I. — BIOGRAPHIE DE SEBILLET
Sources. — Bibliothèque Nationale. — Mss. fr. 1108 ; coll. Dupuy 137 ;mss. latins, 8139; Cabinet des Titres, pièces originales, 2667, pièce, 59,324. — Trois pièces extraites, des Archives des Notaires de Paris (recueillies par M. le baron Pichor. et communiquées par M. Emile Picot).
La Croix du Maine et du Verdier. — Bibliothèque Françoise. — Nouvelle édition, augmentée des remarquesde B. de la Monnoye, etc. Paris, 1772-1773, 6 vol. in-4.
Loisel. — Divers opuscules tirés des mémoires d'Antoine Loisel, etc., le tout recueilli par Cl.Joly. Paris, 1652, in-4.
VI INTRODUCTION
Pierre de l'Estoile. — Mémoires journaux. — Edition pour la première fois complète, etc. Paris, 1875-1896, 12 vol. in-8.
Etienne Pasquier. — Ses œuvres... et les lettres de Nie. Pasquier. — Amsterdam (Trévoux), 1723, 2 vol. in-folio.
Cf. les ouvrages de Sebillet énumérés plus loin.
Les documents imprimés déjà signalés dans les notes de La Monnoye (Bibliothèque de la Croix du Maine, II, 433-434), ont été utilisés dans la biographie manuscrite de Colletet (Vies des Poètes François — B. N. Nouv. Acq. fr. ms. 3073. fos 462-465), et dans les notices de Goujet, (Bibliothèque Française. Paris, 1740-1756, 18 vol. in- 12, t. III, p. 94, sqq.) de Weiss (dans la Biographie Universelle, t. XXXIX, p. 276-277) et de Zschalig (Die Verslehren von Fabri, Du Pont und Sibilet. Leipzig 1884, in-12, p. 65).
Thomas Sebillet (1) naquit en 1512, très probablement à
(1) Le nom de notre auteur a été orthographié assez capricieusement, Sebilet, Sibilet, Sibillet, Sybilet ou même Sybille. Mais il paraît hors de doute que la véritable orthographe est Sebillet. Nous n'avons pas grand compte à tenir du témoignage des contemporains, qui se souciaient fort peu d'orthographier correctement les noms propres. Mais si l'auteur de ï 'ùirt poétique français semble avoir évité d'inscrire ouvertement son nom en tète de ses ouvrages, il nous a laissé pourtant trois indications authentiques et concordantes : i° Le sonnet qu'il adresse à Du Bellay et qui se trouve imprimé en tête du IVe livre de V Enéide, dans l'édition de 1552, est signé Th. Seb. 2" La traduction des Contramours et celle des xAdvis civils de Lottini, sont précédées toutes deux d'un sonnet acrostiche; vu la rareté de ce dernier ouvrage, nous croyons devoir reproduire le sonnet qu'il renferme et qui nous a été obligeamment communiqué par l'Administration du British Muséum :
Le Traducteur au Lecteur François.
Tourner de langue en autre un estranger auteur Honnore peu celuy qui en a pris la peine, Ores qu'en le tournant souvent il perde haleine Mordant l'ongle, pour estre appelle traducteur. Avantage plus grand remporte l'inventeur. Se faisant renommer par sa besongne pleine, Subtilisée encor de belle et douce veine, Et enrichie d'art, de bon sens eventeur. Bien a cest avantage en ce livre gaigné Jean Francisque Lotin : ou il a besogné.
INTRODUCTION VII
Paris (i). Il fit ses études de droit et fut avocat au Parlement de Paris, mais « il s'amusoit plus à la poésie françoise qu'à la plaidoirie. » Il fit (2) un voyage en Italie, vers l'âge de trentesept ans. Nous ne savons rien de sa vie privée, sinon qu'il épousa Magdeleine Le Roy, auparavant veuve de Jean Choffart, marchand drapier (3). Il fut en relations avec divers personnages connus, entre autres Michel de l'Hospital (4), Joachim du
Librement, doctement, en langue Italienne :
L'ay-je-fait puisnaguere en France devaller?
Et l'ay-je-fait encor françoisement parler?
Tien en est le profit, et la peine en est mienne. Le sonnet-acrostiche des Cm tr amours, dédié à Pontus de Tyard, donne la même orthographe.
30 Enfin, la Bibliothèque Nationale (Cab. des Titres, pièces originales 2667, pièce 59 323) possède un reçu daté du 18 janvier 1573, commençant par ces mots : « Je Thomas Sebillet, advocat au parlement soubsigné aiant droit de Messire Jehan de Lannoy... etc. », et très lisiblement signe Sebillet.
(1) La Croix du Maine II, 452. L'Estoile V, 13. Nous n'avons pu découvrir aucun document officiel concernant le lieu de naissance de Sebillet. Du Verdier (V, 537) le fait naître à Chàlons, mais sa notice est pleine d'inexactitudes ; il défigure jusqu'au nom du personnage, qu'il appelle Sybille. Le témoignage de la Croix du Maine et de l'Estoile nous parait beaucoup plus digne de foi.
(2) Pasquier [Lettres, Livre VIII, lettre I, II, 197) raconte l'avoir rencontré en Italie » quelque temps après qu'il eut mis en lumière son livre de 1 Art Poétique François », lequel est de 1548. D'autre part, Sebillet, dans la préface des Contramours, déclare avoir traduit cet ouvrage en 1550, à son retour d'Italie. Cf. la lettre de François Perrot à Nicolas et Auguste de Thou, publiée par M. Picot [Les Français italianisants au XVI' Siècle. Paris, 1906, in-8. I, 3491 et datée du 27 septembre 1550).
(3) Le fait ressort d'une pièce recueillie par M. le baron Pichon. dans les Archives des Notaires de Paris, et qui nous a été obligeamment communiquée par M. Emile Picot (la pièce est datée de 1573 et ■concerne une rente due par lui, conjointement avec sa femme). Dans deux autres pièces de même origine, nous le voyons en r)6i, servit d'arbitre entre Charles l'Angelier, d'une part, et Guillaume Prévost et Catherine l'Angelier, de l'autre; en 1569 acheter, de Gilles Heurteloup, une rente à lui cédée par Messire Philibert de l'Orme, abbé de Saint-Serge.
(4) Bibl. Nat. Mss. latins, 8139. Cf. infra la liste des ouvrages de Sebillet.
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Bellay (i), Etienne Pasquier et Loisel, qu'il engagea tous deux à, écrire (2), l'Estoile avec qui il fut emprisonné durant les^ troubles de la Ligue (3). 11 parait du reste avoir été fort affecté par les désordres politiques au milieu desquels il vieillit. Le discours qu'il prononça au Parlement, en octobre 1589, « sur les affaires de Tannée », nous le montre fermement attaché au gouvernement monarchique et à la foi catholique, et fort inquiet des progrès de la démagogie et de l'influence étrangère (4). C'est
(1) Sur la nature de ces relations qui, au début assez tendues, devinrent dans la suite tout amicales, cf. H. Chamard, Joacbim du Bellay, Lille, 1900, in-8, ch. II, IV, V, p. 90, sqq, 127-140, 146, 157, 169, 250, etc.
(2) Et. Pasquier, Lettres VIII, 1 (II, 197). Cf. I, 12 (II, 19). Hjcherches de France, Livre VII, ch. VI (I, 703) .Epigrammata, III, 41 et 55 (I, 1168, 1170). — Loisel. lbid., loc. cit.
(3) L'Estoile, V, 13.
(4) Bibl. Nat. Mss. fr.. Coll. Dupuy 137, p. 168 sqq. Cette pièce n'ayant jamais été publiée à notre connaissance, nous croyons devoir l'analyser rapidement. Sebillet commence par citer ce mot de Plutarque, en la vie de Nicias :
» Ou discord règne en quelconque cité « Le plus meschan a plus d'authorité. » et. il en fait l'application à l'état actuel de la France. Il s'indigne contre ceux qui ont osé » entreprendre l'autorité par dessus toute s-upériorite avec telle licence et audace que ceux qui ne l'ont veu no le peuvent bonnement- croire ». Il établit longuement, avec force citations antiques, la supériorité de la monarchie sur l'état populaire. Les François ne doivent pas plus changer de forme de gouvernement que de religion : « Il faut que le roy soit de notre religion catholique, apostolique et romaine. » On a reconnu comme roi le cardinal de Bourbon ; « mais la reconnoissance a été si froide et languissante qu'il semble qu'on ne le veuille servir ». Pendant ce temps un prince étranger convoite le trône et emploie la corruption pour y parvenir : « Ce n'est pas ainsy qu'il nous faut faire. Nous sommes françoys : ne soyons pas cause de la ruine de notre propre mère et patrie ». Sebillet fait donc appel au zèle de tous hons citoyens pour faciliter la délivrance de ce roi-cardinal, qui, bien que prisonnier, doit voir ses ordres respectés et exécutés. En attendant, il faut reconnaître, dans cette ville de Paris, l'autorité des magistrats (le Parlement, le prévôt de Paris et le prévôt des marchands). Le clergé devra prêcher l'obéissance et l'armée prêter mainrforte aux magistrats. Ainsi fesant, « il n'y a point de doubte que Dieu bénira nos bonnes saintes intentions et fera prospérer les-
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dans ces sentiments qu'il mourut, un mois après, fort affecte, npus dit l'Estoile (i), de la surveillance qu'exerçaient sur lui les Seize, et laissant le renom d' « homme de bien et docte..., le plus curieux du monde, mais rond et véritable».