CHAPITRE VIII
Du Dialogue, et ses espèces, comme sont l'Eclogue, la Moralité, la Farce.
Entre les poèmes (i > sont frequens et bien receus
ceus qui sont traittés en stile prosomilitique. c'est a
5 dire, confabulatoire (2): quelz sont ceus ou par pro-
sopopée (3) sont introduites personnes parlantes a
tour, que Ion nomme du mot Grec, Dialogues.
Dialogue. — Or le Dialogue comme genre, contient
maintes espèces soubz soy, que nous déduirons peu
10 après chacune a part soy. Mais enten premièrement
que ces espèces ont nom noble et propre (4) par
lequel elles sont congnues : comme, Eclogue (5),
(1) L'étude du dialogue poétique, considéré en général, n'est abordée chez aucun des prédécesseurs de Sehillet. Seule, la moralité donne lieu à quelques indications. Peletier traitera du dialogue dramatique, mais non de l'églogue. Quant à Delaudun d'Aigaliers, après avoir plagié Sehillet (II, 9, pp. 104-105), dont les indications se trouvent singulièrement insuffisantes et vieillies, à l'époque où il écrit, il consacre à la question tout le livre V (pp. 151-167), en s'inspirant de la théorie et de la pratique de la Pléiade.
(2) Nous n'avons rencontré chez aucun lexicographe les mots prosomilitique et confabulatoire. Mais on trouve d'assez fréquents exemples, aux xv' et xvie siècle, de cou fabuler, confabulatiou, con fabulateur. Quant au premier, Sehillet l'a sans doute forgé directement du grec ITpOO'OtuXinTtXÔç, dont le sens est pourtant quelque peu différent.
(3) On voit que le sens du mot — alors dans sa nouveauté — s'est restreint depuis à la désignation d'une figure de rhétorique bien particulière.
(4) Propre ~ particulier; noble signifie sans doute aussi connu, notoire ; dans son sens habituel, il s'appliquerait assez mal à la farce.
(5) La forme est courante au xvie siècle, mais Marot emploie déjà la forme moderne éçlosue.
Moralité, Farce. Et hors ces trois le Poème auquel sont personnes introduittes, retient le nom générique, et s'appelle simplement Dialogue : quel est en Marot le jugement de Minos (1) : quelz sont aussi beaucoup 5 d'autres, que tu trouveras lisant les Poètes François, chez lesquelz tu verras aussi le Dialogue estendu jusques aus Epigrammes : comme en Marot au second livre de ses Epigrammes, celuy qui commence {2) :
Marot
o Muse, dy moy, pourquoy a ma maistresse
Tu n'as sceu dire Adieu a son départ ?
Sa muse
Pource que lors je niouru de déstresse. Et que d'un mort un mot jamais ne part.
5 Marot
Muse, dy moy, comment donques Dieugard Tu luy peus dire ainsi de mort ravie?
Sa muse
Va pauvre sot, son céleste regard o La revoyant m'a redonné la vie.
Et Saingelais en l'Epitaphe de feu Monsieur Budé ()), disant ainsi :
11 Œuvres, III, 126-138. Nous n'avons trouvé dans aucune édition le titre du Jugement de ÏKinos accompagné de la mention dialogue. Sebillet aurait pu indiquer également les deux Colloques d'Erasme, traduits par Marot IV ', 5-50).
(2) Ibid., III, 55, Epigr. CXXXV. Dialogue de luy et de sa muse. — Var : La muse — v. 6 par mort.
(3) Saint-Gelays, Œuvres, I, 120. La pièce fait partie de l'Ed. de 1547. L'éditeur de 1719 croyait la donner pour la première fois au. public parce qu'elle ne figure pas dans l'Edition de 1574.= Var: v. 3 les clochers; v. 4 son nom; v. 6 suivant.