DU DIALOGUE
scènes, et en seroit la prolixité ennuieuse. Car le vray suget de la Farce ou Sottie Françoise (i), sont badineries, nigauderies (2), et toutes sotties esmouvantes à ris et plaisir.
5 Le suget de la Comédie Gréque et Latine estoittout autre : car il y avoit plus de Moral que de ris, et bien souvent autant de vérité que de fable (3). Nos Moralités tiennent lieu entre nous de Tragédies et Comédies indifféremment : et nos Farces sont vrayement
10 ce que lés Latins ont appelle Mimes (a) ou Priapées. La fin et effet desquelz estoit un ris dissolu (4) : et pource toute licence et lascivie y estoit admise, comme elle est aujourd'huy en nos Farces. Vers et Rymes propres a la Farce. — A quoy expri-
15 mer tu ne doutes point que lés vers de huit syllabes ne soient plus, plaisans. et la ryme platte plus coulante (5). Aussi te pense-jeassés informé, pource que
(À) Dés Mimes parle Ciceron au 2 de l'ara, a Quint son frère, et Quintilian livre 6. ebap. 4 6).
(1) Cette assimilation de la sottie à la farce est discutable ; celle-là se rapproche plus souvent de la moralité allégorique.
(2) Nous n'avons trouvé aucun exemple du mot nigauderie antérieurement à Sebillet ; badinerie est dans le Dict. latin-français de Rob. Estienne ( 1 546 , a l'article ineptiae.
(3) Appréciation discutable, et qui convient en tout cas à Ménandre et à Térence, plutôt qu'à Aristophane et à Plaute.
(4) C'est le latin risus solutus que Rob. Estienne (Dict. fr.-lat., 1549) rend par rire démesuré.
(5) Les farces sont en effet régulièrement écrites en octosyllabes et en rimes plates, ainsi que les soties. Claude de Boissiére donne, pour les différentes formes de dialogue, les schémas suivants : Moralités, aabbec; Eglogue, a baab b ; Farce, aababb (t. 14. r°).
(6) Cicéron, De Oratore, II, lix; Quintilien, De Instit. Oratoiia, VI, ch. 3 (et non 4). Il n'y est question des mimes que par voie d'allusion ; et ils n'y sont pas appelés priapèes (v. encore Cicéron, Tro Coelio, XXVII, et £/'. ad familians, ix, 16).
tout Dialogue se prononce mieus qu'il ne s'escrit.que tu dois donner a son action ce que Démosthéne donna a la prononciation de l'oraison (a), savoir, les premières, secondes, et tierces parties ( i ), la jugeant, au Dia- 5 logue non principale, mais seule et unique vertu,
(a) Ciceron au tiers livre de l'Orateur a Quint son frère.
(i) C'est-à-dire le premier, le deuxième et le troisième rôle. C'est la traduction exacte du passage de Cicéron, où il s'agit de Y action et non de la prononciation (De Oratore, III, 56).