‹ Art poétique françoysChapitre 42 sur 173 · à l'ouve C · texte numérisé non relu

à l'ouve C

(1) Le sens que prend ici le verbe poindre et son alliance avec le complément ouye ne sont pas absolument courants. Ils n'ont rien pourtant qui doive étonner : car ce verbe avait un emploi beaucoup plus large que notre verbe piquer. R. Estienne (Dit!, fr. -latin) donne ; poindre et esgiiillonner. poindre et inciter, poindre la conscience.

'2) Sebillet, dans son admiration pour la rime équivoquée, ne fait que suivre tous ses prédécesseurs, des Arts de 2' Rhétorique à Gracien Du Pont. Du Bellay semble montrer quelque dédain pour cet ornement poétique {Deff. et IUustr., II, 7, p. 264 , que défendra le Quintil (cf. la citation de l'Ed. Chamard. Id. Ibid.); Pasquier (Recb. de Fr., L. VII, ch. 12. I, 739) cite encore avec éloges VEpigrannne de Marot. Mais les théoriciens de la Pléiade suivent l'avis de Du Bellay, qui se contente de recommander la rime riche, à condition qu'elle ne nuise pas au sens IDejf. et IUustr., II. 7., p. 261-264; Peletier, Art Poétique, II, 1, 04-)) et Ronsard, iArt Poétique, VI, 455).

mais en divers mos : comme en cest épigramme de M. Scéve (a) (i).

Pour émouvoir le pur de la pensée Et l'humble ausSy de chaste affection 5 Voie tés fais, O Dame dispensée

A estre loin d'humaine infection :

Alors verras en sa perfection Ton haut cœur saint lassus se transporter. Et puys ça bas vertus lu y apporter 10 El l'Ambrosie et le Nectar des cieuj

Comme j'en puy tesmoignage porter Par jurement de ces miens propres yewf.

Ceste sorte de ryme est souvent usurpée de Marot, Saingelais, Salel, Héroet. Scéve : comme tu cognois- 15 tras lisant leurs œuvres. Aussy la dois tu tenir et observer en composant le plus prés que tu pourras, comme la plus riche et plus gracieuse après l'Equivoque (2)

3. Note. — La tierce espèce est celle qui n'ha 20 que syllabe et demie de resemblance. Resemblance

(a) 390 Epigramme de sa Délie.

19. Le chiffre >' manque dans C, ainsi que les chiffres suivants, 4 et 5.

20. et de demie ressemblance C. Le texte de A porte, la seconde fois, resemlance, faute corrigée dans l'Erratum

(1) Délie. Réimpression de 1862, Dizain, CCCLXXX (et non 390), p. 173. Var. v. 5 : Et lors — parfeclion.

(2) La plupart des prédécesseurs de Sebillet l'appellent indifféremment rime 1 iche ou rime léonine (voir notamment Eust. Deschamps, iArt de Didier, VII. p. 273. Rec. d'arts de 2eCR]}él., p. 249, 232,2^4). Pour L'Infortuné et Fabri, la rime léonine est à la fois riche et plate. (L'Infortuné, vu, r°. Fabri, II, 16 à 29.) Les distinctions de G. Du Pont entre la rime riche, riche moyenne et léonine sont fort obscures fxix à xxii). On trouve encore cette rime désignée sous le nom de magistrale, parfaite, consonant, personant, etc. {Arts de 2° Rhcl., passinr.

dy-je ou d'orthographe, ou de son. Car en toutes sortes de ryme on s'arreste plus à la parité du son qu'a la similitude de l'orthographe : pource que la fin de la ryme est le plaisir de l'aureille. Tu as exem- 5 pie de ceste espèce en l'estréne de Marot a Saintam (i\

De responce bien certaine,

Et soudaine.

Vous donne le doctrinal 10 Pour respondre au Cardinal

De Lorraine.

Qu'est demie syllabe en ryme. — Tu vois tous lés derniers mos dés vers ne se sembler que de syllabe et demie. Mais avise que j'appelle demie syllabe, non

13 la juste moitié de toutes lés lettres constituantes la syllabe, ains partie de la syllabe ou plus grande ou moindre : en sorte que disant demie syllabe, j'enten toute portion de la syllabe divisée, et non entière. Ceste espèce est bien receue et en masculine termi-

20 naison, et en féminine : fors quant l'é fémenin fait a la fin du carme et du mot syllabe par soy : Car lors la ryme n'est receue auz doctes aureilles, si elle n'ha deuz syllabes pareilles pour le moins : comme pensée, contre, année, ou montrée : envie, contre

25 unie ou transie, ne seroient receues pour bonnes rymes (2).

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