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CHAPITRE ONZIÈME

SERRES DE CONSTRUCTIONS DIVERSES. — JARDINS d'iIIVER.

Il nous reste à parler des serres ou plutôt des palais élevés pour y abrilcr les grands végétaux exotiques qui, sous l'influence d'une température leur rappelant l(;ur patrie, déploient leur belle végétation, moins luxuriante peut-être, mais cependant assez belle pour que le visiteur se croie pour quelques instants transporté sous le ciel de ces contrées les plus riches du monde végétal.

La culture des plantes exotiques dans les serres a fait de nos jours d'immenses progrès ; l'influence climatérique était l'obstacle le plus difficile à surmonter; mais grâce aux excellentes combinaisons de chauffage allant toujours on se perfectionnant, grâce à dos dispositions de serres mieux entendues, on est parvenu à vaincre, pour ainsi dire, la nature dos végétaux les plus indociles.

Nous allons indiquer successivement divers modèles de serres de grandes proportions et de jardins d'hiver, remarquables, soit par leur disposition intérieure, soit par la forme avantageuse ou l'élégance de leur construction.

La serre, figures 66, 67, 68, 69, exécutée par M. Fro-

licher, architecte, s'élève dans un parc magnifique, à Surosnes, près Paris. Le plan fig. 66 n'a pas moins de 40 mètres de long sur 13 de large. L'élévation la plus grande, fig. 68, est de 7 mètres. On y plante des arbrisseaux en pleine terre de bruyère dans l'encaissement formé par les dalles A. On garnit, on outre, le sol des chemins ï et les bords dos encaissements de milliers de vases, d'où s'élèvent des plantes dont la floraison a lieu ou se prolonge durant la saison des froids. C'est donc un véritable jardin d'hiver des plus beaux que l'on puisse voir planté de rhododendrons, d'azalées, de camcUias, de bruyères et d'autres arbrisseaux analogues.

Nous indiquons seulement, dans les figures, quelquesuns de ses ornements; m;iis il y a beaucoup de sculptures que nous avons négligé de donner, parce que l'emploi ne peut en être fait que par des amateurs opulents auxquels ne manquent pas les architectes et décorateurs.

L'ornement le plus essentiel consiste dans les colonnes en fer b, dont l'élévation est représentée dans la fig. 68,

avec les arceaux surbaissés qu'elles supportent et qui soutiennent tout le vitrage.

Voici la description des parties constitutives de cette serre :

n Poteaux en Lois scellés dans la maçonnerie, et supportant avec les colonnes b les chevrons ou arbalétriers c.

Dans tous ces assemblages, des équerres en fer e sont placées pour maintenir l'ensemble.

/ Châssis dormants.

g Châssis ouvrants logés à feuillure entre les poteaux.

h Couverture en zinc avec des rebords i pour rejeter les eaux de pluie aux extrémités.

On monte par les quatre escaliers L, fig. 66, sur les plats-bords m pour étendre les paillassons ou autres abris.

Ces escaliers donnent aussi accès pour arriver à des volières placées au-dessus des portes d'entrée n et situées à l'intérieur. Une rampe , fig. 67, facilite le service.

Celte serre appartient aussi au genre des serres froides, dans lesquelles il suffit de ne pas laisser descendre le thermomètre plus bas que 1 degré au-dessus de zéro. Beaucoup de plantes y sont introduites après avoir clé portées à la floraison dans des bâches et châssis de primeur.

Elle est chauffée par quatre thermosiphons, fabriqués par M. Fontaine, de Versailles, et dans la forme indiquée dans le Traité du Chauffage de M. Audol, fig. 47 à 51. Ces chaudières ont 2 mètres de longueur. Elles sont placées au-dessous du sol dans de petits caveaux où l'on descend par les escaliers L, fig. 66. Les tuyaux s'élèvent au niveau du sol, qu'ils parcourent en suivant les murs jusqu'au milieu de la serre, d'où ils repartent pour retourner aux

chaudières. Ce parcours a lieu entre l'encaissement A, fig. 66, 67, et les murs de la serre dans le conduit indiqué par la lettre r. Ils chauffent par conséquent chacun un quart de la serre. Ces tuyaux, en cuivre, sont méplats, de 32 cent, de haut et de 3 cent, d'épaisseur entre les doubles parois. On pourrait obtenir une plus grande chaleur en plaçant des repos de chaleur de forme cylindrique de 60 centim. de diamètre, de 50 centim. de haut, et percés au milieu de bas en haut d'une ouverture de 20 centim., pour laisser passer l'air. Il faudrait alors plus de temps pour échauffer la serre, mais elle retiendrait plus, long-temps sa chaleur. Le combustible serait aussi plus utilement employé.

Sous les encaissements A qui suivent les murs et les vitrages latéraux , on devra pratiquer, de mètre en mètre , un conduit transversal de 10 centim. de haut et de 25 cent, de large pour fournir l'air qui viendra s'échauffer aux parois des tuyaux?- et élever la chaleur dans la partie supérieure; autrement cette chaleur resterait concentrée dans le conduit r.

Une serre de cette étendue exige un chauffeur pour la nuit.

Pour parer aux accidents ou aux hivers très-rigoureux, deux calorifères ont été placés aux deux extrémités; mais on n'a pas encore trouvé l'occasion de les employer. Ces calorifères peuvent être remplacés par quatre poêles comme ceux que nous avons décrits, page 48, pour le jardin d'hiver de M. Fion.

La fig. G9 représente une vue extérieure de la serre, où l'on voit la façade servant d'entrée. Au-dessus de cette en-

trée, on a établi une grande tablelte V, fig. 68, 69, masquant les plats-bords destinés au service. On la garnit de vases de fleurs.

Jardin Botanique et Serres de La Société Royale (f horticulture de Bruxelles.

L'art et le goût ont présidé merveilleusement à la disposition générale du jardin et des serres dont nous donnons une vue, fig. 70. Ceux qui ont pu admirer ce bel établissement ont pu seuls se faire une idée de l'aspect à la fois majestueux et élégant qui se présente aux regards lorsque, en quittant le boulevard du Nord, on pénétre dans cette vaste enceinte plantée de végétaux dont l'ordre métbodiquc et l'entretien remarquables appellent le savant et l'amateur, où l'eau jaillit de toutes parts, oii s'élève comme un palais celle magnifique succession de serres. Le plan, fig. 71 , va donner la disposition intérieure de celte suite de serres.

a Serre circulaire recevant les végétaux élevés des tropiques j — b salle d'exposition de la Société j — c bibliothèque, salon de lecture, salle de billard, café; — f/ pièces réservées pour recevoir et préparer les plantes devant figurer aux expositions ; — e office desservant le café j — /cuisines, caves, cellier; — g couloirs de service 5 — h loge- Uients dos jardiniers; — i fovers de chauffage cl magasins du combustible; — k, l lieux de rempotages, resserres à outils, etc., el magasins des graines; — m, m orangeries; — n serre tempérée; — 0 serre chaude; — p bâches à

ananas; — 7 bâche à multiplication pour les plantes d'ornement; — î- bâche à multiplier les ananas; — s terrasse supérieure; — t terrasse inférieure; — u sol du jardin.

On voit que si la vue est frappée du bel ensemble du jardin botanique et des serres de Bruxelles, on reconnail aussi qu'à l'intérieur de celles-ci, tout a été admirablement prévu et bien approprié aux vues de la Société Rovale.

Modèle de Serre circulaire imaginée par feu M . Vander Straeten, arcliitecte de Bruxelles.

Entièremeul construite en fer et vitrée partout, celte belle serre, fig. 72, pourrait être destinée à cultiver en pleine terre les végétaux des Iropiques de même que 'es pavillons du Jardin des Plantes de Paris, fig. 38 el 39, que nous devons rappeler également dans ce chapitre, comme modèles du genre, ainsi que les serres curvilignes, fig. 37 cl 38. Une tringle en fer doscendanl du faîte de la serre, fig. 72, sert- à ouvrir ou fermer le chapiteau mobile, faisant l'office de ventilateur dans la galerie g.

Les Serres du jardin botanique de Puniversité de Louvain onl du rapport, quant à la construction el à la forme, avec celle dont nous venons de parler; mai$ elles sont semi-circulaires el décorent la façade de l'orangerie, fig. 7'( ; celle orangerie d'un très-bel effet réunit toutes les convenances exigées dans un bâtiment de ce genre, elle a été construite égalcmenl sur les dessins el sous la direction de M. Vander Straeten. Les deux serres placées aux extrémités sont cnliéremenl construites en fer, les calorifères sont placés

dans les soubassements. Le plan, Ç]^. 73, indique la disposition générale: A salon, B salle d'étude et bibliothèque, C orangerie, D serre chaude, E serre tempérée, F F couloirs j les lignes ponctuées indiquent les tuyaux conducteurs de la chaleur ; dans les deux serres circulaires les tujaux de chaleur circulent eu suivant la méonc courbe que le mur d'appui.

En Angleterre, ce pays aux fortunes colossales pour lesquelles il n'est pour ainsi dire pas d'obstacles, les serres aux vastes proportions abondent; on les y voit s'élever sous toutes les formes, plusieurs que nous allons citer ont coûté des sommes énormes et sont constamment l'objet de frais considérables pour y entretenir des végétaux venus de tous les points de la terre.

Le Conservatoire circulaire, fig. 75, est un des plus élégants que nous connaissions; il a 22 métrés de diamètre et 13 d'élévation; la ventilation a lieu au moyen de châssis ouvrants ménagés dans le mur d'appui, et d'une soupape établie au sommet du cône que forme le dôme; cette soupape est mise en mouvement avec le poids o fixé au bout d'une chaîne que l'on voit au centre de la coupe, fig. 76; deux entrées opposées e e, fig. 77, donnent accès dans l'intérieur du conservatoire; les allées a a de 2 mètres 30 cent, de large servent de carrefour aux sentiers s s d'uu mètre 30 centim.; les grands végétaux cultivés en pleine terre occupent la partie centrale c; les arbrisseaux et arbustes moins élevés sont disposés avec art dans les bâches b b, lesquelles viennent s'appuyer contre une colonnade circulaire des plus élégantes; enfin des tablettes t, disposées tout au pourtour de la serre, reçoivent des plantes en pots moins hautes en-

core que celles des bâches; cette gradation bien entendue permet à la lumière de pénétrer librement et de verser sa bienfaisante influence sur tous les végétaux.

Les fig. 78, 79 et 80 représentent l'élévation, la coupe et le plan d'une double rangée circulaire des serres chaudes curvilignes du jardin botanique de Birmingham. La partie A A A du plan, fig. 80, montre les fondations; la parlie A BB indique le parcours des tubes de chauffage, dont l'eati chaude ou la vapeur est fournie par les tuyaux principaux k venant du centre; la partie BC A représente les bâches remplies de végétaux, et les allées recouvertes de plaques de fonte à jour. La construction de cette serre est fort simple; nous allons donner les détails qui feront comprendre les dispositions intérieures :

Détails du plan, fig. 80 :

a. Quatre entrées donnant sur la terrasse sur laquelle repose la serre.

Portes intérieures correspondant aux premières et débouchant sur la cour de service, où peuvent être disposés des hangars pour les rempotages, etc.

c, Encaissements recevant des végétaux en pleine terre.

d^ Tablettes occupées par les plantes en pots, et régnant dans toute la circonférence.

e. Bâches à quatre compartiments formant saillie en dehors, ainsi que l'indique l'élévation, fig. 78.

/, Bâches centrales à quatre compartiments, formant la saillie m montrée dans la coupe, fig. 79.

g. Sorte de tour élevé au centre et renfermant les appareils de chauffage situés en p de la fig. 79 ; — un magasin 7 et un réservoir r même figure, fournissant l'eau aux ap-

pareils de chauffage et à ceux d'arrosage. A la base de celte tour est un passage voûté pour le service des chauffeurs, et par lequel on arrive au moyen du tunnel i débouchant au dehors.

k. Tuyaux principaux fournissant l'eau ou la vapeur aux tubes secondaires.

Détails de la coupe, fig. 79, étant une section du plan de i par les points g et k jusqu'au point a :

l. Bâches de la circonférence; m, bâches centrales.

ih Tunnel j o, tubes de chauffage sous les chemins.

pp, Deux appareils de chauffage; un seul suffit à distribuer la chaleur dans toutes les parties de la serre ; mais un second est nécessaire pour ^pplcer à l'autre on cas d'accident, ou pour augmenter le chauffage durant les froids trop rigoureux.

q, Magasin; r, réservoir.

s, Chemins à l'intérieur de la serre.

t, Galerie supérieure régnant sur toute la serre pour le service des paillassons.

u, Tubes percés de milliers de trous capillaires, permettant de former une pluie fine qui se répand dans toute la serre.

V, Tablettes recevant les plantes en pots.

XX, Sol extérieur.

La fig, 78 est l'élévation de colle serre, prise vis-à-vis d'une des quatre entrées.

Conservatoire ou Jardin d'hiver m fer à toit vitré à La Grange dans le Hampshii-e.

Cet élégant édifice, fig. 81, n'a pas moins de 32 métrés âe long et 15 mélrcs de large à l'extérieur. Les encadre-

ments des vitres sont faits de fer forgé et de barres de cuivre ; toute la toiture, composée en entier de métal et de verre, est supportée par des montants en fonte communiquant à des gouttières de même métal; au-dessus des allées eee, fig. 82, régnent des arcades*formées de doubles plaques de tôle fff, entre lesquelles l'air circule, prévenant ainsi la perte de calorique; au-dessus de ces cintres sont ménagées des plates-formes permettant d'ombrer la serre cl de faire les réparations nécessaires. Les vitres composant les toits sont disposées d'après un système qui consiste en un plombage percé de trous, ce qui non-seulement empêche les carreaux de se briser par l'effet des gelées, mais sert aussi à conduire au dehors toute l'eau résultant de la condensation de la vapeur à l'intérieur du conservatoire. L'édifice s'appuie sur quatre rangées de colonnes en fer creux i, par lesquelles s'écoule l'eau des pluies, après qu'elle a été reçue dans les rigoles ou gouttières o, que l'on voit au-dessus de chaque colonnade ; cette eau vient ensuite se rendre dans un réservoir souterrain; la façade et les deux extrémités du bâtiment sont formées de portes vitrées, élevées de 5 mètres 50 cent., dont les intervalles sont consolidés par des pilastres en briques revêtus de ciment romain et surmontés d'un entablement également en briques. A l'exception de la maçonnerie, cette serre a été expédiée toute faite d'une manufacture de Birmingh;im.

La serre dont nous donnons le modèle, fig. 83, 8'( et 85, pourra être considérée comme un véritable jardin d'hiver, puisque les plantes y seront toutes en pleine terre. Cependant nous ne l'avons pas classée {f*cc les jardins d'hiver des fig. 32 à 36, parce qu'elle est disposée de manière à con-

tenir beaucoup d'arbrisseaux grimpants, et que, pour on avoir une collection variée et fleurissant abondamment, il faut la température de la serre tempérée.

Plantes volubiles que Pou peut cultiver dans cette serre pour garnir le fond et les arceaux.

Bignonia jasminifolia.

jasminoides.

Manglesii.

pandorea.

twediana.

Canavalia bonariensis.

rutilans.

Ceropegia elegans.

Dioclca glycinoides.

Dolichos lignosus.

Hardenbergia macrophylla.

monophylla.

Kennedia bimaculata.

coccinea.

longiracemosa.

nigricans.

pannosa.

nibiconda.

Mendevilla suaveolens.

Manettia bicolor.

cordifolia.

splendens.

Mimosa prostrata.

Passiflora edulis, dont on mange les fruits lorsqu'ils commencent à devenir pourpres.

kermesina.

Ludoni.

palmata.

Phaseolus Caracalla.

Physolobium Mariata?.

Slerlingii.

Plumbago capensis.

Rubus reflexus.

Tropaeolum tricolor.

pentaphylluni.

Twedia cœrulea, etc.

Et toutes les jolies plantes grimpantes du Cap, de la Nouvelle- Hollande, du Chili , etc.

La fig. 83 représente le plan, où il est facile de distinguer les chemins. La serre pouvant être enclavée dans )a façade sud d'une habitation, ou entre deux pavillons, les portes d'entrée seront placées aux deux extrémités où l'on aura accès par une salle à manger d'un côté et une salle de billard de l'autre. Au centre sera un bassin destiné aux plantes aquatiques, et au fond un banc.

Fig. 84. Coupe transversale prise sur la ligne AB du plan. Des piliers légers en fer fondu soutiendront des arceaux en fer formant deux rangées, l'une s'appuyant sur le mur de devant et l'autre sur le mur du fond.

Fig. 85. Coupe longitudinale prise sur CD. Les murs seront entièrement tapissas de plantes grimpantes.

Les végétaux volubiles enlaçant les arceaux devront être assez légers pour ne pas priver de lumière les végétaux des plates-bandes j il résultera de tout cet ensemble un aspect aussi charmant que peu usité.

Seires de U. L. Van Houtte^ à Gand.

Tous ceux qui s'occupent de cultiver les plantes savent que Gand est le berceau de l'horticulture belge, comme le pajs de Vaes en est celui de l'agriculture, et que de celte ville a surgi la première Société horticole mère de toutes celles qui se sont formées dans le monde depuis 1808. Chacun des habitants de cette heureuse cité, s'il n'est jardinier lui-même, est toujours un amateur zélé qui connaît les plantes par leur vrai nom et est au courant des nouveautés qui incessamment viennent prendre place dans les splendides jardins qui font l'honneur et la gloire actuelle de la ville de Charles-Quint.

Aux noms des Donkelacr, des Verschaffeit, des Van Geert, etc., est venu se joindre celui de M. L. Van Houlte. Jeune encore, cet infatigable praticien, plein de savoir et d'amour pour la science qu'il affectionne, a su créer en quelques années un "riche établissement recelant tous les végétaux connus et dignes d'être cultivés. Les nombreuses sorres qui s'élèvent dans cette vaste enceinte doivent être citées pour leur construction bien entendue et les heureuses améliorations que M. Van Houtte a su y introduire. Nous donnons l'idée de quelques-unes par les fig. 90, 91, 92, 93 (planches 22, 23).

Dans ces serres, les supports qui, à droite et à gauche, portent les tablettes qui reçoivent les plantes, sont des sortes de grilles en fer fondu n'ayant pas plus de 3 ccntim. d'épaisseur j le nombre des barres verticales posant sur le sol et maintenant la barre transversale qui supporte les tuyaux de chaleur est proportionné à la largeur des grilles. Ces supports, imaginés par M. Van Houtte, sont fixés à des distances assez rapprochées le long du mur d'appui ; ils peuvent porter un poids assez considérable et ont l'avantage d'ajouter à l'élégance intérieure de la serre où on les admet. A l'extérieur de ces serres et entre chaque panneau est fixée sur champ une barre de bois b, fig. 90, 91, dont le but est de maintenir des couvertures de bois léger munies en dessous de traverses, puis goudronnées et servant à ombrer les plantes; ces couvertures sont retenues en contre-bas par une autre tringle parallèle au mur antérieur, laquelle est assujettie de telle sorte qu'une dislance ménagée entre cette tringle et le cadre qui reçoit les panneaux permet à l'eau qui tombe sur la serre de s'écouler dans

une gouttière g qui la conduit dans un réservoir commun.

La fig. 90 est disposée pour recevoir les plantes de collection,tellesqueCalcéolaires,Pélargoniums,Camellias, etc. Les gradins dressés sur le milieu pour poser les pots sont soutenus de dislance en dislance par de forts montants m en bois scellés dans le sol ; l'écartement des gradins est maintenu de loin en loin par des tringles de fer assez fortes t. Les supports s s saillants de 50 centim. en dehors des gradins supérieurs portent une tringle de fer courant sur toute la longueur de ces gradins et sur laquelle se pose l'échelle pour que le jardinier puisse opérer les arrosages, les déplacements, etc. Le parcours de la fumée du calorifère a lieu dans la serre par le conduit /. Ce conduit pourrait être utilisé pour amener dans la serre un courant d'air tiède au moyen de cylindres qui, le traversant de part en part, • puiseraient l'air atmosphérique extérieur qui s'échaufferait au passage et admettraient dans la serre une chaleur saine et un air constamment renouvelé. L'inclinaison de ce genre de serre ne doit pas dépasser 40 degrés, car les végétaux qui y doivent entrer demandent à être placés près des verres, et une plus haute élévation aurait pour résultat de faire produire aux plantes des tiges grêles et sans force, des fleurs petites et sans éclat.

La sore courbe, fig. 92, 93, est entièrement formée de fer forgé ou étiré et de verre; elle offre à sa base une largeur de '( mètres 30 ccntim.; l'élévation, du sol au point le plus élevé de la courbe, est de 3 mètres .)0 centim.; les chemins ont 70 centim. de large; la bAche b du mjlien, destinée à recevoir les Palmiers et autres végétaux des tropi-

qucs en pleine terre, a 1 mètre 60 ceiitini. de large. A un des bouts de cette bâche, en e, est ménagé un espace rempli d'eau où croissent les Nymphéacées. M. Van Houlte a fait construire plusieurs serres courbes ainsi disposées, mais dont le cintre plus surbaissé permet d'y cultiver des végétaux qui ne sauraient prospérer loin du vitrage: telles sont les Orchidées, les Aroidées, les Broméliacées, etc.

Les serres du célèbre M. Jacob Makoy, de Liège, sont aussi très-remarquables et au nombre des plus riches de la Belgique; elles sont construites avec ce goût judicieux qui distingue particulièrement cet habile horticulteur. Chacune nous a paru parfaitement appropriée à la culture des végétaux souvent rares et précieux qu'elle abrite. La disposition particulière de la charpente du vitrage nous a semblé une innovation assez récente pour être citée j nous avons essayé de l'indiquer parla fig. 94. Les chevrons c, au lieu d'être situés au-dessous des panneaux p et de les soutenir ainsi que cela se pratique d'habitude, sont fixés en dessus sur les cadres et reçoivent entre eux des claies ou les couvertures en bois léger dont nous avons parlé aux serres de M. Van Houtte, et qui sont en usage dans toute la Belgique pour ombrer les serres. Cette construction est supportée en dessous par des arbalétriers transversaux a en bois ou en fer vissés fortement sur les chevrons eux-mêmes; c'est le contraire de ce qui s'est fait jusqu'à ce jour.

Serres établies à Bierbais , près Bruxelles, chez M. le baron Deman de Lennick.

En Belgique comme en Angleterre, plus qu'en France,

on attache une grande importance à la construction des abris qui doivent recevoir les végétaux qui ne sauraient vivre en plein air sous les climats tempérés. Les serres sans nombre qui couvrent le sol des deux Flandres et du Brabant en fout foi : horticulteurs-amateurs et horticulteurs de profession rivalisent de zèle à ce sujet. Cependant, bien que les serres de ces derniers soient souvent érigées avec une certaine recherche, elles n'acquièrent pas ce degré de splendeur architecturale ou d'élégance qu'on ne peut aborder pour des serres marchandes, obligés que sont les chefs d'établissement de former des serres spéciales pour chaque grande famille de végétaux qui, croissant sous des latitudes et dans des conditions fort variées, demandent à être traités avec des soins analogues à ceux que leur prodigue la nature dans leur patrie. Mais les hommes opulents, pour lesquels la floriculture est un délassement et une source d'enseignements, n'étant pas soumis aux mêmes obligations, peuvent élever de ces palais où l'art s'allie au besoin des végélaux, où le bon goût vient en aide à la science mathématique du constructeur. Un des plus beaux modèles dans ce genre sont les belles serres de M. le baron de Lennick, fig. 95, 96, se déployant sur une longueur de près de 430 mètres. Le pavillon du milieu, où sont renfermés pleins de vie et de santé des végétaux de serre chaude ayant l'apparence d'une forêt, a 13 mètres 50 centim. d'élévation sur une largeur de 10 mètres, et rappelle par sa structure les grands pavillons du Jardin des Plantes de Paris. Les pavillons servant d'orangerie et celui du milieu sont liés entre eux par deux serres tempérées. En retour sont situés un pavillon moins élevé servant de salon de rc-

pos, puis trois serres destinées aux Pélargoniums, aux Palmiers et aux Orchidées. Toutes ces serres, entièrement construites en fer et vitrées de tous côtés, à l'exception des orangeries, ont été élevées sur les dessins et sous la direction de M. Petersen, dont le talent comme architecte et comme jardiniste s'est plus d'une fois dévoilé sur le sol de la Belgique.

La culture et la beauté, même considérées individucUcracnl, des myriades de plantes qu'abritent ces serres, la tenue irréprochable de celles-ci, leur magnificence ressortant au milieu d'un des plus beaux parcs que nous ayons vus, toute celte propriété des plus richement pourvues de ce que la nature et l'art ont de plus rare et de plus splendide, font de ce domaine une de ces merveilles que l'on n'ose décrire dans la crainte de rester au-dessous de la réalité.

Grand Conservatoire de Chatswortli , résidence de Sa Grâce le duc de Devonshire ^ fig. 86, 87 et 88.

Construite entièrement sur les dessins et sous l'habile direction de M. Paxton, que la science horticole compte au nombre de ses plus zélés praticiens, cette serre gigantesque offre à sa base 93 mètres de long sur 45 de large; elhu ouvre un espace de 4,000 mètres carrés. L'encaissement, ou mur d'appui, a 1 mètre 30 cent, de hauteur au-dessus tiu sol et mesure 2 mètres 25 cent, d'épaisseur aux fondations. L'élévation du sol à la partie la plus élevée du dôme est de 20 mètres j le demi-cercle formant le dôme a a, iig. 87, a 22 mètres d'ouverture, et vient s'appuyer, à l'intérieur,

Ml r des colonnes b en fer creux, conduisant dans un réservoir souterrain l'eau des pluies qui tombe sur la serre. Ce conservatoire est entièrement construit de verre et de sapin du Nord ; chacune des pièces de bois a été immergée à l'avance dans une certaine quantité de sublimé corrosif dissoute dans des cuves remplies d'eau, moyen de conservation qui semble efficace, car, depuis 18i-i que celte serre est terminée, aucune des parties de la charpente ne s'est encore gercée. Le vitrage du Conservatoire est disposé selon un système imaginé par M. Paxton, dit système à sillons (^Paxton\s ridijc aiid furrow S(/sft'»i). La fig. 86 et la fig. 89 A indiquent la disposition de chaque morceau de verre (slieei (jlass), B montre la coupe des panneaux formant alternativement un angle rentrant et un angle sortant; ce système a pour but de faire profiter la serre de tous les rayons solaires, qui, se trouvant ainsi brisés, forment des faisceaux qui se projettent à l'intérieur; il a pour but aussi d'arrêter ces rayons, quelle que soit la hauteur du soleil sur l'horizon. Chaque morceau de verre a 1 mètre 30 cent, de long sur 16 C(;nt. de large; son épaisseur varie de 2 millim. à 2 millim. 1/2; la quantité de verre employée est de 20,000 mètres carrés.

Les bois qui maintieiment les feuilles de verre ont été coupés au moyen d'une machine à vapeur; la fig, 89 C en donne luie section de grandeur naturelle. Au sommet du dôme est une galerie de service c fig. 88, à laquelle on monte par de petits gradins en bois placés entre les sillons du dôme.

A l'intérieur est une galerie élégante d d suspendue à la base do dôme, cl à 8 mètres 50 cent, du niveau du sol, à,

laquelle on arrive par ua sentier creusé dans une masse de rochers s' élevant à 10 mètres, et qui se présente tout d'abord à gauche en entrant dans le Conservatoire par la porte du nord (fig. 88). Le visiteur, en pénétrant dans le Conservatoire, est surpris à la vue de la quantité innombrable de plantes exotiques réunies de tous les points du globe. Le savant et l'amateur se demandent quelle est la fortune qui a pu grouper ainsi un tel assemblage de végétaux aux formes hardies et curieuses. L'amour du bien a pu seul conseiller à Sa Grâce le duc de Devonshire, d'élever un palais végétal à cette gracieuse science si utile au bonheur des hommes : à l'Horticulture. Le digne usage qu'il fait de son opulence se dévoile à chaque pas que l'on fait dans son immense parc, renfermant 18 serres, où les végétaux les plus rares des deux Amériques et des contrées de l'Asie croissent séparés par un mince vitrage des végétaux de nos climats; le talent bien connu de M. Paxton seconde admirablement les vues élevées du duc de Devonshire. Tous deux exercent une hospitalité aimable et empressée envers le moindre visiteur curieux d'admirer ces richesses sans nombre.

Le système de chauffage mis en œuvre pour chauffer le grand conservatoire est le Ihermosiphon * ; huit chaudières conduisent l'eau chaude vers tous les points de la serre, au moyen de tubes qui, s'ils étaient joints l'un à l'autre, s'étendraient sur une longueur de 4,800 mètres. Le service des chaudières se fait par le moyen d'un tunnel sou-

* La Pratique de l'Art de chauffer, publiée par M. Audot, donne en détail la description des appareils pmploj és par M. Paxton dans cette vaste serre renfermant une masse d'air de plus de 16,000 mètres cubes.

terrain o, fig. 87, pratiqué en dehors et sur trois côtés du mur du Conservatoire à l'ouest; ce tunnel à 1 mètre 25 cent, de large sur 2 mètres 50 cent, de hauteur, il est en communication avec le magasin de houille n, fig. 88, construit en dehors de l'enceinte du jardin de fleurs qui entoure le Conservatoire; un chemin de fer conduit les chariots portant le combustible; les lignes ponctuées à l'in- , térieur de la serre, fig. 88, indiquent le parcours de la fumée (voir aussi g g, fig. 87), laquelle va se perdre par le côté Est, à quelque distance au milieu des arbres, après avoir passé sous le jardin de fleurs. Vingt-quatre réservoirs ou poêles d'eau r fig. 88, sont en communication avec les tubes d'eau en circulation. Quatre thermosiphons /, même figure, donnent l'eau chacun à dix tubes circulant autour de la serre près des murs e e, fig. 87 ; les quatre autres m , fig. 88, alimentent des tubes également au nombre de 10 pour chaque chaudière , et parcourent les quatre espaces indiqués sur le plan, fig. 88, au-dessous des colonnes, et que l'on voit aussi en / /, fig. 87. L'eau nécessaire au chauffage est, ainsi que celle des arrosages, fournie par un réservoir naturel situé sur une éminence. L'eau des arrosages arrive par un tuyau en fonte caché sous chacun des chemins ; pour arroser, on visse un tube en cuir à des ouvertures ménagées au bord des massifs, comme en i, d'où l'on peut, à volonté, faire jaillir l'eau à là mètres de hauteur. Des tubes d'eau dissimulés conduisent l'eau jusque sur le bord de la galerie d d, ils servent, lorsque le besoin l'exige, à former une pluie fine qui, venant humecter les parties aériennes des plantes, contribue à les tenir dans un état luxuriant de végétation. La ventilation a lieu par des

trappes s'ouvrant dans le mur d'appui j les ventilateurs supérieurs, ménagés dans le faîte, se manœuvrent au moyen de chaînes. Les appareils de chanftage, les tuyaux destinés aux arrosages, les ventilateurs, tout ce qui peut rappeler l'art est dissimulé aux yeux dans ce vaste espace, où pour quelques instants on peut se croire transporté dans une de ces forêts vierges des zones tropicales. L'allée principale, allant du nord au sud, a 3 mètres 30 cent, de large, et permet de s'y promener en voiture.

Un goût judicieux a présidé à la plantation do ce merveilleux jardin : les végétaux y ont été distribués eu égard à l'exposition et à la chaleur émanée des tubes ; c'est ainsi qu'en entrant dans le Conservatoire par la porte du nord, et en suivant l'allée principale, on volt se .succéder : à droite im liois d'orangers, V Agave americana , le Bignonia pentaplnjUa, le Malvaviscus arborea, le Sparmannia africana, le Stachytarplieta mutabilis, VArdisia cremilata, les Araucariu exceha et brasiliensis, un fort pied de Pliœnix (laclilifeia de 5 mètres de haut , le Plerospermum acerifolium , le Dracœna arbor ea, le Latania rubra, etc.; à gauche la ma^sc de rochers dont nous avons parlé, plantée de Psidium nwntanum et cattleyanum, d'Orangers, de Fougères, de Dracœna. de Dorianthes excelsa, de Ficus rcpens, et aux pieds du rocher un étang encadré de stalactites, et bordé de Caladiuni odorum , violaceum et esculentum, Cyperus papyrus et aUeriiifolius, de Nelumbium spcciosum, deCanm, Hcdychium, de Nymphéacées, etc.

Au centre, à l'ouest, on dislingue deux parties de rochers d'une moins grande étendue , couverts de Zaïuia horrida^ caffia, tridenlala et pungens , de Chamœrops luvn 'Uis

de 8 métrés de hauteur, do Cycas circinalis et rcvoluta, de Charlwoodia congesia, etc.; l'allée transversale est bordée dans sa longueur à droite et à gauche de Musa paradisiaça de 10 mètres d'élévation, de M. sapicutum, Uraniaspeciosa; puis en reprenant l'allée principale, on remarque un fort pied de Corypha umbraculifera de 10 mètres de haut et de 2 de circonférence, un Cocos coronaria de 10 mètres, une plantation de Nepenthes distillatoria [rès-homix , des Ttrownca grandiceps, des Strelitzia reyhice et juncifolia , VEraittltcmum pulchellum, le Frauciscea unijlora, le Petrœa volubilis.

En avançant vers le sud se déploient, le Latania borbonia.^ un groupe de Xyfophylla latifoUa, Croton variegatum, Ruellia aabiuiana, Melasiomarobusta; des Brexia spinosa^ Ctavija Jatifulia, le Caryota urens^ le Pandanus odoralissimus, le Corypha ausiralis, lo Bambusa arundinacea , le Rliapis Jlabelliformis, quelques Chamadorea schiedeana.^ dos Tlicophrasla Jussicui , Saccharimi ojjicinarum, AUrapœa WalUchii , Magnolia odoratissima ; Carica Papaya, etc.; puis enfin , au sud-ouest, un bois de forts pieds de Musa Cavendishii sur l'un desquels on a cueilli, en 18i2, 288 fruits, etc., etc.

Tous ces végétaux sont cultivés en pleine terre ; l'aspect vigoureux et luxuriant qu'ils présentent, prouve d'une manière incontestable la supériorité de ce mode de culture en serres lorsqu'elle e.st secondée par l'intelligence savante et par des soins bien entendus.

Durant 1837 à 1841, 500 hommes furent constamment employés à la construction et aux dispositions intérieures de cette vaste serre*.

* Nous (levons ii l'ol)lig(!ance de M. L. Sclinecberger , horticulteur, les détails qui nous ont servi à la description de celle série.

S.— iO

Nous devons mentionner ici le goût qui se répand dans toute l'Europe pour les jardins d'hiver. On a beaucoup parlé d'un don de 3 millions de francs fait par le roi de Prusse pour la conslruclion d'un jardin d'hiver à Berlin, lequel n'aurait pas moins de 260 mètres de long sur 200 de large; depuis long-temps il existe une serre de ce genre à Breslau.— A Paris divers projets ont été déposés à l'intendance de la liste civile , pour un jardin public fermé; bientôt sans doute aurons-nous nos Tuileries d'hiver où la mode étalera ses caprices, où la fine causeric viendra s'établir sous les arbres venus de nos colonies. — On construit en ce moment dans le jardin bota)ii(]ue de Kew, à 10 kilomètres de Londres, un Conservatoire dans le genre de celui deChatsworth; il aura 65 métrés de long, 32 de large et 16 de haut; une large allée ménagée au milieu permettra aux voitures d'y pénétrer. Cette serre sera chauffée par les deux systèmes combinés de l'eau chaude circulant dans des tubes et dans des canaux.

Ici se termine la série de notions que nous avions à exposer sur les divers genres de serres et les soins qu'exigent les plantes cultivées sous leur abri. Au moment où nous écrivons, le nombre des serres s'accroît sensiblement, ainsi que le nombre des amateurs capables d'apprécier les plaisirs dont la culture des plantes deserre peut être la source. Nous sommes heureux de penser que notre longue expérience n'aura pas été inutile même aux vieux praticiens comme nous, et que ce livre pourra servir de mémento à ceux qui savent, de guide à ceux qui désirent savoir.

Chauffage des serres par le calorifère à air chaud.

Nous mentionnons ici une serre que M. Delacretaz, propriétaire à Vaugirard , vient de faire construire, et qui nous a semblé ne rien laisser à désirer sur aucun point.

Cette serre est divisée en trois parties; elle a une longueur totale de 33 mètres, non compris le vestibule, qui sert à faire les rempotages; sa largeur est de 14 mètres 80 cent.; sa hauteur, sur le devant, est de 2 mètres, et, sur le derrière, de 4 mètres 50 centim.

Le vitrage extérieur, ainsi que celui des cloisons intérieures, est formé de verre double-blanc de Choisj-lc-Roi ; chaque feuille de verre est assujettie entre deux mastics ayant seulement 2 millim. de recouvrement; ce recouvrement est lui-même contre-mastiqué intérieurement. Dans le haut du mur du fond sont établis des trous ronds fermant avec un volet pour ventiler à volonté, service qui consiste à tirer une corde retombant dans l'allée de la partie antérieure^ de la serre : je n'avais pas vu encore une ventilation aussi simple et aussi commode que celle-là.

La serre chaude a 12 mètres de long; presque toutes les plantes y sont en pleine terre; dans cette serre s'élève un rocher magnifique au pied duquel se dessine une petite pièce d'eau de forme anglaise.

La serre aux Pélargonium a 10 mètres de long; au milieu règne une rangée de gradins en bois.

La serre aux Camellias, etc., de la longueur de 11 mètres, est presque totalement plantée en pleine terre.

Sur le devant de ces trois serres sont des bâches formées avec des dalles de G à 7 cenlim. d'épaisseur. Celte serre a été construite avec du Pich-Pin, espèce de Pin très résineux qui vient de la Virginie j son bois est très-lourd et est celui de tous, m'a dit M. Delacretaz, qui absorbe peut-être le moins d'eau ; il résiste mieux que le chêne à l'action destructive de l'air et de l'humidité. M. Delacretaz le considère comme le bois le plus convenable pour ce genre de construction , lorsqu'il n'y a pas beaucoup d'assemblages à faire, comme par exemple pour les serres chaudes, où le dessus peut être sans châssis mobiles.

Ces serres sont chauffées au moyen d'un calorifère à courant d'air chaud, pareil à celui qui existe dans les serres du Jardin botanique d'Orléans, dirigées par M. Dclairc; ces calorifères ont été fournis par M. Jumefltier fils, chaudronnier-fumiste à Orléans.

Ce mode de chauffage est un des meilleurs que l'on connaisse. Ce calorifère est établi dans une cave au-dessous de la serre, l'air à chauffer est pris dans cette cav(! et parcourt l'intérieur du calorifère. L'air échauffé pénètre dans les serres par des bouches de chaleur ménagées de dislance en distance; ces bouches sont garnies de petits pivots qu'on ouvre plus ou rnoins, selon les besoins, de manière que l'on peut avoir 20 degrés dans la serre chaude lort^quo les autres sont à i ou à 10 degrés. Dès que le feu est allumé l'air chaud entre dans les serres j en moins de 10 minutes la température peut s'élever de 3 à 4 degrés dans la serre chaude la plus voisine du calorifère; dans la serre plus éloignée on peut faire monter le thermomètre de 1 à 2 degrés dans le même espace de temps.

L'air chaud arrive dans les serres avec assez de force pour faire frémir le feuillage, comme s'il était agité par une légère brise d'été.

Celle chaleur est sèche; mais on peut la rendre humide à volonté, ce qui est un des plus précieux avantages d'un mode de chauffage arliliciel. Une autre condition non moins digne d'être appréciée dans le système de calorifère dont je parle est l'économie du combustible.

Il est important, avec un calorifère à air chaud, d'avoir un très-bon tirage, sans lequel on serait exposé à avoir de la fumée dans les serres.

M, Delacretaz, pour tirer parti de la chaleur de la fumée, a fait établir un petit canal souterrain de 50 cenlim. de hauteur et de 40 de largeur, recouvert en plaques de fonte dans son parcours dans la serre. Il a si bien réussi qu'à peine si la dernière plaque de recouvrement est tiède après y avoir fait long-temps du feu. Ce conduit souterrain se rend dans une cheminée de 35 mètres d'élévation et Irèséloiffnée des serres. Cette cheminée se trouve au milieu d'une fabrique et reçoit aussi toutes les fumées des ateliers. Le registre qui règle le tirage du fourneau du calorifère n'a pas 5 centim. d'ouverture.

A cheval sur l'orifice du foyer est un vase en cuivre maintenu plein d'eau au moyen d'un autre vase placé en dehors du calorifère et indiquant le niveau du vase inlérieur, qui doit toujours être plein; celte eau se dépense très-vite, elle est absorbée par l'air chaud qui la transporte dans la serre.

Les tuyaux en tôle assez mince employés dans ce calorifère sont susceptibles de s'oxyder et d'être détruits assez.

vile par rofftît de Tair nioilo inlcriour qui les parcourt et (le l'humidilé doiil est salurce Talmosphère de la serre qtii les enveloppe à rexlérieur; chacun sait aussi qu'une surface métallique se refroidit promplement. Pour parer à ces deux graves inconvénients, M. Delacretaz enveloppe ces tuyaux de plâtre coulé avec des morceaux de briques, c'est-à-dire que le tuyau se trouve entre deux dalles et que le vide est comblé avec du plâtre et des morceaux de briques, le plus qu'il a été possible; le tout est recouvert avec une plaque en plomb à rebord, afin d'y pouvoir mettre du sable sur lequel on pose des pots.

De cette manière 31. Delacretaz évite l'humidité sur ses tuyaux. C'est ainsi que sont disposés les conduits de chaleur de la serre chaude. Les conduits des autres serres sont enterrés dans le sol au milieu d'une voûte circulaire en briques; au-dessus sont les bâches isolées de l'air chaud. Avec ces précautions les tuyaux en tôle peuvent se détruire sans que la forme cylindrique qui les entoure en soit altérée. Ces conduits ont une épaisseur de 12 centim. et plus, et ne sont pas sujets à un refroidissement prompt.

Celle amélioration est due à M. Delacretaz. Le feu de ce chauffage étant allumé à cinq heures du soir et continué

ju.'qu'à dix, le matin à sept heures l'air qui parcourt les conduits est encore chaud.

Voulant avoir et utiliser des b â chcs Jiir le devai t dcfcs serres, M. Delacretaz a isolé ses conduits de chaleur en faisant faire au-dessus, à 10 ou 12 centim , un plancher en chêne; sur ce plancher est appliquée une couche de mortier hydraulique recouverte encore de bitume de Seyssel ; ce dessus forme une bâche pouvant contenir de 35 à 40 centim. d'épaisseur de terre dans laquelle les plantes végètent parliîitement bien. Les serres de M. Delacretaz son! trèsbelles et peuvent servir de modèle comme construction et comme système de chauffage.

Un mode de chauffage qui ne nécessite pas d'entretenir le feu toute la nuit pour que la gelée ne pénètre pas dans les serres est le plus avantageux; or, tous les calorifères à air chaud présentent cette qualité essentielle, surtout lorsque, comme M. Delaire, on sait saturer cet air d'un degré d'humidité bienfaisante.

Honneur donc à M. Delaire pour les améliorations qu'il a apportées à ce système de chauffage dont l'air est constamment renouvelé' C'est tout ce que l'on pouvait imaginer de mieux.

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