‹ Art poétique françoysChapitre 125 sur 173 · DU BLASON ET DE LA DESCRIPTION · texte numérisé non relu

DU BLASON ET DE LA DESCRIPTION

sont trouvées de nouveau, et encor peu usitées, toutesfois élégantes : comme tu peus veoir en la définition d'Amour 1 . qui dit ainsi :

Qu'est ce qu'Amour'/ est-ce une Deite 5 Régnant sur nous, ou volunté naissante

Sans quelque force, et sans nécessite:'

C'est un pouvoir qui par secrète sente Se joint au cœur dissimulant sa force.

Et se fait maistre avant que Ion le sente. 10 C'est un diseur à et général divorce

D'entre le sens et le vray jugement, Laissant le fruit pour la fœille et l'escorce. C'est un vouloir qui n'ha consentement Qu'a refuser ce qu'il voit qui l'asseure 1 y De lur donner meilleur contentement.

C'est un désir qui pour attendre une heure Perd beaucoup d'ans, et puis passe comme umbre : Mais rien de lin- fors douleur ne demeure. C'est un espoir qui pallie cl adombre 20 Le mal passe, et l'estimation

De l'avenir, qui n'ha mesure ou nombre.

C'est un travail d'imagination.

Lequel riant par creinlive espérance Oisive rend toute occupation.

2? C'est un plaisir qui meurt a sa naissance :

Un desplaisir qui plus est en saison.

Quand plus prochain de sa fin on le pense.

(i. Mellin de Saint-Gelays. Œuvres, I, 82. Var. : v. 2, Régnante en HOUS? ou loy qui se contente; v. 3, De nous sans force; v. 8, les sens; v. 15, Et riens; v. 20. Qui, variant par crainte et espérance; v. 24, Quand de sa fin plus ou a d'asseurance ; v. 23, sa maison; v. 29, un affermer; v. ji, rassasie; v. 54, trompeur; v. 38, en puis ince; v. 39, hausse; v. 42, Un nud à qui chacun este et demande; v. 43. voleur — et pjrsistant ; v. 43, et deveut; v. 46. une peine; v. ;o, et qui se peut ; v. 31, Par quoy je suis de m'en taire content. — Tel est le texte de 1347 et 1374. Ceiui du manuscrit de l'Arsenal, identique à celui de Sebillet pour le premier tercet, en diffère profondément dans la suite. Au vers 16, Blanchemain hésite sur le sens du mot pâlie (pallie ou pâlit). Le texte de Sebillet tranche la question.

C'est un portier qui ouvre la maison Ans ennemys, et aus amys la ferme, Faisant les sens gouverneurs de raison.

C'est un refus qui asseure et afferme : 5 Un asseurer, qui desasseure et nie

Rendant le cœur en inconstance ferme.

C'est un jeûner qui pait et resasie :

Un dévorer qui ne fait qu'affamer :

Un estre sain en fièvre et phrenesie.

10 C'est un flateur qui souby le nom d'aimer

Tient tout en guerre, et tant reconcilie, Sachant guérir ensemble et entamer.

C'est un effort qui estraint et délie : Une foiblesse et puissance si grande.

15 Que tout bas hause. et tout haut humilie.

C'est un suget qui n' ha qui luy commande : Un maistre auquel chacun va résistant.

Fors cens a qui lésjreus il closi ou bende.

C'est un vouloir trop ferme en persistant : 20 Un obstine qui une mesme chose

\~eut et ne veut cent fois en un instant.

C'est une chose intérieure et close.

Qu'on veut celer, et que chacun entend. Q'on ne peut taire, et que dire Ion n'ose. 2? C'est un savoir incongneu et latent.

Lequel on peut trop miens penser que dire : Dont laisser ay d'en raisonner a tant.

Ft pour penser abandonne l'escrire.

Et en la description d'amour mesme tournée du Poète Marulle 1 . qui dit ainsi :

(1 C'est une traduction très délayée d'une pièce de Marulle qui figure dans le recueil : Marulli epigrauniiata et hynnii, Ed. de 1529, fe 11, v°. La pièce latine n'a que 14 vers, Peut-être la pièce française fait-elle partie du recueil de Ferrand de Bez dont il est question plus loin (p. 179) et qui contient plusieurs traductions de Marulle. Nous n'avons pu trouver nulle part ce recueil, que ne possède pas la Bibliothèque Nationale, et il ne nous a pas été possible d'identifier la pièce citée.

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