DIXIÈME
FÔRCEU,.
serre mobile ou sem temporaire , quoique ce ne soit point une serre à proprement parler, dans le vrai sens du mot. Tout mur d'espalier muni d'un chaperon peut recevoir au-dessous du chaperon une légère traverse maintenue par des pitons; quelques charnières solides suffisent pour fixer à cette traverse la partie supérieure du châssis dont la partie inférieure repose sur une forte planche posée sur champ. Des piquets, alternativement en dedans et en dehors, maintiennent cette planche; deux cloisons en planches ferment les deux extrémités de l'espace angulaire compris entre le châssis et le mur. Quelques chevrons allant du sommet du mur à la planche antérieure, soutien nent les châssis en dedans de dislance en distance.
Uu poêle ou deux, selon la longueur de l'espalier temporairement protégé, sont établis à l'extérieur; les tuyaux sont disposés le plus près possible du bord antérieur du vitrage. On donne ordinairement aux vitrages de la serre mobile une inclinaison de 60 degrés. Pour un mur de deux mètres, les châssis doivent avoir deux mètres 66 de longueur.
Entre l'espalier et le bord antérieur du châssis, on peut placer, pour les hâter en même temps que les arbres fruitiers de l'espalier, des pruniers nains de Reine-Claude et de Mirabelle cultivés d'avanco dans des pots, et une ran-
gée de fraisiers en pots ; le produit de ces cultures peut, presque sans augnoenter les frais, s'ajouter à celui des arbres hûtés dans la serre temporaire. Il importe de ne chauffer à l'espalier par ce procédé que les arbres à fruits les plus hâtifs. C'est pourquoi, lorsqu'on plante un espalier de pêchers, par exemple, dans le but d'en hâter tous les ans une partie au moyen des châssis mobiles, on doit se garder de mélanger les espèces tardives et précoces; ces dernières seules peuvent être chauffées avec avantage.
L'époque la meilleure pour mettre les châssis mobiles devant l'espalier à forcer diffère selon les espèces d'arbres à fruits, et plus encore selon les climats. Sous le climat de Paris, on peut placer les châssis devant un espalier de pêchers dès les premiers jours de décembre, et devant un espalier de vigne vers la (in de décembre.
L'Abricotier supporte mal la culture hâtée sous le châssis temporaire, ou la culture forcée dans la serre; son fruit se gerce et tombe souvent avant sa maturité.
Les poêles ne doivent être chauffés qu'avec beaucoup de prudence. Pour les longues nuits froides, un feu de tourbe ou de poussier de charbon qui brûle lentement et n'est sujet ui à s'emporter, ni à s'éteindre brusquement, doit être allumé le soir; il maintient jusqu'au matin une bonne température. On comprend du reste qu'il faut toujours s<; régler pour le feu d'après l'état de la température extérieure.
Les arbres chauffés par ce procédé , le plus simple de tous, se gouvernent, pour la taille, le palissage, l'èbourgeonuement, le pincement et les autres soins de culture, exactement comme les arbres livrés au cours naturel de
leur végétation ; seulement chaque opération change d'époque; le jardinier se conforme à la marche de la végétation activée par la chaleur artificielle. Nous renvoyons, pour la taille et la conduite des arbres fruitiers, aux ouvrages spéciaux dont les meilleurs sont compris dans la liste suivante :
1° Pomone française, par M. le comte Lelieur de Villesur-Arce; 1 vol. in-8".
2° Traité de la faille des arbres fruitiers, par M. Dalbret ;
1 vol. in-S".
.3° Traité de la culture et de la taille des arbres, par Buiret ;
2 vol. in-18.
i" Traité de la taille et de la culture du pécher, par Lepcre, de Montreuil ; brochure in-8".
5° Traité sur la culture du pécher en espalier sous la forme carrée, par Malot, de Montreuil.
6" Forsyth, Culture et taille des arbres fruitiers, traduit de l'anglais. Ouvrage spécial pour les fruits à pépins.
7" John Rogers, The fruit cultivator. En anglais. 1 vol. in-12.
Beaucoup d'amateurs st; persuadent que la culture hâtée fatigue tous les arbres -, c'est une grande erreur : les pêchers, les figuiers, et même la vigne peuvent être hâtés plusieurs années de suite, comme on vient de l'indiquer, sans avoir à en soulTrir ; ils ne s'en portent même que mieux, après avoir été chauffés, car ils ont eu plus de temps devant eux pour aoùter leur jeun(; bois de l'année, qui a commencé de très-bonne heure à se former, ce qui lui a j)ermis de profiter de toute la bonne saison pour se mùrii complètement. On sait en outre que les principales maladies auxquelles sont sujets les pêchers, comme la gomme
et la cloque, se développent sous l'innuence des alternatives de chaud et de froid que les arbres éprouvent en plein air sous le climat de Paris, et qui troublent le cours de leur végétation au printemps. Ils échappent à ces vicissitudes sous l'abri de la serre temporaire.
La chaleur artificielle fait multiplier prodiji^ieusement dans cette serre les insectes de toute espèce et les fourmis en particulier. On se défait des fourmis en les attirant dans des bouteilles pleines d'eau miellée, dont elles ne peuvent plus sortir; on a recours contre les pucerons aux fumigations de tabac (voir page 27).
Il ne faut pas oublier non plus que le sol de la platebande couverte par le châssis ne participe plus du tout aux bienfaits des pluies et des rosées; il lui faut, par conséquent, quelques arrosages quand la terre semble trop desséchée; il faut surtout aux arbres de fréquents bassinages donnés sur toute leur surface sous forme de pluie, au moyen d'une pompe munie d'une gerbe percée de irous trés-fins. L'eau qui sert à ces divers usages doit avoir séjourné sous le châssis assez long-temps pour avoir pris la température de la serre. Il est important de tenir la serre temporaire hermcliquemcnt fermée pendant l'hiver; le moindre courant d'air froid venant à frapper sur les arbres au moment où les fleurs commencent à nouer, peut faire manquer la récolle. Mais, à mesure que la température s'adoucit , ou donne de l'air, d'abord pendant les heures les plus chaudes (le la journée, puis presque toute la journée. On supprime graduellement les couvertures de paillassons dont les châssis avaient dù être chargés pendant les nuits d'hiver. Enfin, aux approches de l'été , même lorsqu'il reste encore quel-
ques fruits, on enlève tous les châssis, et les arbres sont laissés à l'air libre la nuit comme le jour.
§ II. — Bâches à forcer la Vigne.
Avant de nous occuper des serres à forcer construites à demeure pour cette destination, nous devons décrire le procédé pratiqué très en grand aux environs de Paris pour forcer la vigne sous des bâches temporaires qui forment une transition entre les châssis mobiles placés devant un espalier, et les serres à forcer proprement dites.
Il serait inutile d'établir d'avance les bâches où l'on se propose de forcer la vigne, elles resteraient trop long-temps sans emploi ; il ne faut pas moins de 4 ou 5 ans de culture préparatoire pour amener la vigne au point de développement le plus favorable à cette opération. On plante à cet effet des ceps sur un terrain nu, dans une situation abritée, autant que possible à l'exposition du midi. L'intervalle entre les lignes doit être de 3 mètres 33 centimètres; la dislance des ceps entre eux dans les lignes doit être de 2 mètres. Quand ils ont deux ou trois ans de plantation, on les provigne d'après la méthode ordinaire, en couchant le sarment de l'année de manière à établir les provins comme les souches-mères, à 2 mètres de dislance les uns des autres.
Immédiatement derrière ces provins on doit élever un treillage pour les soutenir. Ce treillage peut être remplacé par deux cordons de fil de fer. Dans tous les cas, la latte ou le fil de fer destiné à supporter les bras du cep venant du proviu ne doit pas être plus près du sol que de 40 à 45
ccnlimètres. S'il en était plus près, l'humidité, qui abonde toujours dans la partie basse de l'atmosphère de la serre, ferait pourrir les raisins, ou du moins retarderait leur maturité. On applique à ces ceps avec la plus grande régularité possible les principes de la taille à la Thomery. On leur forme à chacun deux bras parfaitement égaux en vigueur, ne dépassant pas un mètre de long, chargés d'un nombre égal de coursons régulièrement espacés à 15 ou 16 cenlimètres l'un de l'autre. Ces soins ont pour but, outre la bonne végétation de la vigne, la nécessité de ménager la place très-limitée que recouvriront plus tard les bâches, afin que cette place puisse être utilisée en entier.
Enfin les ceps ont acquis la vigueur convenable, et le moment approche où ils doivent être chauffés. Aussitôt après la chute des feuilles, ou, au plus tard, à la fin de décembre, on les taille toujours d'après les principes de la taille à la Thomery, on donne au sol une façon à la bêche, avec ménagement, et l'on met les coffres en place. Ces coffres sont des cadres vides plus hauts par derrière que par devant, construits en simple bois blanc assemblé en queue d'aronde sans clous ni ferrure quelconques. Les dimensions ordinaires de ces cadres sont 2 mètres 66 ccnlimètres de longueur, 1 mètre 50 centimètres de largeur, 1 mètre de hauteur par derrière et 33 centimètres do hauteur par devant. Ces dimensions sont déterminées par celles des châssis qui, selon l'usage ordinaire, ont 1 mètre 33 centimètres de large et 1 mètre 50 centimètres de long; chaque coffre doit être recouvert de deux châssis semblables. Pour ménager la lumière, on ne construit ordinairement en bois que les cadres des châssis; les traverses se font en fer et
aussi légères que possible. Les tuyaux d'un appareil de chauffage tel que nous l'avons indiqué pour la serre mobile chauffent au besoin l'intérieur des bâches. Il faut ordinairement un poêle pour trois coffres; lorsqu'on en a un grand nombre à chauffer, l'emploi des poêles donne par conséquent beaucoup d'embarras. Un thermosiphon à tubes de cuivre, coûtant environ 150 francs, peut chauffer l'intérieur des neuf coffres ayant ensemble 23 mètres 40 centimètres de long; mais on n'a recours à la chaleur artificielle que pendant les grands froids. Avant qu'ils se fassent sentir, on commence par faire partir la vigne à l'aide d'un simple réchauf de fumier, disposé devant et derrière dans une rigole de 50 centimètres de large et de 33 centimètres de profondeur. Pendant toute la durée de l'opération ces deux moyens sont employés simultanément. Les réchaufs sont remaniés pour raviver la chaleur, et renouvelés quand cette chaleur est épuisée. Toutefois, comme on a remarqué que la vapeur ammoniacale qui s'échappe du fumier des réchaufs est funeste aux fleurs de la vigne et peut les empêcher de nouer, on devra boucher hermétiquement toutes les issues. C'est pendant la floraison que la vigne a le plus besoin de chaleur, c'est pourquoi il faudra remanier les fumiers souvent, jusqu'à ce que les grains soient formés, pour ensuite continuer à chauffer avec les poêles ou le Ihermosiphon, ayant soin d'entretenir une température de 14 à 15 degrés pendant la nuit, et le plus que l'on peut pendant le jour.
La vigne ainsi chauffée se gouverne par le pincement , l'ébourgeonnement, l'évrillemenl et tous les autres soins de culture, comme la vigne en treille à l'air libre. Il lui
faut très-peu d'air avant la bonne saison; elle a rarement besoin du bénéfice des bassinages sous forme de pluie factice; on a plutôt à craindre dans ce genre de bâches un excès d'humidité.
La fig. 60 représente une bâche à forcer la vigne, avec son tuyau de chaleur et ses réchaufs de fumier. La vigne y est conduite sur un seul cordon, le long du treillage adossé à la partie la plus élevée du coffre. La vigne ne peut amener ses fruits à maturité si elle est palissée sur le mur du fond; il est donc indispensable que les cordons soient disposés au plus près du verre.
Dans la fig. 61, nous avons représenté une bâche semblable, mais dont le côté le plus élevé a 1 mètre 50 centimètres de hauteur au lieu d'un mètre, ce qui permet de donner à la vigne deux cordons au lieu d'un.
§ m. — Serres à forcer proprement dites.
Les serres à forcer les arbres à fruits ne sont pas très-répandus en France. Les Anglais, en raison de l'ingratitude de l'atmosphère de leur île, se sont occupés beaucoup plus que nous de la culture forcée des arbres fruitiers. Dans les jardins des grands seigneurs et des principaux établissements d'horticulture, on accorde à chaque espèce d'arbres fruitiers sa serre particulière; il y a la serre aux pêchers (Peach-house), la serre à la vigne (Vincry), la serre aux cerisiers (Cherry-house) et la serre aux figues (Figshousc). Ces quatre serres se réduisent très-souvent à trois ; la vigne et le pêcher peuvent, sans se nuire l'un à l'autre, être forcés dans le même local. Quand la serre aux
pêchers est assez spacieuse, elle admet aussi quelques amandiers. Souvent encore toutes ces serres n'en font qu'une, d'une très-grande longueur, divisée en plusieurs compartiments. Ce système de division est bon à recommander môme aux horticulteurs qui ne forcent qu'une seule espèce d'arbres fruitiers. Elle leur offre l'avantage de pouvoir les chauffer séparément et successivement, de manière à prolonger les récoltes, ce qui en rend le placement plus avantageux qu'il ne peut l'être quand tout le fruit mûrit à la fois.
Les serres à forcer se construisent toujours à un seul versant, à l'exposition du plein midi. Lorsqu'on élève une maçonnerie pour cette destination spéciale, le mur du fond doit avoir assez d'épaisseur pour que les plus fortes gelées ne puissent le pénétrer, et assez d'élévatioû pour qu'il dépasse d'un mètre au moins la partie supérieure du vitrage, afin que les vents froids ne puissent rabattre sur les châssis. Les Anglais, qui ne cultivent pas comme nous les champignons dans des souterrains, joignent très-souvent à leurs serres à forcer un bâtiment spécial, parfaitement obscur, muni de tablettes solides, portant plusieurs étages superposés de couches à champignons. Ces bâtiments sont adossés au nord de la serre aux arbres fruitiers. On peut obtenir les mêmes avantages pour ces arbres en adossant la serre au mur d'un bâtiment à une exposition favorable, le long duquel on établit la serre en appentis. Le sol de la serre, pour éviter l'humidité, ne doit point être plus bas que le sol environnant; il pourrait, au besoin, être plus élevé. Le mur du fond doit être revêtu d'un bon crépissage.
Toutes les parties de la serre à forcer, châssis, vitrages,
portes, ventilateurs, doivent être ajustées avec un soin particulier, car le succès des récolles qu'on espère des arbres fruitiers soumis à la culture forcée, dépend de la clôture hermétique de la serre pendant l'hiver.
Les arbres fruitiers qu'on se propose, de forcer dans la serre, peuvent être plantés à l'intérieur ou à l'extérieur. Dans la serre représentée fig. 62, la vigne a été plantée dans la serre et conduite parallèlement au vitrage, sur un treillage très-léger en bois, ou sur un grillage en fil de fer. Dans la serre représentée fig. 63, le mur du fond est garni de pêchers en espalier plantés à l'intérieur ; un treillage, disposé en berceau à cet effet, reçoit une vigne occupant le milieu de la serre ; une seconde vigne est plantée en dehors dans la plate-bande qui règne le long du devant de la serre. Des ouvertures ont été ménagées dans la maçonnerie pour donner passage aux ceps de vigne. Une épaisse couverture de litière préserve du froid pendant l'hiver les racines de ces ceps et la partie des souches placée au dehors.
Les pêchers peuvent, comme la vigne, être plantés au dehors et introduits dans la serre par des ouvertures pratiquées à cet effet dans le mur antérieur ; ils sont conduits, dans ce cas, comme la vigne, le long de la surface intérieure des vitrages. La fig. 63 bis indique celte disposition. Les pêchers placés en dehors sont palissés à l'intérieur parallèlement au vitrage j le mur du fond reçoit d'autres pêchers en espaliers, des cerisiers nains en quenouille garnissent le milieu ; l'inclinaison très-prononcée de celte serre permet un libre accès à la lumière tout en y favorisant la végétation et la fructification. Cette serre existe chez M. Sa-
lomon de Rothschild à Suresne.La partie du tronc qui reste au dehors doit être soigneusement recouverte de paille tordue et de chiffons , en môme temps que la plate-bande est chargée de litière, afin que ni cette partie du tronc, ni les racines, ne souffrent des atteintes du froid. L'arbre ne végéterait jamais d'une façon satisfaisante si, tandis que la partie placée dans la serre éprouve une chaleur qui la force à entrer en végétation, le tronc et les racines étaient exposés à la gelée.
Les serres à forcer les arbres fruitiers reçoivent, selon leur largeur, un ou deux conduits de chaleur placés à égale distance du mur du fond et du mur de devant. Les divers systèmes de chauffage applicables aux serres de toute espèce, peuvent s'adapter aux serres à forcer ; toutefois il n'en est pas de meilleur pour ces serres que le thermosiphon.
On peut toujours ménager à l'intérieur d'une serre à forcer., une place pour les arbres nains en pots, et un ou plusieurs rangs de tablettes pour des pots de fraisiers. En France on accorde rarement une serre tout entière au fraisier ; il n'est forcé que comme récolte accessoire dans une serre chauffée par une autre culture. En Angleterre, spécialement aux environs de Londres, il y a dos serres construites exprès pour forcer toute espèce de fraisiers, tandis que chez nous on force principalement la fraise des Alpes, des quatrc-saisons, et accessoirement quelques variétés qui ne remontent pas. J. Rogcrs cite entre autres M. Nettlcship, dont les serres uniquement consacrées aux fraisiers forcés en approvisionnaient le marché de Londres pendant toute la mauvaise saison. Le procédé suivi par les Anglais pour la culture forcée du fraisier, est exactement le môme que
celui que pratiquent nos jardiniers. On prépare en été le plant des fraisiers dans des pots qu'on place à l'ombre en plein air, en ayant soin de retrancher les filets et les boutons de fleurs dès qu'ils se montrent, sans les laisser se développer. On ne force jamais toute sa provision de plant à la fois, on doit toujours en avoir en réserve pour les forcer successivement.
Dès que les fraisiers sont introduits dans la serre à forcer, il faut les arroser largement et très-souvent. La place la plus rapprochée des vitrages est celle qui leur convient le mieux. Quand la floraison est commencée, il ne faut arroser qu'avec le bec de l'arrosoir, afin d'éviter de mouiller les fleurs, ce qui leur serait très-préjudiciable. M. Poiteau a proposé, comme un moyen certain de garantir les fraisiers forcés contre le dessèchement de la terre des pots, de placer sous chaque pot une soucoupe de terre remplie d'eau qui pénétrerait par le trou inférieur, en vertu de la capillarité. Ce moyen est excellent 3 mais avec un peu de soin et d'altention, le jardinier expérimenté n'a pas besoin d'y avoir recours; il peut toujours donner aux fraisiers forcés l'eau dont ils ont besoin, sans mouiller les fleurs ou les fruits. Nos meilleurs primeuristes n'emploient pas ce moyen.
Après avoir donné cet aperçu rapide, reprenons la description de la distribution d'une serre à forcer selon les usages de l'horticulture parisienne, et des soins de détail qu'exige le gouvernement d'une serre à laquelle on donne cette destination.
La partie antérieure de cette serre doit avoir de distance en distance de petits châssis de 20 à 30 centimètres de lar-
geur, que nous nommerons châssis secondaires; ils doivent être placés le plus bas possible, leur usage est d'introduire l'air extérieur lorsqu'il est à la même température que celui de l'intérieur de la serre. Des ventilateurs correspondant à ces châssis secondaires seront pratiqués dans la partie supérieure du vitrage, ce qui permettra d'établir au besoin des courants d'air. Pour n'avoir plus à revenir sur ce sujet, nous plaçons ici tout ce que nous avons à dire sur la ventilation des serres à forcer.
La condition indispensable pour qu'un courant d'air ve nant du dehors puisse être impunément établi dans cette serre, c'est d'abord que le temps soit calme, et que la température extérieure, à l'ombre, soit égale à celle qui règne dans l'intérieur de la serre à forcer.
Il n'y a pas d'horticulteur qui soit plus pénétré que nous de l'influence bienfaisante de l'air sur la végétation. Cependant, nous devons le dire, plusieurs jardiniers croient devoir prodiguer l'air sans ménagement à leurs serres à forcer; nous ne saurions être de leur Avis. Si l'atmosphère de la serre n'est point humide et qu'on donne trop d'air , il en résulte un excès de dessèchement préjudiciable à la végétation. Si l'air introduit est seulement un peu trop froid, la circulation de la sève se trouve en outre ralentie , et il en résulte des effets doublement pernicieux.
Depuis quelques années nous donnons moins d'air que précédemment à nos serres chaudes, et la végétation s'en trouve très-bien -, les plantes se portent beaucoup mieux que lorsqu'elles étaient trop aérées. Nous avons fait placer toules les plantes malades dans une serre à part, de 8 mètres 25 centimètres de long sur 3 mètres 70 centimètres de
haut. Nous avons laissé le soleil échauffer celte serre jusqu'à 52 degrés et demi du thermomètre centigrade (42 de Réaumur), sans ombrager ni laisser entrer d'air du dehors, si ce n'est pendant trois ou quatre jours de très-forte chaleur, et nous avons donné un léger bassinage avec de l'eau mise d'avance à la température convenable. Non-seulement ces plantes ont poussé des jets vigoureux sans s'étioler, mais encore il est devenu impossible, au bout de très-peu de temps, de s'apercevoir qu'elles avaient été malades. Nous pensons que la Poinciana putcherrima et d'autres plantes qui fleurissent difficilement seraient forcées de fleurir sous l'influence d'un semblable traitement ; nous nous proposons de continuer cette expérience pendant l'hiver.
On objectera peut-être que dans l'orangerie il faut donner le plus d'air possible pour la sauté des végétaux qui ne sauraient s'^ conserver s'ils n'étaient aérés largement. Mais les serres chaudes et les serres à primeurs sont dans des conditions entièrement différentes. Tandis que l'orangerie n'a d'ouvertures que sur sa façade, les serres, vitrées sur trois côtés", livrent inévitablement passage à l'air par les mille interstices du vitrage, quelque soin qu'on ait pu prendre de l'ajuster. Il ne peut s'établir dans l'orangerie de courant d'air capable d'en dessécher l'atmosphère; il y reste toujours un degré suffisant d'humidité, même quand la température extérieure permet de la tenir constamment ouverte.
Dans la serre à forcer, il suffit bien souvent d'ouvrir les châssis de la partie supérieure seulement, lorsqu'il devient utile de laisser dissiper un excès de chaleur dont les plantes pourraient avoir à souffrir.
Long-temps on a prétendu que, faute d'air, les fruits avaient moins de volume et de saveur. L'expérience démontre que la perfection des fruits dépend plus particulièrement de la lumière. Nous avons aussi entendu affirmer bien souvent que divers fruits, spécialement les raisins, privés d'air depuis le moment où le fruit est noué jusqu'à sa maturité, ont la peau (épicarpe) plus épaisse que les fruits exposés à Tair. Nous avons maintes fois mangé des raisins forcés dans des serres <lont l'air n'avait point été renouvelé jusqu'au moment où ce fruit avait atteint sa grosseur ordinaire; jamais nous n'avons pu reconnaître moins de saveur dans le fruit ou plus d'épaisseur dans son épicarpe, en les comparant à des raisins développés à l'air libre sur une treille en espalier à bonne exposition.
Un observateur attentif peut se convaincre que bien rarement une récolte de fruits manque dans la serre peu ou point aérée, tandis qu'elle manque bien souvent dans les serres où l'on donne de l'air sans nécessité, et sans cette prudence si indispensable pour tout ce qui touche le gouvernement d'une serre à forcer.
En exprimant sur ce point délicat une opinion différente de celle de beaucoup de praticiens, nous avons surtout pour but de provoquer des essais, en appelant sur la ventilation des serres à forcer l'attention des plus habiles de nos confrères.
Revenons aux détails de l'arrangement intérieur de la serre à forcer. Lorsque sa largeur le permet, après avoir palissé le long de la surface interne du vitrage la vigne ou les pêchers introduits du dehors, on couvre d'arbres semblables le mur du fond, garni d'un treillage. Si les pre-
miers éfaient conduits jusqu'au sommet du vitrage^ la lumière serait interceptée trop complètement, et les arbres de l'espalier auraient trop à en souffrir ; on diminue cet inconvénient, qui pourtant subsiste toujours en partie , en ayant soin de ne pas laisser les arbres plantés en dehors couvrir plus des trois quarts et même les deux tiers de la surface antérieure du vitrage. La partie supérieure des châssis envoie, par ce moyen, une quantité à peu près suffisante de lumière sur les arbres en espalier.
Entre les deux murs d'une serre large seulement de trois mètres, il reste assez d'espace libre pour une rangée d'arbres nains, soit en pots, soit en pleine terre. Ces arbres sont ordinairement des cerisiers hâtifs (cerise anglaise, belle-de-choisy, etc.), ou des pruniers nains de reineclaude et de mirabelle. Les fruits forcés de cette dernière espèce sont excellents quand ils viennent à bien, mais ils sont fort sujets à tomber avant maturité, au moment où ils commencent à changer de couleur, contrariété qui trop souvent fait le désespoir du jardinier. La place que ces arbres nains occupent dans la serre peut être remplie par une ou deux rangées de petites plantes d'ornement, ou de fraisiers forcés dans des pots.
Les arbres en espalier, dans la serre à forcer, se plantent plus rapprochés qu'à l'air libre. Ceux qu'on introduit du dehors, pour garnir le devant de la serre, sont plantés dans une plate-bandes préparée, amendée et arrosée au besoin, comme les plate-bandes de tous les espaliers en plein a,ir. Les arbres plantés dans la serre ont besoin d'une terre préparée exprès pour eux. Le meilleur engrais pour les arbres, c'est le terreau, soit de feuilles, soit de fumier d'é-
table ou de bergerie. Tout engrais qui ne serait point passé à l'état de terreau, en épuisant toutes les phases de sa décomposition , ne fournirait pas immédiatement aux arbres forcés la nourriture dont ils ont besoin pour activer leur végétation.
La présence du fumier non décomposé dans le sol de la serre à forcer peut communiquer aux arbres à fruits une maladie connue sous le nom de blanc, ou meunier, qui couvre leur feuillage d'une sorte d'éruption sous forme d'une poussière blanchâtre, maladie toujours dangereuse et souvent mortelle pour le pêcher.
Le terreau doit être exactement mélangé avec la terre la plus substantielle qu'on pourra se procurer. Le sol de la serre sera formé de ce mélange ; on lui donnera une épaisseur proportionnée à la profondeur où peuvent pénétrer les racines des arbres.
On ne doit planter dans la serre à forcer que des arbres à fruit parfaitement sains, vigoureux, exempts de toute espèce de maladie. On s'attachera moins à choisir des arbres poussant fort en bois que des arbres montrant une grande disposition à se charger promptement de boutons à fruit ; ceux qui donnent trop de bois occupent inutilement un trop grand espace : la place est trop précieuse dans la serre à forcer pour que le jardinier ne doive pas la ménager avec tout le soin possible. Par la même raison on taillera les arbres dans le but de leur faire porter plutôt du fruit que du bois, sans craindre de les épuiser. Pour le surplus des soins de culture que ces arbres réclament, nous renvoyons aux ouvrages spéciaux dont nous avons donné la liste (voir page 83).
Lorsqu'on fait construire une serre à forcer d'une grande longueur, il est bon de la diviser eu compartiments de 12 à 15 mètres chacun, séparés par des cloisons et pouvant être chauffés isolément à des degrés différents. C'est par ce moyen seulement qu'il peut y avoir une succession de récoltes de fruits forcés, depuis le commencement de décembre jusqu'à la pleine saison des fruits mûris à l'air libre.
Nous mentionnerons ici un moyen ingénieux de tirer parti du thermosiphon, pour introduire, dans la serre à forcer, l'air extérieur mis à une bonne température. Ce procédé est de l'invention de M. Weecks, ingénieur anglais. Des tubes d'environ 5 millim. de diamètre et 20 centimètres de longueur traversent de distance en distance, à angle droit, les tuyaux pleins d'eau chaude, dans lesquels ils sont solidement soudés. L'un des bouts des tubes à air ouvre au dehors, en traversant le mur ; l'autre bout ouvre dans la serre. Pendant son trajet à travers ce tube, l'air s'échauffe assez pour faire monter à 21 et 22 degrés (70 et 72 degrés Farrenhcit) un thermomètre placé près de son ouverture dans la serre. Il s'établit, par ce procédé, une circulation d'air tellement rapide, que les feuilles des plantes éprouvent constamment un léger frémissement produit par l'ascension de l'air chaud continuellement renouvelé. On doit s'attendre à voir adopter généralement cet excellent système de ventilation, dont les résultats ont déjà confirmé les avantages.
Voici , parmi les arbres fruitiers, les variétés de chaque espèce qui se prêtent le mieux à la culture forcée.
Fontainebleau. Le muscat blanc, gris et noir, et toutes les espèces hâtives propres au climat du midi peuvent être forcées dans la serre. En Belgique on donne la préférence au raisin noir de Frankcnthalj en France on force aussi beaucoup cette espèce. Les raisins de toute qualité sont généralement détestables s'ils ne sont complètement mûrs. Le raisin frankenthal est un fruit d'une rare beauté, qui se forme en grappes magnifiques composées de grains arrondis et très-volumineux j dès qu'il est mangeable seulement, il trouve toujours des acheteurs à un prix élevé, avantage très-réel pour l'horticulteur de profession.
Pêchers. — On ne doit forcer que les variétés les plus précoces, telles que l'avant-pôche, la grosse-mignonne, la pêche-déesse, la madeleine, qui est d'une qualité supérieure, et qui se chauffe aussi avantageusement. La grosse-mignonne et la madeleine sont les meilleures espèces pour chauffer en grande primeur. On force aussi avec avantage le brugnon-violet, qui a l'avantage de se colorer.
Abricotiers. — L'abricot, comme nous l'avons dit, vient mal dans la serre ; son fruit tombe le plus souvent et n'acquiert jamais , par la culture forcée, une bien grande saveur. L'abricot précoce et quelquefois l'abricol-pêche se rencontrent pourtant dans les serres à forcer; celui qui est préféré maintenant, parce qu'il ne se gerce pas, et qu'il a l'avantage de se colorer, est l'abricot-royal. En Angleterre on préfère une excellente variété de ce pays, connue sous le nom de moorpark, du lieu où elle a été obtenue.
Vignes. — Il n'y en a pas de préférable au chasselas de Pruniers. — On force, dans les serres, les prunes de-
monsieur, de reine-claude et de mirabelle; la couetsche est une des plus faciles et que nous recommandons sous tous les rapports.
Figuiers. — On force de préférence les deux variétés ordinaires à fruit vert et à fruit violet. Les variétés du midi, trop chargées de sucre, sont peu agréables au goût à l'état frais ; elles ne sont réellement bonnes que pour être séchées.
Cerisiers. — La cerise-anglaise et la belle de-choisy sont les plus avantageuses à forcer pour vendre, à cause de leur beaulé jointe à leur précocité; mais l'amateur peut forcer successivement toutes les bonnes variétés de cerisiers.
Fraisiers. — La fraise keen's seedling et la fraise van Donckelaer sont les espèces que l'on force avec le plus d'avantages.
Résumons, en terminant, les points les plus essentiels de la culture forcée des arbres fruitiers de la serre. — • 1° Il ne faut pas commencer à chauffer avant que tout soit parfaitement en ordre, et spécialement avant de s'être assuré que toutes les jointures sont exactement closes, et qu'il ne reste aucune ouverture par où l'air froid du dehors pourrait s'introduire. Durant les dix ou douze premiers jours on ne doit donner qu'une température graduelle et modérée. Si l'on chauffait trop vivement et trop brusquement, les arbres pousseraient des bourgeons étiolés, ou bien les boutons à fruit avorteraient et ne donneraient que du bois. Quand les arbres sont bien entrés en végétation, on entretient dans la serre une température de 8 à 10 degrés, la
plus égale possible, jusqu'au moment où les fruits ont atteint le quart environ de leur volume. A partir de cette époque on porte la température de la serre de 12 à 15 degrés, mais toujours graduellement, insensiblement et sans brusque transition.
Le moment critique de l'opération est celui de la floraison des arbres forcés; le moindre refroidissement fait manquer la fécondation et couler la fleur; un coup de chaleur trop vif produit le même effet en sens contraire 5 la fleur est brûlée, disent les jardiniers, c'est-à-dire qu'elle s'étiole sans porter fruit; un moment suffit pour faire perdre toute une récolte.
La seule influence des rayons solaires au printemps donne quelquefois dans la serre une grande et subite élévation de température; on laisse dans ce cas échapper l'excès de chaleur en ouvrant les panneaux supérieurs de la serre. On peut aussi, en cas de besoin , étendre les toiles sur les vitrages 5 mais cela n'est que très-rarement nécessaire,
2" Les arrosages et seringages ne doivent être donnés que par un beau temps, avec beaucoup de prudence, en consultant l'état de la température et celui de la végétation. Celte opération se fera toujours le matin, avant que le soleil soit trop élevé sur l'horizon.
3° Les moyens de ventilation seront ménagés de manière à pouvoir toujours aérer suffisamment la serre sans exposer les arbres forcés à aucun refroidissement brusque et subit.
4° Les appareils de chauffage, quel que soit le système qu'on adopte, seront disposés pour donner la température la plus égale possible à toutes les parties de la serre.
5° Aucune précaution ne sera négligée, soit dans la construction des murs, soit dans la préparation du sol, pour prévenir un excès d'humidité funeste aux arbres fruitiers soumis à la culture forcée.
6" La lumière, sans laquelle on ne peut obtenir dans la serre autre chose que des fruits dépourvus de saveur et de couleur, quelque peine qu'on se donne d'ailleurs pour cultiver les arbres avec les soins les plus assidus, sera introduite sans obstacle, et tout ce qui pourrait intercepter les rajons solaires sera écarté autant que possible j c'est un principe qu'il ne faut jamais perdre de vue : la lumière, c'est la vie même des végétaux.
§ IV. — Serres aux Ananas.
Les ananas peuvent être cultivés dans de simples bâches enterrées dans le sol semblabK^s à celles. dont nous avons donné une idée, pl. 2, fig. 23 bis. Mais le plus souvent on leur consacre des bâches et de petites serres construites à dessein pour ce seul usage et spécialement appropriées à cette culture, telles que celles représentées par les fig. 64, 65 , 65 bis.
Les bâches et les serres aux ananas, qui ne différent entre elles que par les dimensions, demandent l'exposition la plus chaude et la mieux abritée dont on puisse disposer. L'ananas est une plante qui n'a jamais trop chaud. Les Hollandais, qui ont cultivé les premiers l'ananas en Europe, donnaient à leurs bâches une très-grande profondeur au-dessous du sol j aujourd'hui l'on a reconnu l'inutilité de celte méthode, on ne creuse plus les Lâches aux ananas
à plus de 70 centimètres au-dessous du niveau du sol. Cotte profondeur ne doit pas être celle de la totalité de la serre, qui reste au niveau du sol environnant, mais seulement celle de la bâche proprement dite, construite au milieu de la serre, de manière à laisser un passage autour pour le service, fig. 64. Le fond de la bâche est occupé par un espace vide, d'environ 33 centimètres de profondeur j c'est la place réservée pour les tuyaux de l'appareil de chauffage. Au-dessus de cet espace règne un plancher épais et solide en bois de chêne, sur lequel on place une couche de terre d'une épaisseur suffisante pour remplir la bâche. La serre doit avoir ordinairement, dans son ensemble, de 3 mètres 25 centimètres à 3 mètres 60 centimètres de largeur; un sentier de 65 centimètres est ménagé le long du mur du fond; un couloir de 33 centimètres seulement règne sur le devant, le reste de l'espace est occupé par la bâche aux ananas. Toutes les parties de celte construction doivent être d'une grande solidité, spécialement les chevrons et les châssis, dont le bois est exposé à l'action destructive d'une chaleur humide très-élevée.
Le système de chauffage artificiel remplace avec avantage le fumier et la tannée en fermentation, dont les émanations nuisent toujours à la santé du jardinier. On n'a point encore renoncé complélement à l'usage pernicieux de chauffer les ananas en rempli.ssant de fumier en fermentation l'espace vide ménagé au-dessous de la bâche. Nous ne pouvons trop blâmer celte méthode, qui, lorsqu'il s'agit de renouveler le fumier dont la chaleur est épuisée et de remplir celle cavité de fumier neuf, compromet la santé des ouvriers en leur imposant un travail aussi pénible qu'insa-
lubre. Plusieurs auteurs anglais, entre autres Kennedy et Speochly, qui ont écrit sur la culture de l'auanas , ont avancé que les émanations du fumier sont utiles à la végétation de ces plantes et à la destruction des insectes qui les attaquent. Nous pensons que c'est une erreur; mais, cela fût-il vrai, comme on peut tout aussi bien par d'autres moyens faire végéter parfaitement les ananas et les préserver des attaques des insectes, l'usage du fumier en fermentation n'en devrait pas moins être abandonné. En Angleterre on chauffe depuis quelque temps les serres à ananas au moyen d'eau chaude circulant dans de larges rigoles j n'ayant pas encore pu apprécier ce système, nous ne pouvons en connaître l'efficacité , nous le citons ici pour mémoire (voir pour plus de détails le Traité sur le Thermosiphon publié par M. Audot).
Les ananas n'entrent pas immédiatement dans la serre , le plant doit avoir été préparé sous châssis j comme il n'a pas besoin, durant cette première époque de sa végétation, d'une température excessivement élevée, il n'exige point une construction spéciale. On emploie comme plant soit les œilletons qui naissent au bas de la tige, dans les aisselles des feuilles inférieures, soit les couronnes qui se forment à la partie supérieure du fruit. Les couronnes donnent toujours de plus belles plantes et du fruit plus vigoureux que les œilletons, et l'amateur cultivant pour son agrément ne doit pas employer d'autre plant que les couronnes; mais le jardinier de profession préfère les œilletons, dont la végétation est toujours plus prompte que celle des couronnes. On peut aussi multiplier les ananas de graine, comme le font à Paris avec tant de succès plusieurs horticulteurs; mais ce
moyen, très-lent, n'est guère employé que dans le but de conquérir des variétés nouvelles : souvent les semis ne donnent que des fruits sauvages et sans aucune valeur. Le plant d'œilletons ou de couronnes ne doit point être planté immédiatement au moment où on le détache; la partie mise en terre est exposée à pourrir, si l'on n'a soin de laisser d'abord la plaie se cicatriser à l'air pendant une dizaine de jours : ce qui dispose le plant à émettre promptement de jeunes racines. On expose à cet effet le plant sur une tablette à l'action de l'air. Il y peut rester assez long-temps sans en souffrir; du plant ainsi préparé est souvent envoyé d'Amérique en Hollande et en Angleterre, et il ne végète pas moins bien après un aussi long trajet.
On emploie pour les ananas élevés sous châssis , soit de la terre de bruyère pure , soit un mélange d'un tiers de terre de bruyère avec un tiers de terre franche et un tiers de terreau de feuilles, le tout parfaitement brassé et préparé long-temps avant le moment de s'en servir. A toutes les époques de leur croissance, les ananas veulent être tenus très-près des vitraux, soit sous les châssis, soit plus tard dans la serre, mais ils ne doivent jamais y toucher. Ils réclament, pendant le premier âge, une température de 20 à 25 degrés.
Les ananas sont mis d'abord pendant un certain temps dans des pots plus grands que ceux où le plant a été élevé , puis plantés à même la bâche, en échiquier, à environ 60 centimètres les uns des autres. Pendant la belle saison, ils veulent être arrosés souvent et largement. Tant que la température permet d'admettre l'air extérieur, on peut arroser la plante entière sans inconvénient ; l'action de l'air
renouvelé ne manquera pas de faire évaporer l'eau répandue sur le feuillage. Mais du moment où la ventilation fréquente de la serre aux ananas n'est plus possible, il faut, en arrosant, s'abstenir de mouiller le feuillage. L'eau qui séjournerait dansles aisselles des feuilles pourrait engendrer des maladies dangereuses. On évite cet inconvénient en se servant d'un arrosoir sans gerbe, muni d'un bec très-long, qui permet de déposer l'eau au collet des racines , sans mouiller le reste de la plante.
L'ananas offre un exemple remarquable de la faculté que possèdent certaines plantes des tropiques de végéter dans un air stagnant , à une très baute température, comme nous l'avons dit en parlant de la ventilation des serres à forcer.
On obtient des ananas aussi parfaits que possible, en leur donnant très-peu d'air. On n'ouvre les châssis supérieurs qu'autant qu'il le faut pour laisser échapper au besoin un excès de chaleur, ce qui est rarement nécessaire. Les ananas ainsi élevés comme à l'étoufïée sont excellents, parce que l'air stagnant leur permet de profiter constamment d'une humidité chaude que leur enlèverait un air trop souvent renouvelé. Nons avons vu chez M. Gabriel Pelvilain, jardinier du domaine royal de Meudon, des ananas ainsi traités, donner des graines fertiles en abondance^ ces graines ont déjà produit de nouvelles variétés. Ces faits nous semblent démontrer jusqu'à l'évidence la supériorité de la méthode suivie par M. Pelvilain sur les anciennes méthodes j elle prouve non moins évidemment que l'ananas n'a pas besoin d'une atmosphère souvent renouvelée.
Les Anglais, fort experts dans la culture des ananas portée chez eux à un très-haut degré de perfection, faisaient encore usage il y a peu d'années pour cette culture de serres très-larges comprenant deux bâches semblables à celle que nous avons décrite j celle de devant était destinée au jeune plant, celle du fond aux plantes qui devaient fleurir et fructifier dans l'année. Aujourd'hui, ils préfèrent généralement des serres de la largeur des nôtres, contenant conséquerament une seule bâche. Les serres anglaises pour les ananas ont ordinairement trois compartiments chauffés à des degrés différents, et contenant des plantes de divers âges qui donnent une succession non interrompue de fruits mûrs en toute saison. Au mois de mars, les plantes en pots âgées de près d'un an sont dépotées et dépouillées de toutes leurs racines. On laisse les plaies se cicatriser à l'air pendant quelques jours, après quoi on replace les ananas dans des pots plus grands, plongés dans la tannée dont la bâche est remplie j il ne tarde pas à se former de nouvelles racines. Cette méthode est aussi très en usage en France , où les jardiniers la connaissent sous le nom de rempotage à nu.
Les plantes ainsi traitées peuvent supporter sans en souffrir une température de 40 degrés, pourvu que l'atmosphère de la serre soit tenue suffisamment humide. En octobre, on leur donne leur dernier rempotage, pour les mettre dans les pots où ils doivent fructifier.
Différentes recettes ont été proposées pour la destruction des insectes nuisibles aux ananas^ voici celle que donne dans le Frmt-Cultivator , John Rogers, le doyen des jardiniers anglais, mort dernièrement à Londres à l'âge de
85 ans. Le moyen le plus simple et qui nous a presque toujours suffi, dit cet auteur, c'est de laver au moyen d'une éponge les ananas avec une forte infusion de tabac. Quand les feuilles en sont bien humectées, et avant de leur laisser le temps de se dessécher, on les saupoudre au moyen d'une houppe de coiffeur avec une poudre composée des ingrédients suivants :
Soufre vif 500 6rammc..
Camphre en poudre fine 125
Sulfate de cuivre, id 35
Suie tamisée au tarais fin 250
Tous ces ingrédients doivent être exactement mélangés et préparés seulement au moment de s'en servir, pour prévenir l'évaporation du camphre.
John Rogers employait comme terre aux ananas le fumier épuisé des couches à melons, ou bien un mélange de terre franche, de gazon pourri et de fumier trés-consommé par parties égales. La fig. 65 représente le modèle de serre aux ananas le plus usité en Angleterre.
La fig. 65 bis montre une serre à ananas établie chez M. Salomon de Rotschild à Suresne. La bâche placée à la partie la plus rapprochée des jours contient les ananas plantés en échiquier; sur le mur du fond monte un cep de vigne dont les cordons se déploient à la partie supérieure; trois tablettes placées près des vitres portent des fraisiers en pots.
Dans les serres où l'on force la vigne, les ceps ainsi que les branches sont enduits au pinceau d'une couche de chaux étendue d'eau ; cette précaution est prise contre l'at-
taquc des insectes, qui, dans une serre à ananas surtout, auraient bientôt couvert le bois de la vigne.
§ V. — Châssis à forcer les plantes d'ornement.
Les plantes et arbustes d'ornement n'exigent pas pour être soumis à la culture forcée un genre spécial de serre exclusivement propre à cette destination. Le nombre prodigieux de lilas dont on hâte la floraison tous les ans pour en vendre les fleurs coupées, se forcent dans toute espèce de serre; par exemple, on établit une bâche au milieu d'une serre tempérée ordinaire, on remplit cette bâche de bonne terre mélangée , des lilas de Perse bien chargés de boutons sont plantés très-près les uns des autres à même cette bâche, une chaleur modérée et quelques arrosages suffisent pour faire partir leur végétation ; ils sont en pleine fleur dès les premiers jours du printemps.
On force sans beaucoup plus de cérémonie dans de la terre de bruyère pure ou mélangée de terreau, des azalées, des rhododendrons, des kalmias et d'autres arbustes du même genre cultivés dans des pots, parce qu'on n'a pas pour but en les forçant d'en vendre les fleurs coupées , mais de vendre les arbustes fleuris. Une serre quelconque froide ou tempérée, se prête à cette culture, il suffit d'adapter un poêle à la serre froide; quant à la serre tempérée, sa chaleur ordinaire suffit. Tous les végétaux de serre froide ou d'orangerie peuvent être forcés, rien qu'en les transportant dans la serre tempérée ou dans la serre chaude à l'entrée de l'hiver, et leur donnant du reste les soins de culture que réclament toutes les plantes de serre pendant
leur végétation. Nous pouvons donc renvoyer le lecteur à ce que nous avons dit de chaque genre de serre dans les chapitres précédents.
Mais beaucoup d'horticulteurs, qui s'adonnent spécialement à la culture forcée des plantes d'ornement, ont, pour pratiquer cette culture, des châssis dont nous devons donner la description. Ces châssis veulent être placés à l'exposition du plein midi. Ils sont formés essentiellement d'un coffre en bois recouvert de panneaux vitrés. La proportion entre le côté le plus bas et le plus élevé doit être calculée de façon à donner au vitrage une inclinaison de 25 à 35 degrés. C'est par là surtout que la construction des châssis à forcer diffère de celle des chà.ssis dont nous avons donné la description. A la place que les cadres doivent occuper, on creuse une tranchée un peu plus petite que leurs dimensions intérieures, afin qu'ils puissent être posés sur les bords de cette fosse sans faire ébouler la terre. La profondeur de la tranchée est subordonnée à l'épaisseur de la couche qu'on se propose d'y établir, et aussi à la grandeur des plantes qui doivent être forcées sur cette couche.
On peut employer avec succès pour remplacer dans ces couches le fumier d'écurie, les immondices ramassées dans les villes ; les substances diverses dont elles spnt formées fermentent très-activement et donnent une chaleur à la fois forte cl durable; elles n'ont d'inconvénient que leur odeur beaucoup plus désagréable que celle du fumier ou de la tannéej aussi ne doit-on employer ces matières que lorsqu'on ne peut se procurer du bon fumier de cheval. Les panneaux posés sur les coffres qui recouvrent ces couches doivent s'emboîter de manière à pouvoir faci-
lement être soulevés à volonté ou enlevés tout à ftiit au besoin. Ils doivent s'ajuster parfaitement et procurer à l'intérieur des châssis une clôture hermétique. Plusieurs de ces châssis mis l'un au bout de l'autre forment des lignes distantes entre elles de 50 centimètres. Les intervalles sont remplis de fumier en fermentation faisant l'office de réchauf, devant être par conséquent renouvelé quand la chaleur produite par sa décomposition est épuisée. Un bon système de chauffage artificiel à l'eau chaude remplit le même but que le fumier, avec infiniment plus de régularité et de propreté, infiniment moins d'embarras, et très-p u de frais de plus, sauf ceux de premier établissement.
On force avec succès dans ces châssis des Ixorn corcinco, des Gardénia, des Caincllia, des Burcliellia, des Jacinthes et une foule d'autres plantes.
Les ixora et les gardénia s'y plaisent particulièrement.
Au Jardin-du-Roi nous les cultivons dans une serre convenablement ombragée, eu égard aux conditions des pays où ces plantes croissent naturellement dans des lieux humides et ombragés; nous leur donnons une terre do bruyère un peu tourbeuse ; elles y viennent assez bien : mais jamais leur floraison n'atteint ce développement, cet éclat, cette perfection qu'elle acquiert par la culture sous les châssis à forcer, ainsi qu'on en voit de très-beaux exemples chez nos confrères.
Les plantes d'ornement, forcées sous châssis, réclament les soins de propreté et de ventilation nécessaires à toutes les plantes qui vivent dans toute espèce de serre ou de bâche. Pendant les grands froids, on couvre les panneaux de paillassons ou de litière longue; on prend enfin les pré-
cautions que nous avons indiquées pour prévenir à l'intérieur (les châssis un abaissement de température qui ne pourrait manquer d'être funeste aux plantes forcées.
Les mêmes châssis, construits et chauffés de la môme manière, servent à forcer en hiver les asperges et toute espèce de légumes de grande primeur. Dans ce cas les couches doivent être recouvertes d'un mélange de terre forte et de terreau, pour fournir une alimentation suffisante aux plantes potagères soumises à la culture forcée.
§ VI. — Cloches et Verrines.
Les cloches et les verrines font l'office de serres en miniature, en servant d'abri à quelques plantes délicates qu'elles font vivre dans une atmosphère à la fois humide et douce.
Personne n'ignore ce que c'est qu'une cloche de maraîcher formée d'une seule pièce de verre soufflée, de la forme d'une cloche de métal. Son usage principal est d'abriter des plantes cultivées sur couches, spécialement des melons. Aujourd'hui, la grande majorité des maraîchers qui s'occupent de la culture du melon a renoncé aux cloches sur couches; les bons melons ne viennent plus que sous châssis, et les acheteurs savent très-bien faire la distinction d'un melon cultivé sous châssis et d'un melon de cloche.
Pour donner de l'air aux plantes cultivées sous cloche, on soulève, au moyen d'un piquet taillé eu crémaillère, le bord de la cloche tourné vers le midi. Les entailles de la crémaillère servent à graduer à volonté l'introduction de l'air sous la cloche.
Pendant les nuits fraîches, on étend sur les cloches des
paillassons ou de la litière, afin que les plantes délicates qui végètent sous leur protection, n'aient point à souffrir d'un brusque abaissement de température capable d'arrêter tout court leur végétation.
Les cloches maraîchères sont aussi fort utiles dans la culture des plantes d'agrément pour donner aux boutures de certaines plantes une double protection. Il y a des plantes dont les boutures ne s'enracineraient jamais dans la bâche du châssis sans le secours d'une cloche, parce que, malgré les panneaux vitrés, il y a encore sous .le châssis assez d'air pour les dessécher, et par conséquent les tuer, avant qu'il se soit formé de jeunes racines. Sous la cloche, dont on a soin d'enfoncer les bords dans la terre de la couche, il n'y a pas d'évaporation , pas de dessèchement possible ; la plante attend sans souffrir la formation de ses racines qui lui permettent de supporter l'impression de l'air, en lui fournissant plus d'humidité que l'air contenu sous le châssis ne peut lui en enlever.
On connaît sous le nom de cloches à boutures des cloches de forme cylindrique, en verre non pas blanc, mais d'une nuance verte plus ou moins prononcée; toutefois, la plupart des horticulteurs font leurs boutures sous la cloche du maraîcher.
On nomme Verrinc une autre espèce de cloche formée de pièces de verre assemblées par des bandes de plomb, terminées par un toit de forme pyramidale. Leur principal avantage sur les cloches d'une seule pièce consiste dans la facilité de faire ouvrir en vasistas un ou plusieurs des morceaux de verre plombés, ce qui permet d'aérer par en haut les plantes protégées par la verrine, tandis que les plantes
sous cloche ne peuvent être aérées que par le bas. Les ver- parées aisément, avantage dont les cloches sont privées, rines sont beaucoup plus chères, mais aussi beaucoup plus Les verrinos, d'ailleurs, peuvent être employées avec succès durables que les cloches; elles peuvent d'ailleurs être ré- pour toutes sortes de boutures.