LA JEANNE D'ARC DE M. BOU TET DE MONVEL
d'un trouble inconnu. Elle écoute avec un ravissement plein de frissons les voix qui lui signifient les ordres célestes, et Ton pressent qu'elle leur obéira avec docilité. Mais cette voyante n'a rien de morbide. Si frêle que soit sa membrure d'adolescente, elle pourra endosser l'armure, monter achevai, faire le beau geste del épée. Et, durant toute sa vie héroïque, à la cour, dans les camps, sur les champs de bataille, devant ses juges, en prison... si chacune de ses paroles exprime une foi invincible en sa mission, pas un de ses mots ne trahira l'exaltation d'une illuminée.
Pour raconter aux yeux cette existence de vierge élue et triomphante jusque dans la mort, il fallait un talent d'une grâce sereine, d'une grâce naïve aussi et pourtant savante, — la naïveté peut-elle être, en cet âge, autre que consciente et érudite? — une touche d'enluminure gothique, un style de vitrail ou de missel. Depuis surtout que la Pucelle béatifiée a droit à un culte public, involontairement nous imaginons derrière elle le profil d'arc ogival où nous avons coutume de voir s'encadrer les figures de saints. Or, par quelques-uns de ses procédés d'aquarelliste, M. de Monvel était préparé à