ANTIQUITE DE LA POESIE
prières que nous dressons a Dieu et ses saintz; en vers et carmes mesurez. Et puis pourra nier aucun auz Poètes leur divine précellence? Laquelle congnue par les monarques et souverains seigneurs des hom- 5 mes et des terres, voians et oians dire qu'un Mercure, un Apollo. un Arion. un Amphion, un Orphée (a) par la douceur de ses vers chantez avoit illustré la ' gloire des plus hauts et plus puissans dieuz. prirent ( i ) ensemble envie de s'égaler auz dieuz. et estre comme
10 euz louez et congnuz a la postérité par le carme des Poètes. De la Homère, de la Hésiode, de la Pindare resentirent (2) entre les Grecz admiration et louenge de leur divine versification (3): et tous ceuz quisuivans leurs traces ont esté depuis entre les Grecz honorez '4)
15 Poètes. De la Livius Andronicus, de la le père Ennius,
(a) Les Poêles en plusieurs endrois.
8 et puissants C
la note A manque dans D E F G
(1) La construction est très libre : prirent a pour sujet : les monarques et souverains seigneurs, et la proposition participe : laquelle congnue, etc., est absolue; ensemble signifie : en même temps (qu'ils voyaient et oyaient dire, etc.)
(2) L'emploi du verbe ressentir est ici bien singulier puisque ressentir de l'admiration signifie généralement éprouver de l'admiration et qu'ici on ne peut l'expliquer que par le sens d'obtenir, exciter.
(3) Nous n'avons pas rencontré d'exemple de ce mot antérieurement à 1548. Il est permis de croire qu'il était assez usité dès le xvr siècle, quoique les lexicographes ne l'aient pas relevé On trouve, chez Rob. Estienne, Cotgrave, Godefroy et dans le Lexique de la Pléiade de Marty- Laveaux, versificateur, versificature, versificmerU, versifier. En tout cas la date de 1680, donnée par le Dict. général, est manifestement trop tardive.
14) Il est assez difficile de savoir si honoré^ a une valeur verbale, ou si c'est un simple adjectif : les deux constructions paraissent également plausibles.
de la le plaisant Plaute trouvaient nom et faveur entre les Romains : et après euz Virgile, Ovide, Horace, et autres infinis, furent enrichis, favoris ( i), et honnoréz a Rome des Césars, des Sénateurs et du 5 peuple. Et depuis la Poésie aiant ja trouvé un des plus haus degréz de son avancement, dont la fureur des guerres l'avoit abaissée, se releva entre lés Italiens, retenans encor quelque vestige de ce florissant empire par le moien d'un Danthe et d'Un Pétrarque.
10 Puis passant les mons, et recongnue par les François auz personnes de Alain. Jan de Meun, et Jan le Maire (2), divine de race, et digne de roial entretien (3), a trouvé naguéres soubz la faveur et éloquence du Roy François premier de nom et de
15 lettres (4), et maintenant rencontre soubz la prudence et divin esprit de Henri Roy second de ce nom, et premier de vertu, télé vénération de sa divi-
1 trouvèrent C D E F G
8-9 L'Edition A ne d„nne pas de virgule entre Italiens et retenans, mais en place une entre empire et par ; nous adoptons la ponctuation des éditions suivantes, qui donne un sens plus satisfaisant.
1 5 rencontré I) E F G
1 1 La valeur participiale Je favoris, parfaitement conforme à l'érymologie italienne, se retrouve dans de nombreux exemples du xvi" siècle; il est à noter, d'autre part, que favorisé, qui a prévalu comme verbe, est plus ancien dans la langue.
1 2; On voit que l'ordre chronologique, dans l'énumération des auteurs, est traité par Sebil'et avec autant de désinvolture que l'exactitude historique dans l'enchaînement des faits.
(3 On peut comprendre : digne de servir à l'entretien, à la conversation d'un roi, ou plutôt : digne d'être entretenue, protégée par un roi.
(4) Cette tournure, hardiment elliptique, semble bien être un cliché courant. Cf. Du Bellay [Def. et lllustr., I, 4, p. 77) : « nostre feu bon roy et père Françoys, premier de ce nom et de. toutes vertuz. » On trouvera de même plus loin (L. II, ch. 8) : « nostre Roy François premier de nom et de grandeur. »
ANTIQUITE DE LA POESIE I <y
nité, que l'espérance est grande de la voir dedans peu d'ans autant sainte et autant auguste que elle fut soubz le César Auguste. Emeu d'affection que j'ay de la voir télé, et luy voulant avancer (i) du peu que , j'ay de puissance, je m'en vay montrer a toy. lecteur studieus de la Poésie Françoise, mais encor peu avancé en icéle [2j. tout ce qui fait a l'art de ce qu'on appelle Ryme, le plus clérement et brévement que faire se pourra.
i de voir B C
2 dedans peu d'ans autant auguste BDEFG, dedans peu d'ans. Auguste. Emeu C. — Le texte de A porte : saine, faute corrigée dans l Erratum.
7 ce que B etc
8 briefvement F
(i) Dès i>4>, Peletier, dans Y%Ari Poétique d'Horace, traduit en vers francois, accordait le même éloge à François Ier, « lequel par sa libéralité roialle en faveur des Muses s'efforce de faire renaître celui secle très heureux, auquel souz Auguste et Mecenas a Romme florissoint Virgile, Horace, Ovide, Tibulle et autres Poètes Latins » (f° 5, recto.)
(2) C est-à-dire : voulant l'aider. Nous n'avons trouvé chez aucun lexicographe la mention de cette construction : cf. Rob. Estienne {cDict. fr. lai., 1549) : avancer gratis.) = producere aliquem ; s'avancer à l'estude = in studiis facere progressant.
(3) Il est à noter qu'à cette date, le pronom iceluy commence à vieillir. (Cf. Brunot, Seizième Siècle, p. 516.)