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CONTES CHOISIS

M. Paul Arène est un vrai Provençal, qui a couru le taureau dans la Camargue. Il peut aller en pèlerinage au tombeau de Florian. A défaut de son acte de naissance, plus d'un signe de race garantit l'authenticité de ce félibre. Je ne parle pas de son extérieur, qui d'abord pourrait tromper. Un de ses amis l'a dit, c'est un « Méridional contenu » , espèce rare. Je ne parle même pas de sa conversation, singulièrement savoureuse, à ce qu'on raconte. Je ne connais que sa langue écrite; mais j'y trouve un fond d'accent, des inflexions, un rythme, une chanson exquise. C'est ainsi, j'imagine, que sa chère Durance chante en roulant ses galets.

Tout est provençal dans les récits de M. Paul Arène. Le vocabulaire, d'abord, si franchement terrien. Plaignons les conteurs qui ne possèdent

que la langue des livres; ils sont pauvres. Quel trésor que cette langue des champs, cette langue « cadastrale » , comme la qualifie M. Arène, vive, pittoresque, jamais à court de mots pour noter les aspects d'horizon, les accidents du sol, et quel usage peut en faire un artiste! M. Arène parle couramment cet idiome. Il ne l'a point désappris depuis le temps où il revenait de la Gigalière paternelle, au pas du petit âne Blanquet, dans un couffin de sparterie, sur un panier de figues fraîches. Et c'est un charme que ces locutions paysannes, si descriptives, dont il colore sa prose.

Dialecte à part, il est encore Provençal par la qualité de ses images, toutes pleines de ressouvenirs de là-bas. Par exemple, une rumeur confuse de voix lui rappelle celle des arbres au bord de la Durance, par un beau coup de mistral. Ou bien un froissement de papier fait à ses oreilles le bruit doux des papillons de vers à soie, quand ils grainent.

Provençal, enfin, il l'est par ses récits mêmes, que presque toujours encadrent d'ardents paysages, de préférence celui de Canteperdrix, avec ses oliviers pâles, ses grêles amandiers, ses coteaux brûlés de soleil, où la lavande embaume.

C'est le vif attrait du recueil que M. Paul

Arène a publié sous le titre c]e Contes choisis. Cela sent bon son Midi, comme ce pot de miel, « en terre de chez nous» , qu'il envoyait un jour à Théodore de Banville, dans des marjolaines nouvelles.

Ce n'est pas que je n'en voulusse retrancher un ou deux de ces contes. Pourquoi avoir mêlé des odeurs de boulevard, même des relents de brasserie^ ces pures senteurs montagnardes? On dit que M. Arène ne voit jamais mieux les belles lignes de ses coteaux pierreux se profiler sur ce qu'il nomme la soie bleue de son ciel, qu'ici, devant une table de café, à travers la fumée de sa pipe. C'est son droit d'artiste de chercher l'inspiration où il lui plaît. Mais qu'il y prenne garde ! Que la tabagie ne laisse pas son odeur aux feuilles où il écrit ses rêves. Il n'a point à gagner à imiter jusqu'au bout ce Jean-des-Figues qui lui ressemble tant et qui perdit pas mal de sa poésie, nous semble-t-il, en même temps que de sa vertu, sur le pavé parisien. Qu'il reste le Jeandes-Figues de Canteperdrix, Jean-des-Figues « l'ensoleillé » .

Ces lignes parurent quelques mois avant la mort de Paul Arène .

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