‹ Art d'arriver au vrai philosophie pratiqueChapitre 18 sur 60 · DE L'EXISTENCE · texte numérisé non relu

DE L'EXISTENCE

acquérir cette connaissance ni par un acte de raison , ni par un acte de foi; à moins que Dieu ne vint à son aide par des moyens surnaturels, ce dont nous n'avons pas à nous occuper ici.

La distinction que nous venons d'exposer n'est infirmée par aucun des systèmes admis sur l'origine des idées. Qu'on les suppose innées ou acquises , qu'elles nous viennent des sens ou qu'elles soient seulement éveillées par les sens, il est évident que nous ne pouvons rien, que nous ne savons rien, qu'au préalable ces puissants auxiliaires de la pensée n'aient été mis en action. Laissons les idéologues imaginer ce qu'ils voudront sur les opérations intellectuelles d'un homme privé de tous ses organes; comment vérifier l'erreur ou la vérité de leurs systèmes? L'infortuné ne pourrait communiquer ses impressions ni par la parole, ni même par signes. Après tout, il ne s'agit point ici d'un être exceptionnel, mais de l'homme doué de ses organes, et l'expérience nous enseigne que , dans ces conditions, I homme connaît, et qu'il connaît ce qu'il sent ou au moyen de ce qu'il sent.

*; II. — Erreurs auxquelles nous sommes exposés à l'occasion des sens. Moyens de remédier à ces erreurs. Exemples.^

Si la connaissance immédiate que les sens nous donnent de l'existence d'une chose est quelquefois entachée d'erreur, c'est que nous ne savons point nous servir de ces instruments admirables. Les objets matériels agissant sur l'organe excitentils une impression dans notre âme? Cherchons à découvrir d'où vient celte impression, et jusqu'à quel point elle correspond à l'existence de l'objet qui semble la produire. Voilà la règle. Quelques exemples la feront mieux comprendre.

J'aperçois au loin un objet qui se remue, et je dis : il y a là un homme. Mais, en me rapprochant de cet objet, je découvre que j'ai pris pour un homme un arbuste agité par le vent. Le sens de la vue m'a-t-il trompé ? Non, parce que l'impres-

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sion qu'il me transmettait n'était autre que celle d'un corps en mouvement, et que si j'eusse porté à l'impression reçue une attention suflîsante, j'aurais pu remarquer qu'elle ne représentait pas un homme. J'ai transformé mon impression. L'erreur n'appartient donc pas au sens de la vue, mais à L'insuffisance de mon attention.

Ayant trouvé une certaine ressemblance entre un objet confus en mouvement cl un homme vu de loin, j'ai passé de la ressemblance à l'homme, et conclu l'un de l'autre, oubliant que l'apparence et la réalité sont deux choses entièrement distinctes.

Vous avez quelques raisons de croire qu'on doit livrer une bataille à une certaine distance du lieu où vous vous trouvez. Vous croyez avoir entendu le canon et vous êtes pleinement convaincu que les hostilités sont commencées. Cependant, il n'en est rien. Que devez-vous accuser de votre erreur? votre ouïe ? Nullement j accusez-vous vous-même. Un bruit s'est fait entendre, en effet; c'était celui que produisaient dans la forêt prochaine les coups de hache d'un bûcheron ; c'était le retentissement d une porte qui se fermait , c'était tout autre bruit produisant une détonation semblable à celle du canon dans le lointain. Vous étiez-vous assuré que la cause de votre illusion ne se trouvait point auprès de vous? Votre oreille était-elle suffisamment exercée pour discerner la vérité, attendu la distance où devaient se faire les décharges d'artillerie, la position du lieu, la direction du vent? Ce n'est pas le sens de l'ouïe qui vous a trompé; c'est votre légèreté, c'est votre précipitation. La sensation était ce qu elle devait être ; vous lui avez fait dire ce qu elle ne disait pas.

J III. — Il est nécessaire, dans certains cas, d'employer plusieurs sens afin

de comparer leur témoignage.

Remarquons que pour arriver à connaître , au moyen des sens , l'existence d'un objet , il est quelquefois nécessaire

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