PRÉPARATION DE LA CHAUX
La liicrrc à chaux se renconlre'eo abondance dans la nature. — Caractères auxauels on la reconnaît. — Moyen facile d’en dcterniiner le deçre' de pureté par l’analyse. — Ce qui constitue la diû'érence des chaux grasses et des chaux maigres ou hydrauliques. — Moyen d’obtenir à volonté des chaux hydrauliques.
— Ce que l’on entend par le foisonnement de la chaux. — Les chaux provenant de calcaires purs et compactes sont celles qui foisonnent le plus. — Raison de ce fait. ■— La chaux n’est autre chose que du carbonate calcaire dont on a dégagé le gaz carbonique à l’aide d’une élévation de température. — La calcination de la pierre à chaux s’opère dans des fours
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dont la forme peut varier. — Fours à diaux alimentes par le bois. — Prix de revient de la chaux dans differentes localités. — Arrangement de la pierre dans les fours à bois. — Conduite dè l’ope'ralion. — Caractères de la bonne chaux. — Four^ à chaux alimentes par le charbon de terre ou la tourbe. — Dans ces 'fours, le travail n’est jamais interrompu , et l’on peut retirer de kt chaux par le bas , en proportion de la quantité de pierre à chaux qu’on ajoute par le haut.— Conduite de l’ope'ration dans les fours de cette espèce. — Préparation de la chaux sans four.
La chaux , dont la connaissance remonte aux âges les plus reculés, et dont les usages sont si importons et si multipliés dans la société , est une des substances les plus répandues dans les différentes contrées , oh on la^ trouve constamment à Fétat de combinaison avec quelque acide. A Tétât de carbonate calcaire ou pierre à chaux, elle constitue des couches et des bancs immenses quL sont une des portions les plus considérables de la charpente solide du globe.
ATélat de sulfate calcaire, ou pierre à plâtre,ellc forme encore plusieurs inasscs^ considérables, mais bcaucoup.moins ri^p-
pvocliées ; et enfin , dans quelques pays, on la rencontre en assez grande abondance, à l’état de phosphate calcaire. On la trouve encore unie à d’autres acides, mais c’est en petite quantité, et disséminée dans le sol ; et il faut avoir recours à des expériences chimiques pour la reconnaître. De ces différentes combinaisons naturelles qui ont pour base la chaux , il n’y a que le carbonate calcaire dont on fasse usage pour se procurer toute la quantité de cette substance dont on a besoin; et la calcination est l’opération à laquelle on a recours pour convertir ce carbonate calcaire, ou pierre à chaux en chaux vive. Cette opération est d’une grande importance , eu égard aux usages mutipliés de la chaux; mais pour faire sentir de quelle manière il est le plus convenable d^y procéder, nous croyons utile de présenter quelques observations préliminaires sur les caractères de la pierre à chaux .
Le carbonate calcaire se renconh e en grande abondance dans la nature ; mais son aspect et scs propriétés physiques ne sont pas les mêmes partout. Tantôt il est dur, compacte et diversement nuan-
ce, comme dans les marbres ; tantôt il est poreux et friable , comme dans les craies , et tantôt enfin il a une dureté et une consistance moyenne avec une teinte uniforme de blanc ou de blanc jaunâtre , comme dans la pierre à bâtir; Dans ces divers étaAs , il est également susceptible de se transformer eu chaux, à l’aide d’une élévation de température nui dégage le gaz carbonique , et isole Vélément calcaire; mais comme il n’est pas toujours également pur, les pro-^ pi'iélés de la chaux que l’on obtient ne soit t pas toujours parfaitement comparablés, de telle sorte que quelques espèces do chaux tiiplent leur volume à l’ex-.
tinclion, pendant que d’autres ne l’augmentent que d’un cinquième.- Cette augmentation de volume que la chaux est susceptible d’acquérir , est ce que l’on A nomme foisonnement ; de là le nom de chaux grasses que l’on a donné à celles qui foisonnent le plus, et celui de chaux maigres que l’on a donné aux autres.
^Les premières sont produites constam- ' ment par la calcination des calcaires > purs, comme sont les marbres, et en général tous les calcaires durs, pesans et à cassure vitreuse; et les secondes
DE LA. CHAUX. l3
pi'oviennent de la calcination doa calcaires tendres et impurs qui contiennent des proportions variables d’autres oxides terreux. ,
Ces deux espèoës de chaux jouissent de propriétés très-distinctes : les chaux grasses, provenant de calcaires purs, sont précieuses pour les constructions ordinaires, à cause de leur foisonnement; mais elles sont tout-à-fait impropres aux constructions hydrauliques, parce qu’elles n’ont pas, comme les chaux maigres via propriété de durcir dans , l’eau et de ii’absorber, dans toutes les circonstances , que la quantité de ce liquide qu’elles peuvent solidifier. Ces dernières chaux, au contraire, sont peu employées dans les constructions ordinaires 9 parce qu’elles y sont de peu de profit ; mais on les emploie exclusivement dans les construction hydrauliques, parce que, pour en obtenir le meilleur ciment, il n’est besoin que de les mêler au sable commun.
Cet aperçu sur les propriétés de la chaux nous a paru nécessaire pour éclairer les opérations du chaufournier, r|ui doit savoir comipent il peut obtenir > 1 espèce de chaux appropriée à chaque
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geiiie* de construction. Mais Une nouS' suftit pas de dire que ce sont les calcaires purs qui produisent constamment des chaux grasses , et que les calcaires impurs pre^uisent au contraire des chaux hydrauliques , il faut encore que nous disions à quels signes on peut reconnaître le degré de pureté des divers calcaires. Quoique la dureté , la pesanteur et le brillant dans la cassure soient des indices assez peu trompeurs de la pureté du carbonate calcaire , on aurait tort néanmoins de s’en rapporter aveuglément à ces seuls indices , car il n’y a que l’analyse chimique qui puisse per* mettre de prononcer avec certitude, (jette analyse peut se faire avec une grande facilité, lorsqu’on n’a pour objet, cominc dans ce cas, que'de constater la proportion des matières étrangères contenues dans le carbonate. Il sufGt en effet de concasser un morceau de pierre en menus fragmens . et de l’inü'oduire par portion dans un vase de verre ou de terre vernissée où l’on a mis une quantité suffisante d’acide liydrochlorique (muriatique, ouespntde sel). Cet acide attaque aussitôt la pierre, et si elle s’y dissout sans résidu , c’est un signe qu’elle
PE LA CHATJX.' l5
est sensiblement pure ; dans ce cas , elle n’est susceptible de produire que de la cliaux grasse. Si, au contraire , il y a un résidu considérable , c’est un signe qu’elle est fort impure, et on ne peut en espérer qu’une chaux maigre ou hydraulique, foisonnant très-peu.
Les matières étrangères que l’on trouve ordinairement associées à la pierre à chaux, et qui lui donnent la propriété de se convertir en chaux hydraulique, sont la silice , seule ou mélangée avec l’alumine , et quelquefois le carbonate de magnésie et les oxides de manganèse eu de fer; mais, quoique l on sache que la présence de ces matières détermine constamment les proorietfcs qui distinguent les chaux hydrauliques, il n’en est pas moins vrai que l’examen de leur proportion ne saurait être un indice suffisant pour assigner d’une manière certaine le rang relatif des difterentes espèces de chaux , et qu’en cela , quoique l’on puisse être aidé de la théorie, on ne peut cependant tirer des lumières complètes que de la pratique.
Comme l’emploi des chaux grasses et hydrauliques est subordonne à la nature des constructions que l’on a en vue, on
l6 PRÉPARATION
conçoit qu*il est d’une grande importance pour les chaufourniers de pouvoir préparer ces différentes espèces de chaux, toutes les fois que l’occasion le réclame.
Si tous les calcaires de la contrée sont impurs, il faudra bien qu’ils se résignent à ne préparer que des chaux maigres et foisonnant peu, qui, alliées avec le sable commun , seront employées indifféremment pour tous les travaux; mais, s’ils ont à leur portée différens calcaires, en mélangeant un calcaire pur avec un calcaire fortement argileux, ils obtiendront une chaux moyenne qui se rapprochera plus ou moins des chaux très-grasses oii des chaux éminemment hydrauliques ,
, selon que l’un ou l’autre calcaire sera plusou moins dominant. Quelques essais, dans les différentes localités, les mettront bientôt en état d’opérer avec un discernement toujours suffisant.
Lorsqu’il ne se trouve pas dans une contrée de calcaire impur qui seul , ou mêlé à d’autres calcaires, paraisse propre à être converti en chaux hydraulique,, on peut encorfe obtenir cette dernière espèce de chaux, à l’aide d’un calcaire tendre que l’on pulvérise grossièrement^ et que l’on calcine a|uèa l’avoir formé en
Digitieed by CoogU:
DE Là CHAUX. .17
pelotes, en le uiélangeant avec une certaine quantité d’argile. Lorsque le calcaire tendre est très-pur, Targile employée peut s’élever au quart de sou poids ; mais , lorsqu’il contient une certaine portion .d’oxide terreux , il faut avoir soin d’en employer beaucoup moins, et de faire en sorte que le mélange que l’on calcine contienne toujours les trois quarts ou les quatre cinquièmes de calcaire pur. f
L’emploi de Tacide bydrochlorîque , de la manière que nous avons indiquée plus haut , ou seulement d’un vinaigre très-actif, est suffisant pour que l’on puisse facilement déterminer la quantité de matière argileuse à ajouter au calcaire tendre qu’on veut employer. En effet , on verse un excès d’acide sur une petite portion de pierre à chaux pulvérisée, et lorsque la dissolution de la matière calcaire est complète , et qu’il ne se produit plus de bouillonnement , on recueille le résidu insoluble , et son poids, comparé à celui de la pierre à chaux qu’on a fait dissoudre, indique quelle est la quantité d^argile qu’il faut ajouter, pour que le poids total des ma-
iB < PRÉPARATION
tières étrangères s^élève aû cinquième , ou au quart du calcaire piir. -
Les détails daus lesquels nous venons d*entrer, nous Semblent suffire pour expliquer à Taide de quelles pratiques le -Vhaufowrnier peut préparer des chaux •hydrauliques toutes les fois que le besoin le réclame. Quant aux chaux grasses on ne les obtient que par la calcination d*uu calcaire pur, et conséquem'*' ment on ne les peut préparer qu’autant •qu’on peut disposer d’un calcaire de cette espèce; mais. ’ccB dernières sortes de chaux peuvent être remplacées dans tous les ouvràges par dés chaux maigres, et si elles sont plus avantageuses que celles-ci dans de certains cas, leur nécessité n’est pas du moins absolue. ' ' L’art du chaufournier possède donc des moyens pour prépare^ à volonté les différentes espèces de chaux nécessaires pour les constructions de différens gen-^ tes , et susceptibles de produire constamment l’effet désiré , en les alliant simplement avec un gravier siliceux. Il serait à souhaiter que ceux qui dirigent chaque four, se familiarisassent avec ces notions,, et qu’ils se rendissent capalides de four-
nii* aux constructeurs des chaux hydrauliques, toutes les fois qu’elles leur seraient demandées. Ils éviteraient par là aux propriétaires des frais importans ; car il est beaucoup ydus dispendieux de se procurer les iiiaiériaux qui sont susceptibles de former des mortiers hydrauliques, avec les chaux grasses, qu’il ne l’est de préparer immédiatement des chaux hydrauliques. Notre objet n’étant pas de nous étendre davantage sur cette matière , nous allons dire un mot de la propriété de la chaux , connue sous le nom de foisonnement , après quoi nous nous occuperons immédiatement des détails relatifs à la calcination de la pierre à chaux.
Loi^sque l’on associe la chaux avec les matières propres à composer du mortier
Ï iar leur mélange avec cette substance, e volume que l’on emploie est d’autant moindre qu’elle est plus dense, parce qu’elle agit en raison de son poids, c’està-dire, en raison de la quantité des parties caustiques qu’elle contient, sous un volume donné. Ainsi, la chaux produite par un pied cube de marbre sera susceptible de saturer beaucoup plus de sable que celle que l’on pouri'ait obtenir d’un
pied cube d’un autre calcaire également pur, mais plus léger, et, à plus mrte raw son , d’un même volume de calcaire impur. Cette propriété de la chaux de saturer une grande quantité de sable lors de la préparation du mortier, est ce que l’on nomme foisonnement } et l’on conçoit , après les explications précédentes , que si les calcaires durs foisonnent beaucoup lorsqu’ils sont convertis en chaux»
c’est qu’ils contiennent une grande quantité de matière sous peu de volume , et qu’en outre ils sont ordinairement bien plus purs que les calcaires légers. Les chaux grasses qui proviennent de ces calcaires, demandent à être associées , loré de la préparation du mortier, non pas à un sable fin et entièrement siliceux , mais à un sable à gros grains , et contenant < une assez forte proportion d’alumine ou d’autres oxides. Par ce moyen on peut en obtenir de fort bons mortiers , et mettre à profit la propriété qu’elfes ont abonder beaucoup.
La manière dont la chaux se comporte lors de l’extinction, permet de reconnaître facilement si elle doit ou non foisonner. Eu effet, le volume des chaux maigres, produites par un calcaire impur et
léger, ii’augmente que peu, el quelquefois pas tlu tout , lorsqu’on les soumet à rexlinction ordinaire; pendant que le volume des cliaux grasses, produites par un calcaire pur et compacte, augmente Leaucoup lors de rextinclion , et souvent est plus que doublé. Le foisonnement de cette dernière espèce de chaux ayant toujours lieu, quoique dans des limites un peu variables, il s’ensuit qu’il y a un grand avantage à la préparer, d’autant que la quantité, de combustible qu’elle nécessite n’est guère plus grande 'que celle qu’on est obligé d’employer pour les calcaires les plus poreux. Ainsi, l’on peut établir en général , comme vrai , que, pour la préparation de la chaux destinée aux constructions ordinaires , il faut faire choix d’une pierre à chaux dure et pesante, et à cassure vitreuse , et cela, parce qu’elle contient une grande quantité de matière calcaire sous peu de volume, et que la calcination en est proportionnellement moins dispendieuse.
La pierre à chaux , ou carbonate calcaire, dont on retire depuis un Icms immémorial toute la chaux dont on fait usage , est pn composé formé d’un oxide
Dkjiiiütid L>
22 PRÉPiaATIOK
métallique qu’on appelle chau3T, et qoi jouit de propriétés alcali nés, et d‘un acide appelé carbonique qui en neutralise les propriétés de cet oxide , et le constitue pierre à cliaux. La calcination est l’opération employée pour séparer ces deux eléinens , c’est-à-dire faire prendre à l acide carbonique l’état galeux , et ob— ^ tenir ainsi l’élément calcaire dans un état d’isolement où ibest propre à faire pâte avec'l’eau, et à s’associer avec differentes sortes de sable pour la composition des mortiers. Cette calcination s’opère de différentes manières, selon la nature du combustible que Ton emploie; mais, en général , elle a lieu dans des fours de forme ovoïde , toutes les fois que l’on se sert de bois ou de tourbe.
La hauteur de ces fours {fkg, r®) (i),
(i) Explication de la^^. i
C C. Cendrier souterrain, y V. Voûte perede de trous dans la partie qui est au-dessous du foyer.
S S. Ligne hoinzontale liree A fleur de sol.
P. Porte du four «jue l’on ferme en partie après le chargement du four, et par laquelle on introduit k combustible dans le foyer F.
• LA CHAUX. a3
i|uoi(|uc variable dans differentes localités, est assez communément de quinze à dix-huit pieds, pendant <|ue leur lar- (veur est de dix à douze. Leur sommet porte une ouverture de deux pieds de diamètre, par où s’échappe la tumée et la flamme ; et leur base repose sur une voûte en briques, au-dessous de laquelle est le cendrier, et qui est percée de plusieurs trous , par lesquels arrive l’air nécessaire à la combustion. Le cendrier est ordinairement au-dessous du sol, et on y descend par quelques marches ; quant à la porte du four , elle est placée immédiatement au-dessous de la- voûte qui sert de grille, et au rez du sol.
C’est par cette porte que l’on introduit le combustible; et ses dimensions qui sont souvent de trois pieds de large sur quatre de haut, sont réduites au tiers pendant la calcination, à l’aide d’une maçonnerie grossière d’une durée temporaire.
Les fours dont nous venons de par- . 1er sont construits en brique. Leur forme extérieure est celle .d’un gros cylindre court, un peu élai’gi à la base, et le mur qui en forme le revêtement est d’une grande épaisseur. Ce mur est
toujours revêtu en brique des deux côtés ; mais sa partie 'massive est souvent de pierre et d’ai’gile. ■ '
Le chargement d’un four de cette espèxe étant une chose fort importante, voici coiniiient on y doit procéder. Oh commence par choisir de grosses pierres que Ton dispose en voûte au-dessus de , la ‘grille, de manière que les matières combustibles puissent être introduites facilement par une ouverture latérale de cette voûte correspoudant à la porte du fourl ‘Loi*sque cette voûte est fonnée , oh continue de placer des pierres aur , dèssus , dans toute la largeur du four; mais ces pierres sont beaucoup plus petites que les premières , et à mesure que l’on s’élève on les choisit de moins en moins grosses, de manière que vers le sommet elles ne sont guère plus grosses qu’un œuf. Quand le four est plein , on péut'aussitôt commencer le feu. •
Dans la plus grande paitie de la Fmnce, on se seit de menus bois, fagots ou bourrées ; mais on pourrait également employer la tourbe. Le feu est introduit parla porte, du , four , et on le conduit de telle sorte que la calcination se trouve entièrement opérée au bout
de vingt-quatre ou trente heures. A ce point, il ne s’échappe plus de fumée par la cheminée du four, mais une flamme vive et claire qui est un indice que tout le carbonate est décomposé.
Un four de quinze pieds de haut et de dix de large, de la contenance de trois à quatre cents hectolitres, consomme à chaijue fournée environ douze à quatorze cents bourrées du poids de douze à quinze livres chacune. Le prix des bourrées varie selon les localités; mais dan.s les ])ays où elles coûtent de 2.5 à 3o francs le cent, l’hectolitre de chaux se vend de 3o à sous. En général , il faut vingt-deux parties de fagots en volume pour cuire une partie de chaux.
Si l’on employait des fascines de genêts ou bruyères , il en faudrait une trentaine de parties; mais il n’en faudrait qu’une partie et demie, si c’était du bois de corde ; une partie un quart , si c’était de bonne tourbe, et un tiers de partie , si c’était du charbon de terre.
Le bois de corde étant toujours proportionnellement plus cher que les fa- ' gots de menu branchage , du moins relativement à l’effet que l’on peut en obt'enir dans ces circonstances, il s’ensuit
Art de Pré|i. la Chaux. 2
que, dans toutes les localités , on emr ploie les fagots de préférence pour la calcination de la cliaux, à moins (|.ué Ton ne puisse se procurer de la tourbe ou de la houille à un prix proportionnellement plus, avantageux. Dans tous les cas ,, pour trouver quelque bénéfice à la. préparation de la chaux, il faut, que le prix total du combustible employé ne s’élève, au plus qu’aux deux tiers . de celui auquel il est possible de vendre la chaux que cé même' combustible sert à préparer ; encore doit-ou supposer que le four est bâti près d’une carrière, e; que l’on ne, calcine que des débris qui ne pourraient être utilisés pour les constructions.
Nous venonsde voirde quelle manière on doit procéder , lorsqu’on, fait U3age de menus branchages pour la calcination de la chaux : on pourrait opérer de, même si l’on employait de la tourbe ; seulement , il conviendrait que les fours fussent plus larges et moins élevés; mais il faudrait une construction de four difiérente si l’on voulait employer du charbon de terré. Nous paileroiis plus bas de différentes sortes de fours dans, lesquels on peut. faire usage. .de
BE LiL CH&OX. 2^
ce combustible ; nous allons continuel' maintenant nos observations sur les fours et sur la chaux en générab
Comme une légère augmentation dans la main-d'œuvre pourrait suffire pour absorber tous les bénéfices de l’opération , on a soin de construire le four près de la carrière, afin d’éviter les frais de ti'ansport , et. on l’adosse à une petite éminence pour que le chargement puisse se faire sans difficulté, i l’aide d’un chemin que l’on ménage jusqu’au haut du four, rîn effet, 'c’est par l’orifice supérieur, ou la cheminée , que le chargement se pratique : on commence , à la vérité , en introduisant par la porte les premières pierres ; mais dès que la voûte dans laquelle on doit allumer le 'feu est •finie, on reçoit les pierres d’en haut, et on continue de les ranger en montant jusqu’à ce que le four soit rempli. Dans l’usage ordinaire, on emploie les pierres sans les humecter, et il n’y a pas d’inconvéïvieht tant que le combustible est en menu bois , parce que ce bois est ordinairement un peu vert, et qu’il s’en dégage un peu d’humidité dans la combustion ; .mais si l’on employait de la tourbe , du charbon de terre , ou. seule-
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meut du bois sec , il y aurait de l’avau^ tage à mouiller un peu les pierres avant que de les placer ; parce que l’humidité , agissant concurremment avec la chaleur, favorise le dégagement du gaz carbonique , et permet ainsi d’économiser une certaine quantité de combustible.
Dans tous les cas, lorsque la pierre à chaux est calcinée, ou suspend le feu, et on laisse le four se refroidir avant de le décharger. La chaux que l’on en retire est placée dans des tonneaux, en lieu sec , et on l’y conserve jusqu’à l’emploi , c’està-dire , seulement pendant quelques jours ; car, en général , on ne prépare la chaux qu’à mesure que le besoin s^en fait ressentir.
La pierre à chaux , ou carbonate calcaire , diminue de poids par l’etfet de la calcination qu’on lui f^t subir pour la transformer en chaux , et cette diminution , qui doit être attribuée aif dégagement de l’acide carbonique et à la vaporisation d’un peu d’eau , s’élève communément au tiers de son poids. Dans les chaux grasses , elle est quelquefois plus considérable ; mais il est rare qu elle s’élèye jusqu’à la moitié, parce que le gaz acide qui se dégage ne fait guère que.
DE LÀ CHÀUX. 29
le tiers du poids de la pierre à cliaiix. La légèreté relative est donc un indice propre à faire reconnaître le degré auquel la calcination a été portée; mais on reconnaît encore mieux la bonne qualité de la chaux à la promptitude avec laquelle elle fuse dans l’eau , et à la quantité de chaleur qu’elle y développe. La bonne chaux doit être en outre sèche et sonore, avoir une saveur âcre très-forte, et ne pas faire effervescence avec les acides. Ces qualités sont d’une grande importance , et il est toujours utile de les constater. Du reste, ce à quoi l’on doit peut-être le plus s’attacher dans la préparation de la chaux , c’est à la conduite du feu. En effet, si la température est trop basse ,• les parties intérieures ne sont pas atteintes, et conservent tous les caractères de la pierre à chaux ; mais si elle est.y au contraire, portée trop haut, on peut tomber dans un inconvénient non moins grand ; car si le calcaire que l’on calcine est impur , il éprouve un commencement de fusion , et la inatièt e dcmi-vitrifiéc qui en provient, n’est plus propre à faire pâte avec l’eau.
Après les détails dans lesquels nous sommes entré sur les qualités des divers
PUEPARATIOW
calcaires , les propriétés de la chaux , et la manière de procéiler à la calcination , dans les fours de forme elliptique, il ne nous reste plus , pour compléter cet article, qu*à parler des différentes sortes de fours en usage dans divers pays , et propres à ta préparation de la chaux au moyen du charbon de terre ou de la tourbe.
En Irlande , on calcine la pierre à chaux dans des fours dont la forme se rapproche de ceux dont nous avons déjà pirlc, seulement ils sont plus ouverts par le haut, comme on le voit ,’et
ils n’ont pas de cendrier. Leur partie inférieure, enfoncée en terre, porte une ou deux grandes ouvertures par lesquelles on retire la chaiîx, et que l’on ferme en partie, lorsque le feu paraît trop ardent. Voici de quelle manière on conduit la calcination dans ces'fôurs à chaux. Cn commence par jeter au fond
3 uelqucs bourrées et quelques mesures e tourbe; et quand le feu est bien alr luméon y jette une petite quantité de pierre calcaire concassée én morceaux gros comme un œuf. Dès ce nioment, on continue de charger le four en ajoutant de la pierre concassée et de la
■ DE LÀ. CHAUX. ' 3l
tourbe , dans, les .proportions conve- s nables; mais lorsqu’il est plein , on commence à retirer de tems en teins de la chaux par le bas, tout en continuant d’ajouter au haut de la pierre et du combustible, de telle sorte que le travail n’est pas suspendu et qu’il se produit toujours de la chaux. Un four pareil ne fonctionne pas moins bien avec du charbon de terre qu’avec de la tourbe; seulement quand c’est du charbon de terre, il n’eu faut employer, suivant sa bonté, qu’une mesure contre trois ou quatre mesures de pierre, tandis qu’il faut au moins une mesure d’excellente tourbe pour calciner une mesure de pierre. Dans tous les cas , si le feu paraissait tour à tour aller trop fort ou se ralentir , on conçoit qu’on pourrait le diriger à son gré, en touchant aux ouvertures du bas.
Entre les fours de diverses formes que l’on construit en Angleterre, en Flandre et en France pour la calcination de la chaux, le suivant (yîg-. 3 ) nous. paraît digne de remarque par la simplicité de sa construction. 11 offre de grands traits de ressemblance avec le four précédent; niais il eu diffère cependant par quelques points importans. La ligue A A
3a PnÉtARATlOÏT
. représente le niveau du sol. La partie b, qui est au-dessus , est entièrement cylindrique^ et la partie c, qui est audessous , a la forme d*un entonnoir ; o est l’orifice latéral par lequel on retire la chaux , et v v la voûte souterraine qui y conduit. Un semblable four peut êtins employé , comme le précédent, à calciner la pierre à chaux avec le charbon* de terre ou la tourbe, et il fonctionne de même sans interruption. Les dimensions les plus convenables sont seize à dix-huit pieds de hauteur totale, deux pieds de diamètre à la base, et cinq à six dans le haut. Cependant ces dimensions peuvent être beaucoup plus considérables, pourvu que l’on se conforme aux pro-i portions indiquées. Quelquefois aussi on trouve de l’avantagé à pratiquer plusieurs ouvertures à la base. Elles permettent d’entretenir une combustion plus active, et on peut les rétrécir, ou même les fenner tout-à-fait lorsque l’on veut arrêter la calcination, ce que l’on fait ordinairement toutes- les fois que les demandes de chaux- se ralentissent.
Dans ce cas, on peut suspendre le travail pendant plusieurs jours; et, au: bout d’une semaine , les pierres du haut con-
Digitlzed by Coog[e
servent encore assez de chaleur pour que le feu puisse se rallumer aisément. Voici du veste comment l’opération se conduit :
ItM’sque le feu a été allumé, à l’aide de branchages secs et de charbon concassé, on commence à y jeter alternativement de la pierre et du charbon, dans les proportions convenables, et on réitère ces chargemens chaque fois qu’on voit rougir faiblement la dernière couche de pierres. Quand le four est plein , ce qui arrive au bout de quatre jours environ, on commence à retirer de la chaux par la partie inférieure. La chaux tombe par son propre poids, au fur et ci mesure qu’on en retire; et comme on ajoute constamment de la pierre et du charbon par le haut, on retire aussi de la chaux par le bas sans interruption. Dans quelques endroits , on fait trois ou quatre c^rgemens de matières par jour ; et l’addition de la pierre à chaux et du charbon est tellement calculée que ces trois oti quatre chargemens ne font à peu près que le quart de la capacité totale du four. De cette manière , un four, de la contenance de quatre cents hectolitres, peut produire cent hectolitres de chaux chaque jour. Nous remarquerons
34 PIlÉPAHATlOIf
qu’il y à de ravaulaçe à humecter le charbon et inèine la pierre avant que de la jeter dans le four, il faut aussi que lès couches de ces substances soient toujours d’égale épaisseur. ^
Les fours à chaux dont nous venons de parler, et dans lesquels le charbon de teiTeou la houille sont employés comnie combustibles , présentent de giands avantages sur les fours à bois, à cause de la continuité du travail ; niais, d’un autre côté, il faut avouer que leur con- ./ duite est plus difhcile , et que la chaux que l’on prépare de cette manière est moins bien cuite que celle que l’on pré> pare au moyen.du bots. Ainsi elle pré~ sente plus de ôwcwrf , c’est-à-dire plus de parties que la calcination n’a pas atteintes, et dont le gaz carbonique n^est pas dégagé; elle présente aussi plus de parties vitritiées , qui ne sauraient faire pâte avec l’eau, et qui proviennent d’uné élévation trop considérable de tèmpé- /rature. Bu reste, on ne peut pas dire , en généra], qu’elle soit moins bonne; car au contraire , les cendres de charbon de terre et de tourbe modifient avantageusement par leur mélange les propriétés des chaux grasses.
Les fours à chaux où l'on emploie pour combustible le charbon dé terre ou' Ja tourbe, et qui sont construits de manière que le travail n’y soit jamais suspendu, sont d’une conduite assez difficile, par suite de la nécessité où l’on est de ne faire les chargeinens qu’en tems opportun, et de veiller à ce que la combustion soit toujours égale. Les ouvertures par lesquelles ori retire la chaux , servent de registres pour activer ou ralentir le feu, suivant le besoin; et le nombre en est variable selon leur grandeur, selon la grosseur des pierres, et selon la qualité du charbon ou de la tourbe. Un chaufournier intelligent ne tarde pas à savoir comment il doit faire dans tous les cas, et quelle quantité d’ouvertures il doit supprimer ou pratiquer, pour que la calcination soit toujours égale autant que possible.
La forme des fours est différente dans presque tous les pays ; mais comme ces différences sont peu importantes , en général, ou même qu’elles entraînent souvent de nouveaux inconvéniens, nous nous contenterons de signaler quelques, perfectionnemens introduits dans la construction des fours où l’on brûle la
36 phépatiatiün *
tourbe dans uu foyer unique , comme îe bois, et sans la mêler à la pierre. Nous parlerons en.suite des moyens que l’Ott peut mettre en usage pour cuire la chaux sans four; et c’est par ,là que nous, terminerons cet article.
'• Les fours à tôurbe ne diffèrent, en général, des fours à bois, que parce qivils sont proportionnellement plus larges et moins élevés. Du reste, leur forme est ordinairement elliptique ; ils ont , comme les fours à bois , un cendrier enfoncé sous terre; mais leur giille, au lieu d’être fonnée par une voûte en briques percée de trous, est en fortes barres.de fonte. Bu- reste .la «chaUx y est également di^osée en voûte au-dessus du foyer. Seulement on forme quelquefois deux voûtes au lieu d’une j à cause de la largeur des fours. Quant à la manœuvre, elle est à peu prèsdu même' que celle des fours à bois ; on allume la tourbe avec de la paille et du menu bois ; on tient le feu un peu sur le devapt du foyer, et on l’alimente en y ajoutant de la toürbe d’heure en heure ; d’heure en heure aussi ,.on retire la cendre accumulée dans les cendriers, et qui, en les. obstruant, ralentirait eu peu de teras la conibus-
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tion. Lorsque la tourbe est brune et que l’on pousse le feu un peu vivement, la calcination s’opère.en vingt-huit à trente heures comme avec le bois ; mais si la combustion languit tant soit peu, il faut plus long-tems. MM. Debllnne et Do- ' nop donnent à leurs fours une forme qui paraît avantageuse. Les parois intérieures au-dessus du gril représentent un cône tronqué surmonté d’une voûte surbaissée, percée dans son milieu d’une ouverture qui sert de cheminée. Ces fours n’ont qu’une grille, et le teins de la calcination^ quand la tourbe est bonne, est le même qu’avec le bois.
Dans quelques circonstances, on peut avoir besoin de préparer de la chaux sans four, et comme la chose est très— praticable, voici de quelle manière on peut opérer : on commence par strati6er sur le sol du charbon de terre et des pierres concassées de grosseur égale , et l’on dispose ces couches de manière à donner à la masse cj^ui en résulte la forme d’un cône tronque, dont la surface extérieure est revêtue de pierres beaucoup plus grosses que toutes les autres. A la base de ce cône , on ménage une' rigole que l’on remplit de bois sec, et qui
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aboutit au centre du tas, où on laisse quelquefois un petit espace également rempli de copeaux. Ces précautions prises , on recouvre toute la partie supérieure du cône d’une couche de glaise de deux à trois pouces, et l’on attend que la partie inférieure soit bien embrasée pour la recouvrir également. Cependant on fait cet enduit avec moins de soin pour les assises inférieures, afin que l’air puisse encore pénétrer et alimenter la combustion. A ce terme , la seule pj’écaution que l’on doive avoir est de boucher les fissures qui se forment surle pourtour , et d’abriter le tas du côté du vent ' avecdes planchesou des toiles. Le feu dure de la sorte cinq ou six jours , quand la masse est un peu considérable ; et on n’enlève la chaux qu’après ifn nouveau . délai, lorsqué le tout est bien refroidi.
Les pierres de la surface n’étant pas suffisamment calcinées, sont placées au centre d’un nouveau monceau.
La préparation de la chaux , par le procédé que nous venons d’indiquer, est d’une grande simplicité. Mais ce à quoi on dpi^ surtout s’attacher, c’est à abriter le monceau du côté du vent , et à bou« , cher les fissures partout où la corabus-r- .
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tioii devient trop active. En effet, quoiqu'un petit nombre de fissures soit nécessaire pour donner accès à la quantité d’air suffisante, et faciliter le dégage- , ment du gaz carbonique, un trop grand nombre, en délerminaiit une chaleur trop intense , causerait la vitrification de la pierre, si le calcaire n’était pas pur ; et les parties frittées , comme on sait, ne seraient plus propres à faire pâte avec l’eau. Dul reste, on pourrait se dispenser .de laisser un noyau au centi'e, et il n’en résulterait d’autre inconvénient que celui d’allumer le feu avec plus de peine.
La meilleure houille dont on puisse faire choix pour une opération de cette nature, est une houille sèche , s’agglutinant ^ peu , et préférable par là à la houille grasse. D^rdinaire on l’humecte légèrement avant que de l’employer, à moins que les pierres ne soient elles-mêmes récemment extraites de la caiTière et encore humides.