‹ Art poétique françoysChapitre 82 sur 173 · DU SONNET I I · texte numérisé non relu

DU SONNET I I

comme tu peus voir en ce Sonnet de Marot (2).

Au ciel n'y a ne Planette ne signe, Qui si a point sceut gouverner Vannée, Comme est Lion la cité gouvernée 5 Par toy, Trivulse, homme cler et insigne.

Cela disons pour ta vertu condigne :

Et pour la joie entre nous démenée, Dont tu nous a la liberté donnée :

La liberté dés thresors le plus digne.

•o Heureus vieillard, ces gros tabours tonans,

Le ynay plante, et les fiffres sonans En vont louant toy, et ta noble race : Or pense donc que sont no; volunte; Veu qu'il n'est rien jusqu'au; arbres planté; '5 Qui ne t'en loue, et ne t'en rende grâce.

Autrement ces sis derniers vers se varient en toutes lés sortes que permettent analogie et raison, comme tu verras en lisant lés Sonnetz fois par lés savans

14. Xous corrigeons la faut! au arbres, qui a passé de A dans les autres éditions.

classique (ccd, ede), que préfère déjà Ronsard, mettra longtemps encore à s'imposer comme régulière et obligatoire; encore, tous les théoriciens modernes ne sont-ils pas, sur ce point, d'une rigueur absolue cf. Jasinsky, p. 166-168 et 236-237; Vaganay, Le Sonnet en Italie et en France au XVI' siècle, Lyon, 1902-1903, in-8 ; Vianey Les Origines du Sonnet régulier, dans la 'Revue de la 'Renaissance 1903, p. 74-93, et dans le Pètrarquisme en France au XI '■' I" siècle pp. 99-106).

(2) Marot. Œuvres, III, 59, Epigr. CXLIV : Pour le may planté par les imprimeurs de Lyon devant le logis du seigneur Trivulse Var.. v. 8 la plus — 9 les gros — 14 ou ne. — D'après les cons ciencieuses recherches de M. Vaganay (Le Sonnet en Italie et en France), ce sonnet parait dater de 1529; c'est le premier sonnet français que nous possédions; il ne parut imprimé qu'en 1538, avec les Epigrammes. C'est en 1544 seulement que Saint-Gelays intitulera Sonnet une de ses pièces (Kastner, Rev. des langues romanes, 1904, art. cité).

Poètes (i) plus clérement que règle ne moy ne te pourrions montrer.

Quel$ vers requiert le Sonnet. — Tant y a que le Sonnet aujourd'huy est fort usité (2), et bien receu pour 5 sa nouveauté et sa grâce : et n'admet suivant son pois autres vers que de dis syllabes.

(1) Bien peu encore ont été imprimés; jusqu'en 1544, on ne rencontre que des pièces isolées; à cette date, Marot insère dans ses œuvres la traduction de six sonnets de Pétrarque; il est suivi par Peletier (1547) et Phillieul (1548). UOlive ne paraîtra qu'en 1549. L'édition de Saint-Gelays de 1547 ne renfermait qu'un seul sonnet, qui paraît dater de 1536 (cf. Œuvres, Ed. Blanchemain, I, 79); sur les 17 de l'édition de 1574, l'un est de 1544, l'autre de 1548 (cf. les listes chronologiques de M. Vaganay, op. cit., et les indications de M. Laumonier dans l'édition des Œuvres Voétiques de Peletier, Paris, 1904, in-4, p. 184).

(2) Le premier sonnet en alexandrins date précisément de l'année 1548; c'est le centième du recueil de Phillieul. On n'en retrouve un second que scrsç ans après, chez Ronsard. Puis le décasyllabe recule de plus en plus : les Regrets sont tout entiers en alexandrins (cf. Jasinsky, op. cit., p. 99-101).

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