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les seules qu'on ait aujourd'hui sous les yeux. Enfin Alexandre, ayant épousé la princesse lithuanienne Ryngalla, fit élever pour les besoins religieux de cette femme dont il dut bientôt divorcer une grande et belle église gothique à une abside, à Buia, qui était encore reconnaissable vers 1840, alors qu'aujourd'hui à peine quelques dents de maçonnerie montrent la place où éllea été.
Sous les successeurs d'Alexandre, toujours en guerre entre eux, rarement eut on la possibilité de bâtir. Mais des pierres tombales d'environ 1440 à Neamt aussi bien qu'à Pobrata, création du XVI-e siècle témoignent qu'il y a eu sur le Séreth une église de St. Nicolas de la Clairière (din Poiand), où fut enterrée la mère d’É. tienne et plusieurs dignitaires: il se pourrait que l’inscription de ces pierres, dans le style déjà indiqué, appartienne à cette époque.
Dès lors on trouve, comme en Valachie, l’éphitaphios de Nicodème et sa haire, le beau travail de soie bleu-pâle et d’or qui forme l’'épitaphios de Neamt
Puis, par dessus toutes ces tentatives médiocres, il
y eut le grand essor d'art qui rend glorieuse l’époque d’Étienne-le- Grand.
Il a commencé peut-être par cette église de Baia,
construite en simples moëllons, sans souci d'art, et ayant,
autour de la porte qui s'ouvre dans une façade couronnée d'une seule série d’arcades lombardes, un encadrement à oves, tout à fait différent du gothique de coutume pour les autres fondations de ce prince ; le caractère même de l'emblème du pays, la tête de bison, est significatif. Au dessus, la tour a été refaite. L'inscription manque. Si on a signalé” des traces d'assez bonnes peintures à l'extérieur, elles ne peuvent pas être de l’époque. Le manque de polychromie dans les matériaux
mêmes ou dans l’ornementation est éloquemment té-
moignée par son nom populaire d’,Ëglise blanche‘. On
1 Stefänescu, L'évolution de la peinture religieuse en Bucovine et en Moldavie, Paris 1928, p. 167. :
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peut se demander même si dans cette bâtisse il nya pas aussi le goût des habitants, bien que l’église paraisse commémorer la victoire remportée en 14067 sur Matthias, roi de Hongrie. |
Mais, dès Putna, la nécropole de la famille du prince vaillant et magnifique, le nouveau style ,stéphanien“ est trouvé. Dans cette belle et large église qui conserve sun trésor! on a, malgré la réfection ordonnée par des princes de la moitié du XVII-e siècle, Étienne Lupu et Eustratius Dabija, et malgré les fautes d'intelligence et d'interprétation des architectes autrichiens d’après 1870, tous les caractères de ce style
Certains doivent venir, nécessairement, de Byzance, de la Byzance impériale, grecque ou slave, avec laquelle on était en communion de rite. Donc église treflée, à trois absides, s’ouvrant par une porte basse du côté droit et contenant, saut quelque exception tardive, un pridyor ou narthex intérieur fermé, un pronaos pour les femmes, le naos, la nef, entre Îles deux absides latérales, et l'autel.
Byzance, sous s2s différentes formes, a imposé aussi la peinture. Elle est due, au moins dans les premiers temps, à des gens venus de là bas, comme ce Georges le Thessalien, de Tricala, qui repose sous une pierre à inscription grecque dans l’église de Hârläu ; un Thomas, un Étienne ont dû suivre les mêmes traditions. Des tons âpres et tristes, des types d’une sévérité typique forment la règle ; s’il y a des exceptions. elles seront dues, comme on le verra, au même travail naturel d'une adaptation progressive au milieu.
Dans les arts mineurs aussi, Byzance a été l’initiatrice. Putna conserve jusqu'à tel rideau venant de la. Serbie d'avant 1400. La tradition constatée déjà dans l’épitaphios de Neamt est continuée : on la retrouve aussi dans cet épitrachile, passé en Russie, qui présente les portraits de l’,autocrate“ moldave et de sa femme, une Marina, qui était sans doute appareutée aux Pa-
* Tafrali, Le trésor de Putna, Paris 1926.
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léologues. Elle le sera jusqu’à ce que, dans ce domaine aussi, le changement de direction, immanquable, se produira. |
Jean VIII, l’empereur d'Orient, revenant de l’Occident par le port moldave de Chilia, aurait donné à son hôte d'allures impériales une icône qui se conserve encore à Neamt, très détériorée et dont on ne s’est jamais occupé de plus près. Il est impossible, étant donné le manque de documents chronologiquement sûrs, de définir cette branche de l’art, qui elle aussi se détache de l’ancien tronc byzantin. $
La Transylvanie des Saxons avait hérité des grands courants d'art de l'Occident: après une phase romane qui a laissé peu de monuments, elle sacrifia au gothique. réduit, à cause des moyens plus restreints dont on disposait, à des lignes simples, à une ornementa- . tion très réduite, avec, ci et là, une belle peinture émue dans le tambour des portes ogivales, comme à Kronstadt-Brasov. Elle transmit par ses architectes, aussitôt appelés à la Cour du grand prince moldave, ces caractères d'un art d'emprunt qui faisait ainsi un nouveau voyage vers l'Est. Il y eut donc les contreforts ornant plutôt qu'étayant une construction assez basse et légère, les meneaux, les encadrements en lignes géométriques simples des fenêtres latérales, plus tard seulement le triforium pompeux de celles qui percent le mur de façade ; il y eut, après avoir souligné de la même façon la petite porte d'entrée dans le mur du Sud, les grands arcs brisés de celle qui mène au pron105, une autre porte, de caractère plus pauvre, séparant, dans un mur plein. ce pronaos, de la nef.
Pour les arts mineurs, les Saxons possédaient depuis longtemps une grande école d’orfèvres. C’est donc là que furent commandés les premiers travaux en argent martelé, dans la ligne rude desquels se conservent les pratiques anciennes de l'art germanique, comme dans l'Évangéliaire donné par le noble transylvain Cândea Latco à l’église — elle aussi du même gothique
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qu'à Sânt Imre, de la même Transylvanie — de Feleac, près de Cluj.
D'autres influences de l'Occident viennent de plusieurs côtés. Il y en a une qui est très ancienne et. dont on retrouve les caractères dans telle lointaine vallée de la Catalogne, où on est surpris de reconnaître des inscriptions en grec au bas des peintures. Il s'agit des arcades lombardes qui dans deux registres habituels ornent les murs-extérieurs et la surface de la petite tour, alors que celle du clocher, étreinte entre les murs d'enceinte, a l’air d’un très vieux donjon, prêt, dans sa simplicité de lignes, à la défense seule.
Puis il y a dans la façon dont la petite tour s'appuie sur les murs de soutenance, dans cet enchevêtrement d’arcs et de pendentifs, dans cette superposition de deux polygones de base, une note de tec: nique dont M. Bals renvoie les origines au vieil Orient mésopotamien, qui se serait poursuivi vers l'Occident par cette Arménie qu'on a un peu écrasée de droits et de mérites. Il est plus probable que le système, qui cependant paraît si original, vient de Caffa en Crimée, de la grande colonie génoise, défendue jusqu'à la catastrophe de 1476 par des ,Valaques hongrois“ et des ,Valaques polonais“ et dans les environs de laquelle, à Mangoup, on avait la forteresse ,impériale“ où se mêlaient aux Comnènes régnants les droits, plus récents, des Paléologues, la forteresse des Saints Théodores. Étienne le-Grand y avait pris femme, cette Marie de Mangoup dont le rideau tombal, d'une inégalable beauté, est sans doute l'oeuvre d'artistes constantinopolitains, désir:ux d'affirmer dans les coins la qualité de Paléologue de la jeune morte : les derniers: moments de cette implantation grecque en terre tatare ont été soutenus par la Moldavie guerrière, qui, du reste, de la vieille Moncastro byzantine, puis génoise, à l'embouchure duDaiester, venait de pousser jusqu’à Lerici, à celle du Dniéper.
Lorsqu'il s’agit d’une sculpture plus compliquée pour les tombeaux des princes, on recourut à un Tchè-
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que quisigne de son nom, si étranger, de ,.mistr Jan“,
maître Jean, les belles dalles reconvertes d’une riche imitation du brocart d’or, à Rädäuti, où sont rangés, plutôt théoriquement, les tombeaux des membres anciens de la dynastie moldave, puis à Putna, où des pierres du même caractère furent recouvertes d'un encadrement à la façon du XVII-e siècle, influencé par l'Orient.
Enfin, à côté des peintres grecs des débuts, l’Occident donna 5a contribution aux fresques de la meilleure époque de l’art moldave. En effet à Popäuti, ,le village du pope“, en marge de la ville commerçante de Botosani, la peintüre qu'on vient tout récemment de laver et qui, étant traversée dans l'autel par un sraffito du XV-e siècle, montre nettement sa date, pré. sente aussi une note, hautement intéressante, qui n’est. pas celle d'un Orient ankylosé, malgré les merveilles de la Kahrié et de Misthra. J'ai relevé même tels saints latins, mais, avant tout, dans de grandes scènes pleines d'un profond sens psychologique, des expressions, des mouvements et des gestes qu’on s'étonne de rencontrer à cette place. Dans la Vie du Christ surtout, il y a pour tous les actes: la veille de la montagne, le chemin de la Croix, la crucifixion une majesté sereine, une douceur pleine de reproches qui montrent d'où a pu venir cet aspect nouveau, qui devait rester unique. Les rapports entre Génois et Moldaves étaient alors les plus étroits, et Étienne, qui rencontrait souvent les marchands de Caffa et de Péra, venant par son Moncastro à lui, demanda à un certain moment qu'on lui fabrique à Gênes une épée ,à la façon valaque‘“, ce qui se trouva être impossible.
. Mais l'adaptation au pays, au goût de la race eut une part très importante dans cette synthèse.
Toutes ces églises, à côté desquelles il y avait, comme à Vasluiu, à Popäuti de Botosani, des habitations princières, malheureusement trop transformées, au point d’être méconnaissables, ont une plus large base, qui correspond à celle des maisons paysannes, à cette prispa
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servant à se reposer, à contempler la nature et la rue, à dormir pendant les chaudes nuits d'été. Le toit a un caractère local bien dessiné et qui ajoute au charme de l'édifice. D'un large développement, permettant à la neige de glisser, aux eaux de pluie de s’épandre, il s'adapte aux lignes de l'architecture dont il recouvre séparément les parties, de sa cuirasse grise de bardeaux, la plus habituelle, et garde cependant un aspect de parfaite harmonie unitaire.
Dans le domaine de la couleur aussi la Moldavie innove. Elle est un pays où on aime cet aspect bariolé que présentent les champs verts ou dorés, les pelouses semées de fleurs sur le fonds vert des grands bois ou sous l’embrasemeut du vaste ciel bleu. L'art populaire entier est empreint du charme de cette polychromie aux secrets infinis, variant d'une pièce à l’autre. Aussi ne veut on pas, comme les Saxons de Transylvanie, les Polonais, les Italiens du Bas-Danube et du Pont, d’une église unie à l’extérieur, d’une , église blanche“, comüie, par exception, est celle de Baïa. Les matériaux doivent fournir la couleur. La base sera donc en pierre grise, des briques rouges constitueront le corps de l'édifice, traversées de bandes sur lesquelles la brique est revêtue d’émail coloré. Et, enfin, à la. rencontre des arcs d’abord, jusqu’à la cime de Ja petite tour, ensuite comme une bande sous le toit de l’église même et de cette tour se suivent des ornements de céramique qui n’ont plus la simplicité des cabochons de Cotmeana ou de Câmpulung, mais qui cor respondent plutôt à ce que présentent de plus déve-
loppé dans ce genre Byzance elle-même et les parties
de l'Italie qu'elle influence. Des figures bizarres, manifestant une originalité bien frappée, ornent ces disques qui simplantent dans le mur, présentant les brillantes rondelles bleues, vertes, marrons, rouges et jaunes. Il y a les armes moldaves rendues avec une rude franchise, des êtres fantastiques, comme ceux de la vieille Assyrie, avec la couronne sur une tête humaine
qui finit le corps d’un lion, des figures affrontées et d’autres produits d’une imagination bien éveillée.
N'oublions pas les manuscrits Au travail des moines de Bistrita en Olténie répond en Moldavie la calligraphie et les enluminures de ceux de Neamt. C’est peutêtre parmi eux qu'il faut chercher les auteurs de cet admirable Évangéliaire slavon, à texte grec en face, qui se trouve aujourd'hui à Oxford’. Il se distingue par une très élégante reproduction des vieux frontispices byzantins ; les couleurs sont choisies et harmonisées avec une grande délicatesse. À Neamt toute une école travailla jusqu’assez loin dans le XVI-e siècle à des manuscrits slavons dont la lettre à forte graine est d’une imposante beauté A leur tête un Gabriel, auquel on doit un manuscrit des Évangiles à quatre planches en 1429. Un Nicodème, un Palladius, de Putna, s'inscrivent dans cette série d’artistes, La Bibliothèque de Munich possède même un autre Évangéliaire, postérieur, qui ajoute à ses autres qualités artistiques l'or- nement, lui aussi, des quatre grandes figures d’évangelistes: le miniaturiste donne son nom, le diacre Théodore, fils de Mirisescu. À leur tête fut celui qui devint le Métropolite Théoctiste, puis un autre Métropolite, Georges Mais pour l'imprimerie on se borne à acheter les publications des voisins valaques.
Et, lorsque, au lieu de recourir aux brodeuses grecques, aux fabricants de croix de bois de cyprès au Mont Athos, aux orfèvres saxons, furent organisés dans certains couvents de modestes ateliers, on peut découvrir dans la ligne et dans le mouvement autre chose que la sécheresse byzantine ou la rudesse de trait qui caractérise la fin du moyen-âge allemand Il y a comme une douceur rêveuse dans ces lignes fuyantes, d’une liberté que la discipline ne cherche pas à amoindrir et dans la couleur des rideaux d'église une passion de la couleur claire dans le fonds, unie à un sens des nuances effacées dans les figures qui montrent très bien que
Ati M J. Bianu en a donné des reproductions pour PAcadémie Roumaine. L’une d’entre elles a passé dans l'Art roumain ancien d: N. lorga et G. Bals
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dans l'art de l'Est européen une nouvelle race, avec ses qualités et avec ses défauts, fait son avènement.
La littérature n’a pas la même valeur, autant qu'elle existe dans ce pays qui n’a pas trouvé son Neagoe: la femme du second âge d’Étienne est la Valaque Marie, fille du ,,beau“ Radu, et elle n’amène pas même les influences d'art qui dénctent la présence de la Byzantine Marie de Mangoup, peut être même de cette Eudocie de Kiev, dont la pâle figure émaciée comme celle d’une martyre apparaissait, nettement contourée malgré une réfection du XVIJT-e siècle, sur les murs de cette église de $. Nicolas à Jassv, brutalement détruite et odieusement remplacée par Lecomte de Noüy. Provoquées par l'influence étrangère, des chroniques du Balcan, cette littérature prend bientôt cependant une autre allure, sans atteindre jamais Îa couleur de la chanson populaire qui ne passa pas à côté du Grand Étienne, confondu, malheureusement, ensuite avec les porteurs ultérieurs, bien indignes, de ce même nom.
À Bistrita, la fondation d’Alexandre-le-Bon, il n'y a que de très brèves annales, complètement dénuées de couleur. Aussitôt qu'on se met à consigner l’histoire du pays au couvent nouveau de Putna, on sort un peu de la tradition. L2 récit paraît s’animer lorsqu'un moment décisif de l’histoire du pays est atteint, comme surtout pour 1497, quand l’armée du roi de Pologne, Jean-Albert, qui avait envahi le pays, fut surprise et détruite dans la ,Forêt Rouge“. Mais il n’y a rien des éloges que Byzantins et Slavo Byzantins ont l'habitude de prodiguer au maître: Tout est rapporté à Dieu qui décide du sort des batailles. |
Étienne lui même en pensait ainsi. Esprit très réels, d'un côté, de même qu'il est, de l’autre, d’une profonde piété, son tempérament éclate parfois dans des jets d'itonie cruelle. Ainsi lorsqu'il dit aux Turcs prisonniers en 1475, après sa victoire de Podul-Tnalt, qui veulent se racheter: «Si vous êtes si riches, pourquoi être venus dans mon pauvre pays», lorsqu'il rappelle
aux Mineurs de Transylvanie, qui attaquent devant lui l'orthodoxie moldave, que c’est son pays qui leur assure par son sacrifice l'ordre de la paix. Lorsqu'il affirme devant les Polonais son droit sur l'héritage ancestral de la Pocutie et déclare ne pas vouloir quitter cette province «par sa gorge», sa parole devient dure et véhémente. Elle est touchante dans sa simplicité douloureuse lorsqu'il fait savoir aux Vénitiens qui ne veulent pas le secourir qu'il ne dépend pas du roi de Hongrie, ni d'un autre de ces princes voisins qui l’ont abandonné dans sa détresse et que la perte de ses ports est une atteinte essentielle aux intérêts de la chrétienté entière. Et il y a comme unélan prophétique dans les quelques lignes par lesquelles, aussitôt après sa victoire mentionnée plus haut, il faisait savoir aux princes et aux républiques qu’il a «foulé aux pieds» les Infidèles pour. la plus grande gloire de la Foi.
Il parlait en roumain et parfois aussi en slavon, comme dans ces entretiens qui sont rendus par tel envoyé du roi de Pologne dans la question de la Pocutie. Tel de ses traités, celui qu'il conclut sur base d’égalité avec le roi Jean Albert, porte la mention qu'il y a eu, en dehors de la forme latine, ruthène, un texte valaque'. Ici encore le roumain pénètre même dans la préparation des actes solennels de la vie politique, dans l’activité des chancelleries. Par dessus les emprunts à la civilisation slave des Balcans, le fonds national paraît et se prépare à obtenir une domination naturelle. ;
! Notre /storia literaturii românesti, 1, p. 217.
s Art et littérature du XVI-e siècle.
C’est encore la Moldavie qui donnera, au XVI-e siècle, de nouvelles manifestations de l’art roumain, qui venait de gagner sous le long et fécond règne d’Étienncle-Grand ses caractères distinctifs, destinés à passer bientôt en Valachie aussi.
Les quelques années pendant lesquelles la principauté fut gouvernée par le fils et le petit fils du grand bâtisseur furent cependant stériles. Bogdan, le premier de ces princes, fut occupé par ses guerres contre la Pologne, où il croyait pouvoir gagner, de gré ou de force, la main de la princesse Élisabeth, soeur des rois Jean Albert, Alexandre et Sigismond À peine continua-t:on les peintures du grand couvent de Dobrovät, dans la forêt de Jassy, fresques presque totalement invisibles qui attendent encore un travail de nettoyage ; sa femme y est ensevelie devant l'autel Quant au jeune Étienne, fils et héritier de Bogdan mort jeune, ce mineur employa ses quelques années de passage sur un trône glorieux à des caprices d’enfant mal élevé et d’adolescent capricieux et cruel, jusqu’à ce que, la patience de ses sujets étant à bout, il fut tué, du consentement, a-t-on prétendu, de sa femme elle-même. de cette princesse valaque Stana, qui était la fille de Neagoe et de Militza.
S1 elle avait conservé sa situation, peut- ete ra aurait-elle suivi, dans cet autre pays roumain, le grand et noble exemple de sa mère. Mais bientôt la Moldavie eut pour souveraine une autre descendante des despotes serbes de source royale et de prétentions by-
zantines, Hélène, ou Hélène-Catherine, car elle signe, une fois, ainsi, Seconde femme de Pierre, dit Rares.
Si, sous ce prince, bâtard du grand Étienne et qui n'était guère préparé à régner, il y eut une nouvelle floraison d'art, il faut en attribuer le mérite, exclusivement ou en partie, à cette étrangère, d’une haute ambition et d'un goût raffiné, d’une grande piété, suivie par les plus nobles moyens. Héiène suivit même après la mort de son mari sous le nom de ses fils, Élie, qui devoit finir en rénégat, son nom étant partout râclé ou raturé, et Étienne, destiné à avoir, pour des motifs semblables, le sort de son plus récent homonyme, cette ligne de créations artistiques. Elle en transmettra ensuite, comme on le verra bientôt, l’héritage à ses deux filles, princesses des deux pays, Chiajna et Roxane. |
La principale fondation des époux princiers est Pobrata sur le Séreth, destinée à être leur nécropole, de même que l’église épiscopale d’Arges l'était pour la lignée de Neagoe. De puissants murs du caractère général de ceux de Résava-Manassiia ou de Semendrie— des modèles serbes du pays de celle qui s’intitulait sur les inscriptions mêmes de ses fondations fille du despote Jean —, mais sans la série de belles tourelles de là-bas, entourent une large cour contenant une maison princière en ruines, plus simple, avec ses petites fenétres aux cadres de simple meneaux, et une grande et belle église. Elle a les notes fondamentales des bâtisses de cette nouvelle époque de l’art moldave: narthex extérieur jadis ouvert, comme l’ont constaté des recherches attentives, chambre des tombeaux ayant au dessus celle du trésor: les pierres sépulcrales de Pierre et d'Hélène, en marbre, sont gravées d’une très belle inscription rappelant celle des tombeaux de l’Épiscopale d’Arges. De proportions plus vastes mêmes que pour les dernières églises d’Étienne, à Neamt et à Dobrovät, l'édifice conserve à l’intérieur — l'extérieur ayant été reconvert d'un vulgaire enduit — des traces
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d'une remarquable peinture, au moins dans la première de ses pièces.
Ces proportions ne seront pas conservées dans des édifices princiers d’une destination moins importante. C’est le cas pour les églises rempleçant d’autres qui s'étaient ruinées ou réunissant à l'initiative du prince lui-même celle de certains de ses principaux boïars, comme à Moldovita, au joli pridvor ouvert, ou à Humor, puis aussi pour les fondations de ces boïars et des clercs qui étaient leurs collègues dans le Conseil princier: Horodniceni (district de Folticeni) et Cosula (district de Botosani), avec sa belle enceinte gravissant le colline en Zzigzag, oeuvres du trésorier Mathias (Mäties), Rädäuti, refaite un peu plus tard sous l’évéque Éphrem. Déjà à Arborea on avait l’église sépulcrale de ce vieux boïar Arbore, le tuteur sacrifié du jeune Étienne. À Râsca l’évêque de Roman, Macarius, bâtira une belle église monacale. À Baïa, à Härläu, à Suceava, où déjà il y avait Saint Georges, bâtie par Bogdan, Pierre Rares ajoute cette solide bâtisse de Saint Démèêtre, où on aimité dans l'inscription tel basrelief de Mino de Kiesole. II s'agissait dans ces nouvelles bâtisses d'affirmer en quelque <orte combien le nouveau règne du fier et tenace bâtard se relie à celui de l’impérial aïeui Étienne gouvernant avec force, mais avec décision, le pays de son héritage.
Mais dans toutes ces églises, sauf celles qui n'ont pas pu être terminées, ce qui frappe les yeux surtout, ce qui leur crée à toutes un chapitre à part dans l’histoire de l’art roumain c’est la peinture.
Non seulement elle recouvre l'autel de ses scènes de la vie du Christ, ses biographies des saints patrons, ses grandes figures divines bénissant du haut des voûtes et sur la façade, percée maintenant de grandes fenêtres à triforium, des représentations du sort différent des âmes condamnées et des âmes bienheureuses ; elle éténd à l'extérieur toute une nappe multicolore, tout un éclatant tapis de sujets profanes: philosophes
et sybilles, rappels au Vieux Testament, «douanes» des âmes qui traversent les régions du ciel, arbres de Jessé, vieux sièges de Constantinople par les Arabes. Tout cela est frais et gai, avec des détails qui paraissent rappeles l'Occident, l'accord avec les lignes de l'architecture étant conservés, mais en même temps la peinture ayant maintenant le droit de prendre ses ébats.
De très belles choses, sinon les jubés en bois sculpté et doré, qui ne sont pas contemporains, au moins les frontispices de cette façon au dessus des portes, puis des sièges, des icônes s’ajoutent à cette richesse de l’ornementation par la peinture.
Puis il y eut un ralentissement. Les créations d'Hélène elle-mêine: telle petite église à Suceava, les deux édi- fices religieux, St. Georges et la Dormition (Uspenia) de Botosani, ville donnée à la princesse, relèvent du vieux type; on na pas eu le temps de les faire peindre alors que si vite s’écroulaient les trônes des malheureux fils de la pieuse princesse,
Mais les filles firent ce que le sort refusa à ces fils. | |
Chiajna eut une certaine influence sur l'art de la Valachie, qui avait donné la Métropolie de Târgoviste, solide ouvrage à plusieurs tours — maintenant malheureusement détruit, étant remplacé par une fantaisie de Lecomte du Noûüy —, dû au mari de la soeur de Stana, Roxane, cet ancien moine d'Arges, comme prince devenu, de Pierre: Païsius et qui prit le nom héroïque de Radu. DÉjà onse dirigeait vers les emprunts au tÿpe moldave bien constitué. L'église de l’Hospice (Bolnita) à Cozia peut bien avoir des souvenirs du passé artistique valaque, comme le parement, si délicat, de briques en longueur et de pierres grises, il est bien vrai que les peintres qui lui ont donné des oeuvres tout aussi belles que la partie de la peinture de la grande église qui vient du même XVI-e siècle portent des noms slaves — ce qui ne fournit pas une preuve de leur origine—, qu’on a relevé tout dernièrement des