DE L EPISTRE ET DE L ELEGIE
traitte singulièrement lés passions amoureuses, lés- -quélestun'asguéres veues ni oyés vuides de pleurs et de tristesse. Et si tu me dys que lés épistres d'Ovide sont vrayes épistres tristes et amoureuses, et toutes- 5 fois n'admettent le nom d'élégie: enten que je n'exclu pas l'Amour et ses passions de l'Epistre, comme tu peus avoir entendu au commencement de ce chapitre en ce que je t'en ay dit : Mais je dy que l'Elégie traitte l'Amour, et déclare ses désirs, ou plaisirs, et tristesses
10 a celle qui en est la cause et l'obgét, mais simplement et nuément (i) : ou (2) l'epistre garde sa forme de superscriptions et soubzscriptions. et de stile plus populaire (3). Or si tu requiers exemples d'Elégies, propose toy pour formulaire celles d'Ovide escrittes en
15 ses trois livres d'Amours : ou mieus ly lés élégies (4) de Marot : desquéles la bonne part représente tant vivement l'image d'Ovide, qu'il ne s'en faut que la parole du naturel p). Pren donc l'élégie pour epistre Amoureuse : et la fay de vers de dis syllabes
20 toujours : lesquelz tu ne requerras tant superstitieusement en l'epistre que tu ne la faces par fois de
et de tristesses BCDEP
(1) Cette forme, contraire aux indications de Lanoùe citées par Thurot (op. cit., II, 585) et Brunot (Seizième Siècle, p. 370), n'a pas lieu de nous étonner; l'hésitation est grande au sujet des adverbes de ce genre. Plus haut, l'Edition F donne communément au lieu de communément.
(2) Il faut sans doute comprendre là oit et non ou bien.
(3) C'est précisément ce que lui reproche Du Bellay (loc. cit., p. 215).
(4) Nous en avons 27 (Œuvres, II, pp. 5 à 61). Du Bellay [IbiJ., p. 207I, loin de préférer Marot aux anciens, ne le cite même pas.
(5) C'est-à-dire que les mots seuls les distinguent de l'original. L'appréciation est des plus discutables.
vers de huit, ou moindres (i) : mais en l'une et en l'autre retien la ryme platte pour plus douce et- gracieuse (2).
(1) Ces règles sont conformes à l'usage de Marot, dont seule Y Elégie XVIII entremêle des vers de quatre syllabes à ceux.de dix (Sebillet la classe du reste parmi les Cantiques). La métrique des Epitres est beaucoup plus libre. Marot en a composé plusieurs en vers de deux, trois et quatre syllabes que Sebillet cite plus haut (L. I, ch. 5, pp. 34-37).
(2) Cl. de Boissière donne, on ne sait pourquoi, les schémas suivants : Elégie aa bb , Epitre, aaab (f. 13 v°).