CHAPITRE II
Qiest ce que le François doit appel 1er Ryme?
L'Ancienne pauvreté de nostre langue Françoise. ou l'ignorance de noz majeurs (n , a fait, que ce que le Latin en la fleur de sa langue appelloit, carme
5 ou vers, et que le Grec devant luy avoit nommé, métré, proprement et doctement tous deuz, a esté en l'exercice et en la lecture de la Poésie Françoise vulgairement appelle jusques a présent Ryme (2). Si tant passablement qu'il se puisse tolérer (3),
,0 certes moins proprement que le mot, Ryme, (que sommes contrainz avouer pris du Grec pvSfw'ç) n'admet en sa signification, et que la purité de nostre
2 povreté D pouvreté E
8 Le point est remplacé par deux points dans D E F G
(1) La même formule se retrouve chez Du Bellay : « mais bien on le doit attribuer à l'ignorance de notz majeurs. » (I, 3, p. 66.)
(2) Cette critique porte sur tous les prédécesseurs de Sebillet, depuis les auteurs d'^Arts de Seconde "BJiètorique, jusque et y compris Gracien du Pont. Ce dernier donne encore, sous le titre : Les différences generalles de stilles de 'BJthmes, une liste fort hétérogène, qui sert de plan à la suite de son ouvrage, et qui contient pêle-mêle la rime simple, riche, léonine, équivoque, rétrograde, couronnée, etc., et le rondeau, la bergerette, le virelai, la ballade, etc. (f° vu, verso). 11 faut savoir gré à Sebillet d'avoir essayé d'introduire quelque clarté dans ces définitions préliminaires et d'avoir distingué la rime du vers et du poème.
(3) La phrase est obscure. Il faut admettre une forte ellipse et entendre : Si cette appellation est assez passable pour pouvoir se tolérer, elle est moins propre que ne l'admet la signification du mot rime... et la pureté de notre langue. — Cf. une tournure semblable, mais plus claire, à la fin du chapitre, p. 19 : « Tolérablement cependant, si nous regardons que la resemblance des syllabes finissantes, etc. »