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CHAPITRE VI

Traitement

Puisque l’arthrite à gonocoques est une complication de la blennorrhagie, il semble naturel d'attaquer la blennorrhagie vaginale, uréthrale ou cervicale qui a donné naissance à la maladie articulaire. Aussi lorsque chez une femme on constatera des pertes abondantes, ayant plus ou moins le caractère gonococcique, on devra faire prendre des injections vaginales de 2 à 4 litres. tous les jours ou même plusieurs fois par jour, dans le décubitus horizontal, sous une faible pression et à la température dé 37°. Le mieux sera d'employer un antiseptique non dangereux dont le meilleur est le permanganate de potasse à 0 gr. 50 pour 1.000 grammes.

On devra continuer les injections après l’accouche-

ment. Nous savons en effet depuis les travaux de Giles et de Sanger, que les femmes blennorrhagiques sont exposées, dans les jours qui suivent l'accouchement, à des accidents plus ou moins graves d'infection. Le milieu lochial étant essentiellement favorable au développement du gonocoque celui-ci se multiplie toujours

d'une façon anormale dans les premiers jours qui sui-

vent! l'accouchement. Le traumatisme que subit le col pendant le travail a pour résultat, d’après tous les bactériologistes, d’amener une pullulation considérable de gonocoques qui pourraient même devenir plus gros, plus florissants qu’à l’ordinaire. Le gonocoque se multiplie surtout du quatrième au sixième jour, et à ce moment il existe à l’état de culture pure. Le gonocoque ainsi exalté pourra donc entrer dans la voie vasculaire et donner lieu à une septicémie gonococcique. De là toute l'importance de chercher à détruire le microbe, sans cependant recourir à des moyens trop énergiques, car il est d'observation courante de voir surtout apparaitre l’arthrite blennorrhagique à la suite d’un traitement brutal. 1

Le traitement de l’arthrite blennorrhagique pendant la puerpéralité ne diffère pas sensiblement du traitement ordinaire de cette affection. Au début on pourra donner du salicylate de soude et du sulfate de quinine pour s'assurer de l’exactitude du diagnostic, tout en se rappelant que pendantla grossesse les médications doivent être timides.

Si l’on consulte les différents auteurs qui ont écrit sur le traitement de l'affection qui nous occupe, on se

rend compte qu'il est peu de maladies pour lesquelles

autant de procédés thérapeutiques ont été proposés que

pour les arthrites blennorrhagiques. La multiplicité des médications successivement mises en œuvre et préconisées prouve combien ce genre d'affection est trop sou-

vent exceptionnellement rebelle.

La première indication est de Up imer ou de di-

minuer la douleur. On s’adressera aux médications analgésiques : liniments laudanisés ou chloroformés. Cela fait on s’efforcera d'obtenir une immobilisation absolue de la jointure malade, et la plupart du temps ce sera le meilleur moyen d'amener la cessation des douleurs. L'’immobilisation complète et immédiate du membre serà faite en position convenable dans une goultière : on y joindra la compression ouatée.

S'il y a de l'épanchement dans l'articulation on fera une ponclion aseptique, qui renseignera sur la nature du pus qui est purulent plus souvent que ne le donnent à penser les phénomènes locaux ou généraux. Si le liquide retiré est purulent, c’est là qu'apparaît toute l’importance du diagnostic étiologique, car la conduite sera différente suivant qu’on aura affaire à du streptocoque ou du gonocoque. |

Tout le monde est d'accord de pratiquer l’arthrotomie da nsles cas d’arthrites suppurées à streptocoques ou à staphylocoques. Doit-on avoir la mème conduite dans les cas d'arthrites suppurées à gonocoques ?

Quelques chirurgiens conseillent l'arthrotomie, même dans les arthrites blennorrhagiques aiguës, et ils considèrent celle-ci comme une opération d'urgence dans les pyarthrites à gonocoques. Ils disent obtenir ainsi d'excellents résultats, tant immédiats : sédation rapide de la douleur, chute de la température, amélioration de l’état général (et ils comparent la détente obtenue à celle qui suit le débridement d'une collection purulente); que consécutifs : absence de complications à distance,

courte durée de la convalescence, retour de la mobilité |

intégrale de l'articulation, très léger degré d’atrophie musculaire, absence constante d’ankylose.

M. Mosny, dans le cas d’arthrite qu’il observa, se contenta de faire de la compression ouatée et d’immobiliser le genou dans une gouttière et ii obtint une guérison complète. Aussi ne croit-il pas qu'une ouverture large et précoce de l'articulation malade eût été capapable de donner un résultat meilleur et plus rapide.

Dans les arthrites blennorrhagiques suppurées au cours de la puerpéralité, il vaut mieux escompter la résorption du pus, du moment quil ne contient que du gonocoque.Si l’on se trouvait en présence d’une arthrite à infection mixte, il y aurait lieu alors d’agir selon les circonstances.

M. le professeur Bar, s'appuyant sur les diverses observations d’arthrites blennorrhagiques suppurées, qui toutes ont guéri sans arthrotomie, pense qu’on doit se contenter d’une immobilisation rigoureuse dans la majorité des cas.

Malgré ces moyens, quelque rigoureux que soit le traitement dans son application, on voit souvent survevenir l’ankylose et l’atrophie musculaire. On pourra éviter autant que possible ces graves complications en faisant de la mobilisation.

Quand doit-on commencer la mobilisation ?

Certains chirurgiens, dans la crainte de l’ankylose, ont commencé trop tôt à imprimer des mouvements à l’articulation, avant que l’inflammation y fût complètement éteinte et ils ont assisté à une recrudescence des phé-

nomènes aigus, parfois très grave. M. Mauclaire dans

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le Traité de chirurgie de Le Dentu et Delbet propose la mobilisation de bonne heure : « De bonne heure veut dire lorsqu'il n’y a plus de fièvre générale, ou d’hyperthermie locale, et surtout dès que la pression au niveau de l'articulation n’est plus douloureuse. »

On devra donc explorer soigneusement la jointure au point de vue de la douleur, et si l’on ne constate aucun point douloureux, commencer les mouvements, avec prudence et modération au début. Si les tentatives de mobilisation pratiquées sans violence ne déterminent que des douleurs passagères, elles doivent être continuées. Au cas où cette mobilisation serait suivie de souffrances persistant longtemps après chaque séance, on s’arrêterait pour attendre de nouveau l’extinetion complète de la phlegmasie. C’est donc presque en tâtonnant qu'il faudra procéder : c’est une affaire de tact de la part du praticien.

A la mobilisation il faut associer le massage. Les séances de massage seront pratiquées chaque jour pendant une dizaine de minutes. On commencera par des manœuvres d’effleurage qui sont toujours mieux supportées, et on passera progressivement au pétrissage. Ces différentes manœuvres devront porter non seulement sur l’articulation malade, mais encore sur tout le segment du membre.

Lorsque après la période aiguë, malgré le massage et la mobilisation, l’arthrite menace d'évoluer vers la chronicité, on pourra essayer de la révulsion. On aura recours de préférence aux pointes de feu. On les appli-

quera légères ét nombreuses.

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