de la traicter F
(i) Ce chapitre, un des plus courts, est aussi l'un des plus importants. L'iArt Poétique de Sebillet se trouve nécessairement, par sa date, le premier où il soit question du sonnet; et c'est un des points sur lesquels Du Bellay et la Pléiade éprouvèrent quelque dépit à se voir devancés par le théoricien de l'école marotique. Sur l'opinion très enthousiaste de Du Bellay, la réplique dédaigneuse du Quintil, le chapitre de Peletier (II, 4, p. 61-62), qui n'ajoute rien à Sebillet, cf. les nombreuses citations rassemblées par M. Chamard, dans son édition de Deffence et Illustration (II, 4, p. 221-225), et aussi sa thèse sur Du Bellay, p 63 et sqq. Ajoutons seulement que ce chapitre a été largement utilisé par Delaudun d'Aigaliers (II, 2, pp. 95-96) et cité encore par Colletet (Discours du Sonnet, p. 11). — M. Villey écrit : a La place faite par Du Bellay au genre italien du sonnet parmi les genres anciens semble indiquer qu'il adopte un programme de poétique antique élaboré par un Italien. » (Les Sources italiennes de la Deffence et Illustration, p. 80). Pour que pareil argument fût probant, il faudrait oublier que Sebillet a écrit le chapitre qu'on vient de lire.
(2) Durant toute cette première période, en effet, le sonnet reste très voisin de l'épigramme; seules les premières traductions de Pétrarque, et surtout la publication de Y Olive vont en modifier le caractère (cf. Jasinsky, Histoire du Sonnet en France, Douai, 1903, in-S, IIe partie).
(3) Sur cette origine, complexe et quelque peu obscure, mais à coup sûr principalement italienne, cf. D'Ancona, Poesia popolare italiana, Livourne, 1878, in-12, ch.X, et Jasinsky, op. cit., p. 4 et 5 et 10-27.
Il6 L'ART POÉTIQUE FRANÇOIS
Matière de Sonnet. — Or pour en entendre l'enargie, sache que la matière de l'épigramme et la matière du Sonnet sont toutes unes, fors que la matière facétieuse est répugnante a la gravité du sonnet, qui reçoit 5 plus proprement affections et passions grèves, mesmes chés le prince dés Poètes Italiens, duquel l'archétype dés Sonnetz a esté tiré.
Qu'est uniformité en Ryme. — La structure en est un peu fâcheuse : mais télé que de quatorze vers
10 perpetuelz ( i) au Sonnet, les huit premiers sont divisez en deux quatrains uniformes, c'est a dire, en tout se resemblans de ryme : et lés vers de chaque quatrain sont télement assis (2) que le premier symbolisant avec le dernier, lés deuz du mylieu demeurent
15 joins de ryme platte. Les sis derniers sont sugetz a diverse assiette : mais plussouvent lés deuz premiers de ces sis fraternizent en ryme platte. Lés 4. et 5. fraternizent aussy en ryme platte, mais différente de celle dés deuz premiers : et le tiers et siziéme symbolisent
20 aussy en toute diverse ryme dés quatre autres (3) :
3 . graves D Ë F G 17. de ces fraternizent BDEF — d'iceux fraternizent C 19. le tiers et le sizième B, etc.
([, Perpétuel a ici un sens assez voisin d'essentiel. R. Estienne le traduit non seulement par perpetuus, sempiternus, etc., mais aussi par proprius (Dict. fr.-lat., 1549).
(2) Cette description est reprise, jusque dans ses termes mêmes, par Colletet {Discours du Sonnet, p. 58).
(3) Cette définition du sonnet — qui comporte une nouvelle description de la rime embrassée ou mêlée — correspond à la forme abba, abba, ccd, eed. C'est celle du sonnet lyonnais, alors en vogue (cf. Jasinsky, op. cit., p. 40-45). Du Bellay profitera largement de la liberté que Sebillet laisse aux tercets, et dont il donne lui-même l'exemple dans son Sonnet-Préface A l'Envieus (cde, cde); la forme