participe. Cette lutte, longtemps indécise, devait logiquement, et si la grammaire avait obéi aux lois de la langue, se terminer par le triomphe absolu de l'invariabilité, puisque, dans la lettre que fai écrite et dans fai écrit la lettre j aujourd'hui la langue ne fait aucune différence, quant au sens, entre les deux passés indéfinis. Mais les grammairiens en décidèrent autrement.
Rien de curieux comme les discussions des grammairiens du xvii» siècle sur les règles d'accord du participe passé. Ne comprenant pas comment la question se posait, ignorant que les lois d'une langue ne sont pas une création de la logique pure, et le résultat de considérations abstraites et métaphysiques, ils substituaient au sens grammati-
> Il suit de là que TexpUcalion de rinvariabilité avec le régime poslposé, que donue M. Littré avec d'autres grammairiens, est inexacte. Selon lui, dans la phrase fai écrit tme lettre^ après avoir dii j'ai écrite comme on n*a encore aucune idée de la nature du régime, on suppose un régime neutre, cela : fai écnt ala^ une lettre^ et le participe s'accordant avec ce neutre est invariable. H n'y a ici aucuu accord de participe, c'est-à-dire de Tadjectif, avec un régime neutre exprimé ou sous-entendu, parce qu'il n'y a plus de participe ou d'adjectif: écrit est fondu avec ai et tous deux forment une expression simple ; il n'y a plus de verbe et de participe, mais un temps verbal. D'ailleurs ce qui prouve la fausseté de celte théorie, c'est que dans des constructions comme arrivées qu'elles furent elles se mirent d..., arrivées devrait 6tre invariable, puisqu'on ignore de quel sujet il est attribut.
cal le sens logique. Ne pouvant songer à interroger Thistoire de la langue sur ce point, ils ne cherchaient qu'à rendre sensibles par des règles extérieures de grammaire, les différences les plus fines et les plus subtiles que leur esprit d'analyse leur faisait trouver dans les phrases les plus simples. Us s'engageaient là dans une voie tout à fait contraire au véritable esprit grammatical, et, marchant sur leurs traces, les grammairiens modernes ont ainsi surchargé la grammaire de règles minutieuses et compliquées qui ne reposent pour la plupart sur aucun fondement réel.
L'espace nous manque pour reproduire ces discussions où brillent la science de Ménage, la finesse de Vaugelas, la subtilité de Port-Royal, de Bouhours. La règle de position déjà indiquée par Marot au xvi« siècle *, repoussée par Ménage, est reprise par Vaugelas. Le participe exprimera l'état quand il sera précédé, exprimera l'action quand il sera suivi du complément. Il ne faudra pas seulement tenir compte de la place du régime, mais encore do celfe du sujet. On dira : la peine que celte affaire m'a donnée, et : la peine que nCa donné cette affaire, La nature du verbe agira encore sur Faccord. On dira : le commerce nous a rendu ptiissan s, et nous nous sommes rendus puissans. S'il y a deux participes de suite, nouvelles distinctions. Dites : ils se sont trouvés guéris^ et elle s'est trouvé guérie. Et encore dans cette dernière phrase, si vous en croyez Port-Royal, vous ne laisserez le participe invariable que si le verbe a une signification vraiment active, c'est-à-dire si Ton donne à entendre que c'est la femme elle-même qui a trouvé qu'elle était guérie. Mais, si l'on veut dire que ce sont d'autres personnes qui l'ont jugée guérie, le participe devient passif et il faut écrire : elle s'est trouvée guéris. Est-ce assez de subtilités ?
Le XVII® siècle sur ce point, faisant fausse route, a hésité, a tâtonné sans reconnaître les vrais principes auxquels il devait se rattacher. Les grands écrivains en général ont laissé le participe invariable quand le complément suivait, cela va sans dire. Quand il précédait, plus d'une fois, conformément aux tendances de la langue, et en suivant l'instinct plus correct que les règles arbitraires des grammairiens, ils ont admis l'invariabilité du participe.
On trouverait des centaines d'exemple de non -accord du participe avec le régime préposé dans Corneille, Racine, Fénelon, Bossuet, Se vigne.
Ce n'est qu'au xviii® siècle avec Restant, Beuzée et Condillac qu'on voit la fin de ces longues incertitudes et que se fixent les règles auxquelles est soumise la langue actuelle. Si les théories grammaticales du
. ^ Voir le texte de cette règle dans notre Seizième tiède en France, Tableau dç Ut langue f page 271, note 1.
cas d'accord sont de beaucoup les plus nombreux, et cela à cause de la construction usuelle du vieux français, qui le plus ordinairement place le régime avant le participe.
Vint la pulcelle qued il ouû esposede *.
Arrivons au xir siècle ; ici les textes abondent, textes du dialecte français proprement dit, textes normands, textes picards, textes bourguignons.
Il est impossible de les passer tous en revue, on ne peut au plus qu'examiner les plus importants, et dresser des statistiques plus ou moins complètes. Les conclusions à en tirer ne sont ni très précises, ni très rigoureuses; il s'en dégage, cependant, ce fait que le dialecte normand a une tendance marquée à laisser le participe invariable quand il précède le complément ; cette tendance, on la signale déjà d'ailleurs dans le poème de saint Alexis et la Chanson de Roland. Le dialecte l)ourguignon paraît le plus conservateur. Le français, qui importe surtout dans cette étude, semble offrir un moyen terme : dans la plupart des poèmes du xii^ siècle qui appartiennent à ce dialecte, le participe s'accorde en général avec le complément de l'auxiliaire quand il en est précédé, et peut s'accorder ou rester invariable quand ce complément le suit. Toutefois, chez les auteurs qui écrivent le plus purement la langue, chez les maîtres de style, comme Chrestien de Troyes, le participe s'accorde d'une façon absolue avec le régime préposé et s'accorde presque toujours avec le régime postposé ', môme lorsqu'il se trouve eu tôte de la proposition avant l'auxiliaire et le régime'.
Pour les bons écrivains du temps, comme on voit, le participe garde pleinement sa valeur d'adjectif ; il n'est donc pas encore assez inti^ moment soudé à l'auxiliaire pour ne faire avec lui qu'un verbe.
Le xiii° siècle présente l'image du chaos. Y a-t-il une règle d'accord suivie par les écrivains? On on doute, lorcqu'on voit le participe rester invariable ou varier quand le régime le suit, admettre ou repousser l'accord quand le régime le précède. Villehardouin écrit : « Nos li [lui) avons sa convenance tenue » (187). « A cui [qui] il avoient pais faite » (431). Mais il écrit : « Les geni que l'emperoros i avoit laissié » (281). « [Us) avoient lor chars mené avec aus » (492). — Il écrit : a (77) avoit menée avec lui Vempereris (l'impératrice) » (226) ; mais il écrit aussi : « Il n'avoit oî (entendu) noveîes d'als » (437). — Il écrit : « Perdue avons la
> Vint la jeune fille qu'il avait épousée.
s Les seules exceptions ne portent guère que sur le participe du verbe faire ; QuMl li [lui] ait fet nule leidure {chetalier au lyon^ C09) Ou il ot [eut] fti longue demore [id,^ 649).
' Priie a la dame de Landue (2151}.
{T armée) avoit fait pour boucher le fleuve, m — « Aus chauciées {dans les chaussées) que l'on B,yo\i fait, » — « Des murs et des tours que vous avez/e/. » — a Grant partie des faiz nostre saint roj que je ai veu et oy. ^ — « Ces choses que vous ai je ranmiteu (que je vous ai rappe* lées). » — « Ceulx que il avoient enterré. » — « Ces gens estranges que le roy avoit apaisié, » — « Leurs dons et leurs aumosnes que tes devanciers leur auront donné. » — Encore, dans plusieurs de ces exceptions, c'est le verbe faire que l'on trouve invariable ; or le verbe fcUre^ nous l'avons vu, a montré de bonne heure une tendance marquée k l'invariabilité. Dans d'autres, ce sont des sortes de neutres [grant partie^ ces choses) qui ont maintenu le participe dans son invariabilité.
Lorsque le participe est suivi du régime, on trouve non rarement l'accord : a II avoit Uue la Bible. » — a J*ai pardue ma mère. » — a Un fort vent ot [eut) rompues les cordes des ancres. » — « Le Sarrasin avoit ostée sa touaille de sa teste », etc., etc. — Mais, dans la plupart, dans la presque généralité des cas, le participe reste invariable. Et cette invariabilité est sensible dans les phrases où un même régime, précédant et suivant deux participes, fait varier le premier et laisse le second invariable : a Orent desconflt les serjans le roy et chasciés de la ville (ils eurent déconfit les sergents du roi et cfiassés de la ville). » — « Quant nous eûmes desconfit les Turs [Turcs] et chaciés de leur herberges. »
Cette tendance parait dominer chez les bons écrivains du xiv» et du XV® siècle. Dans Froissard, le participe s'accorde le plus souvent avec le régime proposé, quoique l'on constate de nombreuses exceptions ; il reste invariable, sauf de rares exceptions, quand le régime suit. Dans ces vers de Villon, on trouve une syntaxe toute moderne.
La pluye nous a débuez et lavez Et le soleil desséchez et noircis.
Pies, corbeaux nous ont les yeux cavez Et arraché la barbe et les sourcilz.
Signalons seulement cette construction, usuelle au moyen âge et qui se maintient jusqu'en plein xvii° siècle, dans laquelle le régime se place entre l'auxiliaire et le participe et impose régulièrement l'accord à ce dernier :
Mort, j'appelle de ta rigueur
Qui m'as ma maUresse ravie. [Grand Testament ^ 978.) Le Franc Gontier et sa compaigne Helaino Eussent ceste doulce vie hantée. [Ibid^ 1481.)
C'est cette tendance que Ton constate au xvi® siècle. Les meilleurs écrivains en prose laissent généralement le participe invariable quand
système du moyen âge auquel ont abouti les transformations du latin populaire, se désorganise lentement sous l'action dissolvante d'un esprit d'analyse qui le pénètre de toutes parts. La déclinaison à deux cas où des flexions spéciales distinguent le sujet du régime, — trait caractéristique du français du moyen âge, — sort de l'usage, et du même coup disparaît un vaste ensemble de constructions et d'inversions particulières qui constituent la syntaxe de la vieille langue.
Cette transformation, toute radicale qu'elle est, ne s'accomplit pas tout d'un coup. La langue prend deux siècles au moins pour dessiner nettement les nouvelles formes grammaticales, les nouvelles constructions qui vont triompher. C'est dans la seconde moitié du xvi® siècle qu'elles se sont organisées, ou peu s'en faut. Mais, jusque-là, la langue offre le spectacle d'une véritable anarchie. A cette langue du moyen âge, d'une harmonie si pure, d'une correction si élégante et si savante, d'une concision et d'une ampleur si gracieuses, qui faisait l'admiration de toute l'Europe, succède un idiome informe dont la règle semble être de n'en connaître aucune. Mais de ce désordre sortira bientôt Tordre. Dans la langue du xiv® et du xv° siècle, en effet, on voit poindre la plupart des usages do la langue moderne.
Pour la question qui nous occupe, nous avons vu précédemment que le moyen âge ne connaissait pas, à proprement parler, de règle d'accord pour le participe construit avec le \erhe avoir. L'écrivain pouvait, à son gré, le faire accorder avec le régime du verbe ou non, qu'il en fût précédé ou suivi. On sentait en effet encore assez nettement dans le participe un vrai participe, c'est-à-dire un adjectif variable devant s'accorder avec le régime du verbe actif avoir, qu'elle qu'en fût la place ' ; mais en même temps, le verbe avait déjà assez perdu de sa force propre, de sa valeur étymologique, pour être considéré comme auxiliaire et par suite se fondre avec le participe en un temps composé verbal, où le participe naturellement, quelle que fût sa place, restait invariable.
Au xi\^ siècle, cet état de choses, à première vue, ne paraît pas sensiblement modifié ; cependant on voit déjà percer les règles modernes. On peut en effet signaler une tendance à laisser le participe invariable quand il est suivi du régime.
Ouvrons V Histoire de saint Louis, composée par Joinville ; c'est, comme on le sait, un important monument de la prose française au commencement du xiV siècle. Dans presque tous les cas, le participe s'accorde avec son régime quand il en est précédé. On ne signale guère que huit ou dix exceptions : « Chaï [il tomba) en la place que l'ost
* Ainsi s'explique la tournure fréquente en vieux français .je Usai morts, c'est-àdire ^e viens de les tuer [Ego illos habeo mortuos). Jamais mowrir n*esl employé comme verbe actif dans Pancienne langue.
{Varmée) avoit fait pour boucher le fleuve, n — « Aus chauciées [dans les chaussées) que Ton avoit /mY. » — « Des mura et des tours que vous avez/e/. » — a Grant partie des faiz nostre saint roj que je ai veu et oy^ » — c< Ces choses que vous ai je ramenteu (que je vous ai rappelées). » — a Ceulx que il avoient enterré. » — « Ces gens estranges que le roj avoit apaisié. j> — « Leurs dons et leurs aumosnes que tes devanciers leur auront donné. » — Encore, dans plusieurs de ces exceptions, c*est le verbe faire que Ton trouve invariable ; or le verbe faire^ nous l'avons vu, a montré de bonne heure une tendance marquée à l'invariabilité. Dans d'autres, ce sont des sortes de neutres {grant partie, ces choses) qui ont maintenu le participe dans son invariabilité.
Lorsque le participe est suivi du régime, on trouve non rarement l'accord : a II avoit leue la Bible. » — « J*ai pardue ma mère. » — a Un fort vent ot {eut) rompues les cordes des ancres. » — « Le Sarrasin avoit ostée sa touaille de sa teste », etc., etc. — Mais, dans la plupart, dans la presque généralité des cas, le participe reste invariable. Et cette invariabilité est sensible dans les phrases où un même régime, précédant et suivant deux participes, fait varier le premier et laisse le second invariable : a Orent desconfit les serjans le roj et chasciés de la ville (ils eurent déconfit les sergents du roi et chassés de la ville). » — a Quant nous eûmes desconfit les Turs {Turcs) et chaciés de leur herberges. »
Cette tendance paraît dominer chez les bons écrivains du xiv« et du xv° siècle. Dans Froissard, le participe s'accorde le plus souvent avec le régime proposé, quoique l'on constate de nombreuses exceptions ; il reste invariable, sauf de rares exceptions, quand le régime suit. Dans ces vers de Villon, on trouve une syntaxe toute moderne.
La pluye nous a débuez et lavez Et le soleil desséchez et noircis.
Pies, corbeaux nous ont les yeux cavez Et arraché \a barbe et les sourcilz.
Signalons seulement cette construction, usuelle au moyen âge et qui se maintient jusqu'en plein xvii° siècle, dans laquelle le régime se place entre Tauxiliaire et le participe et impose régulièrement l'accord à ce dernier :
Mort, j'appelle de ta rigueur
Qui m*as ma ma(tre$se ravie. {Grand Testament^ 978.) Le Franc Gontier et sa compaigne Helaino Sussent ceste doulce vie hantée, (Ibid, 1481.)
C'est cette tendance que Ton constate au xvi® siècle. Les meilleurs écrivains en prose laissent généralement le participe invariable quand
le compléhaent suit ; les exceptions où il y a accord font l'infime minorite des cas ; ils font accorder le participe avec le complément qui le précède ; mais dans ce cas les exceptions d'invariabilité sont plus nom* breuses. Quand le complément s'intercale entre le verbe avoir et le participe, il j a toujours accord.
Il j a donc eu un progrès dans la transformation de sens du verbe avoir. Lorsque le régime suit, le participe et le verbe se combinent en un temps composé quant à la forme, simple quant au sens : j'ai écrit = scripsiy tout comme /écrirai, c'eit-à-dire fécrire-ai [sa'ihere haheo) = scriham *. Quand le régime est intercalé entre avoir et le participe, avoir, ainsi isolé, parde plus longtemps sa valeur de verbe actif et sa signification première. Cet emploi s'est maintenu jusqu'en plein xyii» siècle dans des constructions autrefois d'un usage ordinaire, aujourd'hui considérées comme des inversions poétiques.
Les cndroils où la terre pressée A des pieds du Sauveur les vestiges écrits,
(Malherbe, Larmes de saint Pierre,)
Aucun élonnemcnt n'a leur gloire flétrie. (Corneille, Horace,)
Quand le complément précède le verbe et le participe, la syntaxe primitive, qui regarde avoir comme un verbe actif et non encore comme un auxiliaire, lutte contre la tendance nouvelle qui réclame l'invariabilité du participe. Cette lutte, longtemps indécise, devait logiquement, et si la grammaire avait obéi aux lois de la langue, se terminer par le triomphe absolu de rinvariabilité, puisque, dans la lettre que fai écrite et dans fai écrit la lettre^ aujourd'hui la langue ne fait aucune différence, quant au sens, entre les deux passés indéfinis. Mais les grammairiens en décidèrent autrement.
Rien de curieux comme les discussions des grammairiens du xvii* siècle sur les règles d'accord du participe passé. Ne comprenant pas comment la question se posait, ignorant que les lois d'une langue ne sont pas une création de la logique pure, et le résultat de considérations abstraites et métaphysiques, ils substituaient au sens grammati-
* Il suit de là que rexplicalion de Tiavariabilitô avec le régime postposé, que donne M. Liltré avec d'autres grammairiens, est inexacte. Selon lui, dans la phrase fai écrit une lettre^ après avoir dit /ai écrit, comme on n*a encore aucune idée de la nature du régime, on suppose un régime neutre, cela: fai éent ala, une lettre, et le parti-cipe s'accordant avec ce neutre est invariable. Il n'y a ici aucun accord de participe, c*est-à-dire de ^adjectif, avec un régime neutre exprimé ou sous-entendu, parce qu'il n'y a plus de participe ou d'adjectif : écrit est fondu avec ai et tous deux forment une expression simple ; il n'y a plus de verbe et de participe, mais un temps verbal. D'ailleurs ce qui prouve la fausseté de celte théorie, c'est que dans des constructions comme arrivées gu elles furent elles se mirent d..., arrivées devrait être invariable, puisqu'on ignore de quel sujet il est attribut.
cal le sens logique. Ne pouvant songer à interroger l'histoire de la langue sur ce point, ils ne cherchaient qu*à rendre sensibles par des règles extérieureâ de grammaire, les différences les plus fines et les plus subtiles que leur esprit d'analyse leur faisait trouver dans les phrases les plus simples. Ils s'engageaient là dans une voie tout à fait contraire au véritable esprit grammatical, et, marchant sur leurs traces, les grammairiens modernes ont ainsi surchargé la grammaire de règles minutieuses et compliquées qui ne reposent pour la plupart sur aucun fondement réel.
L'espace nous manque pour reproduire ces discussions où brillent la science de Ménage, la finesse de Yaugelas, la subtilité de Port-Rojal, de Bouhours. La règle de position déjà indiquée par Marot au xvi' siècle *, repoussée par ^ilénage, est reprise par Vaugelas. Le participe exprimera l'état quand il sera précédé, exprimera l'action quand il sera suivi du complément. Il ne faudra pas seulement tenir compte de la place du régime, mais encore do celle du sujet. On dira : la peine que celte affaire m*a donnée, et : la peine que m*a donné cette affaire, La nature du verbe agira encore sur l'accord. On dira : U commerce nous a rendu pu issans, eiîious nous sommes rendus puissans. S'il y a deux participes do suite, nouvelles distinctions. Dites : ils se sont trouvés guéris^ et elle s'est trouvé guérie. Et encore dans cette dernière phrase, si vous en croyez Port-Royal, vous ne laisserez le participe invariable que si le verbe a une signification vraiment active, c'est-à-dire si Ton donne à entendre que c'est la femme elle-même qui a trouvé qu'elle était guérie. Mai^, si Ton veut dire que ce sont d'autres personnes qui l'ont jugée guérie, le participe devient passif et il faut écrire : elle s'est trouvée guérie. Est-ce assez de subtilités?
Le xvii° siècle sur ce point, faisant fausse route, a hésité, a tâtonné sans reconnaître les vrais principes auxquels il devait se rattacher. Les grands écrivains en général ont laissé le participe invariable quand le complément suivait, cela va sans dire. Quand il précédait, plus d'une fois, conformément aux tendances de la langue, et en suivant l'instinct plus correct que les règles arbitraires des grammairiens, ils ont admis l'invariabilité du participe.
On trouverait des centaines d'exemple de non -accord du participe avec le régime préposé dans Corneillo, Racine, Fénelon, Bossuot, Se vigne.
Ce n'est qu'au xviii® siècle avec Re.staut, Beuzée et Condillac qu'on voit la fin de ces longues incertitudes et que se fixent les règles auxquelles est soumise la langue actuelle. Si les théories grammaticales du
. * Voir le texle de celle règle dans notre Seizième siècle en France, Tableau dç la langue ^ page 271 , note 1 .
X vii<^ siècle se sont simplifiées, si Ton a renoncé à une grande partie es subtilités do l'école de Vaugelas et de Port-Rojal, c'est cependant
Tespritde cette école qui a triomphé. Et la règle de position, règle out artificielle, a fait loi.