croy-je ce que C
(i) On voit quelle position modérée Sehillet prend dans cette question controversée. Thurot a tort nettement montré (I, 530-531 1 la double tendance qui. dès le xvie siècle, pousse le langage courant à réunir les diphtongues en une seule svllabc et la poésie à les « diastoler ».
(21 Du Bellay n'est pas plus rigoureux que Sehillet sur cette règle (Deffence et Illustration, II, 7, p. 267). Le; rimes énumérées ici sont de valeur tort inégale, suivant que la diphtongue est purement orthographique (george-gorge) que la prononciation s'est déjà beaucoup rapprochée de celle de la lettre simple [demet^-jamais) ou qu'au contraire, les deux lettres qui constituent la diphtongue se font encore sentir (peine-Clymène, autre-vôtre). Tous les grammairiens ne sont pas aussi larges que Sebillet. surtout en ce qui concerne les rimes en er contre air (Thurot. I, 58. II. 481 sqq). On trouvera un grand nombre de rimes de ce genre citées par Thurot (passim). ou par M. Brunot (Seizième Siècle, p. 254-260).
DES DIPHTHOXGES 85
contre., enfantin ; pénéïde (i), contre, vuide : vœus, contre, neveus : éage, contre, fœillage: autre, contre, votre : demetz, contre, jamais : peine, contre, clyméne : veirent, contre, suivirent : tésmoigne, contre, 5 vergongne : feisses, contre, sacrifices : effet, contre, fait. Lesquelz tous je t'ay extrais dés œuvres de Marot pour servir icy d'exemple : et encor que je n'y aye trouvé chose, contre, cause: haute, contre, coste : fére, contre, faire (a) : et autres telz suivant l'ana-
10 logie. si ne feroi'-je pas grande difficulté d'en user. Car si Marot ha rymé ceuz que je t'ay alléguez pour exemple, a cause de la semblance du son que la lettre simple et la diphthonge portent à l'aureille. j'allégueray la mesme raison en ceuz cy : et ne m'arresteray
15 autrement a ce que Marot mesme en l'épistre qu'il a faicte contre Sagon et la Huéterie. lés a repris d'avoir rymé. la fére, contre affaire : car il est aisé à congnoistre qu'il les reprend de cela plus par haine que par raison, attendu que peu après il les reprend
20 aussi d'avoir rymé mettre, contre, remettre : et il
(a) Mais bien père contre repaire en l'epitre de Maguelonne a Pierre de Provence 2).
1. pêne de BDE peine de CF 15. que il a BDEF 17. la faire CF La note A est supprimée dans B etc.
(1) Ce mot, qui semble avoir embarrassé les éditeurs postérieurs, se rencontre au Livre I" de la Métamorphose (Marot, Œuvres, III, 182) :
... Ficba ce traict, qui est de mercy vuxJc, Contre Daphné, la nymphe Pencyde...
(c'est-à-dire fille du fleuve Pénée).
(2) Marot, Œuvres, I, 130, Epitre I, v. 92-93 :
... Que je prenois en la maison mon père Pour me laisser en ce cruel repaire.
86 l'art poétique François
ryme ordinairement luy mesme le simple contre le composé, comme je t'ayja paravant averty [),. Ou bien me die. ou autre pour luy, la raison, pourlaquéle il est plus permis en une diphthonge qu"en autre. Il est
5 vray que je trouveroie rude de rymer, heure, contre, nature, pour la différence du son : mais aussi ne feroy'-je pas grande conscience de rymer. morsure, contre asseure. pour la parité du son 2). Toutesfois ne vœil-je pas nier que le moins que tu le pourras
10 faire, soit le meilleur. Car plus la ryme se resemble de son et d'orthographe ensemble, plus est parfaite et plaisante. Mais aussi vœil-je soutenir, comme il me semble par raison soutenable, que mieus vaut rymer, seure, contre, nature, pour garder bon sens
'5 et bon propos, que superstitieusement s'arrester a la riche ryme pour mettre un mot impertinent ou moins propre, comme a fait Saingelais (3) en ce dizain 4).