‹ Arsène HoussayeChapitre 4 sur 4 · I. L'administration n tée, dapulB cette époqt nille Eouauye · texte numérisé non relu

I. L'administration n tée, dapulB cette époqt nille Eouauye

psr les champs ou par la ville, a des dé(fâls sans nombre. On jouait avec beaucoup d'héroïsme à représenter Fra Diavolo et sa bande. Si je n'élais pas te cliel', j'étais un des capitaines toujours obéis, parce que mon ^rand-père était maire et qu'il possédai! de vastes jardins que nous prenions d'assaut. Parmi dos du);âts, il en est un que je voudrais pouvoir racheter par quelque pénitence cénobitique. La vieille église avait encore, en 1825, les plus beaux vitraux gothiques qui restassent dans le pays. Un soir, que nous ne savions plus où jeter nos cuïlloux, nous eûmes l'impiété (double impiété, puisque nous outrafrions à la fois l'art et la relijjion] de les lancer dans les pieui personnages de la Passioif Croirat-on que cet acte de vandalisme ne fut pas puni? On trouva dans la ville que iu>us avions eu raison d'abattre ces vieilleries', on se réjouissait dëjA d'avoir de belles vitres claires. Feu s'en liaUut qu'on

nous votât une rëcompense pabliqnc. Le curé lui-même ne ùt là qu'une ijaininerie sans vonséijueDce. >

Mais tout à coup s cette dissipation folle succéda cliex Arsène une sorte de recueillement solennel. Il s'enferma, du matin au soir, dans la bibliothèque de son aïeul. Un tout petit volume, imprimé en 1752, avec approbation et privili^ge du roi, chez Prault père, quai de Gëvres, était la cause unique du chan|>ement qui se remarquait daus ses habiludfs et dans son caractère. On craignait qu'il ne lût malade, il devenait tout simplement poëte. Le Volume dont il avait fait la découverle était intitulé Recueil des plus belles pièces des poètes français, depuis Villon jusqu'à Benserade. Arsène emportait avec lui ce cher volume dans ses courses le long des prés ou sur la monta[;ne. Il apprenait par cœur un sonnet de Théophile, une ballade de Brebeuf, oD une épitre de Boisrobert.

HODSSATE.

Oh I j'atme ce ntareia pu^blfl I Il est tout bordé d'aliziera, D'aulaeB. de Bsulei et d'oziers, A qui le fer n'est point nuisible.

Lm nympbee, y cherchant le frais, S'7 Tiennent fouruir de quenouillM; De pipeftui, de Jonce et de glaie, Où l'on voit sauter les grenouillai.

— Quediable me raconf es-tu- la? ditâ notre adolescent le maître d'école de Bruyères. Ce n'est point, j'imagine, la leçon de synlaie?

— Non , c'est une strophe de Saint- Amant, répondit Arsène.

— Saint-Amant, qu'est-ce que Saint- Amant ?

L'admirateur des vieux poëtes lianssa les épaules. Il déclara de la façon la plus nette à son maître qu'il n'npp rendrait dorénnvant que dea vers. Ce dernier se le tint pour dit. Jamais, depuis lors, il ne s'avisa de le contraindre à d'autres exercices de mémoire. « C'était un liomme

de cinquaote ans, qui chantait à l'église et buvait au cabaret à pleine gueule , coaime disait sa femme. » 11 tenait beaucoup à ses boDoreirei» de chaque mois, TU qu'ils lui permettaient de caresser la dive bouteille; mais, de l'instruction de ses élèves , il s'inquiétait peu. Arsène Houssaye lui en a toujours su gré.

< Je vous remercie, ô mon premier maître, pour ce que tous ne m'avez pas appris : la géographie qui rapetisse le moude , l'histoire qui le déshonore, la philosophie qui doute de Dieul Je tous remercie d'aToir éloigné de mes lèvres cette coupe amère de la science qui est faite comme le tonneau des Danaïdes.

On y verse toutesses larmes, elle nes'emplit jamais. »

A force de lire les poêles, l'imagination s' exaile ; le chœur chante, et le premier amour s'éveille dans les bras des jeunes illusions, qui le bercent et le font grandir.

i4 npvmn-

Comme tous les poëtes, Arsène eut, A quinze ans, une amoureuse, dont il célébra los gfùces naïves el la douce beauté.

Mais...

Ella mouTutl que de lances ■mares I Elle mourut bu mIbII du matlD, Ëa respiraQl la totia el le tlif m.

Son Ame au ciel emparia uoa chlinèrea.

Le lendemain aea compagnes en deuil Purlotent ton cori<B de aàife au cimetière; Mui j'éluia seul, uiia larme et sans priâro, Dani le moulin' comme au fond d'un cercueil Je le saiaii. violon tri»ie et tendre.

Et le doiii air que Càlîue aimait tant, Je le Jouai. Is ccaur tout palpitant :

Son Ame sainte a passé pour l'eatendre.

le le Jouai; trais, mx dernier accent.

Mon cœur bondit comme un daim qu! «a lilesse,

Je ma porills si laEu ilans ma tristesse,

Une je to'isai mon violon gémiMant.

Perle d'amour, à ce monde ravie,

Au sein des mers je t'ai ctierclièe en va!n.

Et je u'ai'pliiB de nran bonheur divin

Qu'un souvenir : c'est la fleur de ma vie.

I. Le pire d'ArsAne HnuHaye STait hit construire un moulin près de sa ferme, et l'écullar aimait le moulin oumnia autielola Oambrandt et Van Djck.

Gérard de Nerval pleura toojoura Adrienne , Boussaye a toujours pleuré Cécile. douces larmes des premiëres affections, c'est tous qui faites les poËlesl

Arsène était adoré de sa mfere, el celleci, de complicité avec l'ateul républicoin, le [{Mail en cédant i tous ses cnprices.

Mais le chef de la famille, liomme à l'œil sévËre, aux résolutions inflexibles, voyait lesnbiisel les déracinait violemment d'un coup de son sceptre douiestiijue. Siicliant que son fils aîné s'exerçait à la rime, il entra dans une épouvantnMe colère el lui ordonna de renoncer aux Muses.

Quand on a gravi le Parnasse, on ne se décide pas aisément à en descendre. Arsène Houssaye, d'atflenrs, élevé par son grand-père dans un sjstème d'émancipation complet, ne comprenait aucun despotisme, pas même celui qui repose sur les lois de famille. Naturellement doux et calme, sa résistance n'était jeinaïs directe. Il pliait comme un roseau sous le vent du

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courroux paternel ; mais c'était le roseau pensant de Pascal : il se redressait après l'orafre, et la rime n'y perdait riea. Le roi de la maison surprit, un jour, des vers fraîchement éclos sous la plume d'Arsène. Ce ne fut plus seulement alors un orage, ce fut une tempête. De ta cave au grenier le logis trembla. Toutes les poésies de notre héros, fugitives ou non, devinrent la proie des flammes. Théophile, Biebeuf, Saint-Amant furent rôtis sans miséricorde, el, — pourra-l-on le croire i* — La Fontaine, et le grand Poquelin lui-même ne purent trouver grâce aux yeux de M. Houssaye père. Jamais on ne vil pareil auto-da-fé de poëtes.

Arsène est relégué dans sa chambre entre le Traité des équations algébrir ques de Bezout et VArt de penser de Gondillac. On a soin de lui enlever plume et encre, aBn que la tentation de la rime ne vienne point le distraire dans les graves études auxquelles on veut l'as-

treindre. La position n'est plus teoable. Voyant qu'on ferme sur lui la porte de sa chambre à double tour, il décampe par la fenêtre.

Ses deux grands-pères lui ouvrent leur boiirse , et voilà notre poiite eu route pOtit ^aHâ, oit il compte rimer en pleine liberté.

Nous avons oublié de dire que, huit jours auparavant, des artistes nomades étaient venus jouer la comédie à Bruyères. L'ingénue de la troupe avait en scène un minois raisonnablement candide, par les charmes duquel Arsène fut d'autant plus séduit, que le visage de lacomédlenne lui rappelait la beaulé de Cécile. Revenu du spectacle, il eut hâte de composer des tercets en l'honneur de celle qui faisait revivre l'imaye de son amie défunte. Oi' ce furent précisément ces tercets-là (jui tombèrent sous l'œil paternel.

Arsène en fiiite arait oublié son ingé-

La mort croit qu'il n'y a plus personne.

Arsène et Van àb\ Heyl furent amis du prfcmier coup. 11 se trouva justement que Paul s'occupait aussi de littétalure. Le soir même, il présentait à son noitvel ami un jeune homme pûlet au front cliargé de tristesse, et dont la voix était empreinte d'une étrange aiiiertuibé. C'était Hégésippe Moreau. Déjà) pour ce po^K prédestiné au malheur^ commentait la lutte avec le travail stérile et la misère, lutte impitoyable, qui brisa l'athlète et conduisit à l'hospice de la Charité l'auteur du Myosotis. On montre encore aujourd'hui le lit où il a rendu le dernier soupir.

Sur ce grabat, cliaud de mon agonie, Pour lapiliéje trouve encorde» pleuw Car un parfum de gloire et de génie £Bt répandu dans ca lieu ùo doulaun.

C'est lK qli'il viiit, vGuf de ses eBpéraacsBi Cluatarencor,puia prier st mourir; Etje répète, eu comptant mes touirrances ; Pauvre Gilbert, que tu devait aouÔrir

Arsène Qo^saye, daita son Voyage H ^a fe^0rç, a écrit gur lH«refln des pageil pleines de lafOies. C'est pn de ces livres 011 récrivain pepse et rêve tout haqf, sans paraître sonfjer qu'il sera Im, et où il se peint lui-iqéme dans la sincéi"ité de son Ame et de son cœur. Il en r^sqlt^ quelque désordre d^ns l'epse^ble ^ç l'puvcage i mais ce désord^-e inËme de^ vient un atlrait. Le Voyage à ma fer nêtrç est uiie sorte de Babel poétique dont les chapitres na s'entendent pas entre eiii et parlent chacun une langue différente, sans tumulte et sans désacr cord. Il y a de tout dans ce livre, dw \f>man, de la philosophie et (Je la poliHqiip.

Pauvre lui-même alors, et nfl recevant rien de ses pqrenls, Arsène plierchiiiF, comme Qégésippe, à vivre de sa plintl^i et ne pouvait donner à ce|i|irçi qq'qR serrement de main fraterpel.

Devenu, depuis, n\ passionné p^nr l'art, il ne le respectait guère à cette époque^

Il travailla d'abord avec Paul à un monstrueux et sinistre mélodrame, plein de meurtres et de crimes. Ils composèrent pour les chanteurs de carrefours des conplets plus ou moins patriotiques et plus ou moins galants, qui ae vendirent à merveille, grâce à ce titre pompeux qu'on avait soin d'imprimer en lettres saillantes au frontispice de la feuille : Chansons à la manière de M. de Béranger.

En dehors de ces jeux d'enfant ou de gamin de Paris, le jeune homme s'occupait d'études sérieuses. Il avait retrouvé son mnitre de grec et se replongeait dans l'antiquité. Comme il demeurait vis-à-vis le Collège de France, il en fréquentait les cours, y perdait son temps et le savait bien. Le père Tissot, cet académicien aux mœurs saugrenues, ce Nestor de la littérature mendiante, n'était point encore descendu de sa chaire. Houssaye le rencontrant, un jour, bien longtemps après l'époque où nous en sommes de coite

histoire, lui dit avec une certaine émotion :

— Vous me rappelez, mon cher monsieur Tissot, mes premières années de jeunesse, d'étude et de misère. C'est vous que j'ai ent^idu le premier au Collège de France.

— En vérité! s'écria le vieil académicien. Je vous ai porté bonheur, prélezmoi cinq louis.

Mais renouons le fil biographique.

Honteux de voir sa muse courir les rues et chanter avec accompagnement d'orgue de Barbarie, Arsène Houssaye noua d'autres relations. Au bal de l'Opéra, il trouva Roger de Beauvoir et Gavarni. Il connut Théophile Gautier dans les salons du Louvre, où cet intrépide admirateur de la forme passait des journées entières à contempler une Suzanne au bain. Par Théophile arriva naturellement la connaissance de Gérard de Nerval, puis celle

<rÂlplinnBO Esqt)imB, de Cnipillc RflgifiTi de Mnrilliiit, d'Ourlinc, touN poOtcs, pejn-r très, sciilplciii-s, i^rnnds amis de la beauté plastique, et païens jusqu'au bout des onj;les. Celte pléiade d'artistes, qui fraternisait de toutes les façons, par l'âge, par les (joiits, par les doctrines, et surtout par le manque d'ai^ent, résolut de l(^r sous le même toit, de mettre en commun sa misère et de marcher résolument à la jjloire en phalange serrée.

Dans une espèce de ravin, creusé entre le Louvre et le Carrousel, descendait alors une rue étroite , perpendiculaire à k Seine, et dont les maispns, vieilles et noires, portaient en architecture le cachet du Ttvi* siècle. Ce fqt dans l'une dp ces respectables demeures que nos associés abriièrent leurs pénates.

Le propriétaire, sans défiance, leur offrit le plus vaste de ses appartements, et ne tarda point à s'en repeit'tiri lorsqu'il vil «miaénagar 8«« loc«t«ir4«. Nw arNstif

avaiM trèa^peu on ppint de pieubles; mais en revanche, ils enepinbi'èrent le logis d'iinç quantité de paperasses, de livres, de cartons et de chevalets.

Devant leurs feit^lres s'étendait ui) grand jordin ipeuUp, garni d'afbres a»,x branches folies et iDxuriantes. Cinq qi) six chevaux, deux vaches et quatre âne^ses paissaient en liberté le gazon vert, à l'ombre de cette forêt vierge. Des poules, conduites par un sultan bien crété, ferme sur ses ergots, gloussaient en appelant leurs poussins et cherchaient pâture autour des quadrupèdes, en compagnie d'un régiment d'oies, de canards, de pintades, et d'un gros porc qui labourait les platesbandes. On eût dit que l'arche diluvienne s'était arrêtée au centre même de Paris, comme sur un autre mont Ararat, pour y déposer son contenu.

Ampurii'bHi le rayin est coqiblé, la fue «it dsmolÎQ, et le Louvre étend mi^ef-

tueusement sur la forêt vierge une ie ses ailes de pierre.

Gérard de Nerval, à celte époque, venait de recueillir un héillage. Presque en même temps le père d'Arsène, un peu réconcilié avec son fils et la littérature, envoyait rue du Boyenné quelques billets de cinq cents francs, et l'abondance réj^na tout à jcoup dans ce phalanstère avant la lettre.

Les peintres se piquent d'honneur.

Armés de leurs pinceaux, ils peignent à fresque les plafonds et couvrent les boiseries de c II efe-d 'oeuvre. On a bientôt un salon splendide, oii Roger de Beauvoir amène les plus célèbres actrices du Vaudeville et les danseuses les plus légères de la rue Lepelletier. Tout cela frétille et se trémousse aux accords d'un bruyant orchestre. Gautier fait rendre un décret rigoureux. On décide à l'unanimité que les femmes maigres seront exclues de la

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réunioD.Cetapâtre du paganisme prêchait là ses doctrines et les faisait généraleineiit adopter.

Nous ne voudrions pas ici trancher mal à propos du moraliste austère. Il y avait, certes, chez ces jennes gens, un véritable amour du style et de précieuses qualités artistiques ; mais il leur manquait le sentiment clirétien, sans lequel on marche à tâtons, même dans le sentier de la gloire. C'était une troupe d'Athéniens folâtres qui, se croyant encore au temps dePériclés, philosophaient galment sous les marbres du Prylanée, se couronnaient de roses, et dénouaient la ceinture de leur tunique flottante pour courir chez Àspasie.

Après avoir reculé de vingt-trois siècles dans leurs mœurs et dans leurs croyances, il leur fallut, un jour, sortir de ce rêve.

L'un d'eux, Edouard Ourliac, se ré-

S8 HOUKAT*.

voill,! dans la religion; ce fut le plus

Esqiiirosse réveilla dans In politiriiie ; ce Itil le plus imprudent.

D'aulres se réveillèrent au sein du matérialisme, avec la science de vivre. Ils rognèrent les blanches ailes de la muse, et vécurent en plein dans leur époque, à l'ombre d'un patronage industriel. Ce furent les plus beureuit, sî l'on raisonne au point vue du siècle.

Un seul voulut continuer le rêve. C'étajt le plus naïf et le plus candide, une belle âme, qui se blessa cruellement aux angles de l'égolsme; une noble intelligence qu| ne sut pas marcher, en s'appuyant sur Ip bâton de la foi.

Gérard de Nerval se révejlla dans le sujr cide.

La vie de bohème dura quatre ans, de 1835 à 1837, Çt Haqry MuFBflr n'wi est

pai l'inventeur, comme jusqu'ici beaucoup de personnes ont paru le croire, lia Succédé dignement aux bohémiens de là tuë du Doyenné ; mais ce n'est point un chef de dynastie.

Nous serions injuste de ne pas signaler Arsène Houssaye et Théophile Gautier comme les promoteurs uniques d'une autre Renaissance, Gautier fouilla dans le moyen âge. Il sut y retrouver en tableaux, en sculptures, eii meubles et en bijouK d'inappréciables trésors , <|ue l'art moderne se hâta de lui arracher des mains pour eh faire ses modèles. Sans remoiitér aussi loin dans les siècles, Arsène tloussaye rendit à la mode les meubles eh bois de l'Ose et toutes ces futilités adorables qui ornaient le boudoir de nos aïeules ; il retnila les toiles poudréUséB cachées daus Iw recolha dii bric-à^rae "; il tira des ténèbres et remit au grand ]out tes WâtteAu, tes Boucher, les Vanloo, olenâcés de dormir étertitiliemeut aous là tbmbe,

avec les Amours jouillus, les ber^'ères jjouiirées, les faibiiias et les toluns rouges. Ses premières œuvres sont consacrées à maintenir la résuirectioD du Louis XV et du Pompadour.

A son arrivée à Paris, notre héros avait dix-sept ans.

Il appartient à cette époque hâtive , on beaucoup de jeunes talents , pour avoir fleuri trop vite, sont tombés de l'arbre et n'ont pu mûrir. Arsène Houssaye néanmoins est un de ceux qui restent sur la branche. Il a publié vers 1835 la Couronne de bleuets , roman paradoxal, plus recommandable par la beauté du style que par la philosophie qu'il prêche.

Devinant qu'un lomancier venait de naître, un des principaux libraires de Pari» proposa (ceci est de l'histoire) à l'auteur de la Couronne de bleuets de lui acheter un second roman, qui avait

pour titre la Pécheresse, et de le payer en litres.

— Bien obligé, répondit Arsène, je paye mon propriétaire en francs !

Il est bien entendu qu'il n'était pas question de livres-monnaie. L'éditeur matois avait à se débarrasser d'un fonds de magasin. Uu autre libraire, ami des lettres, mais qui s'est ruiné, M. Desessarts, acheta le second livre d'Arsène Houssaye a beaux deniers «comptants, et deux jours après la publication de ce nouvel ouvrage, l'auteur reçut de sa Majesté le roi des critiques cette agréable missive consignée dans l'ancien Figaro :

« Venez me voir ; j'ai lu de vous un livre charmant, dont je raffole.

« Jules Janim. »

Le jeune romancier eut bâte de se rendre è l'invitation do l'illustre père de ï Ane mort. Il le trouva rue de Tout-non,

avec la noble fille du sculpteur B**', la marquise de La*".

— Madame, dit JuleS, en présentanl Boussaye, voici un homme qui sait faire de ravissantes pécheresses, el qui cependant ne vbiis s point prise pour modèle! iDlitlIe de dire qu'il àe servit d'un terme beaucoup plus êipi'éssif. Jàiiih reçut de la marquise par devant tébJoinB (Roqueplan assistait é la scène) le plus joli soufflet que main et fine et rose puisse appliquer sur une face masculine. Voilà de quelle manière oHginale Houssaye lia connaissance avec le grand l'euilletonnîste des Débats.

A cette époque heureuse, leA Saint- Simoniens proclaibaient l'étnâncipation delà fenlme. lis aécueillirent avec enthousiasme le roman d'Arsène, qui était une sorte d'apologie de leurs doctrines. Thoré déclara la fécheretse un chef-d'œuvre.

Emûi Barrtult noyn â« ktmM d'atlHi-

drissenient tous les chapitres du livre, et le Mapah, ce pap« schisma tique de l'église saint-simoniennc , déclara que le jeune auteur irait fort loin dans l'application des doctrines de l'amour libre.

Arsène écrivit seize ou dix-liuit autres Tolunies de romans pour Desessarls. Ce sont les Aventures galantes de Margot, — la Couronne de bleuets,— le Serpent sous l'herbe, — la Belle au bois dormant, — Milla et Marie,— les Revenants, — le Repentir de Marion, — les Filles d'Eve et les Onse maîtresses délaissées, recueil de nouvelles, où les inventeurs de la Vie de bohème et de la Dame aux camélias onl pu trouver des inspirations. Quelquesuns de ces romans eurent 1» collaboration de Jules Sandeau.

Les poésies d'Arsène, publiées en 1853, par l'éditeur Victor Lecou, ne font pas éclater une verve trop chaleureuse ; néanmoins elles sont empreintes d'un

cachet remarquable de délicatSBse et de grâce.

Sans avoir ni la puissance de Victor Hugo, ni l'orijrinalilé de l'auteur d'Àlbertus, Arsène Houssoye tient son rang parmi les poËtes du jour, ça,^ il j) qi|S3i son caractère. 11 reste, ^i qoys pouvons nous exprimer de la sorte, da^is la po^^i^ blonde, mélancolique el réveusp. I{ n'est pas doué du timbre éclatantdii rossignol; mais il a les suaves et limpides mélodies de la fauvette.

De plus en plus enlhougiaste des art^, il lit, en 18V0, une excursion sur la vieille terre hollandaise, afin de s'y noyer 1^ yeux dans la lumière de Hembrand^ el 4,^ Rubens^

Choisi déjà, depuis ^en ans, par \ft Bévue de Paris pour les comptes-rendus de l'exposition de peinture, il les continua jusqu'en 1843, époque où il repri) l'Artiste , que ce malheureux Achill* Ricourl avait fondé et fondu.

Sous la direction d'Anfene floussaye, )9 journal pritwn véritable essor. U deviol une Revue élé|;anle, où le rroyon ri-, vqlîsa avec la plume de vane et de styla.

Une pléiade de jaunes écrivains, Us un»

déjà connus, les autres avides d'il|uflr»i lion, Gérard de Nerval, Mare^FoumisF, Pierre Malitoume, Esquiros, Poul Manti, et plus lurd Qenri Murger, ClicimpHeury, Cliarlcs IV]u!)$elef, se flCOupÈrfliit aiifpur du rédacleor ^^ <^'l^f- ^^^\' <■»■ ^9 dJ4i tipgua le p||js, après G^pard (je Piepï^lj, fut M arc-fou m ier, vive intplli|îencp aujourd'hui fourvoyée hors du doiuniiie tjfi^ lettres, rare esprit perdu po^r le style, et qui, trop tôt falidnié dp Iq iu|le, s'est jeté dans l'induslrialisme. L'auteur de Suivie a été trouvé sans soufDe rue de la Viieille- Lanlerne. Pendant dix ans on a vu, au fond des coulisses de la Porte-Siiint-Martin, l'auleur de la Ptllc des morts et d« la Sultane des fleurs cpeler avec M. Bou^ tin de la prose de mélodrame.

Autre genre de suicide.

La direction de l'Artiste n'empêchnit point Arsène Houssaye de collaborer à la Jievue de Paris, où il avait commencé vers 1838, cette charmante galerie de Portraits du dix-huitième siècle qui restera comme un modèle du genre. Le volume qui a pour litre: Philosophes et Comédienneif complète la colleclion,

M. Pliiloxène Boyer a écrit siif ces livres un article critique fort remcii'(junble, dans lequel nous trouvons cette phrase :

« Arsène Houssaye est un Cagliostro littéraire, qui a dansé le menuet avec madame de Pompsdour el qui valse avec mademoiselle Rachel. >

C'est peindre un homme d'un coup de pinceau.

Le docteur Véron trânait alors au Constitutionnel. Vivantes ou mortes, les actrices ont toujours affriandé le personnage.

11 trouva qu'Arsëne avait admirablenieot es(]uîs8é tes gracieuses et spirituelles fi|;ures de Sophie Arnould et de la Guimard.

— Si je m'en rapporte à ce qne j'éprouve, pensa-t-il, voilà qui doit ragaillardir le Constitutionnel et ses ationnés I

Le jour même, Houssaye reçut, avec la cjirle du docteur, une lettre qui l'invitait à passer au bureau de la rédaction.

— Que gagnez-vous à la Revue de Paris î fort peu de chose, n'est-il pas vrai? lui demanda l'admirateur des actrices. Quant à la Presse, où vous travaillez quelquefois , elle n'est pas généreuse. Girardin paye Théophile avec ce qu'il enlève aui autres. C'est un systèmel Si je voua prends tous vos Portraits, que voulez -vous par feuilleton?

— Cent francs, dit Arsène.

— Je vous en donne cent cinquante.

ToUcheE là, c'est mal-ché conclu! Allons diner cliei Vefour.

Émerveillé de ces allures de nabab, Houssaye descend avec le docteur. Une Toiture magnifique est à la porte. Ils y moulent,

— Avez-vousdes chevaux? dit Véron au jeune écrivain.

-— Non vraiment; |e n'ai pas mémede (|uoiàalleràpied.

— Raison de plus potlr aVnir é<)ùlpage.

— Et le marchepied ?

— Le tnarcliepied ? il est partout.

Croyei-moi, ayez dés clievaiix, mon cher, cela stimule. On s'occupe nu moins de gagner TaToinc qu'ils mandent. Les gens qui mafclient n'arrivent jamais

pliilosopliie du siècle, voilà de tes dpAtres I Arsène ne se laissa séduîrb qu'à demi par ces triortiphanlea maximes.

Il a voiture au moment où nous écri- TODS, mais il va presque tsujours à pied.

Ed 16^6, il obtint la croix pour une Histoire de la peinture flamande i, œuvre remarquable d'ailleurs et qui se Tendit a un si grand nombre d'exemplaires, qu'on pourrait coller un billet de banque sur cliaque page du livre sans dépasser le chiffre des bénéfices qu'il a produits.

Un autre écrirain, M. Alfred Micliiels, auteur d'une histoire analogue, jeta des clameurs furieuses , traita de plafjiaire Arsène Houssaye, et lui lança dans les jambes deux brochures accusatrices.

NUus avons sous les yeux les pièces du procèl, desquelles il résulte que deux hisidrieOs, puisant à la même source et compulsant les mCmes matériaux, doivent nécessairement se rencontrer sur le terrain neutre de la recherche.

1. AiBDt de publier celM histoire, il retouma une seconde ToiS ed Qbllaude, st visita tous les musée» d* rUleiMgn«i de l'Italia et de la Fiuice.

Or, à aucune époque, ceci n'a été da plagiat.

M. Micbîels le comprit si bien luimême qu'il ne s'adressa point aux tribunaux; la sentence eût été rendue conlre lui. Ce fait seul de provoquer le scandale, au lieu d'en appeler à la justice des lois, dénote une mauvaise cause et jus> tibe complètement l'historien de la peinture Uamande , qui, Dieu merci, n'a pas les habitudes de piraterie littéraire et l'audace d'exploitation du père de Monte- Christo.

Arsène Houssaye est un esprit silencieux, qui a les bavards en liorreur profonde. U répète souvent ces belles paroles de Pythagore :

> Taisez-vous, ou dites quelque cbose qui vaille mieux que le silence. ■

Il ne prépare pas tous les matins , comme beaucoup de personnages connus, les bons mots qu'il fera dans la

journée. Ses répliques spirituelles ne trahissent ni la prétention ni la recherche; elles parlent à t'improvisle et sont de bon aloi. Un soir, voyantglisserune lettre dans le corsage d'une comédienne, il s'écria :

— C'est un billet sous sein privé !

Lorsque Emile Descliamps voulut entrer à l'Académie française, il eut d'abord douze voii ; puis il descendit à quatre, et finit par n'en avoir plus que deux.

— Pauvre Emile Deschamps, il meurt d'une extinction de voix! dit Arsène.

Dans un diner offert aux gens de lettres par M. de Salvandy, chacun parla tour à tour de sa manière de travailler.

— Moi, s'écria l'auteur d'Alonzo, ^e travaille la nuit. Quatre heures de sommeil me sufQsent.

— Ah! monsieur le ministre, dit Arsène, vous présidez souvent le conseil de l'Université!

Nous pourrions rappeler vingt traits de

tl BObStitB.

ce gtnrit, surtout le mot célèbre, prononcé Aans la lo^ d'un illustre personnage, ail sujet d'une comédienne. Que (nui qui lé tarent ïé meonteal.

Marié, éri iBVt, A une fémtuè chermante*, riclié, hetit-eut dans sd maisoD, aVec une renommée àsses étendue, ayant eta face de lui une lei^e et féconde carrière, Arsène Houssaye fît un faux pas, qui pouvait le conduire à un abîme.

Le diable rou^ le saisit aux cheveui,

1. Madame Houssayâ sU morte en ISK d'une Maladie de cdeur, iBlssaot pour eansolatlim & son mari dâeeapéri l« plua b«l enhot da Ja terre, uns vraie tâte de Qreuze, un fin pastel de La Tour.

Eu grandiesHUt, M. Henry HouHaaya a pris Itt B^nrË d'an historien et 11 earacttre iM tflte) grecques- Nâ le il février IM8, il « pablii une Hittoire d'Apellei. (Buvre qui dâooie beaucoup d'érudition et Tâvèla des qualitdt gérldulei. k'indiscrélion daa Jourtiaui nout apprend qu'une perionne senafble a'Bst donnée troia coups de poignard pour la Jaune auteur. Ce Bénâdicliii serait-U doultli d'un Don

l'empM-ta sur la montagne poltHquei M lui dit :

— R^ardé ! nWk dbtanf foi IK èhémin de la chambre, plus loin celui du ministère. Députation, portefeuille, toilt éela va t'apparlebir situ m'adores!

El notre écrtrain se pt^stétilft devant le diable roujje.

Déjà let banquets étaient organisés; riloHtoti se ËoUVrtit d'un hUsgé sombre. Arsène fut un de ceux qui appelët-enl la tempête. Le souvehir de son aïeUl électrisa chei lui la fibtë démocratique. Il hil-angUa les étudiants picards 6t thampenisis au ChàleaU-RoUge, en leur rappelant qu'ils avaient l'honneur d'être du même pays que Concordet, Cadiille Desmoulins et Saini-Just. Bref, il coiffa sa tête blonde du bonnet phrygien , et n'alla plu? dîner à Yincennss chei la duc de Montpensîer.

Beaucoup ds cœurs droite, beaucoup

d'esprits sages attendaient avec conQance l'ùre nouvelle et le progrès qui en devait naître; mais cette illusion fut courte.

L'heure de la république sonne i la gronde horloge révolutionnaire.

Houssaye fonde un club, se jette dans lu mouvement, et recule presque aussitôt avec épouvante.

Qu'a-t-il vu'i* quel lantôme a refroidi son enthousiasme? Pourquoi retire-t-il hnisquemenl la main qu'il allait tendre an\ frères et amis? Nous croyons pouvoir vous le dire. Il y avait, à cette époque, deux espèces de républicains, ceux qui

claient honnêtes et vous connaissez

les autres.

Or , ou a de l'ambition , c'est possible; mais on n'est pas toujours d'humeur à lui sacriBer sa conscience.

Arsène croyait saluer une aurore, et D'at>ercevant au ciel qu'une comète éteinte, il se bàla de taira volte-face et

de tourner le dos à cet aalre veilli, dont les lueurs incertaines menaçaient de n'éclairer que des ruines. Du théâtre où il se disposait à jouer un rôle , il saula dans le parterre, se fît public, et eiftla cette méchante parodie de 93, qu'on essayait de donner pour une pièce uouveiie.

Il envoya paître son diable roufje açcc la dépulation et le portefeuille, reprit In plume et commença l'Histoire du 41'°' fauteuil de l'Académie.

A cette époque , le Théâtre-Français était livré â l'anarchie.

On songeait à mettre à sa tête un homme conciliant qui pût y ramener l'ordre. Un officier d'élat-major entre, un soir, chez Houssaye pour le prévenir qu'il est attendu à l'Elysée.

Là se trouvent réunis, en conseil littéravre, mademoiselle Rachel , le colonel Fleury et M. Véron. Cette trînité puis-

46 Bonsa&TB.

santé accuetiis affectiiMisement Arsène. Elle lui Annonce qu'à partir de ee jour, il est direcleur de la Comédie- Pra niaise .

Le lendemain , sa nominalion parait au Moniteur.

Jugez du désespoir des sociétaires qui.

en pleine république , reçoivent ya malire I

On se rassemble, on s'afpte, on frit) au scandale. Tuas les échos de la ri|e Richelieu retentissent de uémisseiuenta, d'imprécations et de blasphèmes.

Il Tant résisterl disent les pli|s hprdi^.

Celte opinion Iriomplie. Au seuil du royaume qu'on Ipi donne à gouverner.

Houssaye trouve un noir persônnam qui lui présente, sur timbre, une soniqiaiion parfaitement en rè|];le, et contenant défense expresse au dit sieurHoussaye, parlant à sa personne, d'avoir à s'inmiiscer dans les affaires du Ihéâlre. Anàne appulla aussitôt la coooisrge, la met en f^M 4a

rbuiuier, \m UiiH ansemblfl, «i pnese oulre. Il vaqua sur l'heure, el quels qyf fgasent )fS rîeqMps, jk p^ bpSPgpe ^pijliistrative. Qfi çpul^va, dqns le çoEpi^é suîi; vant, cette que^fîon qussi bizarre quç puérile : < Defra-t-pn, Ip'^'I'i^ |ç ^Jf^Çt^yç saluera un sociétaire, lui reifdre s)i politesse ou garder le chapeau sur |a lêteP >

— MesBÎauFg, dit Lefoux,jsnesuisp88 assez mal élevé pour prendre pact à c« débat.

Là dessus, il qtiîtte la salle des délib^-; rations.

En attendant, noire directeur donnait au théâtre me 8ptiïit« pK>dtflie«*e- ^ essaya d'infiltrer un spng npuveau di>i>| le» f eipe^ de ce vieu? i:orp$, usé par If routine, et le fouçt|a pqpr le pontiîaindrf i quitter l'qrnièr^ des dem^ derniar» si^j clés, PU Je celffuni^t fi^rlainpf tr^diti^Hf obstiB^ep,

Les anciens costumes allèrent â la friperie.

De frais et pompeux décors tombèrent des frises, et la salle, restaurée dans le goûl moderne, prit un air de fête et de jeunesse qui émerveilla le public et ramena la foule dans les loges désertes.

L'administration Buioz ayait mis tous ses œufs dans le panier de Rachel. Il en résultait que le caissier palpait deux recettes par semaine, rien de plus. Arsène Houssaye, donnant des pièces nouvelles et ressuscitant le répertoire enterré, parvint à remplir la salle, mëmequand Hermione ne jouait pas.

On finit par comprendre, tout engouement à part, que Samson, Régnier, .

ProTOst, mesdemoiselles Brohan, Favurt, Fix, etc., avaient autant de valeur dans la comédie que mademoiselle Rachel dans la tragédie. Au bout de la première année, messieurs les sociétaires, qui, de

temps im mémorial, n'avaient été conviés à aucun partage de fonds, reçurent une lettre collective, qui les appelait, dans le salon des Frères Provençaux, à un dtner somptueux, offert par le jeune directeur.

Les rancunes étaientdiijàbeaucoup moins violentes. Ils se rendirent à l'invilation.

— Messieurs, dit Arsëoe en ouvrant un portefeuille, vous avez, depuis dix mois que j'administre, cinquante mille écus de dettes éteintes, et voici cent mille francs que vous pouvei: vous partager à l'instant mfime. [Applaudissements prolongés.)

Dès ce jour, il eut toutes les sympathies de nos ex-démocrates.

Et quels coups de chapeau.'

Vers la fin de la semaine, on parla de rendre le banquet. Une députalion de sociétaires entra chez le directeiir, le priant de choisir un jour.

— Demain, si bon vous semble, re-

pondit celui-ci. Mais, enlendons-nous, je n'accepte qu'à une condition.

— Laquelle?

— Vous m'inviterez par huissier, et sur timbre.

C'était une spirituelle et bien douce ïcnjjeance. Il adminislru sept ans le Ihéàtie et y laissa les meilleurs souvenirs.

Rendu à h littérature, il eut In nialheu.

reuse idée de publier le Bot Voltaire, espèce d'apotojiîe insensée du plus méprisable des hommes et du plus infâme des philosophes. M. Arsène Tloussaye bien évidemment s'est trompé d'un siicle en écrivant ce mauvais livre : la renommée de Voltaire est depuis longlumps ensevelie sous la réprobation universelle.

Dans la Vérité poiir tous, j'ai combattu les dan^'ereuscs doctrines de ce livre. Ce ne bodI pas ces rois-U qui feront

le bonlieur de l'Iiumanîté. La philosophie'' qui supprime le ciel, sous prétexte d'éclairer la terre, n'est pas la philosophie.

M. Arsène Houssaye nous objectera qu'il voulait uniquement prouver la aupcriorité de l'intellijfenoe, la royauté de l'esprit humain, et donner une fois pour toutes au penseur le droit de dire bien haut avec le poL'te : « Puisque les rangs sont ouverts, je passe le premier 1 > Nous lui répondons que TinteUigence qui s'égare, l'esprit qui se voue au mal n'ont aucun droit à la royauté comme il lui plaît de la comprendre. Avant d'offrir te sceptre à Voltaire , il faudrait détrôner Satan, qui, dans le domaine de l'ignominie, du mensonge et de l'ordure, est encore un peu au dessus de son élève de prédilection.

Au moment oîi ces lignes s'impriment, les libres-penseurs du Siècle proposent à la France ébahie d'élever une statue su vieux coquin de Femey. Voilà où l'un

arrive aveo les livres maladroits et les admirulions impruJenles : on double l'au* dace des impies et l'insolence des déma^ gogues.

A lout péché miséricorde, nous dirAt-on.

Oui, pourvu que le péché soit suivi de repentir, et l'auteur, après /e Hoi Vot~ taire, a publié les Charmettes, c'est à dire une sorte d'apothéose de Jean-Jacques Rousseau, qui, pour ëlre enterré dans les caves du Panthéon à côté du sieur Arouet, ne vaut pas mieux que lui. Arsène, du reste, a le caractère assez noble et le cceu^ assez haut placé pour avouer un jour les torts de sa plume.

C'est peut-être celui de nos confrèret auquel il nous est le plus pénible d'adresser un reproche.

Il est bon, généreux, serviable, rempli de dévouement. L'éyolamen'ajaniaiallétrl son âme. Seul il a fait de aombreiuea d4*

marches pour obtenir à Gérard de Nerval une bibliothèque et la croix. Le malheur a voulu qu'il ne réussit pas ; mais -il a été plus heureux pour un autre de ses amis.

Esquiros, après tes sombres journées de juin, porté sur les listes du conseil de guerre, se réfu^na ebez son ancien rédacteur en chef, sans écouter Ledru-Rollin et Victor Hugo, qui lui conseillaient de quitter la France.

— Non, reste, je te sauverai, dit Arsène.

Et, sans plus de retard, il court cbez le capitaine d'Hennezel, accusateur public, homme sévère, qui ne recevait personne, dans la orninle qu'on ne fît une brèche â son esprit de jnslice. Bonssaye force la consigne rijfoureuse de sa porte; mais à peine a-t-il prononcé le nom dTsifuiros que le militaire se lève brusquement et a'écrie :

— Je n'écoule rien, i l'honneur de vous saluer.

— Cependant, capitaine

— Pas un mot, vous dis-jel

Et, d'un {;esle siffuificntif, il lui indïîjue le cliemin par lequel il est venu.

— Je comprends, dit le visiteur avec résolution ; mois je ne sortirai pas ainsi, je vous le jure.

— A voira aise, réplique froideiDenl le inattre du logis.

Il prend un journal el lui tourne le dos.

— Par jfrrue, dites-moi seulement si l'accusé fera mieux de jia;;ner la Frontière que de paraître devant vous?

— M. Esquiros n'est pas libre de fuir ou de rester.

— Pardon! je sais oii il est, je sais qu'ila un passeport, je sais

— Nous savons tout cela mieux que vous.

A ces mots le capitaine déroule une liiissi?, fouille dans un dossier et en retire la note suivante, éerile de la main du préfet de police :

« Quand vous faut-il Esquiros? Il se cache rue de Lille, 98, chez le riidacteur en chef de l'Artiste. »

Arsène Houssnye tressaille et pousse une exclamation douloureuse. Esquiros, qu'il a cru devoir retenir à Paris, sera peut-être condamné à mort. L'accusateur public continue de lire paisiblement le feuilleton du journal. Tout à coup Arsène voit que ce journal est le Constitutionnel.

— 11 est bien étrange, capitaine, dit-il avec amertume, que vous m'accordiez audience d'un cAlé, lorsque tous me la refusez de l'autre.

— Monsieur, que signifie?....

— Cela signifie que vous me lisez et que vous ne voulez pas m' entendre. Pour-

taat ce que j'ai à voua dire aujourd'hui est bien plus iotéressaDl que ce que j'ai écrit liier.

— Alors, vous êtes M. Arsène Boussaye?

— Je croyais vous avoir décliné mon nom, capitaine.

— Du tout Prenez donc la peine

de vous asseoir!... Je lis vos l'euillelons, monsieur ; je les lis plutiit deux fois qu'une... Ils sont charmante! Ainsi nous disons que ce pauvre Esqiiiros est votre ami?... fort bieni Clioisissez pour le défendre un bon avocat, qui plaide avec le cœur et n'insiste pas trop sur la raison.

— Je lui ai déjit parlé de NogenI Saint-Laurens, dit Arsène.

— Bravo! celui-là tire l'élotiucnce du fond de son ànie. Il attendrira tes ju^'es, il me touchera moi-même, et J'aban-

donnerai l'accusation... Mais continuez d'écrire dans le Constihttionnel.

— Certes oui, capitaine. J'aurais fini mon livre, que j'en recommencerais un autre exprès pour vous.

A deux jours de là Esquiros entendît prononcer sun acqi^itlemeul. On ne nous accusera pas d'avoir brodé cette anecdote.

Tous les j;ens de letlres ta connaissent et peuvent en {jarantir l'exactitude.

Inutile de donner la liste complète des livres d'Arsène Boussaye : on la trouvera dans l'édition en dix volumes in-oclavo, que M. Henri Pion a offerte au public.

Seulement n'oublions pas de mentionner un curieux leuillelon liebdomadaire qu'il publia lon[ftemps dans la l'resse, sous le'' nom de PikhriI nB l'Estoile, et qu'il intitulait l'Histoire en pantoiipcs.

Au tliéàlre, il n'a jusqu'ici donné que deux pièces, les Caprices de la Marquise et la Comédie à la fenêtre.

On annonce de lui une pièce plus importante, en cinq actes, qui aurait pour titre les Comédiennes.

Depuis le 41' Fauteuil, un succès qui ne fut pas conlesté, même par l'Académie, — car beaucoup de MM. les Quarante, Lamartine, llujjo, Ponsard, Salvandy, Musset, complioienlèi'ent l'auteur en lui offiant leurs voix, — M. Arsène Iloqssiije tenta les périls de l'histoire.

Outre le Boi Voltaire, il fit imprimer Mademoiselle de La Valtière et Notre- Dame de Thermidor, de {[rands succès fort contestes, non sans quelque raison.

M. Arsène Iloussaye, tout en étudiant dans sa vraie lumière la maîtresse de Louis XIV, lui a donné un air de tête trop romanesque, comme faisait Van Djck quand une Indy posait devant lui. Notre- Dame de Thermidor mérite beaucoup d'éloges et beaucoup de critiques. Madame Tullieu est bien peinte, mais l'his-

torion ninnqtie d'inilijpinlion pour les ni!isï;itcres de la Terreui- et les siiturnaies (l.i Direclolre. Le style est souvent éner- {;i(|iie ; mais quelques teintes sombres de plus dans le lalticau en eussent mieux accusé l'effet.

Tout en montrant ses qualités d'iiistorien, l'auteur reste toujours un romancier à la mode.

DeuK de ses derniers volumes, Mademoiselle Ctéopâtre et le Roman de la Duchesse, ont ùté beaucoup lus. M. Arsène Houssnye est le peintre par excellence du Paris nouveau et des pécheresses plus ou moins repenties.

Ndus attendons de lui huit volumes de Mémoires qui seront notre histoire à tous.

Depuis son entrée dans les lettres , IVI- Ai'sëne Uous^ayê a connu tout le monde, et nul mieux que lui ne pourra

peindre les hommes et les choses de ce siècle.

Apràs son départ de la Comédie-Française, ses fonctions ollîcielles d'inspec- J leur général des Beaux-Arts lui ont donné pour mission d'étudier non-seulement les richesses artistit]ues de la France, mais encore de servir les jeunes artistes, tout en constatant les anciennes renommées. Tous les six mois il prononce des discours devantune statue qui s'élève, ou harangue les jeunes lauréats des arts.

J'oubliais de dire (|ne le journoliste a survécu. Pendant vingt ans il a dirigé l'Artiste, et il a fondé, il y a quelques années, ta Revue du XIX' siècle, qui est l'arche plus ou moins consacrée de l'esprit littéraire , si compromis de nos jours.

Le bonheur d'Arsène Houssaye passe en proverbe. Jamais il ne se déconcerte d«vant UD reverp de fortune. Il uît qtw

HODSSATE. »1

le nuB{jti passera pour laisser briller de nouveau son éloile. Au 2 décembre, il acheta mille aclions du Nord et de Saint- Germain, réalisa rnpidemenl cinq cent mille francs de bénéûce, salua la Bourse qui venait de l'enrichir et ae promit dfl n'y plus rentrer.

Fort bien. Mais qu'ai liez- vous faire dans cet antre, 6 pointe ? Que deviendrOnsnous, si les Muses elles mêmes ali(fnenl des chiffres et spéculent sur la rente?

Four être juste, toutefois, nous devons dire que l'or gagné par Arsène Houssaje retombe en pluie dans la main des artistes (jui l'environnent. II a peuplé de chefs-d'œuvre, dus au pinceau moderne, son hôtel des Champs-Elysées.

Un de ses incontestables mérites est d'avoir administré pendant sept ans Je premier de nos Ihéâlres.

Qui dit Comédie-Française, dit royaume impossible a gouverner.

Lii , plus (|ue partout ailleurs, l'intrigue ouvre sous vcis pus une élernclle chausse-trappe. C'est la réffion des caresses sournoises, des jalousies aouriantes, des amours-propres câlins, iini font patte de velours, alin de mieux vous enfoncer h grilfe en pleine chair. L'ombre de Machiavel serait dans le ravissement, si elle pouvait quitter les sombres ' bords et Tenir étudier celte fine diplomatie, ces trahisons mi{>nonnes, ces méchancetés délicates qui se {jlissent, rue Richelieu, sous le manteau delà fraternité artistique. On ne se doute pas combien la parole lu plus aimable, le serrement de main le plus familier, l'a'ilhule la plus douce y cachent parfois de mauvais vouloir et de menace. Vous croyez marcher sur des Heurs, et l'épine vous déchire. Sous la toulTe de roses un serpent vous mord. I^ pins malin s'r{;are et se fiitjrvoie dans cet autre dédale, où la franchise ne Betnble être votre guide que

pour mieux tous enlralner vers le sentier des déceptions et vous échapper par les faux-l'uyants de la ruse.

Un homme a réussi néanmoins à allacher le fil d'Ariane au siiui! du labyrinthe, et à diri;rer sûrement sa marche au milieu des routes sinueuses où tant d'autres se sont perdus. C'est toujours du bonheur, dira-t-nn. Oui sansdoiile; mais un bonheur qui se perpélue laisse croire volontiers que l'esprit y est pour quelque chose.

I, Cation, r. BonaparW, 64.

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