II. - OUVRAGES DE SEB1LLET
Voici, aussi complète qu'il nous a été possible de l'établir, la liste des ouvrages de Thomas Sebillet.
A) Ouvrages imprimés. — Nous indiquons pour chaque ouvrage la première édition.
1° Art Poétique François pour l'instruction des jeunes studieus et encor peu avancé^ en la poésie française. Paris, Gilles Coi rozet (ou Arnoul l'Angelier), 1548, pet. in-8 ;
2° Ulphigene d'Euripide poète trafic : Tourné de grec en françois par l'auteur de l'Art 'Poétique. Paris, Gilles Corrozet, 1549, pet. in-8 ;
L'intérêt particulier de cette traduction consiste dans la tentative qu'a faite Sebillet d'y employer les différents mètres et poèmes à torme fixe décrits dans son Art Poétique (2) ;
3° Contramours. L'Anteros ou Contramour de Messire Baptiste Fulgose, jadis duc de Gennes. Le Dialogue de 'Baptiste Platine, genliUxmime de Cremonne, contre hs jolies amours. Taradoxe contre l'amour. Paris, Martin, 1581, in-8;
4° Advis civils contenans plusieurs beaux et utiles enseignemens, tant pour la vie politique que pour conseils, et gouvernemens des Estais Republiques. Traduicls puis nagueres en François de l'Italien de Messire Francisque f.otin, gentilhomme de Volterre, au territoire Florentin. Paris, Jean Richer, 1 584, in-8.
affaires de l'union des catholiques, leur donnant bon succès â son honneur et gloire, et au bien gênerai de la republique de cet estât de monarchie françoise. »
(1) L'Estoile. lbid.
(2) Dans sa notice manuscrite, Colletet attribue à Sebillet et analyse longuement une traduction de YHécube d'Euripide (Paris, 1550, in-8), dont Lazare de Baïf a été jusqu'ici considéré comme l'auteur mais que les recherches récentes de M. René Sturel restituent à Bochetel de Sacy.
X INTRODUCTION
On trouve, en outre, un sonnet français et deux distiques latins de lui, en tête du IVe livre de VEnéide, traduit par Joachim du Bellay (i) et une poésie latine dans les œuvres de Pasquier(2).
Sur la toi d'une brève indication de la Croix du Maine (3), on a souvent attribué à Sebillet la traduction de YEcuirie de Federic Grison parue en 1559 (4) et celle du Traité de César Fiaschi touchant la manière de bien ferrer et embrider les chevaux (ç), parue en 1 564, toutes deux souvent réimprimées au cours du xvie siècle. Mais il se présente une sérieuse difficulté. Dans l'Epître dédicatoire de l'ouvrage de Fiaschi, l'auteur, François de Prouane, se nomme expressément et désigne en même temps Bernard du Poy-Monclar comme le traducteur de Federic Grison ; cette dernière attribution est en outre confirmée par Du Verdier (6). La Monnoye ne s'est pas embarrassé pour si peu et a conclu hardiment qne Bernard du Poy-Monclar et François de Prouane s'étaient attribué la paternité de traductions dont Sebillet était le véritable auteur (7) ; la plupart des bibliographes ont docilement adopté cette opinion (8);
Si l'on se reporte au texte qui a servi de point de départ à cette conjecture, on verra combien elle est fragile : la Croix du Maine s'est visiblement inspiré de la préface des Contramoitrs (1581) où Sebillet énumère lui même ses traductions : « Mesme intention déspieça me fit tourner quelques-unes des plus braves oraisons de Cicéron ; et depuis Philostrat de la vie d'Apollon le Tyanien ; et dernièrement l'Escuirie de Messire Federic Grison, Napolitan ; et le traitté de César Fiasque, Ferrarois, touchant la manière de bien embrider, manier et ferrer les che-
(1) Paris, 1552, in-8. Cf. Chamard, Joachim du Bellay, p. 249-250.
(2) Pasquier. Œuvres, I, 1117.
(3) La Croix du Maine, II, 435.
(4) Paris, Perier, 1559, in-4.
(5) Paris, Perier, 1564, in-4.
(6) Du Verdier, III, 228 et 558. Pour Fiaschi, Du Verdier lIII, 279) déclare le traducteur incertain.
(7) Du Verdier, III, 248 et 279. Ailleurs (la Croix du Maine, I, 71), une note manifestement erronée indique toutes les traductions italiennes de Sebillet, y compris les Contramours, comme publiées sous le nom de Bernard du Poy-Monclar.
(8) Brunet II, 1759) signale les deux attributions, mais ne se prononce pas.
INTRODUCTION XI
vaux(i).» Dans cette liste de traductions, on observera que ni les discours de Cicéron, ni la vie d'Apollonius de Tyane n'ont été imprimés (2) et qu'à cette date d'autres versions françaises en avaient été déjà publiées. Pourquoi les traductions de Fiaschi et de Grison ne seraient-elles pas aussi restées manuscrites? Sebillet ne se hâtait guère de livrer ses ouvrages à l'impression, puisqu'il garde pendant trente ans les Contramows en porteleuille. D'autre part, il n'y a pas là un mot de protestation contre le prétendu plagiat dont il aurait été victime: ni Bernard du Poy-Monclar, ni François de Prouane, ni Guillaume Auvray qui revisa l'édition de VEcuirie de 1 575, ne sont l'objet du moindre reproche. Comment admettre qu'un auteur, ainsi frustré du produit de ses veilles, se gardât, en énumérant ses travaux, de souffler mot du larcin? N'est-il pas plus probable que Sebillet, après avoir traduit les deux traités italiens, s'est trouvé devancé par B. du Poy Monclar et François de Prouane, plus empressés que lui à faire imprimer leurs traductions et a, tout simplement, gardé les siennes en manuscrit ?
Quant au Traité du Mépris de ce Monde (Paris 1579, in- 10 ? ), que lui attribue Du Verdier (V, 538), nous n'en avons trouvé aucune trace : il ne faut sans doute pas accorder plus de valeur à cette indication qu'aux autres renseignements, manifestement inexacts, dont la notice de Du Verdier est remplie (3).
B) Ouvrages Manuscrits i° La vie, dil\, et jait\ merveVleux d'Apollon le Tyanién Philosophe, Pythagorièn, Histoire escritte en Grec par Philostrate
(1) La Monnoye reproduit ce passage (Du Verdier, III, 229). Il est à noter que la Croix du Maine (II, 433) mentionne ces traductions comme imprimées, mais sans indiquer, comme pour les autres ouvrages, le lieu et la date d'impression.
(2) En revanche, il ne mentionne pas dans le même passage, mais à la fin de la Préface, sa traduction d'Iphigénie, imprimée en 1549.
(3) Il serait trop long de relever ici toutes les erreurs d'attribution auxquelles ont donné lieu les ouvrages de Sebillet; Niceron (Mémoires, t. XXII, p. 175) croit que l'auteur de l'Art Toétique est Barthélémy Aneau ; pour A. Canel [Recherches sur les jeux d'esprit, p. 136-146) et Ch. D'Héricault fédition de G. Coquillart, t. II, 148), c'est Ch. Fontaine; en revanche, dans les Poètes français, de Crapelet (t. II), on trouve, sous le nom de Sebillet, dïux poésies extraites du recueil imprimé à la suite de Y^Art Poétique, dans les éditions de i))i et 1555, et qu'il n'y a aucune raison sérieuse de lui attribuer.
Xjll INTRODUCTION
Lemnièn; et nag itères mise enfrançois (ici, d'une autre écriture) par M. Thomas Sib Met, adyocat en la Cour de parlement de Paris, ij$6 ( — B. N. Mss. fr. 1108) (1).
20 Discours de Mc Th. Sibilet, advocat au Parlement, sur les affaires de Vannée 15S9 (B. N. Collection Dupuy, 137, f° 168 — cf. l'analyse donnée plus haut;.
3? On trouve une pièce de vers latins <le Th. Sebillet dans un recueil de poésies destinées à conserver le souvenir d'une, médaille offerte par Henri de Mesmes à Michel de l'Hospital (B. N. Mss. latins. 8139, f° 95 v°).
Nous n'avons pu découvrir aucun renseignement sur la Grammaire jrançoise, dont Sebillet annonce la publication dans Y Art Poétique (2), qui, d'aprèsla prélace des Contramours, semblerait avoir été imprimée, mais que la Croix du Maine mentionne cqmme manuscrite (3). — Les autres œuvres manuscrites, citées dans la même préface, ne nous sont pas parvenues,
111. — L'ART POÉTIQUE. — LES ÉDITIONS ANCIENNES. MÉTHODE SUIVIE DANS LA PRÉSENTE ÉDITION
A. 1548. — Art poeti || que François \\ Pour V instruction dès jeunes stu \\ dieux, et encor peu avancé^ \\ en la Poésie Fran — || çoise II A Paris \\ Avec privilège \\ On lès vend au Palais, en la bputique de \\ Gilles Corro\et |j IJ4S — Pet. in-8 de 8 tf. non chiffrés, 79 ff. chiffrés et 1 feuillet blanc.
Certains exemplaires portent au lieu de : Gilles Corro\et; Arnoul ï Angetiè. Ils ne différent des autres que par la correction de quelques fautes indiquées dans l'Erratum.
(Cf. Brunet Manuel du Libraire, Supplément II, 649;.
(^) Telles sont l'orthographe et la ponctuation exactes de ce titre que le Catalogue des Manuscrits de la B. Nat. (I, p. 187) n'a pas reproduit très fidèlement.
(2) Livre I, ch. 9, p. 98.
($) Sebillet rappelle, en effet, dans la préface des Contramours, qu'il a exprimé son opinion sur l'utilité des traductions dans tipis ouvrages; et i] cite la Grammaire française entre Y Art poétique zxYlphigenc d'Euripide, qui ont été imprimés tous deux. M. Picot, dans la note qu'il consacre à Sebillet [Les Français italianisants au XJ'F siècle, Paris, 1906, 2 vol. in-8, I, 349), parait la considérer comme imprimée. Voir, par contre, la Croix du Maine (II, 436 .
INTRODUCTION XITI
B. Nat. Ris. Y e 1213 et p. Ye 201 (1).
B. f 5 ^ 1 . — Art poétique \\ François, pour l'instruction des jeu nés studieux et encor peu avait \\ tï\en la Poésie Fran || çoise || Avec lequintil || Horatian sur la défense et || illustration de la Un y gue française \\ A Lyon \\ Par Jean Temporal || ijff-i. In-16 de 2 ff. limin., 252 pp., la dernière cotée 255 par erreur et 8 ff. non chiffrés, le dernier blanc.
L'Art Poétique comp-end les pp. 1 à 168. — On sait que le Quintil (p. 169 à 255) est imprimé là pour la première fois.
On trouve à la suite : Le |j Recueil de Poe- \\ sie Francoyse, prime \\ de plusieurs poètes, les plus \\ excellent^ de ce \\ règne. \\ A Lyon |] Tar Jean Temporal \\ ijjo — In- it> de 48 ff. u. chiff.
(Cf. Brunet, Suppl. II, 640, Baudrier. Bibliographie Lvonnaise, V, 378-370 et Catalogue Rotschild, t. 1, p. 236, n° 428).
Cette édition rarissime, qui ne paraît pas avoir été connue de M. Person, ni de M. Chamard cf. Rev. Hisl.litt. 1898, p. 54-71, et Edition de la Deffence et illustration, p. 1 1) n'est pas à la Bibl. Nationale. Les Bibliothèques municipales de Roanne et deTroyes en possèdent un exemplaire.
C. 1 s 55 • — Art poétique || Francoys pour Vin \\ struction des jeunes studieux, et || encor peu avance^ en la \\ Toësie Francoyse \\ Avec le Quintil Ho \\ ratian sur la défense et illustration || de la langue Francoyse \\ Auquel est inséré à la fin nn recueil de || Poésie Francoyse, pour plus facilement \\ entendre ledict art \\ A Taris \\ Par la veufve Francoys Regnault, à l'Eu || seigne de l'Eléphant || ////. In-16 de 1 1 8 ff. plus 10 ff. non chiffrés (les 4 derniers forment le Recueil de plusieurs petites poésies joyeuses, pour recréer le lisant. (Art Poétique, fos 1 à 78.)
On trouve à la suite : Le Recueil de \\ Poésie Francoyse, \\ prinse de plusieurs \\ Poètes, les plus excellent^ \\de ce règne || A Paris \\ Par la veufve Francoys Regnault, à Ven \\ seigne de l'Eléphant \\ r $f$, In-16 de 47 ff. (C'est la reproduction du recueil cité plus haut).
(Cf. Brunet, V, 369).
B. Mat. Res. Y e 1211-1211 bis.
(1) Lorsqu'une édition figure à la Bibliothèque Nationale, nous n'avons pas cru devoir rechercher quels autres dépôts la possèdent. Ce travail a été tenté dans le Répertoire des ouvrages pédagogiques du XVI' siècle, Paris, 1886, in-8, pp. 598-599; malheureusement, la notice consacrée à Y Art Poétique de "Sebillet présente plus de lacunes et d'erreurs que de renseignements utiles.
XIV ♦ INTRODUCTION
D. 1 S56. — Art \\ Pcëtique\\f rançois \\ pour l'instruction des jennes stu- \\ dieux, et encor' peu avance^ \\ en la Poésie Françoise, \\ Avec le Quintil Horatian, sur la défense jl et illustration de la langue \\ Françoise || Reveu et augmenté || *A Lyon || Par Thibauld Payan jl MDLVL — In- 16 de 292 pages, plus 6 ft. non chiffrés.
L'Art Poétique occupe les pages 3 a 153; le Quintil 155 à 227 ; puis on trouve un Autre Art Poétique réduit en bonne méthode (1) (228-263). De la Poiiictuation de la Langue fr ançoise (2) (207-275). Les Accens de la langue /rawfo/.^ (2) (276-292).
Certains exemplaires portent, au lieu de Thibauld Payan, Jean Temporal.
(Cf. Brunet, V, 368 et Suppl. 11, 649 ; Baudrier IV, 267 et
B. Nat. Res. Y e 1212.
E. 1564. — Art Poétique \\ François \\ Pour l'instruction des jeunes studieux, \\ et encor' peu avance^ en la \\ Poésie Françoise \\ avec le Quintil Horatian sur la de- | j fense et illustration de la \ \ langue Françoise \\ Reveu et augmeutè\\^A Paris \\ Par Jean Ruelle, rue Sainct Jacques \\ à l'enseigne S. Nicolas \\ IJ64. — ln-16 de 292 pages, plus 6 ff. non chiffrés.
Même contenu et même pagination que D.
(Cf. Brunet, V, 369).
N'est pas à la B. Nat. ; Bibl. Arsenal, B. L. 0307 bis.
F. 1573. — *Art poeti- \\quefrançois. || Pour Y instruction des jeunes stu- \\ dieux, et encor' peu avance^ |j en la Poésie Françoise. \\ lAvec le Quintil Horatian, \\ sur la defence et illustration^ de la langue Françoise. || Reveu et augmenté || A Paris || Par la veufve Jean Ruelle. || rue S. Jacques à l'enseigne || Saint Nicolas. || 1573. ln-16 de 338 pp. plus 6 tf. non chiffrés.
Même contenu que D et E, avec une pagination différente : VxArt 'Poétique occupe les pages 3 à 178. (Cf. Brunet, V. 309).
B. Nat. Y e 7202.
G. 1576. — Art D poétique || François \\ Pour l'instruction des studieux, desi- \\ rans parvenir à la perfection de \\ la Poésie Françoise d Avec le Quintil Horatian sur la de- \\ fense et illustration de la II langue Françoise \\ Reveu et augmenté nouvellement \\ A
=(1) De Claude de Boissière, cf. infra, p. XXII. (2) D'Etienne Dolet.
INTRODUCTION . XV
Lvon || Par Benoisi Rigaud || i)j6. — ln-16 de 292 pp. et 6 ff. non chiffrés.
Même contenu et même pagination que D et E.
(Cf. Brunet, V, 369; Baudrier III, 326).
N'est pas à la B. Nat.; Bibl. Arsenal, B. L. 6309.
Ces éditions sont d'importance et de valeur très inégale?. Pour le choix du texte à reproduire, nous n'avons pas hésité à nous arrêter à l'Edition A. Elle a été certainement exécutée sous le contrôle de l'auteur : l'orthographe même présente des analogies frappantes avec celle du manuscrit de Philostrate qui nous est parvenu. Ajoutons que les fautes sont assez rares et que l'exécution matérielle est de premier ordre. Enfin, c'est cette édition-là qui a joué un rôle dans l'histoiie littéraire; c'est sous cette lorme que l'ouvrage de Sebillet a été connu de la Pléiade naissante, et qu'il a suscité les répliques et contre-répliques que l'on connaît.
L'Edition B est loin d'être négligeable : c'est d'elle que procèdent, directement ou indirectement, toutes les éditions subséquentes (1) ; et, s'il était avéré que tous les rajeunissements et les corrections de texte, souvent intelligents et curieux, y ont été introduits avec l'assentiment de l'auteur, nous aurions été parfois tenté de lui donner la préférence. Le papier est fin et la typographie élégante.
L'Edition C présente peu d'intérêt ; c'est une contrefaçon, assez grossière et souvent lautive, de la précédente.
Les éditions D, E et G se présentent sous un aspect très semblable : la pagination est identique; mais la composition n'est pas la même et le texte diffère parfois. E suit de très près D, qui reproduit B avec quelques variantes dues à des différences de lecture ou d'interprétation. G offie un intérêt particulier : le texte est évidemment emprunté a D ; mais, pour certains passages obcurs ou fautifs, l'imprimeur a eu l'heureuse idée de recourir à l'Edition princeps et de lui emprunter diverses corrections.
(1) Elle a été établie sur un exemplaire de Corrozet, comme le prouve la persistance de certaines fautes, que l'Angelié avait corrigées.
INTRODUCTION
Au point de vue matériel, E est quelque peu inférieure à D, qui est très soignée; dans G le papier et les caractères ne valent pas le texte.
Quant à F, c'est à tous points de vue la plus mauvaise des sept éditions : maladroitement copiée sur E, elle est aussi incorrecte dans son texte que grossière dans sa présentation matérielle f i).
On peut remarquer que, si l'on excepte l'édition princeps, les éditions lyonnaises sont très supérieures aux parisiennes.
Filiation des Editions
ha présente édition reproduit scrupuleusement le texte de 1548 : nous avons seulement corrigé quelques fautes matérielles, tout en signalant chaque fois dans l'appareil critique l'état du
(1) C'est la seule où les mots grecs soient écrits en caractères roiflains.
INTRODUCTION* XVII
texte dans l'Edition A; nous avons, pour plus de clarté, distingué \'i du j et Vu du v (i , rectifié la ponctuation dans quelques cas exceptionnels et supprimé les abréviations paléographiques (2); mais nous avons respecté l'accentuation, caractéristique à cette date (l'absence presque complète de l'accent grave est à noter).
Nous avons joint au texte de l'Edition A l'indication de toutes les variantes des éditions suivantes ; mais nous entendons par variantes les différences qui impliquent une modification réelle du texte proprement dit. Nous n'avons enregistré ni les fautes d'impression grossières, comme celles qui fourmillent dans l'Edition F (3), ni les variantes purement orthographiques. Si, sur ce dernier point, nous nous sommes délibérément séparé de la méthode adoptée par M. Chamard dans son excellente édition de la Deffence et Illustration 4), c'est que l'intérêt très restreint d'une pareille collation nous a paru hors de proportion avec le travail qu'elle nécessitait, et dont on pourra se faire une idée par la page-spécimen reproduite plus loin.
Les variantes orthographiques ne sont nullement le fait de l'auteur, ni même l'œuvre intelligente d'un éditeur subséquent; elles résultent simplement des habitudes prises par tel ou tel atelier d'imprimerie. Or, ces habitudes, purement machinales, vont souvent à rencontre des principes orthographiques très nettement professés par l'auteur, et aboutissent parfois à de véritables absurdités. Sebillet se prononce résolument pour l'orthographe phonétique contre l'oithographe étymologique :
(1) La distinction de l'a et du v rend moins vraisemblables certaines confusions de Sebillet relativement aux diphtongues (notamment pp. 7> et 81); nous n'avons pas ciu devoir nous arrêter à ce léger inconvénient.
(2 Nous n'avons reproduit Ye coupe ({) que dans le passage (I, 6, pp. 47-)1) ou il est nécessaire pour l'intelligence du texte.
(3) Nous avons fait une exception en faveur des fautes dont la transcription d'un texte à l'autre détermine d'une façon frappante la filiation des éditions.
(4 Deffence et Illustration. Ed. Chamard, p. xi-xiv. Cf. les opinions différentes ou opposées : Fabri Le Grant et vray art de pleine rhétorique. Ed. Héron, III. p. 77. sqq. — et les articles de M. Huguet ÇRjv. d'Hist. litt., XII. 1)8», de M. Laumonicr (JRevue critique, 1904. II, 243) et de M. Vianev Rev. des langues tomanes, 1904, p. 373) sur l'Edition Chamard.
XVIII INTRODUCTION
il ne veut pas « suivre l'origine dés vocables pris dés Grecz ou Latins, pour retenir d'eus quelques lettres lesquelles escrites ne servent que d'emplir papier, sans ce qu'elles se prononcent» (i). Or certaines éditions, notamment C, E et F, semblent prendre exactement le contrepied de ces principes et multipliera plaisir les lettres parasites (2). D'autres fois, l'obstination des imprimeurs à maintenir ceitaines graphies, dans les passages mêmes ou l'auteur les condamne expressément, rend le texte absolument incompréhensible (3). De plus, ces variantes sont si nombreuses qu'il serait bien difficile au lecteur d'en dégager une impression d'ensemble sur l'histoire des variations de l'orthographe au xvie siècle. Nous avons donc renoncé à le mettre en présence de ce chaos orthographique, créé par « le plaisir d'un pratticien, qui écrivant prend plus prés garde à emplir son bout de papier, qu'a raison qu'il seùt rendre, ny autre pourluy, pourquoy il écrit ainsi » (4). 11 nous a paru préférable d'indiquer brièvement ici les principales caractéristiques de chaque édition.
(1) Livre I, ch. 9, p. 97.
1,2) L'Edition C est remarquable à cet égard : on y trouve régulièrement \'i à la ire personne du singulier, proscrit par Sebillet; l'y, dont il dénonce l'abus, y est semé à profusion ; des formes comme vueil, nage, qu'il condamne expressément, y sont couramment employées, etc.
(3) Ainsi 011 lit dans l'Edition A : « ... tu trouveras cest, u superflu, et pris du mal prononçant qui dit : bouere, pour boire, et mouelle, pour moelle » (I, 8, p. 83). L'Edition C écrit : « mouelle, pour mouelle ». De même : Ed. A : « Mais encor n'est ce pas assez que tu gardes cest a, aus trois personnes singulières : ains le faut continuer es trois personnes du plurier : comme, Xous aimâmes, vous aimâtes, ilz .limarent » (I, 9, p. 91). C écrit : « ils aimèrent », ce qui n'est pas moins absurde. Dans le passage où l'auteur distingue l'accent grave de l'accent aigu, la même Edition met l'accent aigu partout I. 6, p. 43 . Dans les Accens de la langue française, Etienne Dolet établit l'usage moderne, qui réserve le ^ final pour les 2tS pers. du pi. des verbes, en orthographiant les substantifs pluriels avec un s. Il recommande donc d'écrire voluptés, dignités et non volupté^, dignité^ ou volupté^, dignité^. L'Ed. F (p. 323) reproduit ainsi le passage : « Tu escriras donc volupté^, dignité- et non pas volupté^, dignité^ ... ou ... volupté^ dignité^ », ce qui n'a aucun sens.
(4*1 Préface de Ylphigcne d'Euripide. Cf. Deffence et Illustration. Ed. Chamard. L. II. ch. 8. p. 268 et la note 3.
INTRODUCTION XIX
L'Edition A présente un système orthographique assez simple, et, pour l'époque, assez cohérent, contorme dans l'ensemble aux règles que l'auteur expose lui-même ( L. Ier, ch. 8 et 9 ). Les letties superflues sont généralement évitées ; Yj> est réservé aux finales ; ils et le % s'y échangent assez capricieusement, là où nous employerions l'.v [cens, vertueu\, etc.). L'accent aigu est presque seul employé (1); il figure dans les articles pluriels (lés, dés). Il est fait un fréquent usage du tréma. Le signe spécial de IV élidée {&), bien que présente comme obligatoire (1, 0), est assez souvent négligé.
L'Edition B suit de très pies l'orthographe de la première, jusque dans ses caprices et ses vaiiations ; ainsi, au chapitre b du Ier Livre, l'alternance des formes Jèmenin et féminin ; au chapitre o l'orthographe des tonnes verbales et l'usage capricieux des majuscules et des minuscules sont scrupuleusement reproduits. Pourtant les typographes introduisent quelques variantes de détail, mais plutôt dans le sens de la simplification et des habitudes modernes [deux pour deus, reconnue pour recongnue, autorité pour aulhorilè, louanges pour louenges) ; à préposition est plus régulièrement accentue, et l'habitude s'étend même parfois à la troisième personne du verbe avoir, lorsqu'elle n'est pas écrite ha ; l'usage de l'accent aigu sur IV est identique; le tréma est plus fréquent encore que dans l'édition princeps ; la ponctuation est moins soignée.
Les deux autres éditions lyonnaises (D, G) sont également caractérisées par la grande simplicité de l'orthographe, alors que les éditions parisiennes (G, E, F), déjà très inférieures au point de vue de la correction du texte, ont le tort de s'encombrer de de lettres parasites [ewepyeli%, prebstre, escripre C; atiltres, dicls, parolles, huictiesme, E F, etc.).
A partir de l'Edition C l'emploi de \'x dans les finales devient à peu pies conforme aux habitudes modernes ; la distinction entre a verbe et à préposition se régularise ; IV cesse d'être accentue dans des mots comme annexion, avancé^, lés, ces, et même dans d'autres où nous l'avons conservé (définition, déploration). A partir de D on trouve presque constamment /;/ as, il a (pour tu bas,
(1) L'accent circonflexe est mentionné (I, 8, p. 76, n A) mais n'est pas employé; l'accent grave, défini page 43, ne se rencontre que dans des finales en ien (ièn.) (pp. 71-72), ou exceptionnellement, et sans doute par erreur, à la place de l'accent aigu (pp. 96-98).
XX INTRODUCTION
il ha) ; dans D et G \'s se substitue au % dans des finales comme tels, »i07 tels ; G distingue soigneusement ou de où. Cette dernière édition est, dans ses grandes lignes, très rapprochée des habitudes orthographiques actuelles. L'Edition E se caractérise par la profusion des 'abréviations typographiques, l'édition F par un nombre extraordinaire de fautes d'orthographe grossières [je t'av donnai', vers croisées, etc.), l'une et l'autre par le caprice incohérent de leur ponctuation. Au reste, même dans les éditions les plus soignées, l'orthographe est loin d'être uniforme, et, d'une page à l'autre, le même mot est écrit de deux ou trois manières différentes.
Sebillet, pour illustrer ses théories d'exemples appropriés, a emprunté de nombreuses citations aux poètes contemporains, principalement à Marot et à Saint-Gelays ; pour le premier, c'est presque toujours l'Edition d'Estienne Dolet (Lyon, 1542, in-8) dont il suit le texte ; quant au second, c'est très probablement d'après des copies manuscrites qu'il le cite, car son texte présente d'assez nombreuses variantes avec l'Edition de 1547, et il mentionne certaines pièces qui n'y figurent pas. Pour la commodité du lecteur, nous avons relevé toutes les différences qu'offrent les citations de Sebillet avec les éditions suivantes, communément en usage :
Marot. — Œuvres complètes de Clément Marot, revues sur les éditions originales avec préface, notes et glossaire, par Pierre Jannet. Paris, 1808, 4 vol. in-16.
Mellin de Saint-Gelays. — Œuvres complètes de Malin deSainct- Gelavs, avec un commentaire inédit de B. de la Montwre, des remarques de MM. Emm. Philippes-Beaulieux, R. De^eimcris, etc. Edition revue, annotée et publiée par Prosper Blanchemain. Paris, 1875, 5 vol. in-16 (Bibl. Elzévirienne).
Bon aventure des Périers. — Œuvres françoises de Honavenlure des Périers, revues sur les éditions originales et annotées par M. Louis Lacour. Paris, 1856, 2 vol. in-16 (Bibl. Elzévirienne).
Maurice Scève. — Délie, objet de plus haute vertu ; poésies amoureuses. Lyon, 1862, in -12 (1 V.
(1) Grâce à l'obligeance de M. F. Gohiii, nous avons pu également renvoyer à l'édition d'Héroet qui va paraître dans la collection de la Société des Textes Français Modernes.
INTRODUCTION
Nous nous sommes également efforcé de préciser et de rectifier les nombreuses citations empruntées à l'antiquité, trop souvent approximatives ou inexactes.
Le commentaire proprement dit comprend des remarques historiques et philologiques. Dans les unes et les autres, notre but a été de replacer notre auteur dans son milieu, afin de dégager nettement sa part d'originalité. Sur toutes les questions qu'il aborde, nous avons donc indiqué la position qu'il prenait entre ses prédécesseurs et ses successeurs immédiats/ 1). Nous en donnons ci-dessous la liste par ordre chronologique, en indiquant les éditions auxquelles se réfèrent nos citations ou nos renvois :
i° AVANT SEB1LLET
1392. Eustache Deschamps. — L'Art de TJictier (au tome Vlldes Oeuvres complètes if Eustache Deschamps. Société des Anciens Textes français. Paris, 1878-190}. 11 vol. in-8.)
1405- IS2S. — Recueil d'Arts de Seconde Rhétorique publié par E. Langlois. (Collection de Documents Inédits sur l'Histoire de France.) Paris, 1902, in-4. (Sur les sept traités publiés, le dernier seul est postérieur à 1500.)
isoo. (L'Infortuné?). — Le Jardin de Plaisance et fleur de Rhétorique. Paris, s. d. (1300), pet. in-folio.
1521. Pierre Fabri. — Le Grand et Vrai xArt de Pleine Rhétorique, de Pierre Fabri. Publié avec introduction, notes et glossaire, par A. Héron. Rouen, 1889-1890, 3 vol. pet. in-4.
i=,39. Gracien du Pont. — Art et Science de rhétorique metrif- Jiee. Toulouse, i=>iQ, pet. in-4.
1 340. Etienne Doi.et. — La manière de bien traduire d'une langue en aultre. D' davantage, de la punctuation de la langue jrancoyse. 'Plus, des accents d'vcelle. Lyon, 1540, in-4.
(1) Pour bien des questions, ce travail était déjà fait et bien fait, en tout ou en partie, dans l'excellente édition de la Deffence, donnée par M. Chamard. Nous nous sommes donc souvent contenté d'en résumer les conclusions, en y renvoyant pour le détail des faits.
INTRODUCTION
154s. Jacques Peletier. — V%Art Poétique d'Horace, traduit en vers français par Jacques Peletier du Mans, recongnu par V auteur depuis la première impression. Paris, 1 S4=>, in-8.
20 APRES SEB1LLET
1540. Joachim r>u Bellay. — La Deffence et Illustration de la Langue francqvse. Edition critique par Henri Chamard. Paris, 1904, in-8.
1550? (Barthélémy Aneau). — Le Quint il Horatian sur la « Deffence et illustration de la langue jrancqrse ». Lyon, 1551, in-8.
L'ouvrage figure à la suite de VArt 'Poétique de Sebillet (Ed. B et suivantes). Pour plus de commodité, nous renvoyons aux notes de l'Ed. Chamard de la Deffence et Illustration, où il se trouve reproduit par fragments.
1554. Claude de Boissière. — Art poétique reduict m abrège eu singulier ordre et souveraine méthode, pour le soûlas de l'aprehension et récréation des esprit". Faict et composé par tnaislre Claude de Boissière, Daulphitiois (1). Paris, 1554, in-8.
(1) Cette édition, fort rare, a été ignorée de la plupart des érudits : ni M. Zschalig (op. cit., p. 7, n 21, ni M. Langlois (De lArtibus 'J{j>etoricae rytbmicae, Paris. 1890, in-8, p. 104Ï, ni M. Chamard (Edition delà Deffence et Illustration, p. 218, 11 1) ne paraissent l'avoir eue entre les mains. S'ils avaient pu la consulter, ils se seraient rendu compte — ainsi que M. E. Roy nous l'a signalé dés 1904 — que le texte est absolument identique à celui de Y neutre Art Poétique réduit en bonne méthode, qui figure à la suite de l'ouvrage de Sebillet, dans les Editions D, E, F, G. L'Edition de 1554 contient en plus le privilège. un sonnet et une autre pièce adressée à M"" de la Haye, un Avis au Lecteur, et à la fin, une page de prose assez confuse et un cinquain adressé à l'auteur L'Avis au Lecteur contient la déclaration suivante : « En ce mien traicté je ne pretens innover chose quelconque, ains seulement te proposer un abrégé de l'art poétique, que j'ai extraict tant du livre autresfois faict par Sibillet comme d'aucuns autres autheurs » (f° 3 v°). Claude de Boissière suit, en effet de près Y*Art Poétique de Sebillet, qu'il résume en rendant souvent ses indications plus simples et plus claires, et en représentant par des schémas ingénieux les formes poétiques qu'il décrit. (Cf. Brunet. 1,1073; Cal. Itptschild, I, 237. Nous citons d'après l'exemplaire de la Bibl. Municipale de Lyon, 342421;.
INTRODUCTION XXIH
1555. Jacques Peletier. — L'Art Poétique, départi an detts livres. Lyon, 1555, in -8.
1SS7. Antoine Foclin. — Rhétorique Françoise. Paris, 15 5 5, in-8.
1565-1567. Pierre de Ronsard. — Abrège de VA ri Portique François (au tome VI de l'Ed. Maity-Lavenux). Paris, 1887 et sqq. 6 vol. in-8.
1=182 et sqq. Tabourot des Accords. — Les 'Bigarrures et les Touches du Seignenr des accords, avec les apophtegmes du sieur Gaillard et les escraignes dijonnoises. Dernière édition, etc. Paris, 1662, 2 tomes en 1 vol., pet. in- 12.
1596. Etienne Pasquier. — Les Recherches de la France (au tome Ier des Oeuvres, Amsterdam (Trévoux), 1723, 2 vol. in-f".
1507. Pierre Delaudun d'Aigaliers. — L'iArt Poétique fran- -cois. Edition critique, par Joseph Dedieu, Toulouse, iqoq, in-8.
1605. Vauojjelin de la Fresnayh. — L'.Art 'Poétique François. Ed. G. Pellissier. Paris, 1885, in- 1 8.
Nous avons eu fréquemment l'occasion de renvoyer aux ouvrages suivants, ou l'étude de la versification française est traitée historiquement :
L. Quicherat. — Traité de versification française. 2'' édition, Paris, i8=,o, in-8.
A. Tobler. — ■ Le vers français ancien et moderne (trad. Breul •et Sudre). Paris, 1885, in-8.
H. Châtelain. — Recherches sur le vers français au XVe siècle. Paris, iqo8, in— 8 .
Toute la fin de la première partie de VArt Poétique constitue un petit traité de phonétique et de conjugaison ; nous avons dû rapprocher Sebillet des grammairiens contemporains, que nous avons cités d'après les réimpressions ou les études d'ensemble suivantes :
J. Palsgrave. — L'Esclarcissement de la Langue françqrse. Ed. G.nin (collection des Documents inédits sur l'Histoire de France) Paris, 1852, in-4.
Livet. — La Grammaire et les Grammairiens au XVIe siècle. Paris, 1850, in-8.
XXIV INTRODUCTION
. Thurot. — De la prononciation française depuis le commencement du XVI'' siècle, d'après le témoignage des grammairiens . Paris, 1881-1882, 2 vol. gr. in-S.
F. Brunot. — Histoire de la Langue Française des origines à lyoo. Tome II : le Seizième Siècle. Paiis, 1906, gr. in-8.
Nous avons suivi la même méthode en ce qui concerne le commentaire philologique : autant il importerait, dans une édition classique, de relever et d'expliquer toutes les particularités de langue et de syntaxe par où l'usage du xvi1* siècle diffère de l'usage mo-lerne, autant ce genre de remarques parait superflu ici. Nous avons donc renonce à signaler tout ce qui, dans notre auteur, concorde avec les habitudes courantes du xvie siècle, telles qu'elles nous sont connues d'après les ouvrages généraux qui sont à la portée de tous les lecteurs. Quand un mot figure à la date de 1548 dans les dictionnaires de Littré ou de Godefroy ou dans le Dictionnaire général , quand une construction a été signalée par Darmesteter (1) ou par M. Brunot, nous nous abstenons de toute remarque. Toutes les fois, au coiitraiie, qu'un vocable ou un tour ne peut être expliqué avec le secours de ces ouvrages, ou que le texte de Sebillet permet d'en rectifier ou d'en compléter les indications, nous en faisons l'objet d'une note (2), sans nous flatter d'avoir éclairci toutes les' difficultés lexicologiques ou syntaxiques que soulève notre texte.
Nous nous sommes efforcé de rectifier les erreurs matérielles de notre auteur, ainsi que les défauts de clarté ou d'ordre qui pourraient nuire à l'intelligence, soit d'un chapitre dans son ensemble, soit d'un passage pris en particulier. Mais nous nous sommes abstenu de tout développement littéraire sur la valeur de ses idées et de son style; nous laissons au lecteur le soin de mesurer, par les rapprochements avec les prédécesseuis et les contemporains, l'originalité de Sebillet, ses timidités et ses audaces ; il appréciera sans peine la clarté et la probité du
(1) Darmesteter et Hatzfeld. Le XVIe Siècle en France. Paris, s. d., in- 12.
(2) La date d'apparition des principaux termes techniques a été fixée dans un travail très consciencieux de M. Kastner ["Renie des langues romanes, 1904, p. 1 à 29).
INTRODUCTION XXV
stvle, imprégné de beaucoup de latinité et d'un peu d'italianisme, et souvent relevé par d'ingénieuses images, soit poétiques, soit familières.
Quant à la portée et à la valeur générale de l'ouvrage, nous n'avons pas à l'étudier en détail ici : le rôle d'une édition n'est pas celui d'une étude d'histoire littéraire. Au reste, plus d'un critique s'y est déjà consciencieusement employé (1) ; et de Pasquier à M. Chamard, les appréciations sont assez concordantes. On définit généralement Sebillet comme le théoricien de l'école île Marot, et cette définition est acceptable, si l'on veut bien l'élargir quelque peu en taisant la part de l'originalité propre de Sebillet, qui n'est ni un disciple aveuglement docile, ni l'enregistreur passif d'une formule poétique indiscutée. — si l'on veut bien considérer encore que la poésie de Marot n'est point aussi vide et superficielle que certains manuels de littérature ont coutume de le pioclamer,et qu'à côté de jeux poétiques gracieux et puérils, il n'est pas malaise d'y découvrir, en des pages moins connues et trop dédaignées, une émotion sincère et un réel sentiment de l'Antiquité. De même que ces pages annoncent et préparent celles qui ont fait la gloire de la Pléiade, de même WArt Poétique de 1548 contient mainte idée et mainte tormule dont le mérite et la nouveauté seront couramment attribues à la 'Deffence de 1549.
Nous nous faisons un plaisir et un devoir de remercier les érudits qui ont bien voulu, soil sur l'ensemble de ce travail,
(1) Voir notamment, outre les passages de la Croix du Maine, cités plus haut : Pasquier, Recherches Je la France, 1. VII. cli. 6, t. I, p. 703 ; Goujet, 'Bibliothèque française ! Paris, 1740. in-12, t. III, p. 94-96;: Sainte-Beuve, Tableau historique et critique de la Poésie française au Xl'L Siècle, Paris, 1828. in-8, p. 54-55; Pellissier, 'De sexti decimi saeculi in Francia xArtibus poeticis, Paris, 1882, in-8, p. 26-40 (cf. son edition de Y Art poétique de Vauquelin, Paris, 1885, in-18, p. ix-xix); Zschalig, 'Die VersUbsen von Fabri, Du Pont und Sibilet, Leipzig, 1884, in-8, p. 64-74; E. Langlois, 'De Artibus Rheloricae rythmicae, Paris, i.Sgo, in-8, p. 96-101; Bourciez : Marot et la Poésie française, de 1500 à 1550. daiîs Y Histoire de la Langue el de la Littérature française, de Petit de Julleville, t. III, p. 154-155 (Paris, 1897, in-8): Chamard, Joacbim du ^Bellay, Lille, 1900, in-8. p. 90-94 ; L. Séché. Edition de la Deffence et Illustration, Paris, 1903, in-8, p. 50-53; Tilley, The Literature of tbe french Renaissance, Cambridge, 1904, 2vol. in-8, t. 1, p. 152.
XXVI INTRODUCTION
soit sur certains points de détail, nous aider de leurs précieux conseils, et en particulier M. Emile Picot, membre de l'Institut, qui a mis à notre disposition, avec une parfaite bonne grâce, tes trésors d'une documentation merveilleusement abondante et précise; M. Chamard, professeur à la Sorbonne; M. Emile Roy, professeur à l'Université de Dijon ; M. Huguet, professeur à l'Université de Caen ; M. Vaganav, bibliothécaire des Facultés Catholiques de Lyon, qui nous a fourni plusieurs renseignements bibliographiques fort intéressants, et s'est chargé pour nous des recherches lexicologiques dans le Dictionnaire de Cotgrave ; M. Gohin, professeur au lycée de Rennes; M. Horluc, professeur au lycée de Lvon, etc. Nous avons trouvé à la Bibliothèque Nationale, à celle de l'Arsenal etdansles Bibliothèques municipales de Lyon, Besançon et Troyes un accueil empressé qui a singulièrement facilité notre tâche. Mais nous tenons surtout à exprimer notre profonde gratitude à notre excellent maître, M. F. Brunot, dont les admirables leçons nous ont donné le goût de la philologie française, et dont les affectueux conseils nous ont encouragé à entreprendre ce travail et nous ont puissamment aidé à le mener à bonne fin .
Lvon, 1 1 Juin iooo.
Spécimen des Variantes Orthographiques
PREMIER LIVRE
de l'Art Poétique Françoys
De l'antiquité de la Poésie, <5r de son excellence.
Cbap. I
5 Tous lés ars sont tant conioins auec ceste diuine perfection que nous appelions Vertu, que outre ce qu'ilz ont assis leur fondement sus elle comme pierre quarrée & ferme, encor ont ilz emprunté d'elle leur vertueuse appellation. Et pourtat ceuz qui ont dit \o que la vertu & lés ars sourdoient d'vne mesme source, c'est a dire, de ce profond abyme céleste ou est la divinité, ont bien entendu que la félicité de congnoistre
2 Poétique, B poétique C Poétique DEFG — François BCDEFG
3 poésie C Poésie EF Poésie G
4 CHAPITRE. BCDEF
5 Toutes. BDEFG — les CDEF — arts G — tàt BEF —
côioinctes B. conioincts C conjointes DE cûiointes FG
6 perfection B D pfectiô E perfectiô F — appelles F — qu'oul-
tre C — ce que C
7 elles BDEFG — leursG — fondemêtC — sur CDEFG — cfimeG
8 quarree DG — elles BDEFG — èprunté E — icelle BCDEFG
9 apellation G — pourtant BCDEFG — ceux CDEFG — dit
DGdictEF io les CDEFG — arts G — sourdoyent C sourdoiêt DE ii à dire BCDEFG — virgule après dire omise dans CE F —
pfond E — céleste, DEFG — où G.
i 2 ôt E — biô E — entëdu C entendu D — côgnoistre C cognois-
tre DEG
que François.
PourTinftru<fiionde's ieunes ftudieus ,& encor peu auance'z enlaPoe'fie Françoife.