‹ Art et natureChapitre 5 sur 35 · FF F · texte numérisé non relu

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faits, ait voulu lui donner d’autant moins de satisfaction d’amourpropre, que les ressources qu’il tenait de sa famille lui assuraient le bien-être matériel. Ce n’est guère, en effet, qu’à partir de 1 Exposition universelle de 1 85 5 , que Corot vit autour de lui se presser l’amateur.

Aujourd’hui, Corot nous apparaît dans toute la splendeur de son génie, avec son originalité propre, au milieu de la phalange superbe de l’école de i83o. S’il avait commencé l’étude de son art sous la direction de Michallon et de Bertin, deux défenseurs entêtés de l’école du paysage historique, il avait appris d’eux la

nécessité d’un dessin serré, précis, exact, et l'on est surpris de l’écriture de ses dessins. Puis, sous l'influence de Cabat, qui commençait à prêcher d’exemple pour une doctrine nouvelle, il s’était rapproché de la nature ; il avait senti qu'il y avait autre chose dans le paysage que des arbres et des campagnes ; qu’il y avait aussi des heures, qui mettaient une harmonie dans le pittoresque, et variaient les aspects, comme la vie elle-même. Il s’était mis alors à considérer non plus l’objet séparément, l’élément isolé dans le paysage, mais l’ensemble, le concert des choses, l’exquise erreur offerte à notre vue par les caprices de la lumière; et lui, qui était si sincère, si minutieux, si précis, quand il dessinait à la plume un arbre, voilà qu’il mettait toute sa sincérité, toute son exactitude, à ne plus dessiner apparemment cet arbre, mais à nous en donner la sensation, à en traduire le frisson dans le coin de nature qu’il se proposait d’interpréter. «Je ne fais pas le portrait d’un arbre, » répondait-il à quelqu’un qui lui demandait s’il peignait un chêne ou un châtaignier. Et il avait cent fois raison.

Lorsqu’il contemplait un site, une entrée de bois ou une clairière en forêt, que lui importait de connaître l’essence des arbres qui se dressaient devant lui. Ce qu’il admirait jusqu’à l’émotion, c’était l’harmonie de la masse, c’étaient les tons attendris dont se parait cette masse, c’était la vie qui passait dans tout cela. La nature se montrait à lui, non pas comme un livre ouvert dont les colonnes s’emplissent des chiffres d’une statistique, mais comme une maîtresse toujours admirablement jeune et belle, et toujours digne d’être adorée.

Et Corot l’aimait, cette nature dont tous les éléments lui chantaient leur poème, et c’est parce qu’il y écoutait une voix vraiment divine, qu’il se plaisait, en fervent de Théocrite qu’il lisait dans le texte, après avoir longtemps cultivé le jardin des racines grecques, c’est parce qu’il y écoutait cette voix idéale, qu’il se plaisait à ressusciter dans le cadre de ses paysages les aimables bourgeois de la foi païenne, les nymphes, les satyres, les dieux éternels et autres, dont l’humaine bonhomie répondait comme un écho lointain à sa bonté plus qu’humaine.

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Eau-fortc de Duvivier,

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