DU LAY ET VIRELAY ISI
Lay et Arbre fourchu tout un. — Le Lay, ou Arbre fourchu (i) (car je lés reçoy, et te lés baille pour mesme chose) se fait en sorte, que lés uns vers sont plus cours que lés autres, d'où luy vient le nom 5* d'Arbre fourchu : et se posent en symbole a la forme que cest exemple pris de Maistre Alain Chartier (2 te montrera plus clérement qu'autres preceptz.
Trop est chose avànturée
Prendre mort desnaturée 10 Pour los de peu de durée
Qui deschet :
Car louenge procurée
En tel' mort défigurée.
Est de léger obscuree :
1 5 Et eschet
Qu'en oubli ance amurée,
Envie desmesuree,
Detraction conjurée
(1) Le terme d'arbre fourchu est préféré par G. Du Pont |f" xxix) à celui de lay. Rien n'a été plus variable que la définition du lai. A mesure qu'on avance, d'Eustache Deschamps (Art de dietier, VII, 287) jusqu'à Sebillet, les règles deviennent moins précises et moins compliquées. Celles des premiers Arts de 2' Rhétorique diffèrent beaucoup des dernières (cf. le résumé, p, 448). C'est surtout d'après L'Infortuné (f° xii, v°) et Fabri (II, p. 51 sqq) que notre auteur définit le genre qui, chez les derniers théoriciens, se caractérise surtout par la présence de vers courts, le parallélisme dans la structure des couplets et l'uniformité des rimes. Cf. sur le lai et le virelai, De Gramont, Les vers français et leur prosodie, p. 300 et sqq; De Banville, Petit Traite de Poésie française, p. 21 J et sqq.
(2) Cet exemple est tiré du Livre de l'Espérance (Œurres, Paris, 1617, in-4, p. 337). Var : v. 3 lo^; 4 deehiet ; 7 obeurée; 8 echiet ; 9 emmurée ; 12 enchiet ; 16 chiet. Cet exemple, cité par Fabri |II, p. 32), est critiqué par G. Du Pont (f° xxix sqq). — L'Infortuné et Fabri citent d'autres exemples dont la disposition est différente, mais qui rentrent dans la définition très large de Sebillet. La forme aaal\ aaab... citée ici en exemple, a été fort employée du xiv au début du xvie siècle (Cf. Châtelain, Le Vers français au XV" siècle, p. 96-99).
L'homme enchet :
Mais la bonté es-purée A la vie mesurée De tout par régie jurée 5 Qui ne chét
Je ne t'ay donné cest exemple pour régie universéle a observer en tous Lays : car en ce que touche la croisure ou symbolisation dés vers, elle est tout ainsy variée comme il plaist a son autheur, mesque avec
10 analogie. Et est la mesme licence permise au nombre dés vers : Car depuis douze jusques a trente sis n'y a rien de limité (j) : ains demeure au chois du Poète d'en mettre ou plus ou moins avec deue proportion. Le nombre dés coupletz est aussy en l'arbitre du Poète :
1 5 mais s'il excède deus Lisières (a) en chaque couplet (2) , il se reculera de la perfection du Lay d'autant qu'il en mettra davantage. Et se fait le Lay plus communément et mieusde vers petis (3), c'est a dire au dessoubz de huit syllabes.
20 Virelay. — Le Virelay ha la mesme licence qu'ha
(a) Lisière est appellèe la terminaison du Carme.