‹ Art de se preśerver de l'action de la flammeChapitre 1 sur 20 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Les premiers soins de l’homme ont sa conservation pour objet, et le hesom de garanties et de secours mutuels fut le lien des premières sociétés. Des que les hom~ mes réunis purent jouir de quelque sécurité , les arts naquirent ; les moyens de se conserver acquirent de nouvelles ressources, et les sociétés elles -mêmes se perfectionnèrent. L’espèce humaine peut atteindre le hut de la civilisation, assurer et embellir chaque existence individuelle par tout ce que des arts perfectionnés peuvent ajouter aux libéralités de la nature ; il lui suffit de continuer comme elle a commencé, de suivre constamment la voie de l’expérience, dans le même hut et par les mêmes motifs. A chaque pas que l’on fait dans cette carrière si vaste et presque sans limites, il est très utile d’examiner quels sont les besoins les plus urgens , afin de

diriger vers ce but l’intelligence et les efforts des investigateurs. J’ai vu que l’art de secourir les incendies était encore peu avancé:, que trop souvent on avait à regretter les victimes des ravages du feu et du généreux dévouement qui ose les braver ; j’ai trouvé et soumis à des épreuves décisives plusieurs instrumenset appareils, qui contribueront efficacement à diminuer le nombre de ces victimes : le but de cet écrit est de faire connaître ces nouveaux moyens de secours, leurs propriétés et leur emploi.

Le célèbre Pierre Franck , dans son Traité de la Police médicale , se plaint avec raison des gouvernemens qui, pour les cas d’incendie, semblent jusqu’à présent 11e s’ètre point assez rappelé que la vie des hommes doit être toujours le premier objet de leur sollicitude. « On devrait , dit— » il , faire en sorte que les sauveurs (dési- » gnés en France par la dénomination de « pompiers) eussent des vétemens a la » fois légers et épais , qui les couv/issent » le plus complètement qu il serait possi- » ble , pour les mettre en état de résister

» a l’action du feu. Il y aurait lieu d’es- » pérer de plus grands avantages de » cette institution } si de nobles encourait gemens étaient offerts à celui qui au- » rail bravé les dangers et sauvé la vie » d un homme. »

L’esprit de spéculation a fait naître les compagnies d’assurance contre l’incendie : elles ont sans doute fait beaucoup de bien ’ mais en offrant un adoucissement aux pertes matérielles , elles ne peuvent garantir contre le seul malheur irréparable , celui de la perte des personnes. Quelle compensation en effet pour un propriétaire d’ètre assuré que sa maison sera reconstruite par les soins de ces compagnies et pour ses héritiers, quand cette même maison aura été son tombeau!...

Lorsqu’il s’agit de la vie des hommes, les secours philantropiques de sociétés occupées à soulager les calamités humaiues sont d une utilité plus efficace. Ayant l’honneur d’appartenir à la Société royale d Humanité de Londres, j’ai vu par moi-même les touchans effets de son active sollicitude,

et je suis heureux de pouvoir ici lui rendre un hommage public : ses soins vigilans s’étendent sur toutes les personnes exposées aux périls de la navigation sur la Tamise et de son embouchure , et des asphyxiés par la vapeur du charbon et par Faction des gaz délétères. C’est un des souvenirs les plus doux de ma vie, que celui de la fête anniversaire à laquelle j’assistai en 1819; de ce banquet superbe et nombreux, où la magnificence déployée était toute au prolit de l’humanité : il me semble encore voir S. A. R. le Duc de Sussex présider la réunion, et l’entendre exposer, avec l’éloquence de la conviction, les avantages de cette institution bienfaisante, qui a toujours pour président- né le Roi luimême. Ce fut ensuite un tableau vraiment attendrissant pour moi que celui de ces enfans, de ces jeunes femmes, de ces artisans, de ces militaires ou matelots arraches à la mort pendant le cours de l’année, et que l’on introduisait au bruit des acclamations de tous les convives, et dont les yeux rayonnaient de joie et de reconnaissance

ea passant successivement sous les regards de leurs bienfaiteurs !

La satisfaction des pbilantropes serait bien plus complète si, dans les prochaines réunions, aux individus préservés de Taction des gaz délétères et de leau, se joignaient encore ceux que Ton aurait arrachés aux flammes par de nouveaux moyens ! C’est dans cet espoir flatteur que je prie mes illustres collègues, qui résident à Londres, de vouloir bien mentionner dans leur Manuel les procédés dont l’exposition est l’objet de ce livre : comme l’esprit de spéculation n’entre pour rien dans mes travaux , je me suis prescrit le devoir de renoncer au profit de brevet d invention , privilège qui est l’entrave la plus funeste à la propagation des découvertes utiles; la seule récompense que j’ambitionne est de voir mes procédés généralement approuvés et adoptés par toutes les nations éclairées.

Berlin , Stockholm , Prague et beaucoup d’autres villes considérables de l’Europe ont des établissemens de cette nature, mo-

delés sur celui de Londres, qui sert de point central a leurs communications. Dans toute 1 Allemagne, des récompenses sont décernées à celui qui , le premier, a signalé le feu , et généralement à tous ceux qui, par des traits de courage ou par l’activité de leuis efloits, se sont distingues dans les moyens de prévenir ou d’éteindre les incendies. La France est le premier pays en Europe où l’on ait organisé un corps militairement discipliné, ayant pour objet spécial de combattre et de repousser les ravages du feu. Les pompiers français ont su , en toute occasion et au mépris de tous les dangers, se montrer dignes de conserver le premier rang que leur assignait déjà leur ancienneté. Je dois des remercîmens bien particuliers au colonel baron ‘de Plazanet et aux officiers de ce corps si utile, pour le zèle qu’ils ont mis à faire exécuter, par les sapeurs-pompiers, mes divers procédés, et à leur faire suivre le cours d’instruction préliminaire que M. Mangin, conseiller d’état, préfet de police, m’avait engagé luimëme à leur donner , alin de les mettre en

état cle mieux soutenir l’examen des commissions de l’Institut et de la Société d’Encouragement, et des autorités françaises, qui m’ont fait l’honneur d’assister à mes expériences.

C’est sur l’institution -modèle de France qu’ont été formés les corps des pompiers de Milan , Naples, Florence , Bologne et Pavie. A Rome, les pompiers conservent encore leur ancien nom de Vigiles donné par Auguste, qui, en l’année 759 de la fondation de Rome, non content des triumvirs nocturnes,- qui du temps de la république avaient pour fonction principale de veiller aux incendies, voulut créer une cohorte chargée spécialement d’arrêter les ravages du feu.

Puisse cet exemple d’une sollicitude toute paternelle imprimer une émulation nouvelle à la prévoyante activité qui caractérise nos temps modernes ! Puisse-t-il , surtout, rappeler aux gouvernaus la plus douce et la plus sublime de leurs fonctions ! Puissent les moyens nouveaux que j’expose attirer leur attention bienveillante! Les ex-

périences que je leur soumets en ce moment sont peut-être le dernier fruit de mes veilles , le dernier essai de mes forces ; mais on y verra du moins que ni l’âge avance, ni des maladies récentes n’ont pu affaiblir en moi le zèle de l’humanité, lorsque j’ai cru apercevoir enfin le moyen de combattre, avec plus de succès qu’on ne l’avait fait jusqu’à présent, l’un des plus terribles fléaux de la nature.

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