DU CHANT ROYAL I J(J
Le premier vint tout palle me prier De luy donner confort par courtoisie : Poursuivant suy, dit-il, dont le crier N'est point ouy d'une que j'ay choisie : ^ Elle a tiré de l'arc de ses dous y eus
Le perçant trait qui me rend soucïeus, Me respondant quand de moy est requise, Que n'en peut mais : et sa beauté exquise De moy s'absente, a fin qu'en oubly l aye, (o Mais pour absence en oubly n'est pas mise.
Desbender l'arc ne guarit point la playe.
L'autre disoit au rebours du premier :
J'ay biens asséf, et ne me ressasie :
Car servant suy de joyr coustumier 15 De la plus belle et d'Europe et d'Asie :
Ce néantmoins Amour trop furieus
D'elle me fait estre plus curieus
Qu'avant avoir la joïssance prise,
Ainsy je suy du feu la flamme esprise, 20 Qui plus fort croist quant estaindre on l'essaye
Et cognoy bien qu'en amoureuse emprise
Desbender l'arc ne guarit point la playe.
Après je vey d'aimer un vieil Routier Qui de grand cœur souby puissance moisie
25 Chanta d'amours un couplet tout entier
Louant sa Dante, et blasmant Jalousie : Dont lés premiers ne furent envïeus :
Bien luy ont dit, vieil homme entre lés vieus, Comment seroit ta pensée surprise
30 D'aucune amour, quant le temps qui tout brise,
T'a desnue de ta puissance gaye ? J'ay bon vouloir (respond la teste grise) Desbender l'arc ne guarit point la playe.
D'un rocher creus saillit tout au dernier 35 Une ame estant de son corps dessaisie