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La terte natale du Bouddhisme n'est représentée en ces salles que par un nombre restreint de pièces. Jadis, les sculptures bouddhiques de l'Inde, obstinément méconnues, n'étaient l’objet d'aucune convoitise ; aujourd'hui, le gouvernement britannique étend à bon droit sa protection sur les vestiges d’une religion disparue depuis de longs siècles dans la Péninsule ; l’Archeological Survey s'oppose à l'exode des pièces importantes. Aussi nous félicitons-nous des
circonstances heureuses qui nous permettent d'exposer une ,cinquantaine de fragments « gréco-bouddhiques > provenant de l’ancienne province du Gandara, et réunis en marge de la belle collection dont les travaux de M. Foucher ont récemment enrichi le Louvre. Trois pièces venues de Londres, d'un style identique, sont placées dans la même vitrine. Une pierte sculptée, détachée d'un stupa de Bodh-Gaya, est tout ce qui rappelle dans le cadre de notre exposition | & époque médiévale ».
Les documents bouddhiques de provenance chinoise que nous avons pu réunir sont plus nombreux. Beaucoup offrent un grand intérêt.
Des rapprochements utiles doivent s’en dégager. 4
L'étude des sculptures exécutées sous les Wei du Nord (386-549), les Souei (581-618) et les Tang (618-960), est de date récente. Le voyage archéologique de M. Chavannes dans la Chine septentrionale, les découvertes de M. Pelliot, de M. Aurel Stein, des missions
allemandes et russes qui visitèrent la Mongolie,
ont projeté des lumières nouvelles sur l’origine de cet art et l'étendue de son rayonnement.
Quelques connaisseurs, dont le goût s'était formé par le culte du Trecento et de l’art gothique, perçurent aussitôt des affinités nombreuses entre les œuvres de ces époques et celles qui venaient de se révéler en Chine. Ils n’hésitèrent pas à les faire entrer dans leurs collections ou dans leurs magasins. Les pièces qu'ils nous ont confiées offrent des garanties sérieuses de date et de provenance. Pour beaucoup d’entre elles, il serait aisé de retrouver l'emplacement qu'elles occupaient jadis dans les « carrières bouddhiques » du Honan et des marches occidentales. :
Une comparaison minutieuse entre ces sculptures et celles de l’époque Han, qui leur sont antérieures, nous permettra un jour de déterminer ce que les imagiers chinois doivent à leurs traditions autochtones, et quelles formules d’art leur apporta la religion de F6, lorsqu'elle leur vint de l'Inde. Sur quelques-unes des stèles exposées, l'arbre Ho-Houan des taoïstes, les nuages en volutes, les phénix et les dragons. voisinent avec les lotus de l'Inde, les Bodhisattvas aux tiares emperlées, et les moines à la tête
rase, dont la robe se plisse souvent encore selon le canon indo-hellénique.
Le même alliage d'éléments indigènes et étrangers se retrouvera plus tard dans les bronzes et les terres cuites de la dynastie Mongole (1280-1367) et des Ming (1368-1644).
Mais ces œuvres ne révèlent plus — ce qui aurait été chose impossible — l'influence de l'Inde où le Bouddhisme s'était, depuis longtemps, éteint. Par contre, nombre de pièces des quatorzième et quinzième siècles trahissent des inspirations lamaiïstes ; ce sont en effet des religieux tibétains qui propagèrent en Chine, sous la dynastie des Yuan, l'initiation bouddhique.
Nous n'avons pas voulu alourdir notre section chinoise en y accumulant ces figures de porcelaine, de cristal de roche, de jade et de bronze, relativement modernes, qu'on rencontre à chaque pas sur le marché. Cette catégorie d'objets est suffisamment connue en Europe.
Elle a, pendant de longues années, contribué à la prospérité de la Compagnie des Indes et à la délectation des « bibeloteurs », épris de curiosités exotiques. Il n’y a donc ici qu’une lacune intentionnelle.
Il n'en va pas de même en ce qui concerne
la peinture bouddhique chinoise. Nous n'avons malheureusement que peu d'exemples à en.
montrer. En compensation, nos visiteurs trouveront, dans la section japonaise, une série d’an-
. ° « 0 LU è PAR ciennes peintures où est fidèlement interprété le style des Godoshi et des Ririomin. Deux d’entres elles offrent des analogies intéressantes
avec la célèbre Kouan Yin de la collection Freer. * #
En constituant la section du Butsuyé, nous avons eu l’occasion d'apprécier une fois de plus et d'utiliser le travail des amateurs japonisants. Paris a toujours été un de leurs centres préférés. Aussi avons-nous pu aisément recueillir bon nombre de pièces caractéristiques.
On a dû renoncer à un classement des œuvres d’après les sectes bouddhiques auxquelles elles appartiennent. La série de nos documents n'est pas assez complète et, d'autre part, l'étude de ces sectes est encore trop peu avancée. Toutefois, il est facile de reconnaître, parmi les kakemonos exposés, quelques Amida traités selon l'esprit de la secte Gio-D6 : une vision de lumière et de sérénité s’y matérialise en silhouettes hiératiques d’or pâle. |
La puissante secte Zen n’est malheureusement représentée dans nos salles par aucun objet d'importance. Il ne nous est donc pas donné, pour cette fois, de fournir un apport, si modeste soit-il, à l'étude de ce grand mouvement religieux et esthétique auquel le Japon doit tant de chefs-d'œuvre. |
Parmi les peintures, les bronzes et les bois
‘sculptés, les amateurs reconnaîtront aisément des œuvres ayant figuré dans d'illustres ventes et des expositions antérieures ; d’autres pièces sont tout fraîchement déballées, ét demeurent inédites encore pour le collectionneur parisien. La présence, dans nos vitrines, de quelques masques de V6, rappelle que le drame sacré du Japon est intimement uni au Bouddhisme. Nous avons restreint notre choix afin de respecter les limites entre l’art bouddhique au Japon et le € Japon artistique ».
L'âpre et montagneux Tibet a toujours été, ‘pour les adeptes de Çékia-mouni, comme un reliquaire géant. L’iconographie bouddhique est devenue dans ce pays une nouvelle religion, un
trésor immuable et éternel, jalousement conservé par des initiés. On a peut-être trop longtemps hésité à donner l'importance qui convenait aux images de bronze fondues dans les lamaseries- Ne suffit-il pas, pour justifier leur présence dans les collections et les musées d'Europe, que jamais, comme l’affirme M. Jacques Bacot, on n'ait connu deux répliques exactement pareilles d'une même divinité, et qu'il s'agisse toujours d'une cire perdue, dont l’exécution:très variée ‘dénote chez le fondeur une habileté que les Japonais n'ont pas surpassée ?
Il en est de même pour la peinture. Longtemps.on ne l'a considérée qu’au point de vue iconographique. Les quelques exemples qui figurent ici semblent prouver que, dans l’étude des bannières tibétaines, il conviendra de distinguer un jour entre la pièce artistique et ce qui n'est que le travail d’un praticien.
Tout en traitant leur sujet avec une inflexible rigueur, les maîtres tibétains savaient le parer d'un riche apport de couleurs et de lignes expressives. Et souvent, autour de quelque Yamantaka farouche et sanglant, s'échelonne un paysage idyllique où des pins-déodars et des cimes neigeuses se profilent contre un ciel d’azur et de
rose, où les vallées encaissées parmi les rochers sont comme de grandes nappes vertes que sillonne la blancheur des torrents.
Nous devons à l'Indonésie et à l’Indochine quelques fort belles pièces. En tout premier lieu, une suite de têtes de Bouddhas et de Bodhisattvas, pour la plupart en grandeur nature, attirent l'attention par leur puissant intérêt documentaire. Elles seront certainement l’objet d’un examen critique basé sur la méthode comparée.
On y voit l'idéal de beauté canonique enseigné
par les prédicateurs bouddhistes se modifier
peu à peu selon le milieu où il fut introduit : qu'il s'agisse d’un Javanais, d’un Laotien, d'un Birman, on devine chez l'artiste le désir de. créer un Bouddha autochtone, de son sang et de sa race.
Une collection de bronzes javanais, dont la belle patine verte fait songer à de la malachite et qui tous furent trouvés dans des fouilles nous donne une haute idée des ciseleurs éduqués devant les sculptures de Borobodour. De même, quelques statues du Laos, également en
bronze, attirent le regard par la stylisätion ingénieuse et souple de leurs formes. | Deux salles du rez-de-chaussée ont été aménagées pour la présente exposition. L'une d'elles contient une collection d’estampages exécutés en Chine d’après des sculptures des époques Wei et T'ang. Cette série complète utilement
les documents originaux réunis à l'étage supé-:
rieur.
L'autre salle est consacrée aux peintures murales d'Ajanta. Les vingt-huit temples excavés de cette région se trouvent dans l'État d'Hyderabad (Indes Anglaises, 20° 32° N. et 75° 46’ E. méridien de Greenwich). Ils contiennent le plus important ensemble de peintures bouddhiques jusqu'ici découvert dans l'Inde, ensemble qui fut constitué pour la plus grande partie entre les années 500 et 642. Leur extrême état de délabrement a provoqué à plusieurs reprises des tentatives de . copie. En ces dernières années, Mrs. Herringham a entrepris de relever quelques-unes de ces peintures murales, en les restituant avec fidélité dans leur dessin et dans leur coloris primitifs. L’/ndia Sociely a mis gracieusement à notre disposition quatre de ces copies. Nous leur avons adjoint un certain nombre de photographies exécutées sous
la direction de M. Victor Goloubew en 1910 et
La Bibliothèque d'art et d'archéologie, 16, rue Spontini, tient à la disposition de ses visiteurs une série d'ouvrages relatifs au Bouddhisme et à l’art bouddhique. De même, on y peut consulter les photographies que la mission Pelliot établit lors de sa dernière exploration en Chine, dans les grottes de Touen-houang.
On y trouve aussi une collection complète de photographies exécutées d’après les sculptures de Sanchi et d’'Amaravati, dans les Indes anglaises, et un certain nombre de documents iconographiques concernant le temple de Boroboudour.
Le présent catalogue sommaire a été établi avec le précieux concours de M. E. Chavannes, membre de l’Institut; de MM. A. Foucher, P. Pelliot, R. Petrucci et J. Hackin. Nous avons, d'autre part, souvent utilisé les indications d'époque ou d'origine que certains collectionneurs ont bien voulu joindre à leurs envois. M. Tchou avait fait une première lecture des textes chinois gravés sur les œuvres exposées. M. Gaubert,
du Muséum d'histoire naturelle, nous a donné nombre d'indications utiles sur la nature des matériaux employés par les sculpteurs.
Pour faciliter la visite des salles nous avons suivi ici l'ordre même dans lequel se présentent les objets exposés.
En terminant notre courte préface, nous sommes heureux de remercier tous ceux qui ont collaboré à la réalisation de notre tâche, et tout particulièrement nous adressons une parole de gratitude et de confraternelle sympathie aux savants et aux collectionneurs de l'étranger qui s’associèrent à notre effort avec tant de bonne grâce et de cordialité.
VICTOR GOLOUBEW.
H. D'ARDENNE DE TIZAC.