‹ Art poétique françoysChapitre 86 sur 173 · premières B D · texte numérisé non relu

premières B D

1 La reprise de l'hémistiche est en effet très favorable à la pointe (cf. Châtelain, p. 22 1). Chez Jean Marot, de même que chez Saint- Gelays, on ne rencontre aucun rondeau avec reprise du vers entier. On a vu que, sauf une seule exception, il en est de même chez Clément Marot.

2) C'est le type du rondeau classique, tel qu'il se perpétuera jusqu'à nos jours : aabba jaab'RJ a abbaRf . Il est déjà prépondérant chez Marot, où il figure 68 fois sur 80 rondeaux. A la fin du xve et au début du xvie siècle, il prend nettement le pas sur le rondeau double parfait décrit plus haut :

aabba aabA A B / a a bb aA A'B'BA singulièrement lourd, et même sur la forme à rentrement d'un vers complet :

aabba I aab A I aabba A.

On peut se rendre compte de cette évolution, soit en consultant les statistiques de M. Châtelain (p. 208-211), soit en comparant les Arts de 2' HJiètorique, où le rondeau parfait est cité encore au moins aussi souvent que la forme abrégée (cf. p. 465) avec les ouvrages postérieurs où

comme tu peus voir en cestuy de Marot ( i ) :

En la baisant m'a dit, amy sans blâme, Ce doux baiser qui deus bouches embame Lés arres sont du bien tant espéré, s, Ce mot elle a doucement proféré,

Pensant par là appaiser ma grand' flamme,

Mais le mien cœur adonc plus elle enflamme,

Car son haléne odorant' plus que bame

Soujfloit le feu qu'Amour m'a préparé i0 En la baisant.

Bref mon esprit sans congnoissance dame

Vivoit alors sur la bouche a ma Dame,

Dont se mouroit le corps énamouré :

Et si la lèvre eut guéres demouré 15 Dessus la mienne, elle m'eut suce Vante

En la baisant.

Ce rondeau s'appelle double a la différence du simple, pource qu'il ha tréze vers, ou le simple n'en tient que dis : et pour sa gravité n'admet guéres autres vers 20 que de dis syllabes, comme le simple reçoit pour sa légèreté le plus souvent lés vers de huit (2).

4 Rondeau redoublé ou parfait. — Il y a une

autre espèce de Rondeau dit parfait, ou redoublé, a cause que de moitié ou plus il surmonte le double en

le dernier type prend de plus en plus d'importance; pour G. Du Pont (f°xxv), c'est déjà le plus employé. Certains théoriciens (Arts de 2" Rhét., pp. 5 et 21, Fabri, II, pp. 63 sqq.) admettent que la base du rondeau double peut varier de 4 à 7 vers; M. Châtelain a relevé et classé un certain nombre d'exemples de 6, 7 et 8 vers (p. 211-212) ; mais le rondeau cinquain reste bientôt avec le quatrain la seule forme usitée.

(1) Marot, Œuvres, II, 159; Rondeau LVII : Du baiser de l'amye. — Var : v. 2, ce seul; v. 5, pensant du tout; 13, contre la mienne.

(2) Cette distinction est généralement observée par Marot (voir pourtant des rondeaux cinquains en octosyllabes, II, 149 et 155, et des rondeaux quatrains en décasyllabes, II, 167 et 171).

nombre de vers et de reprises, et se fait ou du simple ou du double (i), en sorte qu'il admet autant de coupletz qu'il y a de vers au premier couplet : et a la fin de chaque couplet suivant son ordre se répète un vers 5 du premier couplet l'un après l'autre. Mais avise que la reprise de cestuy n'est pas abondante hors du couplet comme es autres : ains le vers repris est du nombre dés constituans le couplet. Ce Rondeau estoit estimé souverain entre lés anciens, et pourtant appelle

io parfait \2) : aujourd'huy peu usité entre lés nôtres, qui reçoivent et usurpent le double de tréze vers avec reprise d'hémistiche pour le meilleur, mieus sonnant, et plus gracieus. Toutesfois, a fin de n'ignorer cestuy, qu'il te prendra a l'aventure envie d'essayer en révé-

15 rence de l'antiquité, je t'en proposeray icy un exemple pris de Marot (3), disant ainsi :

En liberté maintenant me pourméne, Mais en prison pourtant je fit cloué : Voila comment fortune me deméne.

20 C'est bien et mal, Dieu soit de tout loué.

Page 1