CONSTRUCTIONS EN PISÉ
La construction des murs en pisé étant un objet de la plus grande importance dans quelques provinces, nous croyons utile d’en faire connaître les procédés , aujourd’hui surtout que les bois sont devenus rares , et que la pierre et la brique sont souvent des matériaux de trop haut prix dans plusieurs cantons , et surtout pour les constructions rurales. Si l’art au pisé était pratiqué partout avec la même intelligence et les mêmes soins que dans le Lyonnais et le Dauphiné, on ne doit pas douter que le nombre des habitations saines et commodes ne se multipliât plus rapidement, et les classes laborieuses de la société y trouveraient un grand avantage. Déjà cette manière de bâtir s’est introduite dans quelques localités dépourvues de pierre , où , jusqu’à présent , on n’employait que du Sois , et cette circonstance permet d’espérer qu’une pratique si utile ne tardera
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pas à s’introduire dans tous les cantons , où , par la rareté et le prix élevé des matériaux, les citoyens peu fortunés sont contraints de vivre dans des chaumières malsaines et mal abritées.
On donne le nom de pisé à une construction dans laquelle des masses de terre naturelle, rendues compactes et dures par une manipulation particulière, sont placées tant bout à. bout, que les unes sur les autres, et forment toute l’épaisseur des murs comme des pierres de parpaing* Ces masses sont travaillées à la place qu’elles occupent , pelletée à pelletée , dans une espèce de moule mobile que l’on n’enlève que lorsque la couche que l’on vient de faire a acquis toute la dureté nécessaire. Yoici commeilt on opère à peu près : lorsque le moule qui est une sorte de cadre profond formé de madriers retenus à la distance convenable' par des traverses , a été placé sür la partie du mur dont on veut continuer l’élévation , qii y jette de lia terre meuble * à raison d’un pied cube chaque fois environ , et l’on frappe ensuite cette terre avec une sorte de batte faite exprès, ayant soin dte n’en pas ajouter de nouvelle que la première ne soit bien battue^
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comme il serait à craindre que quelques parties de terre 11e s’échappassent le long dès parois du moule, parle bas, on y applique un cordon de bon mortier de chaux et de sable, corroyé serré. Ces cordons , que les ouvriers appellent moraine , peuvent donc servir à reconnaître, lorsque le mur est fini, la hauteur qui a été donnée à chaque assise , ou banchée. En élevant Eouvrage , on a soin de donner à la paroi extérieure du moule un peu d’inclinaison en dedans, de manière qu’il en résulte une retraite d’un pouce par toise à peu près. On a soin également de ne jamais établir des murs de pisé que sur de bons fondemens, portant un soubassement élevé de terre de deux à trois pieds , pour mettre le pisé entièrement à l’abri de l’humidité du sol, et même du rejaillissement des eaux pluviales. Il faut aussi entretenir la toiture en très-bon état, parce que l’eau ferait en peu de tems de grands ravages dans le pisé. Quant aux murs, on a coutume de les protéger par un bon enduit de chaux de sable , que l’on renouvelle , lorsqu’il est besoin ; et, avec ces précautions , les constructions de ce genre ont une durée qui ne le cède guère à celle
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des constructions en bois ou en moellons. Dans le Lyonnais et le Dauphiné, où cette manière de construire est fort en usage, on voit une infinité de maisons qui comptent cent cinquante ans de, durée , et qui n’ont exigé de plus fortes ni de plus fréquentes réparations que si elles eussent été bâties en maçonnerie. .
La hauteur que l’on peut donner aux murs de pisé , sans en compromettre la solidité, est de 20 pieds au-dessus du soubassement; et cette hauteur, qui coin- .
porte deux étages , est suffisante pour tous les besoins. Quoiqu’il ne soit pas ordinaire dans ces constructions de faire les encoignures en brique ou pierre de taille, on conçoit qu’il ne peut en ré- • sulter que de l’avantage, et l’on peut conseiller cette pratique dans tous les cantons où l’on se proposerait d’introduire l’usage du pisé, et où l’on n’aurait pas encore reconnu par expérience combien les constructions de cette espèce présentent de solidité. Du reste , les baies des portes et des croisées doivent toujours être en maçonnerie de brique ou pierre de taille , ou en bois. La maçonnerie en brique , ou pierre de taille , est préférable, parce quelle se lie parfaite-
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ment avec le pisé ; le bois , au contraire, s’en sépare toujours un peu , et alors même qu’on le peint à l’huile , on n’obtient que des encadremens de mauvais effet. Le mieux est, lorsque le plâtre n’est pas trop rare , de latter par-dessus le bois, et de couvrir les jambages et linteaux de plâtre.
L’orsque l’on construit en pisé, on n’a pas l’usage de laisser des vides pour toutes les ouvertures du bâtiment. Quelquefois même on n’en laisse pour aucune, et l’on se contente, après que l’ouvrage est fini, de tailler les murs
Ï >our y loger les encadremens. Lorsque ’on a ouvert de cette manière les jours nécessaires , et que l’on a placé cfes jambages de maçonnerie ou de bois , on attend que toute la construction soit bien sèche pour la revêtir d’un enduit. En effet , l’on doit se garder avec soin de renfermer de l’humidité en - dedans des murs, parce qu’ils seraient susceptibles d’être endommagés par les geléés; et, qu’en outre , le mur éprouvant du retrait dans ses dimensions , à mesure qu’il se sécherait , l’enduit déjà sec se soulèverait par plaques , et tomberait bientôt tout-à-fait. Ainsi, la construction des
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murs en pisé doit toujours avoir lieu d’assez bonne heure , pour qu’ils aient le tems de sécher avant les grands froids; et on ne doit jamais les crépir, que toute leur humidité ne soit exhalée. Il vaudrait mieux, à cet égard, attendre que de s’exposer à crépir trop tôt. Le crépi dont on recouvre les murs de pisé , se fait avec un mortier de chaux et de sable , que l'on prépare avec soin , et où l’on ne fait entrer que de bon sable bien anguleux dans la proportion de trois parties contre une de chaux. Ce mortier ne doit pas être étendu d’eau ; mais il demande à être pétri longuement et bien .assoupli. • . • .* ■
Lorsque, dans la construction des murs de pisé , on est arrivé à la hauteur d’un plancher , il faut interrompre l’ouvrage , dans le cas où ce plancher ne doit être formé que de solives , tandis que l’on peut le continuer si les solives doivent porter sur des poutres. Dans ce dernier cas, après que tout est fini , on ouvre le pisé pour les portées de chaque poutre, et on établit dans les ouvertures des bouts de madriers de deux pieds de long , sur un pied de large , en bain de mortier , de chaux et de sable, si c’est