II. p. 12. Deuxième Elégie, v
Ne me trouvay de tel sorte escrivant.
(2) Id. Ibid. I. p. 33. Dialogue de deux amoureux, v. 197 :
El' n'en prendroit jamais, te dy-je.
III, 70, Epigr. CLXXIV : Alix el Martin, v. 7. — Du cul(dit-ell') vous ferez signe : « Arrière ».
(3) Id. Ibid, III, 152. Jugement de SMinos,\. 190 :
Par quel' vigueur fut ma puissance esparse.
I, 131. Epistre de Magiielonne à Pierre de Provence, v. 128. Et aux lovaulx ! Quel' rancune te touche?
mant', pour dormante : la femme courant', pour courante (a) : souvent aussi grand', pour grande (b) : et eau', pour eaue (c) : si en ce dernier tu n'es en l'opinion de beaucoup, qu'il faille dire naturélement, 5 eau, non eaue (i).
Apostrophe pour Syncope. — Tu voudras a l'aventure appeller ce plus proprement apocope, qu'apostrophe : en quoy je t'avoueray voluntiers : aussi croy-je que tu ne me desavoueras pas, quand tu
(a) En 3/Carot tu liras, triumphant' victoire, pour triumphante, au refrain d'une Balade commençant' . Quel haut souhait, quel bienbeurc désir, et poignant' mamelle pour poignante, au sexième vers d'une epistre commettçant, Tenus venuste et céleste Déesse (2\
(B) grand' pour grande en mille liens dans Marot.
(c) Eau pour eaue cent fois, et en hémistiche, et enfin devers (3).
la note A, s'arrête à . . . souhait dans B, etc.
(1) Sebillet dans tout ce passage, qui appartient plutôt à la grammaire qu'à l'Art poétique, réunit des phénomènes de nature et d'origine fort différentes. Sans relever ses erreurs en matière de grammaire historique — erreurs bien naturelles chez un écrivain du xvi" siècle — et sans donner pour chacun des faits énumérés ici les explications — bien connues et tout élémentaires — que fournit la philologie, notons seulement que parmi ces apocopes, ou soi-disant apocopes, les unes (tel', el'i sont encore en pleine floraison, tandis que d'autres (grand) tombent en désuétude; j'avoye cède le pas à j'avov, ou j'avoys; eau est la forme généralement adoptée. Cf. Brunot, Seizième Siècle, -p. 246, 247, 283, 331. Sur ces apocopes, Ronsard (Art. Poct., VI, 436) se montrera extrêmement large et tolérant.
(2) Marot, Œuvres, II, j'5. Ballade X, v. 10 :
Heureuse paix et triumphant victoire.
lbid. I, 183. L'pitre XXIII, v. 16 :
Quand de la done à la poignant mamelle.
(3) Par exemple I, 182, même épitre v. 2 :
. . . Ne sentit onc au cœur si grand' liesse... III, 14, Epigr. XXIV, v. 9 :
Non point par eau, par neige, ne par glace.. III, 102, Epigr. CCLI, v. 5 :
... N'estoit gasté. Après ravine d'eau...
6o L'ART POKTIQUE FRANÇOIS
entendras que je le nomme apostrophe, pour ce qu'il ha le mesme signe de l'apostrophe, ainsi figuré ' grand'., ne plus ne moins que je dy aussi apostrophe en pay'ras. pour payeras : lou'ras, pour loueras : que
5 tu voudrois proprement appeller Syncope (i) : Non pourtant que je vœille dire qu'il ne me chaut dés mos et appellations, mesque (2) lés choses soient entendues : mais pource que je le fay ainsy plus brévement et facilement : et ne fay point impro-
10 prement si tu avises que le mot Apostrophe se peut estendre par toutes ces figures autant bien que fait son indice.
Jusques icy de l'é fémenin : duquel parlant t'auray semblé long, situ prens garde au nombre dés lignes :
15 mais court, si d'avanture tu t'apperçois que je n'en aye ( 3 1 pas escrit tout ce que s'en pourrait bien dire.
in On voit que Sebillet emploie les ternies d'apocope et syncope dans les sens précis que leur donnent les grammairiens anciens et que leur conservera la philologie moderne.
(2) Mesque, et plus loin mais que signifie toujours chez Sebillet pourvu que. Sur cette locution, voir, outre les exemples de Littré (Supplément) et' de Godefroy, l'article de M. Clédat Revue de philologie française, 1906, pp. 14-16 et Ritchie, Recherches sur la syntaxe de la conjonction « que », Paris, 1907, in-8, pp. 103-108.
3 L'emploi du subjonctif est assez conforme aux habitudes du xvie siècle; mais c'est assurément l'un des cas où la nuance de doute est particulièrement fugitive et difficile à saisir (cf. Huguet, Syntaxe de Rabelais, p. 193-196 et Brunot, Seizième Siècle, p. 445-446).