NATURE, PROPRIÉTÉS ET RELATIONS DES ÊTRES
pousse l'homme à sonder des secrets scellés pour lui d'un sceau inviolable.
Vérilé peu flatteuse pour notre orgueil, mais vérité incontestée ; vérité parfaitement évidente pour quiconque a médité sur la science humaine. Nous avons reçu du Créateur une intelligence en harmonie avec nos besoins physiques et moraux, puisque cette intelligence est en état de connaître, pour la satisfaction de ces besoins, l'usage que nous pouvons faire des êtres placés à notre portée. Le reste, il plait à la sagesse infinie de nous le cacher : elle s'est réservé de lever elle-même, plus tard, le voile qui recouvre et cache à nos yeux le spectacle ineffable de la création. Pourquoi nous en plaindre? Si l'ignorance est l'épreuve de la vie, l'espérance est la consolation de la mort.
Les propriétés de la lumière nous sont en partie connues ; nous en faisons des applications nombreuses. Mais l'essence de la lumière, qu'est-elle? Nous savons diriger, hâter même la végétation ; mais que savons-nous de la nature et des secrets de ce merveilleux phénomène ?
Nous faisons usage de nos sens, nous les préservons, nous leur venons en aide ; mais les mystères de la sensation nous restent inconnus. Nous connaissons, en général, les substances nuisibles ou salutaires à notre corps ; mais pourquoi, mais comment ces substances lui nuisent ou lui sont utiles, nous l'ignorons. Que dire encore? Nous calculons le temps en mille façons, et la métaphysique n'a pu définir le temps. Il existe une science qu'on nomme la géométrie; elle est parvenue à un haut degré de perfection ; et l'idée fondamentale de cette science, l'étendue, ne se peut comprendre. Nous vivons dans l'espace ; l'univers entier se meut dans l'espace; nous le mesurons; nous le soumettons à de rigoureux calculs; et ni la métaphysique, ni l'idéologie n'ont su nous dire en quoi il consiste; s'il est une chose distincte des corps, s'il est seulement une idée, s'il a une nature propre. Nous ne savons s'il est un être ou s'il n'est rien. Nous pensons, et nous ne savons pas ce qu'est la pensée ; les idées fermentent dans notre intelligence, et nous ne savons ce qu'est une idée. Le spectacle de l'univers, dans toute sa
ART DARRIVER AL' VRAI
variété, dans toute sa splendeur, passe et se représente dans notre cerveau comme sur un magnifique théâtre. Une force incompréhensible y crée, selon notre caprice, des mondes fantastiques, tantôt sublimes et pleins de beautés, tantôt remplis d'extravagance, et nous ne savons ni ce qu'est l'imagination, ni ce que sont ces prodigieuses scènes, ni commenjt elles apparaissent ou s'évanouissent.
11 est une multitude d'affections dont nous avons conscience d'une manière intime, profonde, invincible, nous les nommons sentiments. Qu'est-ce que le senjiment? pouvons-nous le dire? Celui qui aime sent l'amour ; il ne sait point ce qu'est l'amour. Le philosophe qui veut analyser cette affection parvient à signaler son origine; il indique ses tendances et sa fin; il donne des règles pour la diriger, mais, sur la nature intime de l'amour, il est dans la même ignorance que le vulgaire. Nos sentiments sont comme ces fluides circulant en des canaux impénétrables aux regards. On aperçoit quelques effets extérieurs ; on sait, dans certains cas, où ils vont, d'où ils viennent ; on peut même accélérer, ralentir leur course, en changer la direction ; mais l'œil ne peut sonder le mystère de leur mouvement; l'agent reste inconnu.
Notre propre corps, tous les corps qui nous entourent, savons-nous ce qu'ils sont? Est-il un philosophe qui puisse nous expliquer la nature d'un corps? Et toutefois, nous vivons au milieu de substances corporelles; nous en usons à chaque instant. Nous connaissons beaucoup de leurs propriétés, nous définissons les lois qui les régissent; un corps fait partie de notre propre nature.
Ne perdons point de vue ces considérations lorsque nous aurons à étudier les principes constitutifs d'un être, son essence. Attentifs et pleins d'ardeur dans nos recherches, soyons sobres et rigoureux dans nos définitions. Si nous ne portons point celte qualité jusqu'au scrupule, il nous arrivera souvent de mettre à la place de la réalité les créations vaines de nos rêves.