COROT
Corot, en effet, n’est pas seulement paysagiste; il a été un peintre de figure de tout premier rang. Dans l'expression du regard, dans le signe frissonnant des lèvres, dans le geste des bras et des mains, dans le penché des torses, c'est toute la vie qui est traduite, la vie intime, la vie réfléchie qui trahit ce quelle ne dit pas par des mots, la vie affirmée par des nuances, et il s'en dégage, pour ceux qui étudient ses œuvres, que Corot, avec son œil fin et spirituel, était en même temps qu’un magnifique évocateur de choses, un grand liseur d'âmes.
Le hasard a voulu qu 'auprès du public, si lent à se décider sur son compte, le paysagiste, un temps du moins, l'emportât sur le peintre de figures ; et pourtant, dans ses figures, c’est la même audace de vérité, la même crânerie de touche, le même éclat harmonieux, les mêmes trouvailles heureuses, les mêmes secrets profonds d’information psychologique qui nous étonnent et nous ravissent.
Et c’est sans doute parce qu'il avait ainsi compris le rôle de la figure, que Corot s'est plu à en placer dans nombre de ses tableaux. Cabat et ses compagnons avaient dit: « Soyons vrais: la nature se chargera d’être belle à elle seule. » Corot, lui, songeait que la nature avait été faite belle pour ceux qui l’habitent, autant que pour ceux qui s’enivrent de sa contemplation, et il en devinait si exactement la beauté, qu'il ne croyait pas devoir la priver de l’expression la plus sensible de la vie, qui est la figure humaine.